«Lutte à trois : Je l’espère, nous l’espérons»

Interview: Cader Sayed-Hossen —

‘Une lutte électorale à trois permettrait à l’électorat d’exprimer clairement et sans ambiguïté liée aux alliances son positionnement’

‘Il n’y a pas de gouvernement bicéphale. Il y a un gouvernement multicéphale’

Cader Sayed-Hossen, membre du Parti Travailliste et ancien ministre, dresse une liste des problèmes et des affaires qui dépassent l’entendement de tout un chacun. Les dérives s’expliquent : pas de leadership mais plusieurs chefs de cirque qui tirent les ficelles dans tous les sens. Au plan social, au plan économique, au plan politique qu’a pu bien faire l’Alliance lepep ? Selon lui, ne faudrait-il pas plutôt croire à un tsunami qui persiste ?

Mauritius Times: « It’s a Trumptastrophe… nothing can actually be ruled out from a man who is entirely unpredictable; The markets tell us President Trump is worse than Brexit…” Voilà quelques titres des commentaires suivant l’élection surprise de Donald Trump comme le 45e président des Etats-Unis. Exagéré ou non, mais il y des leçons à tirer du scrutin américain qui a démontré que le populisme extrême peut gagner malgré les armes de la raison. Qu’en pensez-vous ?

Cader Sayed-Hossen : Ces commentaires des médias ne me surprennent pas du tout dans la mesure où pratiquement tous les principaux acteurs médiatiques non seulement donnaient HilLary Clinton comme gagnante incontestable des élections présidentielles américaines, mais ont aussi, et surtout, apporté leur soutien, ouvert ou déguisé à Clinton.

Je suis entièrement persuadé que tous ces doomsday scenarii n’auront pas lieu et seront vite oubliés. Ce dont il faut se rendre compte, c’est que les USA sont dirigés non par un homme mais par une machinerie peut-être pas subtile, mais sournoise – ce que les politologues appellent le complexe militaro-industriel-financier américain. Non seulement aucune décision de politique n’est prise qui aille à l’encontre des intérêts de ce complexe (ces intérêts étant considérés comme l’équivalent des intérêts nationaux stratégiques des USA), mais très souvent, ce complexe dicte la politique américaine de par leur mainmise sur le financement des hommes et femmes politiques américains et de par l’action permanente et tout à fait officielle des lobbies auprès des décideurs politiques du Senat et de la Chambre des Représentants.

Regardez un peu ce qui s’est passé dans l’histoire récente des USA. Regardez la mainmise des intérêts militaires et pétroliers sur la politique de GW Bush. Regardez l’incapacité de Barack Obama à pratiquer la moindre petite ouverture envers le monde arabe et musulman en dépit de son discours de l’Université de Al Azhar au début de son premier mandat. Seul Lyndon Johnson, devenu président des USA après l’assassinat de John Kennedy, a agi pratiquement comme un président idéologue quand il a forcé l’adoption des législations étendant les droits civiques et politiques aux Afro-Américains.

En conclusion, je vous dis ceci. Les marchés et les médias et autres commentateurs peuvent dormir tranquille. En dépit de ses propos extrêmes lors de la campagne électorale, en dépit de son côté provocateur, en dépit de tout ce qu’il a pu être ou dire, le Président Trump rentrera très vite dans les rangs, absorbé par le complexe militaro-industriel-financier et par l’Establishment américain et sera un président américain conventionnel – comme ils l’ont tous été d’ailleurs.

En ce qui concerne le danger des populismes extrêmes, il ne faut jamais oublier que ce sont de tels replis identitaires et nationalistes qui ont engendré Hitler. Mais il ne suffit pas de s’en inquiéter. Il s’agit aussi et surtout d’en chercher les causes profondes – les désillusions souvent non-dites, muettes et sournoises, le sentiment d’abandon, l’écart grandissant entre riches et pauvres, l’impression de ne pas faire partie de ceux dont la condition compte pour les décideurs politiques du moment, la paupérisation grandissante, entre autres – et d’appliquer des solutions concrètes à de telles conditions.

* On ne sait pas encore si les Républicains vont réussir à contenir Donald Trump, mais les analystes soutiennent que rien ne peut vraiment être écarté concernant un homme qui est tout à fait imprévisible. Quelles vont être, selon vous, les implications financières pour Maurice et pour la géopolitique dans cette partie du monde de l’élection de Trump ?

