La Police réunionnaise emploie des méthodes peu civilisées

MT 60 Years Ago – 2nd YEAR NO. 40 – 13th May 1955

Deux Mauriciens expulsés de la Réunion

Par JESSE

Dans notre feuille du 15 avril dernier, nous avons informé nos lecteurs des mesures de refoulement prises contre deux Mauriciens domiciliés à la Réunion depuis de nombreuses années.   Il s’agit, comme on le sait, de MM Khemlall Loljeeh et Manilall Jalabhay.

D’après les dernières nouvelles qui nous sont parvenues, il semble que la situation s’empire pour nos compatriotes. Bien qu’ils aient entrepris une action judiciaire devant le Tribunal Administratif contre ces décisions de M. Le Préfet, et que cette affaire ne soit pas terminée, la police réunionnaise est bien décidée, parait-il, de les faire déporter. Et pour parvenir à cette fin, elle n’hésite pas d’employer des méthodes à la Gestapo. Nos lecteurs en seront complètement édifiés en lisant l’extrait que nous publions ci-dessous d’un article qui a paru dans le quotidien « Ce Matin » du 2 mai sous la plume de son énergique rédacteur, M. Philippe Ponin Ballom.

L’apathie du gouvernement français concernant ces deux cas est vraiment inexplicable. Tandis que nombreux Réunionnais et Français gagnent leur vie à Maurice dans la plus douce quiétude, il est regrettable que les autorités françaises se montrent intransigeantes envers nos compatriotes. Est-ce parce que les personnes incriminées sont des Indo-mauriciens ? Dans ce cas, cette campagne mensongère qui s’étend graduellement dans toutes les colonies françaises contre les Indiens et qui a évidemment pour but de les dénigrer, vilifier et leur prêter toutes sortes de mobiles, commence bien à porter ses fruits.

Que feront nos députés devant une attitude aussi hostile ? L’Hon M. S. Boolell doit être félicité pour sa part d’avoir interpellé le Gouvernement à ce sujet et on attend la réponse de celui-ci.

Quant au Mauritius Times il compte bien suivre de près le dénouement de cette triste affaire, et n’hésitera pas, au besoin, d’alerter l’opinion publique en France et de démontrer au bon peuple français comment leur noble devise : « Liberté, Egalité et Fraternité » est foulée aux pieds à la Réunion.

« Malgré tous les reproches que nous pouvons faire à M. P. Philip, ancien Préfet de Police et actuellement Préfet de la Réunion, jamais nous n’aurions supposé que ce haut personnage dont nous avons encore à supporter la présence à la tête de notre département se serait laissé aller à donner des ordres formels à la Police pour commettre des illégalités flagrantes.

Cela nous fait penser à ce qu’on raconte sur des émeutes de Tunisie où on le connaît très bien et nous explique un peu les raisons qui auraient pu prévaloir à son départ de ce territoire français d’Afrique du Nord.

Nos lecteurs savent que M. le Préfet de la Réunion a pris contre Messieurs Khemlall Loljeeh et Manilall Jalabhay, de nationalité britannique, certes, mais établis ici depuis vingt cinq ans, des décisions de refoulement, leur demandant de quitter le département depuis le 26 dernier, pour avoir, d’après lui, exercé une profession interdite aux étrangers.

Naturellement, ces Messieurs ne sont pas partis s’étant plaints auprès de leur gouvernement dont ils attendent la réponse. Ils ont câblé au Foreign Office en Grande Bretagne et à leur Ambassadeur à Paris pour qu’ils interviennent auprès de M. le Ministre de l’Intérieur contre cette mesure de M. le Préfet de la Réunion.

D’autre part, Madame Khemlall Loljeeh, française et mère de neuf enfants en bas âges, tous Français, a câblé de son côté à M. le Ministère de l’Intérieur, pour protester contre les décisions préfectorales dont nous parlons ci-dessus. Enfin Messieurs Loljeeh et Jalabhay ont tous deux déposé un recours au tribunal administratif contre ces mêmes décisions qui ne semblent pas peser lourd, si on les confronte avec certain texte légal celui-là.

En effet, dans les rapports internationaux entre la France et la G. Bretagne il existe une convention, celle de 1882 dont M. Pierre Philip s’est peu soucié en prenant ses décisions et qu’il a littéralement foulée aux pieds.

