Interview Anil Gayan

Interview: Anil Gayan  

 

« L’affaire MedPoint sera résolue aussitôt que les fonctionnaires arrivent à résoudre leurs troubles de mémoire »  

* « Il faut qu’ils parlent… il faut les faire parler, il faut trouver des moyens pour les faire parler… »

*  Une nouvelle alliance MMM-MSM pourra-t-elle rééditer la performance de 2000 avec Sir Anerood reconduit dans le fauteuil de leader du MSM ? Reste à voir.

L’affaire Medpoint continue d’alimenter la presse cette semaine tandis que les développements au sein des deux partis – le MMM et le MSM – alimentent les rumeurs à propos de leur  prochaine alliance, et ce, malgré la décision prise par l’Assemblée des délégués du MMM contre toute alliance et l’absence de démission du Président de la République pour rejoindre les rangs du MSM. Notre invité tente de démêler l’écheveau pour apporter quelques éclaircissements sur la situation politique dans le pays. 

 

Mauritius Times : Sir Anerood Jugnauth est sorti de sa réserve pour dire que « l’ICAC pé fané » et qu’il démissionnerait « si besoin est ». Ensuite, il a donné la réplique à Hervé Aimée qui l’invitait à « retourne lors caisse savon »… On dit que le départ de Sir Anerood Jugnauth n’est qu’une question de temps. Pensez-vous qu’il s’est vraiment engagé dans une logique de départ ?

 

Anil Gayan : Je n’ai jamais entendu le Président parler aussi ouvertement contre les institutions durant tout son mandat. C’est bien la première fois qu’il fait une telle sortie contre une institution comme l’ICAC. Est-ce que cette démarche avait été motivée par le fait que son fils allait être arrêté ce jour-là ? On ne sait pas… mais on pourrait interpréter cette prise de position du Président comme ayant été provoquée par la rencontre qu’il a eue avec le leader de l’opposition Paul Bérenger à Réduit.

 

Je trouve anormal qu’un Président évoque la possibilité de sa démission potentielle dans la presse. S’il y a vraiment des raisons pour qu’un Président démissionne, qu’il le fasse et qu’il s’explique face à la population. Cette menace de démission nous rappelle celle de Sithanen qui marchait avec sa lettre de démission dans sa poche quand il était ministre des Finances. Je ne sais pas si le Président a également sa lettre de démission dans sa poche, mais il y a un manque de sérieux évident de la part de l’institution présidentielle.

 

Toutefois lorsqu’un Président évoque une telle possibilité, c’est qu’il a déjà mûrement réfléchi à la question. Si tel est effectivement le cas, c’est qu’il y a des raisons qui le mènent à agir de la sorte. Il faut donc qu’il aille jusqu’au bout de sa logique et nous donne les raisons qui ont motivé ses paroles… il y va de sa crédibilité. Donc qu’il aille jusqu’au bout de sa logique ou qu’il parte.

 

* Pour avoir connu Sir Anerood Jugnauth pendant de longues années, vous dites que sa prise de position a été faite après mûre réflexion. Le pensez-vous vraiment?

 

Quand je considère le silence du Président depuis des années et puis, soudainement, la même personne lance des critiques contre l’ICAC, on est en droit de se poser des questions : a-t-il été motivé par des raisons familiales ou pour des raisons d’intérêt national ? C’est à lui de répondre à cette question, mais on ne peut pas oublier la coïncidence entre le fait que Pravind Jugnauth devrait être interrogé par l’ICAC et la sortie de Sir Anerood contre la Commission anti-corruption. Y a-t-il d’autres raisons également qui poussent Sir Anerood à critiquer l’ICAC ? Nous savons que certains fonctionnaires ont connu des troubles de mémoire par rapport à cette affaire… Reste à voir s’ils vont la retrouver, ce qui pourrait nous éclaircir sur ce qui s’est réellement passé. Il y a des zones d’ombres dans l’affaire MedPoint, l’ICAC doit donc poursuivre son enquête et s’il y a matière à poursuite, le DPP assumera ses responsabilités.

 

* On ne sait pas combien de temps prendra l’enquête et ce qu’il compte faire pour assurer ses arrières avant qu’il ne quitte définitivement la présidence. Qu’en pensez-vous ?