Je ne suis pas d’accord avec le qualificatif d’imprévisible utilisé envers Donald Trump. Trump ne fait pas de discours politique, ni de discours de politique, Trump n’expose pas des projets, Trump cause. C’est un des aspects de sa personnalité qui l’a rendu si populaire, populaire au point d’être élu Président des USA en dépit du fait qu’il est, à 70 ans, un novice et un débutant en politique. Quand Trump cause, il s’adapte à son auditoire, change son fusil d’épaule quand il le faut et change d’avis, si c’est requis.

Trump est un pragmatique dans un pays qui se veut pragmatique. Trump est ce qu’on appelle en anglais un doer qui, parti de presque rien, a bâti un empire immobilier valant des milliards de dollars. Ne l’oublions pas. Alors, je maintiens mon analyse et maintiens que la politique du Président Trump sera une de quasi-continuité sauf sur deux points importants – la politique d’immigration et celle de la sécurité sociale, dont principalement l’Obamacare.

Le candidat Trump a prôné un certain isolationnisme des USA. Mais les USA ont-ils véritablement les moyens d’une politique isolationniste ? Je ne le pense pas, étant donné que tous les conflits sont maintenant d’ordre global – la concurrence économique, dont principalement celle de la Chine, les menaces sécuritaires liées au terrorisme et la course à l’accaparement des matières premières stratégiques.

Les implications pour nous et cette partie du monde ? Les deux principaux liens entre Maurice et les USA sont l’AGOA et la présence des Américains à Diego. Les Américains ne quitteront pas Diego même si nous récupérons notre propriété car les USA se moquent totalement du droit international quand leurs intérêts nationaux sont en jeu. L’AGOA, on le sait, a été prolongé pour quelques années encore, mais il est possible que le Président Trump, dans le cadre de la mise en marche d’une politique commerciale protectionniste et isolationniste, n’autorise pas la prolongation de l’AGOA ou l’annule tout simplement, même si les importations américaines sous l’AGOA ne représentent qu’une infime partie de la demande du marché américain. Mais nous savons déjà que les avantages fiscaux ou tarifaires dont nous pouvons bénéficier à une certaine période ne durent pas éternellement.

* Le prestigieux ‘Washington Post’ écrivait à la veille des élections présidentielles que « when we endorsed Ms Clinton, we stressed we were not choosing the lesser of the two evils…» Or, les électeurs dans beaucoup de pays se trouvent confrontés au même dilemme, celui d’avoir à choisir l’une de deux mauvaises choses – « la peste et le choléra » comme le disent certains. L’électeur mauricien se retrouvera-t-il devant le même dilemme lors des prochaines législatives ? Ou penchera-t-il en faveur de l’autre qui se vante d’être « propre et compétent » ?

Voyons tout de suite et terminons-en rapidement avec l’autre, qui se vante d’être « propre et compétent ». Quand un parti n’a jamais ou presque jamais été au pouvoir, comme « l’autre », il ne laisse aucune trace. C’est le cas de « l’autre » comme vous dites. N’oublions quand même pas le cadeau aux dépens des caisses de l’Etat de Rs 7,7 milliards fait par « l’autre » au grand secteur privé cannier sous le Deal Illovo, qualifié à l’époque de « mari deal historique ».

Les expressions à l’emporte-pièce, telles que « la peste et le choléra » utilisées par une certaine presse montrent soit une incroyable étroitesse d’esprit, et par extension, d’analyse, soit un parti pris, un positionnement partisan qui est d’ailleurs très courant dans la presse locale. Comme l’Alliance Lepep, surtout le MSM, est en train de tout détruire et qu’il attire les critiques, disons pour faire bonne mesure et pour ne pas trop discréditer le MSM que le gouvernement Travailliste sortant était de la même nature, ayant commis les mêmes gabegies et ayant aussi mené le pays vers une catastrophe sociale et économique. Voilà ce que signifient « la peste et le choléra ».

Je ne dirai pas que l’auteur de cette expression fait montre d’une profonde mauvaise foi, mais mettre le régime Travailliste sur la même échelle que le Lepep des Jugnauth est un signe d’un refus de voir la réalité en face. Sous Navin Ramgoolam, la croissance économique était permanente en dépit d’une conjoncture internationale très défavorable (n’oublions pas les deux crises, financière et économique, qui ont frappé le monde entier), Maurice s’est modernisée à pas de géant avec un développement des infrastructures, du jamais vu avant, la politique sociale a été renforcée, des emplois étaient créés, l’entreprenariat était encouragé par de nombreuses mesures de facilitation, la criminalité était en baisse, la sécurité routière était renforcée, la paix sociale régnait: la population vivait et respirait.

