« Un gouvernement ne peut pas agir avec vigueur et aller de l’avant de façon cohérente s’il ne détient pas la majorité des trois quarts »

Interview Dev Virahsawmy

” Quand les gens veulent faire croire que l’État ignore exprès les souffrances de certaines personnes parce qu’elles appartiennent à une ethnie quelconque, je pense que c’est une attitude malhonnête. Qu’ils viennent du clergé ou non, c’est malhonnête… “

Alors que les fêtes de fin d’année s’approchent, les observateurs se penchent sur le bilan du gouvernement et de l’opposition pour l’année 2013. D’un côté, les projets de développement vont bon train. De l’autre côté, un certain nombre de problèmes demeurent irrésolus et le spectre du chômage a fait surface. Toutes les solutions proposées dans le dernier budget ne font pas l’unanimité non plus… Notre invité aborde, avec son franc-parler habituel, les sujets sensibles qui touchent la société mauricienne et aussi l’Afrique de Sud suite au départ d’un grand tribun du continent africain, Nelson Mandela.

Mauritius Times: M. Virahsawmy, quelle opinion avez-vous du climat général qui prévaut dans le pays en cette fin d’année 2013 ?

Dev Virahsawmy: Je constate que les Mauriciens, en général, se préparent pour les fêtes. Il me semble que les considérations politiques ou politicailles des politiciens sont, de leur point de vue, de moins en moins importantes puisque le ‘mood’ n’est pas au conflit, mais beaucoup plus à l’apaisement. C’est une perception assez générale de la société globalement.

Mais cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de problèmes ; il y en a certainement. Nous apprenons, par exemple, qu’une dame a été tuée, que la violence domestique devient un fléau très criant. Cependant, il faut aussi se rappeler que ce sont des problèmes qui existent dans toutes les sociétés. Il nous faut à tout prix réfléchir et trouver des solutions à de tels problèmes.

Ceci dit, en cette période de fin d’année, les Mauriciens ont tendance à penser beaucoup plus à la Noël et aux fêtes de fin d’année.

* Partagez-vous l’analyse des politologues et autres sociologues qui sont en train de nous dessiner un tableau noir de la société mauricienne qui, selon eux, « va mal… très mal » ? Ils parlent de « démocratie représentative en crise », de profonds dysfonctionnements de nos institutions vitales », de « l’indifférence inquiétante de la population à l’égard des dérives et autres pratiques scandaleuses portées sur la place publique… »

Certaines personnes ne font que focaliser sur de tels problèmes. Certes, ces problèmes existent, je ne les nie pas ; mais ce sont des problèmes qui existent dans tous les pays démocratiques et surtout dans les sociétés où les médias sont très vivants. C’est le cas à Maurice, ce qui est une bonne chose. Dans les sociétés fermées, de telles choses passeraient inaperçues, ce qui n’est pas le cas chez nous. Ces choses sont décortiquées et analysées ici.

Ce qui me chiffonne cependant, c’est cette tendance chez certains politologues et autres observateurs politiques d’isoler un événement et ils ne le situent pas dans le contexte global. Ils font de l’amalgame. Or je ne vois rien dans la société mauricienne qui devrait nous pousser vers le pessimisme . Malgré quelques difficultés qui existent dans le monde, je trouve que le Vaisseau Mauritius (la République de Maurice) vogue dans la bonne direction.

* Maurice progresse malgré la crise sur le plan mondial depuis 2008 mais on pourrait affirmer que les progrès réalisés sont lents et ne vont pas aussi loin que l’on aurait souhaité. Qu’en pensez-vous ?

Je voudrais citer un domaine où le progrès ne va pas aussi loin et en profondeur : la production alimentaire. Les Mauriciens n’ont pas encore bien compris que le changement du climat d’aujourd’hui est très grave : la survie de la planète est en danger. Il faut tout mettre en œuvre maintenant pour régler le problème du ‘global warming’ qui a comme conséquence le changement climatique qui, lui-même a un impact direct sur la production alimentaire.

Les pays qui nous vendent du riz ou de la farine seront eux-mêmes déficitaires bientôt. À Maurice, nous ne faisons pas assez d’efforts pour encourager la production alimentaire et changer nos habitudes de consommation.

Combien de temps encore pourra-t-on continuer à manger du riz et de la farine de blé ? Je pense qu’il va falloir revoir notre culture alimentaire afin qu’on puisse, comme dit l’AREU, « grow what we eat and eat what we grow ».