J’ai côtoyé Sir Anerood Jugnauth pendant de longues années, j’ai beaucoup d’estime pour lui mais je ne m’attendais pas à cette sortie de sa part. Toutefois, je pense que s’il a pris une telle position, c’est qu’il a vraiment une idée derrière la tête et qu’il a sûrement préparé son départ. Mais plus il tarde à prendre la porte de sortie, moins il aura d’impact. S’il veut partir, il devra le faire au plus vite. S’il ne le fait pas, il perdra en crédibilité… En tout cas, on ne peut pas avoir la présidence en guerre contre le Premier ministre — c’est malsain pour notre démocratie et pour nos institutions mais aussi pour la classe politique. Et cela donne un mauvais signal aux jeunes que de voir des divergences d’une telle envergure au sommet de l’Etat. Je crois que c’est nécessaire pour la bonne marche de la démocratie que cette situation se décante ou qu’il y ait une décision claire et nette de la part de Sir Anerood Jugnauth.

 

* En d’autres mots, vous êtes en train de dire que ce serait souhaitable pour le pays que Sir Anerood crève l’abcès sans tarder ?

 

Je crois que c’est absolument nécessaire dans l’intérêt national. Une crise de cette nature, au sommet de l’Etat, ne sert pas les intérêts du pays. D’ailleurs on a entendu les investisseurs dire qu’ils n’investiront pas dans un climat politique instable suite à la démission des ministres du MSM. Il faut donc que le pays retrouve sa sérénité.

 

* Mais pour revenir à cette question de temps avant que le Président ne se décide à crever l’abcès, est-il normal qu’il compte s’assurer de certaines choses avant de partir ?

 

S’il y avait vraiment des choses graves qui se passaient dans le pays, il n’aurait jamais dû partir en visite en Chine. S’il y a des problèmes dans le pays, il doit rester ici pour trouver des solutions. Mais il est parti en Chine, ce qui démontre que la situation n’est pas aussi grave qu’on le disait. Mais y a-t-il un « time limit » pour qu’il prenne une décision ? Je ne le pense pas, mais j’estime que son ancien parti va mettre la pression pour qu’il prenne une décision.

 

Je pense aussi que beaucoup de décisions vont être réactivées au cas où les fonctionnaires parviennent à résoudre leurs troubles de mémoire…

 

* Il se pourrait que Sir Anerood attende la finalisation de tous les détails d’une nouvelle alliance avec le MMM avant de quitter définitivement son poste ?

Je ne sais pas s’il retournera dans l’arène politique, mais s’il compte y revenir, qu’il le fasse avec respect et dignité. Il ne faut pas se sécuriser en politique, car la politique, c’est un risque. S’il veut se sécuriser à 100%, il n’y aura aucun respect pour le geste qu’il compte accomplir. La politique sans risque… ça ce n’est pas de la politique.

 

* Sir Anerood Jugnauth n’a pas caché son intention de revenir dans l’arène politique – « dans l’intérêt du pays », a-t-il dit. Si c’est pour sauver son parti et reprendre le leadership du MSM au fils, ça vaut le coup, diriez-vous ?

 

Je ne sais pas si le fils serait disposé à céder le leadership de son parti à son père, à moins qu’il y ait une autre formule du genre « Senior Minister » à la Lee Kuan Yew de Singapour. Mais un problème se posera au cas où Sir Anerood retourne dans l’arène politique et n’est pas reconduit comme leader du MSM — qui sera le Premier ministre en cas de victoire d’une éventuelle alliance MMM-MSM ? Pravind Jugnauth ? Paul Bérenger ou Sir Anerood Jugnauth ? C’est un problème pratique mais ‘réglable’ quand même. Dans la mesure où Pravind pourra céder la place à son père tout comme son père l’avait fait il y a quelques années – ce sera en quelque sorte le retour de l’ascenseur.

 

* Mais la rumeur dit que les modalités d’une alliance MMM-MSM sont déjà finalisées…

 

Il y a effectivement des gens qui pensent que le deal a déjà été conclu avec Sir Anerood Jugnauth comme candidat au poste de Premier ministre pour les cinq prochaines années ; il n’y aura pas de partage à l’israélienne cette fois-ci et Paul Bérenger sera le vice-Premier ministre.

 

* Si une telle chose se produit, M.Gayan, cela voudrait dire que le MMM n’est pas aussi fort que le prétend son leader pour remporter seul la victoire ?

 

Non, pas nécessairement, il y a une dynamique qui se crée avec le concours des deux partis dans une échéance électorale. Alors que le MMM et le MSM ont chacun leur électorat mais quand les deux vont ensemble aux élections, cela crée une dynamique qui peut réussir et cela a déjà réussi dans le passé.  

