“Tout parti politique, quel qu’il soit, a besoin d’un leader: quelqu’un qui rassemble, qui inspire et qui fait gagner les elections”

Interview: Cader Sayed-Hossen

 

 “Le gouvernement Ramgoolam n’a jamais pris une décision quelconque que ce soit par rapport à la BAI ou autre sur des questions où c’était le rôle d’une institution de règlementation de le faire”

 « Qui est ce dirigeant politique qui peut se targuer de ne pas avoir de relations privilégiées avec certains patrons d’entreprises ? Alors, trêve de faux-semblants”

Sans aucun doute, c’est la tension sociale soulevée par l’affaire Bramer/BAI qui retient l’attention des medias. Y avait-il un autre moyen de gérer ce problème afin de faire preuve de maturité et de responsabilité ? Est-ce que ce gouvernement devrait recentrer rapidement ses priorités sur la relance de l’économie, le combat contre le chômage et la précarisation des emplois ? Cader Sayed-Hossen répond à nos questions.

Mauritius Times : Ça tombe au bon moment, n’est-ce pas, ce jugement du Privy Council concernant l’appel interjeté en novembre dernier par la Rainbow Insurance contre la Financial Services Commission (FSC), car riche en enseignements sur les pratiques dans le domaine de l’assurance, sur le rôle et les responsabilités du régulateur dans ce secteur et le temps que cela peut prendre pour que les assurés parviennent à voir la lumière au bout du tunnel – 7 ans dans ce cas précis – et retrouver, en fin de compte, leurs investissements dans des polices d’assurance, du moins ce qu’il en restera suivant l’application des règles juridiques de liquidation. Quels enseignements tirez-vous de cette affaire ?

Cader Sayed-Hossen : Tous ceux qui ont suivi, de près ou de loin, cette affaire Rainbow Insurance se doutaient plus ou moins de l’issue du processus légal en question.

La Rainbow Insurance a fait, en fin de compte, ce qu’elle devait faire : se défendre. Mais le problème n’est pas là. L’enseignement que nous devons tous en tirer est que le droit a raison – pour la simple raison que le droit protège les intérêts de la grande majorité contre ce qui peut léser ses intérêts.

Ce que nous contestons, ce que je conteste, ce n’est pas la mise en marche et l’implémentation de réglementations qui gouvernent tel ou tel autre secteur d’activité. Personne n’est au-dessus de la loi et tout le monde et toutes les sociétés doivent se soumettre à ces réglementations – sans aucune exception.

Mais, encore une fois, le problème est ailleurs. Il est, dans les faits, que des politiques se sont substitués aux régulateurs pour prendre des décisions qui relèvent uniquement et strictement des régulateurs, pour les annoncer et, pour ensuite venir, sans pudeur aucune, faire le procès public des entreprises qu’ils ont délibérément abattues, ainsi que celui des promoteurs/actionnaires/dirigeants de ces entreprises.

La politique s’est substituée aux institutions. Des politiciens se sont arrogé le droit d’être simultanément politicien, ministre, enquêteur, procureur et juge. Et cela va à l’encontre de tous les principes de démocratie, du respect de l’Etat de droit et du respect des institutions pour lesquelles le Parti Travailliste s’est toujours battu. Et cela décrédibilise le pays et nous rapproche dangereusement des attributs d’une république bananière.

* On peut facilement imaginer le temps que la contestation légale des différentes mesures prises par les régulateurs à l’encontre de la Bramer Bank, mais surtout de la British American Investment (BAI), relatif au plan ‘Super Cash Back Gold’, va prendre – l’ordre de grandeur que ce soit par rapport au nombre des assurés ou le montant des investissements en jeu étant tout à fait différent. Avec aucune solution gouvernementale en vue jusqu’ici – s’il en existe une qui soit acceptable pour ces derniers –, il semble que nous allons traverser une zone de grande turbulence politique et sociale dans les semaines et mois à venir. Qu’en pensez-vous ?

Je partage totalement votre analyse et votre avis. Notez bien qu’avant que le gouvernement ne décide, en catimini, d’annuler la licence d’opération de la Bramer et ne prenne de mesures contre la BA Insurance, il n’y a pas eu un seul client de la Bramer ou de la BA Insurance qui n’a pas été payé quand il s’est présenté pour un tel cas. Notez aussi qu’un plan d’investissement tel que le ‘Super Cash Back Gold’ est un produit approuvé et avalisé par les régulateurs et que des sociétés comme la SICOM et le National Mutual Fund ont aussi offert de tels produits à des investisseurs.