Que voyons-nous sous l’alliance Lepep ? Une stagnation économique telle qu’on en a jamais vu depuis notre accession à l’indépendance, des pertes d’emploi quotidiennes, des fermetures d’entreprises, des licenciements arbitraires, le recrutement systématique des proches du clan MSM aux dépens des citoyens nettement plus qualifiés, les passe-droits, des abus criants de pouvoir, l’utilisation de la police et des institutions comme instruments partisans, le règne de l’arbitraire le plus total, une criminalité accrue, la montée de la violence, la dégringolade de la sécurité routière, et j’en passe.

Non, l’électeur mauricien ne se trouve ni ne se trouvera devant un dilemme. Ce gouvernement Lepep est déjà condamné par la population, vous n’avez qu’à écouter la grogne de la Nation, qui se fait de plus en plus forte chaque jour. Le Parti Travailliste représente la seule alternative pour le pays. Pas par défaut, comme la victoire de l’Alliance Lepep aux élections de 2014, mais par choix délibéré, volontariste de la Nation, par adhésion.

* Voulez-vous dire que le PTr a fait énormément de progrès depuis décembre 2014 pour échapper à l’une de ces étiquettes qu’on s’est employé à lui coller sur le dos ? Ou y a-t-il toujours un long chemin à parcourir?

Bien sûr, le Parti Travailliste a bien fait surface depuis décembre 2014. La preuve en est là : non seulement l’assistance nombreuse, parfois massive, comme à Kewal Nagar en septembre 2015 et à Triolet en septembre 2016, et l’accueil que reçoit Navin Ramgoolam à la vingtaine de congrès que nous avons tenus à travers le pays depuis un an, mais aussi la réaction de la population envers nous quand nous sillonnons les villes et les villages de Maurice.

Comme je vous l’ai dit plus tôt, le Parti Travailliste est aujourd’hui perçu comme la seule alternative possible à un régime Lepep incompétent et complètement coupé des préoccupations et des conditions de la Nation. Certes, les élections ne sont jamais gagnées d’avance. Il y a encore du chemin à parcourir, nous en sommes pleinement conscients et nous nous sommes attelés à la tâche pour la reconquête du pouvoir et ce avec sérénité et confiance.

* En tout cas, ça promet d’être « ugly » à Maurice également, tout comme la campagne de l’élection présidentielle aux Etats-Unis, dans le cadre d’une très probable lutte à trois ?

Je ne sais pas s’il y aura une lutte à trois. Je l’espère, nous l’espérons. Nous n’avons jamais fait de campagne « ugly ». Par contre, c’est l’Alliance Lepep qui a inauguré la mode des attaques personnelles pendant la dernière campagne électorale. Non satisfait de sa victoire électorale, Jugnauth a commencé dès janvier 2015 les préparatifs pour l’intronisation de son fils Pravind Jugnauth. Pour assurer l’avenir du fils, on devait à tout prix abattre la seule personne qui pourrait faire barrage aux ambitions dynastiques: Navin Ramgoolam. D’où l’arrestation, le 6 février 2015, de Navin Ramgoolam, arrestation arbitraire et dans des conditions inacceptables, avec, entre autres, la mobilisation par le MSM de ses partisans pour être à l’heure qu’il fallait, devant la résidence de Navin Ramgoolam à la Rue Desforges, d’où la dizaine de charges provisoires les unes plus farfelues que les autres (et qui sont systématiquement rayées par les tribunaux) contre Navin Ramgoolam.

Non seulement la campagne du MSM a été « ugly » mais sa façon de faire au pouvoir est tout aussi « ugly ». Mais que pouvons-nous attendre d’autre d’un parti qui s’est lui-même qualifié comme se moquant de la moralité (moralité pa rempli vente), comme se foutant totalement de la critique (critik pou moi couma dir dilo lor brede sonze) et se targuant lui-même d’être comme les rats qui abandonnent le navire qui coule (ki ouler, bato pe couler, mo bizin sauve mo lavi…).

* Au fait, pensez-vous qu’une lutte à trois serait cette fois-ci une bonne chose pour le pays pour que les choses soient « claires et nettes », comme le souhaitait votre leader en 2000, malgré les risques que cela comporte ?

Oui, je pense personnellement qu’une lutte électorale à trois recadrerait une bonne fois pour toutes, du moins pour quelque temps, la situation des grands partis sur l’échiquier politique et permettrait à l’électorat d’exprimer clairement et sans ambiguïté liée aux alliances son positionnement.

