Consumérisme: J’achète, donc je suis

Par Nita Chicooree-Mercier

Un double handicap affectant le coût de la vie de la majorité des gens: Maurice consomme beaucoup plus que ce qu’il produit, et une taxe forte à l’importation leur fait payer les appareils électroménagers, les voitures, les téléphones et les ordinateurs à un prix beaucoup plus élevé que les pays riches en Occident et ailleurs. Compte-tenu du salaire qui est quatre à cinq fois moins élevé que les salariés de ces pays, une pression constante s’exerce sur le porte-monnaie des ménages. L’insularité est un autre facteur qui augmente la facture des plus aisés dès qu’ils souhaitent voler vers d’autres cieux.

Depuis deux décennies, lorsqu’on évoque la vie chère même dans les pays jouissant d’une économie relativement prospère, c’est, au fond, une question de salaires qui stagnent alors que de nouveaux gadgets inondent le marché et qu’un marketing agressif les rend attrayants et indispensables : les divers modèles de téléphones portables, de tablettes et des incontournables ordinateurs que les parents sont amenés à acheter pour leurs enfants, pour ne citer que ces exemples. 

Les salaires peinent à suivre le rythme des produits innovants sur le marché. Par ailleurs, une fabrication locale de réfrigérateurs, de téléviseurs, d’ordinateurs, de téléphones et de voitures est peu envisageable dans un avenir proche ou lointain.

L’amélioration du niveau de vie avait été légitimement accueillie avec joie dans les années 90. Le consumérisme s’est installé progressivement dans la vie des gens, suivie d’une propension à s’habituer à des dépenses inutiles. Par la suite, la machine consumériste s’est accélérée à un rythme effarant à Maurice.

La psychologie des consommateurs, adultes et enfants, est bien étudiée par les experts en marketing dans le pays le plus avancé et à l’avant-garde de toute innovation, les Etats-Unis. Bien entendu, tout ce qui vient de l’Amérique, le meilleur comme le pire, se répand comme un incendie à travers le monde.

Toutes sortes d’anecdotes amusantes circulaient à cette époque. Certaines ménagères s’étaient procuré un four électrique qu’elles n’utilisaient jamais soit parce que les plats cuisinés au four ne faisaient pas partie de la tradition, ou qu’elles avaient peur que l’appareil n’explose !

D’autres achetaient le moindre petit gadget électrique, l’ouvre-boîte, le sèche-cheveux, etc. Il y a suffisamment de soleil toute l’année pour se passer d’un sèche-cheveux, l’ouvre-boîte est vite rangé dans les tiroirs quand les vieilles habitudes prennent le dessus…

Au début, la voiture était un confort et un moyen pratique de déplacement. Bien mérité, se disait-on, après tant d’années de privations. Cette tendance avait mis un terme aux longs trajets dans des autobus bruyants, et aux marches pénibles sous le soleil brûlant de l’été. Au fil des ans, la voiture est devenue un symbole de statut social, un objet à étaler dans le voisinage et devant le grand public. Et gare à celui qui a le malheur d’égratigner la voiture neuve ! Un constat décevant…

Faut-il ajouter que le secteur automobile est très lucratif pour les coffres de l’Etat, vu la taxe mirobolante à l’importation et le fait que les autorités encouragent le public à en acheter davantage. La génération de jeunes cadres trentenaires dépensent à gogo: produits cosmétiques dernier cri, vêtements à n’en plus compter, collection de chaussures et repas sur commande, et changement de voiture après à peine quelques années. Il paraît que s’ils sont invités à participer à des réunions des associations culturelles, ils s’attendent à ce qu’on leur serve un verre de vin… La modernisation ou l’occidentalisation mal comprise.

Le supermarché est le haut lieu de consommation où on se montre avec le caddie rempli à craquer. J’achète, donc je suis. Le centre commercial a la fonction polyvalente de salon d’exposition de tableaux, de salon du livre et, aussi de lieu de rencontre et de lèche-vitrines pour jeunes en quête de vie, de bruit, du monde et de liberté. Ils préfèrent cela à la famille collée à leurs baskets durant des sorties… familiales. Certainement, ceux qui trouvent répugnant et vulgaire la fréquentation des supermarchés où les besoins superficiels s’étalent à perte de vue, représentent une infime minorité.

Quant au mode de consommation alimentaire, n’en parlons pas. Il y a une catégorie des gens, principalement les hommes dans la quarantaine, l’âge où la tyrannie se réveille, qui exigent viande ou poisson tous les jours, un désir inconscient de rattraper les privations alimentaires de leurs parents et de leurs grands-parents issus des milieux très modestes. Et même, sacrilège, le jour des fêtes religieuses, pour les plus voraces. L’inconscience des parents à servir des boissons sucrées à leurs enfants pendant le repas est incompréhensible. La boisson « soft power » américaine (qui fait des trous dans l’estomac) s’est bizarrement invitée sur les tables des convives où un repas végétarien est servi lors des mariages !

Les ouvriers des milieux populaires ont comme particularité l’étrange habitude de ne boire de l’eau que très rarement, selon leurs propres aveux. Une boisson sucrée, toujours la même, un plat acheté au snack du coin à midi, et une bière le soir. C’est sur la table du chirurgien à l’hôpital que le réveil est brutal.

Tous ces travers révèlent une inconscience dans le mode de consommation et le choix alimentaire. Le comportement moutonnier, effet secondaire du capitalisme, qui consiste à se glisser dans la foule pour paraître comme les autres asservit plus qu’il n’émancipe.

Faute de prise de conscience de cette mauvaise pente, le réveil s’est fait, d’abord, par les dégâts d’une crise sanitaire à travers le monde, et ensuite, par une crise énergétique et alimentaire à l’échelle planétaire, cadeau post-Covid par le bras-de-fer musclé des Etats-Unis avec la Russie en Ukraine. Covid-19 a secoué et a ramené au bon sens le grand public quant aux besoins essentiels et, principalement locaux, en alimentation.

Le secteur agricole s’est attelé à la tâche de produire plus et mieux pour nourrir la population. Mais il y a encore du chemin à faire pour tendre vers une alimentation saine en diminuant le taux de pesticides dans les fruits et légumes.

La flambée des prix en raison des cyclones et des pluies abondantes continueront de vider le porte-monnaie des ménages. Un retour à la normale d’ici deux mois soulagera tout le monde. Mais c’est surtout une révolution qu’il faudrait dans les habitudes alimentaires pour revoir de fond en comble ce qu’on met dans son estomac et aussi une sensibilisation accrue aux conditions favorisant une bonne santé. Commençons par une diminution radicale de l’huile dans la cuisine de tous les jours, voire même une absence totale d’huile dans certains plats.

Le prix du pétrole à la pompe risque fort de nous obliger à revoir la facture hebdomadaire. Le chamboulement dans la chaîne d’approvisionnement dans le monde, la hausse des prix de viande importée (qu’en est-il des élevages locaux, annoncés il y a quelques années ?), la pénurie de blé et toutes les hausses successives des prix poussent à repenser non seulement les enjeux économiques mais aussi idéologiques à long terme.


Mauritius Times ePaper Friday 13 May 2022

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