Notez en plus que, contrairement à ce que veut nous faire croire ce gouvernement, beaucoup de ceux qui ont investi dans le ‘Super Cash Back Gold’ sont de petits épargnants, des bénéficiaires de ERS et de VRS de l’industrie cannière, de petits employés qui ont investi des fonds parfois modestes, en vue de financer les études ou le mariage de leurs enfants.

Evidemment, ce qu’a fait le gouvernement provoquera un retour de flamme. Non seulement ce gouvernement heurte la dignité de nos citoyens et les prend pour des dindons naïfs, mais – en plus – il menace leurs économies et le fruit de longues années de dur labeur et de sacrifices.

Ajoutez à cela les difficultés économiques sérieuses auxquelles le pays fera très probablement face – baisse de la croissance économique, chute des revenus à l’exportation, chute du PNB, perte d’emplois, renchérissement du coût de la vie tous en raison de l’incapacité du régime à gérer l’économie. Ce gouvernement tue l’espoir et si vous tuez l’espoir d’un peuple la seule issue qui lui reste est la révolte.

*Mais, admettons que la révocation de la ‘banking licence’ de la Bramer Bank aurait été « préméditée, calculée », selon la réplique des porte-parole du Groupe, pour amener la chute du Groupe BAI – cela malgré l’accord de la FSC à étendre le délai accordé à la BAI pour la restructuration de ses investissements dans ses entités liées jusqu’en 2016 -, aucun gouvernement responsable ne pouvait ne pas agir lorsqu’il est mis en présence des rapports des régulateurs sur les risques que constituait le mécanisme mis en place au niveau de la British American Investment avec l’apport de liquidités par le biais du plan ‘Super Cash Back Gold’, non ?

Une petite remarque en guise d’introduction: si la révocation de la ‘banking licence’ de la Bramer n’était pas préméditée comment expliquer le fait que quelques jours à peine après l’accession au pouvoir du gouvernement Jugnauth, 4 institutions étatiques se débarrassaient de leurs actions dans la Bramer pour un montant total dépassant Rs 1.8 milliards – ce qui est une somme colossale pour une petite banque ?

Ceci, en lui-même, suffisait pour donner le signal de la débandade, et vous avez vu comment juste après, la valeur de la Bramer en bourse a dégringolé. Cela a été une mise à mort calculée et planifiée.

Pour répondre plus directement à votre question, quelle plus grande preuve d’incohérence que, d’un côté, la FSC accordant à la BAI un espace pour reprendre son souffle, et immédiatement après, lui appliquer le couperet ?

Quelle plus grande preuve d’incohérence, de balbutiement que le ministre des Finances, Monsieur Lutchmeenaraidoo, venant déclarer que la State Bank allait reprendre la Bramer pour se voir immédiatement administrer un sonore camouflet de la State Bank qui déclare que cela ne l’intéresse nullement et que, de toutes les façons, Monsieur Lutchmeenaraidoo ne peut pas décider pour la State Bank.

Tâtonnements, changements d’orientation, nationalisation en 2015 ! Ils nagent en plein délire. Une telle légèreté dans la gestion des affaires du pays n’est pas risible, elle est criminelle. Petite question en guise de conclusion : Monsieur Lutchmeenaraidoo a-t-il seulement fait l’effort d’estimer l’impact – négatif – sur le PNB de ce que lui et ses copains ont déclenché ?

* Le rapport intérimaire des conservateurs du cabinet PwC serait accablant pour la BAI, dit-on. On affirme, à ce stade des examens des comptes de la BAI, qu’il existe un trou de Rs 12 milliards depuis décembre 2012, ce qui a amené les conservateurs à soutenir que le groupe se dirigeait inéluctablement vers un crash financier… L’imminence d’un crash ne pouvait laisser aucun gouvernement responsable insensible, n’est-ce pas ?

Il semble assez évident que le groupe BAI s’est retrouvé dans ce qu’en termes économiques nous appelons un ‘debt trap’. Je ne conteste nullement qu’en l’occurrence il doit y avoir ‘action’ de la part des ‘autorités’. Cependant ‘autorité’ ne veut nullement dire qu’il faut agir en politiciens prédateurs et revanchards ou en ministres-cow boys qui tirent sur tout ce qui bouge, mais en institutions juridiquement mandatées pour réglementer le secteur.

