Drogue – La ligne rouge

By Nita Chicooree-Mercier

Compte tenu des dégâts sur la santé mentale et physique des amateurs de substance illicite dans la société, chaque saisie de drogue suscite un espoir quant au sérieux accordé par les autorités chargées de combattre ce fléau. Des années de laxisme ont permis aux parrains, trafiquants et petits revendeurs de dormir tranquillement pendant que les clients somnolent dans un paradis artificiel au grand dam des parents, des proches et des habitants du quartier.

Une véritable politique de tolérance zéro s’est déployée depuis quelques années par une vigilance accrue aux frontières, ce qui a permis d’accueillir les passeurs fraîchement débarqués à l’aéroport et aussi ceux qui pensaient naviguer sur les flots au large des côtes sans être inquiétés.

Nouvelle arrestation ? Bonne nouvelle ! Enquête, interrogation, l’ADSU, le CID, démantèlement d’un nouveau réseau, énième commission, juge intègre, le tribunal, magistrat, et finalement, un long séjour derrière les barreaux aux frais des contribuables pour les coupables : voilà ce qu’attend le public des autorités compétentes. Une procédure qui devrait normalement renforcer la confiance du public par rapport à toute la chaîne des défenseurs de la loi. Mais est-ce vraiment le cas ?

Qu’est-ce qui cloche ?

Ce qui intéresse le grand public, c’est l’aboutissement de tous les procès des individus attrapés dans le filet de l’ADSU, et dont la médiatisation ne devrait pas être qu’un effet d’annonce. Y a-t-il un manque de communication par voie de presse ? Ou, tout simplement, certains dossiers sont-ils classés sans suite ?

Vu que les noms des parrains, ceux qui financent et organisent toute une filière de contrebande, sont rarement dévoilés, le bon peuple est en droit de s’interroger sur ce qui cloche dans la stratégie de tolérance zéro martelée avec fermeté à l’encontre des coupables.

Depuis quelques années, l’étau s’est effectivement resserré autour de certains qui se la coulaient douce, et se sont mis à trouver une activité professionnelle pour gagner leur vie honnêtement comme la majorité de leurs concitoyens. D’autres n’ont pas tardé à jouer au plus malin pour déceler les failles du système de traque et éviter de se faire prendre…

Au vu du nombre d’arrestations des passeurs et trafiquants dont les noms sont étalés dans la presse, qu’est-ce qui entraverait donc la remontée vers la source de tout un trafic ?

La nouvelle vague

A l’instar de tout autre secteur lucratif, celui qui envoie les consommateurs dans les bras de Morphée est doté d’une capacité d’innovation et de restructuration qui n’a rien à envier aux autres. On était habitué aux cargaisons cachées sous d’autres marchandises dans le commerce maritime, aux petits emballages dans la doublure des valises à l’aéroport, d’autres qui ressortent par voie anale des passagers, et encore plus astucieux, quand la voie vaginale s’offre comme transit presque sûr de jouissance…

On n’arrête pas le progrès. La gente féminine se prête volontiers au jeu de cache-cache piloté par le mâle. La libération de la femme version #Metoo a des beaux jours devant elle. Pour peu qu’elle se lance dans un discours victimaire, on aura tout vu ! Cover-up parfait, employée normale sans histoire acceptant d’héberger sous son toit les colis suspects. « Pas de vague ainsi », croyait le petit ami. Et encore mieux, innocence virginale (?) d’une ado de quinze ans, dont la candeur ne surprend pas, qui se plie à la volonté de son prince du cœur en s’offrant comme couverture immaculée. L’honneur de la gente féminine (on ne peut dire ‘femelle’ au risque de s’attirer la foudre des détenteurs de la bien-pensance chez les Amazones libérées et les alliés mâles parmi les plumitifs) est sauvé par l’intervention sans concession d’une grand-mère qui a lâché le morceau illico presto chez les gabelous du quartier.