A l’exception des élections de 2014, où le moteur de l’Alliance Lepep a été Anerood Jugnauth – qui l’a emporté, non en fonction de son mérite mais par défaut, grâce à un vote massif de protestation contre le Parti Travailliste – le MSM, historiquement un clan familial et un parti très minoritaire, a toujours été porté au pouvoir par son alliance avec des partis de masse comme le Parti Travailliste et le MMM.

Le PMSD, parti des Duval et des cousins, se retrouve dans le même cas de figure. Le MSM et le PMSD, par le jeu des alliances, ont fini par occuper sur la scène du pouvoir politique une place totalement disproportionnée par rapport à leur véritable assise populaire. Une confrontation à trois éclaircira les choses, les remettra dans leur juste perspective et permettra de voir surtout quelle est la véritable assise populaire de partis tels que le MSM et le PMSD – les autres composantes de l’Alliance Lepep n’étant que des incidents de parcours, un peu comme des champignons qui germent après l’orage.

* En attendant, la transition se fait attendre, et même si l’impression générale veut que le gouvernement connaisse une baisse de popularité en raison de sa gestion des affaires du pays et des cafouillages au sein de l’alliance Lep dû principalement au fait de l’existence d’un « gouvernement à deux têtes », n’empêche que, à ce niveau également, il y a un long chemin à parcourir afin de pouvoir vraiment inquiéter le gouvernement ?

Il n’y a pas que la mauvaise gestion des affaires nationales et ce que vous appelez l’existence d’un gouvernement à deux têtes. Il y a le pillage des richesses du pays, il y a les passe droits, il y a que Maurice, modèle de développement économique et social sous le Parti Travailliste devient maintenant la risée des autres pays, il y a surtout l’absence totale de leadership au gouvernement, avec chaque ministre faisant ce qu’il veut, quand il le veut.

Il est clair que ce gouvernement se comporte comme s’il n’était pas inquiet. Je ne sais pas si c’est en raison de leur inconscience ou de leur irresponsabilité. Soyons clair: ils sont au pouvoir depuis presque deux ans et ont devant eux, jusqu’à la fin de leur mandat, trois ans encore. Il y a effectivement encore là un long chemin à parcourir. Pas pour le Parti Travailliste. Pour le pays et pour la Nation. S’ils restent jusqu’en 2019, cela donnera encore trois ans à l’Alliance Lepep pour continuer à détruire nos infrastructures et nos institutions, à faire reculer le pays et à rendre le climat et la paix sociale extrêmement fragiles. Pour notre pays, c’est effectivement un très long chemin à parcourir.

* Dans le sillage de l’affaire de limogeage de Megh Pillay, Pravind Jugnauth disait lors d’une conférence de presse, cette semaine, qu’il n’y a aucune divergence entre lui et le PM – « nous regardons dans la même direction… nos relations sont excellentes ». Il semble qu’il y ait effectivement convergence de vues sur un grand nombre de dossiers, à l’exception de Heritage City, ce qui contredit donc l’impression d’un « gouvernement bicéphale ». Qu’en pensez-vous ?

Je vous renvoie à ma réponse à votre question précédente: il n’y a pas de gouvernement bicéphale. Il y a un gouvernement multicéphale, avec Jugnauth père et fils, Soodhun, Badhain (même si celui-ci, tel un serpent de mer, après une longue occupation presque monopolistique à l’avant-scène, accumulant catastrophe sur catastrophe – le démantèlement de la BAI coûtant à l’Etat plus de 7 milliards de roupies selon Lutchmeenaraidoo, la destruction de notre trait de néon-double imposition avec l’Inde, Heritage City, entre autres – effectuant régulièrement des apparitions et des disparations), Duval, Collendavelloo. Et un supposé Premier ministre qui, selon ses propres dires, n’est jamais au courant de quoi que ce soit.

* En ce qui concerne le limogeage de l’ex CEO de MK, que « Megh Pillay s’est lui-même tranché la tête », comme le soutient Ivan Collendavelloo, ou que le Premier ministre n’aurait pas été partie prenante dans la prise de décision du board restreint d’Air Mauritius, ne vous semble-t-il pas que les vraies raisons qui ont motivé la mise à l’écart de Pillay ne sont toujours pas connues ?

Je dois vous dire que quand j’étais Ministre de l’Industrie et du Commerce, Megh Pillay a été pour moi un proche collaborateur en sa qualité de CEO de la State Trading Corporation. J’ai beaucoup de respect pour Megh Pillay que j’ai connu comme un homme compétent et intègre. Megh Pillay a par ailleurs été à la tête de plusieurs grandes corporations d’Etat et a travaillé sous plusieurs gouvernements comprenant le Parti Travailliste, le MMM et le MSM.