Dans ce domaine-là, nous n’avançons pas assez vite. On n’arrive à le faire parce que nous vivons dans un système où les terres sont la propriété privée de quelques individus. Ceux-ci ne sont pas intéressés par l’avenir de Maurice. Ce qui les intéresse, c’est la construction des villas qu’ils vont vendre à des étrangers. Il y a des intérêts égoïstes qui nous empêchent d’aller plus vite et plus loin.

* La production alimentaire est donc liée au problème d’accès à la terre. Mais estimez-vous possible d’implémenter une réforme agraire en 2013, ce qui aurait été probablement réalisable dans les années 60 ?

Une réforme agraire est indispensable, mais je sais très bien que la conjoncture politique, économique et légale nous empêche d’aller dans cette direction. Ce qui est d’autant plus dommage c’est que l’Opposition, au lieu de réfléchir à propos de ce problème et de pousser en faveur des réformes en profondeur – même par le biais des amendements constitutionnels, agit plutôt dans le sens de la préservation des privilèges et des droits des grands propriétaires fonciers.

Une opposition, ayant à cœur le bien-être de la population, aurait agit différemment. Le MMM et le MSM ne sont pas des partis qui vont réfléchir sur la nécessité d’avoir une réforme agraire. Au contraire, ils vont beaucoup plus réfléchir aux moyens de consolider les assises du grand capital. Cela constitue un obstacle majeur à notre développement. Or, le gouvernement n’a pas les trois quarts de majorité nécessaire pour apporter de telles réformes.

* Vous soutenez donc l’appel de Navin Ramgoolam auprès de l’électorat en faveur d’une majorité de trois quarts ? Est-ce vraiment une bonne chose pour le pays ?

Il faut cette majorité de trois quarts si on veut vraiment transformer Maurice et Rodrigues. Il y a, au sein du gouvernement, un désir d’aller en ce sens, mais le blocage vient de l’Opposition qui ne fait que défendre des intérêts égoïstes au lieu des intérêts qui assureront la survie de la population.

* Qu’est-ce qui, à votre avis, aurait pu aussi avoir entravé le progrès de Maurice en 2013 et qui serait probablement à l’œuvre depuis 2010 ? Est-ce l’absence de cohésion gouvernementale ?

Ce qui bloque le développement réel de Maurice, c’est le fait que nous avons une situation où les leaders politiques de l’opposition ne pensent pas en termes de l’avancement du pays mais beaucoup plus en termes de leurs statut par rapport au Pouvoir.

Il fut un temps où Sir Gaëtan Duval se battait contre Sir Seewoosagur Ramgoolam parce qu’il voulait être le numéro un. Quand il a compris qu’il ne pourrait pas accéder au poste suprême, il s’est résigné à jouer le rôle de numéro deux.

Bérenger a essayé d’être le numéro un, et je l’ai moi-même soutenu à cette époque. Par la suite, il a pris peur et il a donc essayé de pousser en avant un paravent pour qu’il puisse en fin de compte le contrôler et agir en maître qui tire les ficelles du pouvoir.

Il a choisi cette stratégie et, à chaque fois, cela n’a pas fonctionné. Ce qu’il devrait comprendre aujourd’hui, c’est qu’il ne pourra pas devenir Premier ministre de Maurice. Bérenger a un gros problème : il ne pourra jamais gérer Maurice comme Premier ministre parce que ses calculs politiques basés sur l’ethnicité l’empêchent de prendre des décisions courageuses dans l’intérêt du pays.

Maurice va certainement changer dans 10 ou 15 ans, mais j’affirme que, valeur du jour, on pourra transformer pas mal de choses dans notre pays uniquement si Bérenger accepte d’être le numéro deux. Il est notre Iznogoud national qui veut être calife à la place du calife, et il passe donc son temps à manipuler les gens en vue d’atteindre son objectif. C’est malheureux, car on aurait pu avoir un projet politique et économique, comme celui de la sécurité alimentaire et d’autres dans l’intérêt du pays, mais je crains fort que les leaders politiques sont plus intéressés par leurs intérêts personnels.

* Vous ne voyez donc pas une absence de détermination politique au plus haut niveau de l’État en vue d’apporter ces réformes ? Ou est-ce que ce sont les différents lobbies et « vested interests » qui entravent le progrès?