 

 

* Mais le mécontentement des militants, comme exprimé lors de la dernière Assemblée des délégués du MMM par rapport à une nouvelle alliance avec le MSM, ne viendra-t-il pas bloquer cette dynamique à laquelle vous faites référence ?

Non, Paul Bérenger fera comme bon lui semble. Il est le seul maître à bord, et je n’ai aucun doute que c’est le leader du parti qui aura le dernier mot, pas l’Assemblée des délégués ou toute autre instance du parti. Bérenger saura convaincre ses troupes de la justesse de ses options. Après tout, le système des partis qui prévaut actuellement à Maurice accorde des pouvoirs sans limite aux leaders. Bérenger pourra donc, comme dans le passé, faire, défaire, refaire, et même faire refaire comme il le souhaite…

* Paul Bérenger pourra donc sans grand problème vendre une nouvelle alliance MMM-MSM à ses délégués et à son électorat ?

Ça, c’est une autre paire de manches. Une telle alliance avait été soumise à un test électoral en 2000 avec succès ; ça n’a pas marché en 2005 avec un MSM dirigé, faut-il le rappeler, par Pravind Jugnauth alors qu’en 2000 Sir Anerood était le leader du parti. Je me pose donc la question : une nouvelle alliance MMM-MSM pourra-t-elle créer une nouvelle dynamique et rééditer la performance de 2000 avec Sir Anerood reconduit dans le fauteuil de leader du MSM ? Reste à voir. Car, en politique, il n’y a rien de statique, les choses évoluent quotidiennement… Il faut aussi compter avec le parti au pouvoir, observer comment et dans quelle direction il agira ou réagira.

Par ailleurs on entend dire ces jours-ci que le MSM serait en train de compiler des dossiers concernant des cas de « maldonne » pouvant embarrasser le gouvernement. Je constate que le pouvoir en place ne réagit pas à ces rumeurs. Je me pose la question : est-ce que ces cas de « maldonne » ou autres pratiques scandaleuses se sont réellement produites alors que le MSM partageait le pouvoir en alliance avec les Travaillistes ? Le MSM doit nous informer si ses membres avaient pris quelques initiatives pour informer ou dénoncer de tels cas de « maldonne » ou autres scandales auprès du Premier ministre ou des institutions chargées d’enquêter dans de tels cas.

Ce qui me chiffonne à Maurice, c’est cette capacité de beaucoup de nos politiciens de tous les bords de passer l’éponge sur des actes ou des faits immoraux et condamnables de leurs alliés du jour et la facilité avec laquelle ces mêmes politiciens s’empressent de dénoncer ces actes et faits aussitôt qu’ils changent de camp et que l’allié d’hier soit devenu l’adversaire d’aujourd’hui. Comment combattre la fraude et la corruption avec une telle attitude ? Qu’on soit ministre ou pas, il faut dénoncer toute pratique frauduleuse et tout acte de corruption ! Un ministre qui se respecte se doit de s’insurger contre tout acte et fait immoral et condamnable ; il ne peut pas cautionner quelque scandale que ce soit au sein du Conseil des ministres ou ailleurs. Personnellement, j’ai toujours prôné le principe de débattre vigoureusement à propos de toute question litigieuse au sein du Conseil des ministres – on se bat, on discute et on dit tout ce qu’il y a à dire… mais une fois la décision prise, aucune contestation ne sera admissible et la responsabilité collective sera donc engagée.

 * C’est le même principe qui doit être appliqué par rapport à l’affaire MedPoint, n’est-ce pas ?

Absolument. Si la décision a été prise à la lumière de toutes les données fiables, tous les ministres sont concernés. Je le répète : la responsabilité collective du Cabinet signifie que les membres du Cabinet prennent la majorité des décisions de manière collective, et par conséquent, ils sont collectivement responsables des conséquences de ces décisions.

Personnellement, je n’ai pas vu le ‘Cabinet Memorandum’ concernant l’achat de la Clinique MedPoint ; certains ministres qui m’en ont parlé affirment qu’il n’y a jamais eu de ‘Cabinet Memo’ à ce propos tandis que Pravind Jugnauth soutient le contraire en évoquant la date du 18 juin 2010. Pour une décision de cette envergure, il aurait fallu avoir un ‘Cabinet Memorandum’ surtout lorsqu’il s’agit d’une deuxième évaluation, nécessitant des fonds additionnels. Si un tel document a effectivement été circulé et que ce ‘Cabinet Memo’ contient toutes les données à même de permettre aux ministres d’arriver à une décision, ces derniers sont collectivement responsables de cette décision et de ses conséquences.