Autre nouveauté : à force de regarder les films américains, les jeunes suspects réclament maintenant le droit au silence en l’absence de leur avocat. Bien joué. Fini le temps des interrogatoires musclés de la police si cela continue, et puis, les réseaux sociaux sont là, prêts à s’enflammer à la moindre bavure.

Forte est la tentation de surfer allègrement sur une vague où on se laisse glisser sans entrave, où il n’est pas question de s’arrêter en si bon chemin. Pensez donc ! Vous pouvez vivre sans grand effort sauf celui de récupérer le colis du bonheur, et de dépenser sans scrupules. L’argent facile, le quick buck, et la vie facile… Voiture neuve, rave party, et – au diable ! ces adolescents défoncés en bordure des routes. Avec la réouverture du tourisme, certains font la manche en plein jour auprès des touristes dans les rues de Grand Baie. Phénomène nouveau, les automobilistes sont sollicités par les jeunes en état de manque à l’arrêt des feux. La police intervient, paraît-il ; il n’est pas question de ternir l’image du paradis réouvert aux visiteurs venus des pays riches. Tant mieux !

Le maillon faible

Que se passe-t-il quand les habitants sont au courant d’un trafic de drogue bien huilé qui n’a souffert ni d’usure ni de rouille depuis 25 ans, c’est-à-dire, un quart de siècle dans le quartier d’une ville ou dans un village ? Surtout le vôtre. Comment arrive-t-on à une situation qui renforce l’impunité des marchands de la mort ?

 

Selon les soupçons et les dires, toute la chaîne de commanditaires, passeurs, forces de l’ordre, certains hommes de loi (voire hommes de foi prêchant la bonne parole dans les prisons), pourrait être gangrenée par la tentation forte de l’argent facile.

Parfois, c’est le travail des forces de l’ordre qui est entravé par les ordres venant d’en-haut pour épargner les coupables. Dans d’autres cas, certains se rendent complices du crime en acceptant quelques centaines de milliers de roupies des commanditaires des réseaux. Ce grand désordre est amplifié par l’entrée dans la danse de certains hommes de loi, comme l’a souligné le dernier rapport sur le trafic de drogue, dans ce fléau criminel si dévastateur.

L’île, étant un grand village, tout le monde raconte ce qu’il sait à quiconque veut écouter. Ce qu’on appelle des exemples concrets, surtout dans votre quartier où certains se sont livrés sans être inquiétés à ce commerce lucratif sous l’apparence de commerce florissant affiché par le nombre de quincailleries, boutiques de vêtements, boulangeries, snacks, etc… Train de vie suspect, voiture de sport à un million pour le fils de 20 ans, plusieurs achats de terrains et de maisons, ouverture de commerce çà et là pour ne citer que quelques exemples.

La faiblesse de ces veinards, c’est que fiers de leur intouchabilité, du pouvoir financier, les contrats juteux octroyés par leur protecteur, ils s’en vantent auprès des autres. Difficile de se taire lorsque la chance vous sourit depuis des lustres.

Solution

Faut-il tout laisser aux mains des autorités concernées ? Manifestement non. Il s’agit des vies gâchées de milliers de jeunes gens, d’une économie parallèle illicite, de meurtre de pères et mères et d’autres règlements de compte. Quand des cas n’aboutissent à rien et qu’une certaine opacité et un silence des médias nourrissent un sentiment d’impuissance dans la population, les habitants gagneraient à se mobiliser dans un ‘Drug Watch’ dans chaque région pour collecter les données et les dossiers de chaque cas, et réclamer des comptes aux gouvernants. Ceci afin que toute la chaîne des fournisseurs jusqu’au revendeurs et autres complices soit tenue à s’expliquer sur l’échec de certains cas, et que toute corruption soit dévoilée au grand public.

La délation étant une vilaine affaire, il faudrait envisager un autre mode de coopération du public avec les autorités pour une meilleure efficacité dans le combat contre les architectes du paradis virtuel.


* Published in print edition on 28 January 2022

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