On ne peut pas parler d’incapacité de prendre des décisions. Je pense, qu’en général, le pays va dans la bonne direction. Mais il y a des domaines où cela ne marche pas. Au niveau de la sécurité alimentaire, par exemple, un gouvernement ne peut pas agir avec vigueur et aller de l’avant de façon cohérente s’il ne détient pas la majorité des trois quarts. Il y a un blocage, pas au sein de l’État, mais au sein de la représentation politique à l’Assemblée.

Je souhaiterais ajouter qu’il y a un autre problème où on n’arrive pas à prendre la décision qui s’impose dans l’intérêt du pays. Ce ne sont pas seulement les gens du gouvernement, mais la population dans son ensemble n’arrive pas à prendre cette décision. Le problème, c’est la question de ‘literacy’. Ce pays constitue un modèle en termes de dépenses budgétaires allouées à l’éducation, cela à partir du niveau primaire jusqu’au tertiaire. Il y a un investissement massif de l’État.

Or, je peux vous dire que 50% de la population mauricienne ne possède pas les ‘skills’ nécessaires en écriture et en lecture. La littératie, d’après la définition de l’UNESCO, c’est que chaque citoyen devrait pouvoir écrire un texte cohérent et grammaticalement correct de 150 mots sur lui-même dans la langue de son choix. Ce test nous permet de dire si cette personne est ‘literate’ ou non.

Nous ne pouvons pas construire une société moderne et performante si 100% de la population ne possède pas la littératie. Certes, il y a certains qui auront des handicaps, mais il faut à tout prix viser l’ensemble de la population. Pour cela, il y a des décisions importantes à prendre.

Nous avons perdu 50 ans, peut-être que nous allons perdre encore 50 ans parce que nous n’arrivons pas à prendre la décision d’identifier la langue maternelle de Maurice. La langue maternelle, cela ne veut pas dire pas la langue de nos ancêtres. La langue maternelle, c’est ce que j’appelle le Morisien – le Kréol mauricien qu est devenu Morisien. La littératie dans une seule langue n’est pas suffisante, il nous faut la littératie dans deux langues, c’est-à-dire kréol et anglais. C’est facile d’arriver à un ‘bilingual literacy’ parce que notre langue nationale est une langue créole, et l’anglais est aussi une langue créole. Et le passage d’une langue à l’autre se fait très facilement.

Or comment prendre une décision sur cette question? La majorité des gens ne comprennent pas le problème. Et aucun politicien ne va proposer une idée qui lui garantirait un échec aux prochaines élections. Nous avons un peuple qui croit tout savoir mais qui a des lacunes au niveau des connaissances ; certaines idées ne sont pas claires et ils n’arrivent pas à prendre une bonne décision.

C’est fort probable que les dirigeants politiques de tous bords n’arrivent pas à leur faire comprendre de telles choses, car ils sont plus intéressés à caresser l’électorat dans le sens du poil.

Navin Ramgoolam veut une « high-income economy ». Xavier Duval en a parlé également, et il a affirmé qu’il a besoin de six budgets pour atteindre cet objectif. Or, sans un niveau élevé de littératie, je peux vous affirmer qu’on ne pourra pas bouger vers cet objectif de « high-income economy ».

* Il est quand même regrettable que même si les infrastructures se sont modernisées de manière significative, et ce, depuis ces dernières années, le gouvernement a mis du temps pour introduire des réformes « deep and broad » dans différents secteurs. Le chômage des diplômés, par exemple, prend de l’ampleur nous dit-on, tandis que le problème de « skills mismatch » reste entier…

Il y a là deux problèmes qui sont liés mais qu’il faut traiter séparément. Quand un pays arrive à produire des diplômés, c’est une bonne chose. Quand j’étais jeune, une infime minorité de gens, après avoir terminé le secondaire, continuait leurs études au niveau tertiaire. Aujourd’hui, je peux dire qu’il y a des milliers de jeunes qui poursuivent des études tertiaires après la HSC. Il est même possible de faire des études à distance à travers l’Open University of Mauritius. Mais quand on me demande : « Pourquoi faut-il étudier si c’est pour devenir diplômé alors qu’il existe un problème de chômage ? » je dis qu’on n’a pas encore compris le rôle du diplômé dans le monde moderne. « A graduate does not look for a job; he can create a job. »

* Faut-il que ce diplômé possède les ‘skills’ nécessaires pour créer ce job-là…

Un diplômé est un individu qui a acquis une éducation importante et, avec ses connaissances, il devrait pouvoir créer une entreprise, créer un travail et faire avancer son environnement. Il ne devrait pas s’attendre à ce qu’on lui fabrique un poste …

Vous avez raison de soulever la question des ‘skills’ du diplômé, celles-là mêmes qu’il devrait posséder. Je vous cite les ‘skills’ qu’il doit maîtriser :

Premièrement ‘advanced literacy’ – c’est-à-dire il doit maîtriser l’écriture et la lecture à un niveau élevé ;

Deuxièmement, il faut qu’il sache raisonner. Aujourd’hui, nous avons des diplômés qui maîtrisent ce qu’ils ont appris dans les livres mais ils n’arrivent pas à participer à un débat sur un thème quelconque de manière cohérente.