* Vous parlez là de toutes les données qui justifieraient une deuxième évaluation de la Clinique MedPoint…

Le ‘Cabinet Memo’ est un document d’information à l’usage des ministres sur des questions portées devant le Conseil et doit en principe contenir tous les renseignements utiles à leur compréhension. Donc, si un ‘Cabinet Memo’ a effectivement été circulé par rapport à l’achat de la Clinique MedPoint, je m’attends à ce que ce ‘Memo’ contienne des notes explicatives détaillées qui permettent un examen complet de ce projet – des notes par rapport à la première évaluation, la raison d’être d’une deuxième évaluation, l’identité de celui qui a donné les instructions pour cette deuxième évaluation, les contacts et discussions engagées avec le Dr Malhotra… tout doit être consigné dans ce ‘Cabinet Memo’. Si toutefois certaines données sensibles ne figurent pas dans ce ‘Cabinet Memo’ ou celles-ci ont été ‘withheld’, cela entame la responsabilité du ministre…

 * Vous disiez tout à l’heure que tout le mystère entourant l’affaire MedPoint sera résolu dès que l’on arrivera à rétablir la mémoire de certains fonctionnaires… C’est ça ? ‘That’s the crux of the matter’ ?

Tout à fait. La clé de l’affaire MedPoint se trouve certainement dans les réponses que certains fonctionnaires peuvent donner par rapport aux circonstances entourant la deuxième évaluation. Il faut bien que quelqu’un ait donné des directives pour cette deuxième évaluation. Qui est cette personne ? Pourquoi une deuxième évaluation ? Pourquoi Mme Hanoomanjee évoque-t-elle, déjà dans sa lettre « Dear Pravind », cette possibilité de la somme qui doit être réservée pour l’achat de la clinique ? Il y a des zones d’ombre à éclaircir, mais pour cela il faut que les gens parlent…

De mon point de vue, il est inacceptable qu’un fonctionnaire oublie les points-clés d’une décision de cette importance et de cette envergure. Dans les circonstances normales, avec notre bureaucratie telle que nous la connaissons à Maurice, aucun fonctionnaire ne prendra sur lui pour faire telle ou telle chose sans qu’il ait reçu des instructions à l’écrit… Toutes les instructions reçues verbalement, en face à face ou au téléphone doivent être consignées dans le dossier. Le fonctionnaire commet une faute très grave s’il oublie, volontairement ou involontairement, de consigner de telles instructions dans le dossier. Ce serait une faute très lourde puisqu’il ne s’agit pas là d’un fonctionnaire au bas de l’échelle, mais bel et bien d’un haut cadre de la fonction publique !

Il faut qu’ils parlent… il faut les faire parler, il faut trouver des moyens pour les faire parler… Les enquêteurs, nous dit-on, arrivent à rafraîchir la mémoire des gens sous l’effet de l’hypnose ou sous d’autres conditions… c’est tout à fait possible, semble-t-il.

* Qu’en est-il des dispositions légales sous ce rapport ?

Un suspect peut toujours se prévaloir du privilège de ‘self-incrimination’ et garder le silence. Ce qui toutefois comporte des conséquences : on pourra tirer des conclusions, des ‘inferences’ à partir du silence d’une personne. Faute de preuves directes dans de tels cas, on pourrait rassembler des ‘circumstantial evidence’ pour faire condamner un suspect. Je l’ai personnellement fait dans l’affaire Ramlochun au temps où j’étais au Parquet.

Qu’est-ce qu’on veut au bout du compte ? Si on souhaite assainir la situation, il est bien possible de traiter l’affaire MedPoint comme un cas type et accorder l’immunité à ceux concernés en échange de renseignements précis et fiables sur les dessous de l’affaire. On est en train de dépenser des centaines de millions sur la Commission anti-corruption qui n’a jusqu’ici fait condamner que quelques petits fonctionnaires. Ne devrait-on pas s’attendre à un peu plus d’éclat de la part de l’ICAC… sans pour autant qu’elle soit politisée ou instrumentalisée à des fins politiques ? L’ICAC a intérêt à ce que sa crédibilité ne soit pas entamée…

* Diriez-vous, comme le Président de la République, que l’ICAC « pé fané » ?

Non, je ne suis pas en train de dire cela, mais plutôt qu’elle doit faire attention pour qu’il n’y ait pas de traitement différencié des suspects selon leur statut respectif. J’ajoute que toute l’affaire MedPoint sera résolue aussitôt que les fonctionnaires arrivent à résoudre leurs troubles de mémoire et qu’ils se mettent à parler…

* En quoi le Dr Beebeejaun et Dr Rajesh Jeetah pourraient-ils être impliqués directement dans quelque cas de « maldonne » par rapport à cette affaire ?