Et ‘action’ ne veut pas forcément dire fermeture brutale, la mise au chômage (qui est derrière la porte) de milliers d’employés et l’annihilation pure et simple des économies de plus de 23,000 épargnants.

Tout le monde sait qu’il y avait d’autres options, d’autres façons de faire et surtout, qu’il y a des procédures prescrites pour ce genre de situation.

* Nous apprenons en milieu de semaine que des négociations seraient en cours entre le gouvernement et les représentants de la BAI en vue d’une sortie de crise. Il semble qu’en l’absence d’une solution politique jusqu’ici, les deux parties ont compris qu’elles doivent privilégier une sortie de crise négociée et acceptable pour les finances publiques. ‘Good sense will finally prevail’ ?

Je crois que tout le monde l’espère et le souhaite – sauf les prédateurs, les nécrophages et les croque-morts.

Si l’issue sera telle que vous la décrivez (that good sense will finally prevail), que je souhaite, que nous souhaitons tous, alors à quoi rime tout ce tintamarre, toutes ces déclarations outrancières, toute cette mise à mal de la crédibilité de notre pays qui a été dépecée, toute cette angoisse imposée aux employés du groupe BAI, aux épargnants du Super Cash Back Gold, tout ce ‘bonfire of vanities’ ? A quoi cela rime-t-il alors ?

Comme je vous l’ai dit, une telle légèreté, une telle désinvolture, une tel manque de responsabilité dans la gestion des affaires publiques constituent autant d’actes criminels.

* On ne peut toutefois ne pas se poser des questions sur cette décision budgétaire prise par l’ancien ministre des Finances du gouvernement PTr-PMSD, Rama Sithanen, en 2007, pour imposer une taxe sur les intérêts bancaires, ce qui devait pousser les épargnants et autres investisseurs de se tourner vers le plan ‘Super Cash Back Gold’, leurs placements n’étant pas assujettis à la taxe. On dit qu’il n’y a pas de décision innocente dans la haute finance et la politique… Ce n’est pas tout à fait vrai ?

Disons plutôt qu’il n’y a pas de décision en politique ou en économie dont l’impact reste isolé ou insulaire ou paroissiale. Les effets de telles décisions font toujours cascade ou domino. Mais, de là, à lier la décision prise jadis par Rama Sithanen à cette affaire, il y a un grand pas à franchir.

La taxe sur les intérêts bancaires a été introduite à un moment précis, nommément, à la suite de 5 années de gestion catastrophique de l’économie qui a résulté en une chute de la croissance économique, en des pertes massives d’emplois, et surtout en un important déficit budgétaire, un accroissement de l’endettement public par rapport au PNB et en une trésorerie publique hautement fragilisée par la mauvaise gestion du gouvernement Jugnauth de 2000.

Cette décision était conjoncturelle, comme l’est souvent tout policy decision en matière économique. Il ne faut pas non plus donner l’impression que cette décision a poussé les épargnants et les investisseurs à se tourner vers des plans ‘malsains’. Il ne faut pas non plus oublier que les plans de type Super Cash Back Gold sont agréés par les autorités compétentes. S’il y a eu des problèmes de gestion de ces fonds ainsi investis, cela est une autre affaire.

* Vous ne vous sentez pas aujourd’hui moins confortable ou moins à l’aise avec les décisions prises par le Conseil des ministres du précédent gouvernement par rapport à BAI ou d’autres conglomérats? Y avait-il quelque embarras à l’époque dans la gestion de cette affaire en raison de quelque affinité politique ou de proximité entre dirigeants – l’un du gouvernement et l’autre du Groupe?

Sans aucune crainte de divulguer le contenu des délibérations du Conseil de ministres, je peux vous assurer que ledit Conseil des ministres – sous le Dr Navin Ramgoolam – n’a jamais pris une décision quelconque que ce soit par rapport à la BAI ou par rapport à quelque autre conglomérat ou groupe sur des questions où c’était le rôle d’une institution de règlementation de le faire. Alors, il est hors de propos de parler d’embarras ou de choses de ce genre.

Venons-en à cette fameuse question d’affinité politique et soyons honnêtes.