Il y a donc un dysfonctionnement dans la façon dont les diplômés sont formés. Il y a là un problème de substance, de contenu des cours mais aussi de formation.

* Créer ce job, c’est une chose, M. Virahsawmy, mais faut-il aussi admettre que le marché reste toujours bloqué à Maurice ?

Le marché reste toujours bloqué à Maurice pour les postes traditionnels. Le rêve du diplômé, c’est souvent la recherche d’un job au sein du Civil Service. L’on s’attend à ce que l’Etat recrute tous les diplômés et leur donne un poste convoité.

Le rôle du diplômé moderne, c’est de créer une dynamique économique et sociale et de ne pas devenir un simple fonctionnaire de 09h00 à 16h00. C’est cette mentalité qui doit changer.

* Mais les portes du secteur privé restent fermées pour beaucoup de nos diplômés, pas pour le job, mais pour le business…

Nous avons un gros problème à ce niveau-là, c’est-à-dire dans le secteur privé, notamment celui dominé par le gros capital. Ceux qui détiennent le gros capital sont ceux-là mêmes qui pratiquent souvent une politique de discrimination.

Or, il y a une commission pour s’occuper des cas de discrimination. Les gens doivent avoir le courage de dénoncer de tels cas. Je ne peux pas me plaindre de discrimination si je ne prends pas moi-même l’initiative de dénoncer une telle pratique. Comment va-t-on résoudre le problème si on ne fait pas le choix de dénoncer ?

Qu’il y ait discrimination, je pense que c’est une vérité. Mais nous avons vu aussi dans le même secteur des gens actifs, débrouillards qui se font une place au soleil.

* Pensez-vous, comme certains l’affirment actuellement, que le problème de la pauvreté devient inquiétant et que c’est une affaire qui est ethnique ?

Je ne pense pas qu’il y ait à Maurice un problème de pauvreté généralisée mais plutôt des poches de pauvreté. La majorité des gens qui se trouvent dans cette situation ne possèdent pas une éducation adéquate et, très souvent, cela touche des familles éclatées. Malgré le fait que l’éducation soit gratuite, il y a des gens qui n’ont pas bénéficié du système pour diverses raisons.

Par exemple, parce que les parents ne se sont pas occupés d’eux ou en raison des situations difficiles découlant des familles éclatées, c’est-à-dire que la femme est abandonnée avec ses enfants et se retrouve sans ressources, etc. Je ne dis pas que cela touche seulement une partie de la population, cela touche en général une certaine section de la population.

* Il y a différents facteurs qui expliquent cela et qui dépassent le cadre économique…

Il y a des raisons culturelles, sociales, etc. Prenons un exemple, une famille éclatée où le monsieur a abandonné sa femme et ses enfants pour aller vivre avec une autre femme. Cela peut être pour une raison personnelle et sociale. Cependant l’État devrait pouvoir aider cette dame-là à faire face à ses difficultés. On ne peut pas l’abandonner. Il existe plusieurs types d’aides sociales.

Toutefois quand les gens veulent faire croire que l’État ignore exprès les souffrances de certaines personnes parce qu’elles appartiennent à une ethnie quelconque, je pense que c’est une attitude malhonnête. Qu’ils viennent du clergé ou non, c’est malhonnête.

* Que faites-vous de la décision gouvernementale de retour vers la formule des clubs traditionnels dans le football, décision qualifiée par l’Opposition d’archaïque et de rétrograde ? Selon elle, cela fera surgir le communalisme de nouveau.

En 1982, Paul Bérenger et Anerood Jugnauth présentent un projet qui est censé combattre le communalisme : l’interdiction des clubs de football dits communaux — les Dodos, Faucon, Racing, Hindu Cadets, Muslim Scouts, Tamil Scouts, etc – ce qui selon eux allait combattre le communalisme.