Jeetah, d’après ce que je comprends, était le ministre de tutelle quand le Dr Malhotra l’aurait contacté par rapport à l’hôpital gériatrique ; Jeetah se voit donc « involved » à ce niveau-là. Je ne suis pas en présence des faits qui prouveraient que Jeetah ait suivi toutes les procédures ou qu’il ait rencontré le Dr Malhotra en vue de tailler sur mesure les spécifications pour Medpoint. Si tel est le cas, sa responsabilité serait démontrée.

En ce qui concerne le Dr Beebeejaun, actionnaire dans MedPoint Ltd, il serait utile de savoir s’il avait déclaré ses intérêts par rapport à cette clinique au Conseil des ministres et s’il ne souhaitait pas participer dans les discussions concernant ce projet. S’il l’a effectivement adopté une telle approche ou même s’il a fait mention dans son ‘Declaration of Assets’, déposée par tous les membres du Parlement, de ses intérêts dans cette clinique, cela devrait suffire.

Je ne connais pas les dessous de l’enquête, mais personnellement, je ne vois pas comment le Dr Beebeejaun pourrait être inquiété par l’ICAC au cas où il aurait effectivement déclaré ses intérêts, car il n’a pas personnellement bénéficié de cette affaire de quelque façon que ce soit, il n’a pas eu de gratification…

* Pour revenir à la question relative à la perte de mémoire de certains fonctionnaires, êtes-vous surpris que l’ICAC ne leur a pas jusqu’ici offert l’immunité?

Il faut que l’ICAC considère cette possibilité pour connaître la vérité.

* Que le Président Jugnauth se décide à crever l’abcès ou pas, le gouvernement de Navin Ramgoolam dispose, valeur du jour, de la majorité nécessaire pouvant lui permettre d’aller jusqu’au bout de son mandat, n’est-ce pas ?

Théoriquement, oui, comme Sir Seewoosagur l’avait fait pendant des années. Mais au vu des crises qui se dessinent sur le plan mondial surtout par rapport à la chose économique, je pense qu’il faut avoir un gouvernement stable et fort, un gouvernement capable de prendre des décisions courageuses. Un gouvernement qui dispose d’une majorité très faible se voit souvent dans l’obligation de faire des compromis, ce qui affecte la stabilité économique et politique du pays.

Dans le sillage de la cassure du gouvernement MSM-MMM en 1983, Sir Anerood Jugnauth disposait toujours d’une majorité pour continuer à gouverner, mais il avait choisi de rechercher un nouveau mandat du peuple, et c’est à partir de là que le pays a vraiment décollé. Strictement, on peut dire que le MSM a quitté le gouvernement pour se placer dans l’Opposition, il n’a pas été mis à la porte par le Premier ministre, mais il y a quand même un manque de cohérence à l’intérieur du gouvernement après la démission de ces ministres. Je ne sais pas ce que Navin Ramgoolam compte faire…

* Faire l’impasse sur les problèmes conjoncturels et maintenir le cap jusqu’à la fin ou même tenir des élections anticipées ?

Je crois que les élections anticipées sont à l’ordre du jour. Je suis sûr que même si le Premier ministre ne le dit pas, il doit y songer… ce sera d’ailleurs bénéfique pour le pays.

* Malgré toutes les déclarations de Paul Bérenger contre le gouvernement, on ne peut pas écarter une nouvelle alliance PTr-MMM. Qu’en pensez-vous ?

Si Sir Anerood Jugnauth quitte la présidence, il se pourrait que ce soit Paul Bérenger qui s’installe à Réduit. Reste cependant à voir si on pourrait avoir à la fois Paul Bérenger comme Président de la République et Mme Bellepeau comme vice-Présidente…

Enfin, il y a toujours des accommodements à faire… la politique, c’est l’art du possible. Tout est possible en politique mais tout n’est pas acceptable. Il arrive un moment où le peuple va s’élever contre certains choix et décisions, car on ne peut pas diaboliser un parti politique et son leader le temps d’une campagne électorale pour ensuite s’allier à ce même parti et à son leader une année plus tard. Le peuple a une mémoire vive et pourra réagir contre tout cela. Il faut avoir des partis politiques avec une politique claire et nette avec des principes et non pas, l’inverse, ceux qui cherchent des accommodements, font et défont des alliances pour rester au pouvoir.

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