Qui est ce patron d’entreprise, quel est cet oiseau rare dans le monde des affaires qui n’a pas, et qui n’a pas exprimé ou démontré, plus ou moins ostensiblement, une affinité politique quelconque ou par sympathie sincère ou par intérêt, parce qu’il avait une faveur à demander ?

Qui est ce dirigeant politique qui peut se targuer de ne pas avoir de relations privilégiées avec certains patrons d’entreprises ?

Alors, trêve de faux-semblants. Et cessons de jouer à sainte-nitouche. La véritable question n’est pas de savoir s’il y a relation ou pas, affinité ou pas, car il y en a, et peut-être plus encore dans certains cas. La véritable question est de savoir comment gérer cette relation et, de ce point de vue, les USA ont de sérieuses leçons à nous donner.

Bref, le financement des partis politiques est une question extrêmement importante et nous nous devons, nous devons au pays, de l’aborder avec tout le sérieux, toute la franchise et toute la sérénité que cela demande.

* Nous avions soulevé la question la semaine dernière, et c’est toujours valable : Maurice connaît depuis des années déjà une longue liste d’affaires qui ont été préjudiciables à coups de centaines de millions de roupies tant aux épargnants qu’aux actionnaires. Soit ce sont les fonctionnaires qui sont pointés du doigt, ou les institutions régulatrices. Sinon on met cela sur le compte des pressions ou des instructions venues « d’en haut ». Faudrait-il plutôt réfléchir en termes d’une grande enquête, menée par des professionnels indépendants, et dirigée par un « sitting judge » pour faire toute la lumière sur les tenants et aboutissants de toutes ces affaires ? Qu’en pensez-vous ?

Ces ‘affaires’, comme vous les appelez, sont de natures diverses. Dans certains cas, ce sont des affaires liées à la corruption pure et simple, dans d’autres, il peut s’agir d’incompétence, de mauvaise gestion ou de mauvais jugement.

Evidemment, nous ne pouvons pas avoir la même approche dans tous les cas de figure qui pourraient se présenter. Je ne sais pas si la solution se trouve dans une grande enquête. Quelle que soit la nature des préliminaires menant à des ‘findings’, ce qui me semble essentiel est la nature, dont la totale indépendance garantie par la Constitution, et le fonctionnement des instruments de protection et de sauvegarde des intérêts publics, et de sanction qui seront mis en place.

* La transparence s’impose de plus en plus comme un critère de bonne gouvernance démocratique, et il serait probablement utile pour un climat de clarté que de consolider l’encadrement légal et institutionnel pour combattre la corruption en légiférant un ‘Right to Information Act’, qui constitue une arme redoutable contre la corruption, l’affairisme, le népotisme, le laxisme administratif, etc. Qu’en pensez-vous ?

D’abord, je serais le premier heureux si vous alliez faire cette proposition au ministre de la Bonne Gouvernance… lequel concept de bonne gouvernance englobe aussi la transparence au lieu des attitudes conspiratrices des gouvernants, la séparation effective des pouvoirs au lieu du fourre-tout des fonctions ministérielles de certains et la non-ingérence de la politicaille dans les institutions. Je serais encore plus heureux si cette proposition est acceptée et implémentée.

Effectivement, une « Right to Information Act » est essentiel pour le renforcement de la transparence, la prévention de la corruption et l’accroissement de l’accountability des responsables de l’Etat ainsi que des sociétés du privé – bref de tous ceux de qui dépendent de près ou de loin, à un moment donné, les intérêts de nos citoyens.

Et il ne faut surtout pas oublier que s’il y a des corrompus, il y a aussi des corrupteurs et il faut traiter les deux catégories comme étant similaires : un corrupteur est aussi coupable qu’un corrompu. Et, dans la plupart des cas, si le corrompu est du secteur public, le corrupteur est du secteur privé, ou de la société civile. Donc, il serait limitatif de penser que la corruption ne touche que le secteur public : toute la société est concernée.

* En attendant ce financement politique transparent et légal pour le PTr – et pour les autres également, votre parti a grandement besoin d’un leader, paraît-il ? Shakeel Mohamed disait que Navin Ramgoolam « est devenu un handicap pour le parti », et un porte-parole, collégial ou non, ne fait pas l’affaire, semble-t-il…

Je laisse à Shakeel Mohamed la portée et la responsabilité de ses propos et ne les commenterai donc pas. Je dis tout simplement ceci.