La remarque de Collendavelloo à l’effet que Megh Pillay se soit lui-même tranché la tête est, comme la plupart des remarques de Collendavelloo, excessive, abusive et arbitrairement prononcée, du genre invective de petit chef. Cette remarque, non qualifiée par ailleurs, en dit plus long sur Collendavelloo lui-même que sur Megh Pillay. Passons.

Par ailleurs, il me semble effectivement extraordinairement bizarre que le CEO de la compagnie nationale d’aviation soit évincé de manière cavalière et expéditive par un board convoqué quelques petites heures avant et où était présent le minimum de membres (cinq), dont un qui, du fait qu’il n’occupe plus la fonction qui le qualifie pour être membre du board d’Air Mauritius, n’est plus de facto un membre du dit board. Au fait, je me demande si un petit actionnaire d’Air Mauritius ne devrait pas poursuivre en justice le board et le Chairman du board pour avoir tenu un board meeting avec une assistance illégalement constituée, et ne devrait pas demander par la même occasion l’invalidation des décisions prises au cours de ce board meeting.

Il me semble encore extrêmement bizarre que le CEO d’Air Mauritius soit ainsi expéditivement limogé en raison du « conflit » qui l’oppose à un membre du personnel, Executive Vice President certes mais somme toute mineur.

Ma lecture personnelle est la suivante. Soit ledit Executive Vice President détient des informations que les dirigeants souhaitent étouffer, un peu comme la phrase laconique de Lutchmeenaraidoo pendant l’épisode de son emprunt auprès de la State Bank à des conditions à nulle autre pareille, « en tout cas ce n’est pas moi qui détiens des comptes à Hong Kong » – petite phrase qui lui a valu immédiatement d’être réintégré au sein du gouvernement. Soit il se prépare un mauvais coup à Air Mauritius… et il faut donc à tout prix écarter le CEO qui ne fait pas partie du cercle des initiés…

* Toute divergence de vues entre le management d’une compagnie privée ou ‘State-Owned’, par rapport aux « policy directions » ne fait pas généralement l’objet d’une procédure « fast-track » avec la convocation du conseil d’administration avec un préavis de deux heures seulement et sans agenda. Un tel recours est généralement envisagé dans des cas de fautes très graves, pas vraiment lorsqu’il y a divergence « on matters of policy ». L’affaire devient encore plus suspecte, n’est-ce pas ?

Je soutiens entièrement votre analyse. Le « conflit » intra-management dont a fait mention la presse est une affaire qui concerne le management et certainement pas le board – dont la fonction en est une de surveillance et de prise de décisions de grandes orientations stratégiques. Dans le présent cas, il se raconte que le représentant du Prime Minister’s Office, Prakash Manthoora, aurait piloté la séance et le limogeage de Megh Pillay. Faut-il pour cela qu’il y ait des raisons importantes autres qu’un simple conflit à l’intérieur du management d’Air Mauritius.

Effectivement, l’affaire est très suspecte. Je n’ai pas de boule de cristal, mais puisqu’il s’agit d’Air Mauritius, nous sommes tentés de nous demander s’il n’y a pas à court terme un projet d’achat d’avions dans le processus duquel on a voulu écarter Megh Pillay…

* On s’est retrouvé avec de grands scandales et controverses dans nos compagnies d’Etat qui sont « sheltered from parliamentary scrutiny » du fait de leur statut en tant que compagnie privée. Rien qu’en ce qui concerne la compagnie aérienne nationale il y a eu l’affaire de caisse noire, les deals controversés entre Air Mauritius et Airbus, toute une série de ‘hedging’ qui ont coûté des milliards… Il y a eu aussi l’affaire Dufry dans le cas de la Mauritius Duty Free Paradise, les pertes encourues dans la gestion des casinos sous le contrôle de la State Investment Corporation ; il y a aussi Mauritius Telecom… Plus ça change, plus c’est la même chose sous les gouvernements respectifs… ?

En effet, l’opacité dont bénéficient les compagnies d’Etat permet des pratiques abusives qui restent hors de la portée d’un questionnement public, entre autres à travers le Parlement. Si nous voulons instaurer une transparence véritable et assainir les mœurs publiques les compagnies d’Etat doivent être « accountable » devant des instances parlementaires.

Cependant, quand une compagnie d’Etat compte parmi ses actionnaires des intérêts étrangers, cela devient plus compliqué de par les clauses de non-divulgation qui peuvent être contenues dans les statuts de la compagnie. Mais une législation adéquate devrait pouvoir résoudre ce problème précis.

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