Et maintenant il a peur. Il a peur d’avoir fouillé toute la montagne pour n’y découvrir qu’une souris, et dans cette peur de sombrer dans le ridicule, il veut à tout prix que ces Mauriciens partent le plus tôt possible, de gré ou de force et lance à leurs trousses toutes une troupe de policiers avec à leur tête le Commissaire Baumann…

Donc sur ordre du Préfet Philip, qui se croit vraiment tout permis, les policiers de St Denis se sont livrés à une chasse à l’homme inlassable depuis plusieurs jours…

Le clou de toutes ces affaires se produisit vendredi soir vers 20 hrs 30 au domicile de Mme K. Loljeeh.

Trois voitures sont arrivées, chargées de policiers sous la conduite du Commissaire Baumann. Ils étaient 12 au total. Ils sont entrés de force dans la maison de M. Khemlall où se trouvaient une bonne et neuf enfants qui dormaient.

Les policiers pénétrèrent à l’intérieur sans aucun mandat de perquisition et se seraient livrés à des investigations pour essayer de trouver M. Khemlall.

A ce moment Madame Khemlall est arrivée chez elle où elle les rencontra. Paraît-il, si l’on en croît certain geste peu élégant de sa part, un inspecteur métropolitain bien connu pour son esprit de grandeur et l’orgueil mal placé qui le fait vivre aurait été en état peu stable.

N’ayant rien trouvé à son domicile on aurait obligé Mme Khemlall à monter dans la voiture de M. Baumann pour se rendre à la Bijouterie qu’elle exploite rue de la Victoire.

Là, également, les policiers ont fait chou blanc et sont rentrés chez eux, sans doute contents d’avoir pu mériter les remerciements de M. Pierre Philip, mais en tous cas ayant perdu l’estime que nous avions pour eux jusqu’alors.

Samedi matin, me rendant à la Bijouterie Khemlall pour téléphoner, j’ai eu l’occasion d’y rencontrer en plein travail M. Lhuillier et l’inspecteur Cologon qui établissaient le procès verbal de la randonnée policière nocturne et illégale chez Mme Khemlall.

D’autre part nous avons appris que la même chose ou à peu près se serait passé à la Bijouterie Jalabhay.

Mme Khemlall aurait porté plainte avons-nous appris pour violation de domicile la nuit par la police sans aucun mandat de perquisition.

Il est à noter également que les domiciles de tous les locataires de Mme Khemlall ont été visités par ces zélés serviteurs du monarque local et qui nous le répétons fait plutôt figure de « roilelet d’operette ». Voilà où nous en sommes dans ce Département français avec un préfet comme Pierre Philip.

Mais les temps peuvent changer et à force de faire des bêtises, ce monsieur qui fait ici ses essais « d’apprenti dictateur » arrivera tôt ou tard à se noyer complètement.

(M.Times – 13th May 1955)

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London Letter

Mauritius in the House of Commons

By Peter Ibbotson

After the Colonial Secretary’s answer in the House of Commons on Wednesday on the subject of the Constitution of Mauritius, a Colonial Office spokesman said that there was no immediate intention of publishing as a White Paper the memorandum forwarded to the Colonial Office by Sir Robert Scott.

The policy of the United Kingdom government towards the dependent territories is to lead them to a self-governing status (it is hoped, within the Commonwealth), and to further social and economic progress to keep pace with political developments. Both Labour and Conservative Parties have avowed this aim.

That being so, considerable resentment has been aroused in interested circles at the statement of the Colonial Secretary on April 20 that he cannot in present circumstances (which is interpreted as meaning in view of the impending election) fix a firm date for the visit of Mauritian political leaders to London to discuss constitutional development. Since both parties are committed to a policy of furthering political development, it is argued that a date could be fixed irrespective of the imminence of the election.

It is pointed out that a conservative Colonial Secretary refused early in 1953 to meet a deputation from Mauritius to discuss this very topic. The temporizing parliamentary answer on April 20th is believed – and feared – to indicate the probability of yet another disappointment to Mauritian aspirations of self-government. One hopes that those fears will prove unfounded.

* * *

James Johnson M.P.

One constituency in which Mauritians will have a special interest during the General Election is Rugby, where the sitting Labour Member is James Johnson, who has in recent months made a special feature of questions dealing with the island. His majority at the General Election of 1951 was 199 (the sixth smallest in the country) in a straight fight with a Conservative candidate. In 1950, when Mr Johnson won the seat for Labour from an independent MP, his majority was 1,036 in a three-corned contest.

(M.Times – 6th May 1955)

 

*  Published in print edition on 19 June 2015

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