Tout parti politique, quel qu’il soit, a besoin d’un leader: quelqu’un qui rassemble, qui mobilise, qui galvanise, qui inspire et qui fait gagner les élections au parti en question. Il me semble que certains oublient trop facilement et, avec trop de célérité, qu’alors que dans les années 1980 et au début des années 1990, le Parti Travailliste était au creux de la vague politique.

Est alors arrivé un certain Navin Ramgoolam qui a porté le Parti Travailliste au pouvoir pendant 14 ans. Un parti politique est fait d’hommes et de femmes qui partagent un idéal, une vision, un projet national. Et tout homme ou toute femme peut faire des erreurs. Il en est de même pour tout leader politique. Est-ce cependant une raison de dire que ce leader est maintenant de trop, faisant d’un battement de langue, table rase du passé, des années glorieuses dont ce leader a été l’architecte indiscuté ?

Le leadership du Parti Travailliste est une question, certes, importante. C’est une question politique qui se débattra et se résoudra par des moyens politiques au sein du Parti Travailliste. Je ne tiens certainement pas à vous faire un procès, mais je dois dire que mon impression – et celle de beaucoup de mes collègues du Parti – est que cette question de leadership du Parti Travailliste est un peu le blue-eyed baby de la presse. Bref cette question préoccupe beaucoup plus la presse qu’elle ne préoccupe les membres du Parti Travailliste.

* Une dernière question : dites-nous votre appréciation de l’action gouvernementale ces derniers quatre mois et sur son ambition par rapport à la croissance économique par le biais des ‘Smart Cities’ et les PMEs ?

De quelle action économique gouvernementale parlons-nous ? Parlons plutôt de l’inaction gouvernementale dans ce domaine depuis décembre 2014. Qu’ont-ils fait depuis ? L’augmentation de la pension pour ceux du troisième âge, mesure promise pendant la campagne électorale et la gratuité universelle des examens de la SC et de la HSC, ces deux mesures qui ont été rendues possibles parce que nous avons laissé derrière nous une trésorerie très favorable.

Et rien de plus que la chasse aux sorcières institutionnalisée, des règlements de compte de bas étage avec des méthodes malsaines telles que les sorties nocturnes des trois dits VVIP, des épurations dans la fonction publique et les institutions étatiques sous prétexte de ‘nettoyage’, la mise au pas des institutions publiques pour servir des intérêts inavouables des dirigeants du jour, et, graduellement, l’instauration dans le pays d’un climat de terreur tel que personne n’ose ouvrir la bouche pour dire ‘assez’.

C’est quoi des ‘smart cities’ ? Ceux qu’a mentionné Monsieur Lutchmeenaraidoo dans son discours du budget sont des projets privés de développement résidentiels avec évidemment d’autres aménités. Ce sont tous de projets du secteur privé et, en plus, la plupart de ces projets ont déjà démarré sous notre gouvernement. Que propose le gouvernement pour les PME ? Des abattements fiscaux. Il faut encore que les PME puissent travailler, opérer, vendre, exporter et faire des profits pour qu’elles puissent bénéficier des abattements fiscaux. Alors que les PME ont besoin d’un plus grand accès au financement, à la formation, au transfert de technologies, aux marchés d’exportation, Monsieur Lutchmeenaraidoo leur dit : « Quand vous ferez des profits, vous paierez moins d’impôts… » Ceci est une plaisanterie non seulement de mauvais goût, mais, bien plus, cruelle.

Ecoutez, les priorités sont ailleurs.

Alors qu’il faut protéger et développer nos exportations, ce gouvernement laisse dériver la roupie, positivement vis-à-vis de l’euro, ce qui rend nos exportations industrielles moins compétitives, et négativement vis-à-vis du dollar US, ce qui résulte en un coût plus élevé de nos importations, soit pour des matières premières pour l’industrie ou pour nos produits de consommation, ceci menant à un renchérissement massif du coût de la vie.

Alors que toutes nos micro-entreprises et nos PME sont menacées, ce gouvernement, dans son budget 2015-16, n’apporte aucune proposition concrète pour trouver une solution à ce qui est aujourd’hui un problème économique et qui sera demain un drame humain. Sans parler des 18,000 diplômés chômeurs toujours en attente d’un emploi. Sans parler de leur promesse électorale, mille fois répétée, de mettre à la disposition des citoyens 15,000 emplois par an…

 

* Published in print edition on 24 April  2015

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