Ce même Bérenger a refusé d’abolir le Best Loser System qui est au cœur même du communalisme. Or, la représentation au Parlement se fait par le biais de l’appartenance ethnique du candidat. Bérenger ne touche pas à ce problème fondamental, il s’attaque au football.

Résultat : Bérenger et Jugnauth ont tué le football. Ce qu’on aurait dû faire à ce moment-là, c’est au lieu de venir avec l’interdiction, il aurait fallu sponsoriser quelques clubs multi-ethniques mais surtout semi-professionnels.

On a voulu régionaliser mais cela n’a pas fonctionné. Sur les gradins vous n’apercevez que trois ou quatre personnes, c’est tout. L’engouement pour le football est mort.

À Maurice nous n’avons tous deux identités. Qu’on le veuille ou non, nous sommes tous des Mauriciens d’après la loi et nous avons tous une deuxième identité, comme celui du Mauricien d’origine hindoue ou musulmane, chinoise, blanche, etc. Accepter cette réalité, c’est déjà faire preuve de maturité politique. C’est ce que Nelson Mandela avait fait en Afrique du Sud : « Let’s create the rainbow nation » disait-il.

Cela ne veut pas dire qu’il faut interdire telle ou telle expression d’une équipe. S’il y a une équipe qui est composée d’Hindous ou de Musulmans, etc., quel mal y a-t-il pourvu que les règlements du football soient observés. Mais on peut aller plus loin en disant que vous pouvez jouer votre football comme vous le voulez, et si vous voulez appartenir à une association de l’État, disons Mauritius Football Association à ce moment-là, votre équipe devrait avoir des éléments de toutes les ethnies. Au moins des éléments d’autres ethnies. On aurait pu procéder par étapes et sur une période deux ou trois décennies, on aurait réglé le problème.

Or, ce qui s’est passé a été tellement mal fait qu’aujourd’hui nous sommes obligés de retourner « back to square one » et essayer de voir comment on pourrait relancer le football parce que, selon l’aveu de Sir Anerood Jugnauth lui-même, la régionalisation n’a pas fonctionné et a contribué à tuer le football.

* Vous avez parlé de Mandela « Let’s create the rainbow nation ». Que vous inspire son décès ?

Je suis contre le fait d’exagérer notre tristesse pour les besoins de la galerie.

Que ce soient des gens qui s’appellent Obama ou Hollande, ils n’ont rien fait pour aider l’Afrique à sortir de l’apartheid et, aujourd’hui, ils se vantent d’être de grands admirateurs de Mandela. Les Français, les Anglais et les Américains ont toujours traité Mandela de terroriste. Et qui étaient ceux qui ont soutenu Mandela dans son combat ? Il y avait Fidel Castro, Kadhafi, Mugabe et on ignore la contribution de ces gens-là. Aujourd’hui, on oublie complètement ceux qui ont aidé Mandela dans son combat.

Mandela était un grand génie de la politique mais je voudrais qu’on évite de le déifier. Je crois qu’il l’a lui-même senti et il a dit qu’il n’est pas un saint. Il a pu mener son combat jusqu’à la fin. Il faut reconnaître le courage de cet homme qui a fait beaucoup de sacrifices. Il a avancé de nouvelles idées, il a été influencé par les idées et les travaux de Gandhi, par le christianisme et, au niveau spirituel, il a proposé des idées intéressantes.

Mais il avait une très grande faiblesse. Sa connaissance de l’économie était relativement faible. Et, alors, quand il a quitté la prison, il a été accaparé par les néo-libéraux américains et européens qui lui ont fait croire que la seule solution pour le développement de l’Afrique du Sud, c’était le capitalisme à outrance.

Sous Mandela, la longévité des Africains a été réduite. Puis, c’est une élite noire qui a grimpé les échelons pour s’asseoir à côté de l’élite de l’apartheid. Le démantèlement de l’apartheid a bénéficié à une bourgeoisie noire. Le programme de l’ANC a été relégué aux oubliettes au profit du néo-libéralisme. Ce qui se passe au niveau des masses populaires est triste. Les pauvres sont devenus plus pauvres, le chômage est devenu un problème hyper sérieux. A cause de tout cela, l’Afrique du Sud est devenu un pays violent où il n’y a plus de sécurité aujourd’hui. La résolution des problèmes sociaux et économiques, et la justice sociale que réclamait l’ANC n’ont pas eu lieu. Aujourd’hui, la corruption au sein du pouvoir noir est devenu un problème très grave.

 


* Published in print edition on 13 December 2013

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