« Ce Gouvernement ou un autre …Quelle différence ? L’électorat jugera lors du prochain scrutin »

Interview : Yvan Martial – Historien et Journaliste

Quand serons-nous capables de plébisciter des dirigeants politiques dignes du Peuple Admirable que nous formons ?’

Réforme électorale : Concept qui a pour objectif l’amélioration des processus électoraux et comportant trois volets – légal, administratif et politique. Idéalement, il s’agit de gagner qualitativement en termes d’impartialité, d’inclusivité, de transparence, d’intégrité et d’exactitude. La plupart du temps, les électeurs suivent les débats avec beaucoup de difficultés ou ils préfèrent les laisser aux spécialistes. Mais, en fin de compte, ils sont les décideurs et ils peuvent se rétracter s’ils sont insatisfaits des réformes. Yvan Martial nous invite à mieux comprendre ce qui se passe à Maurice dans ce contexte.

 

Mauritius Times : Ce sont les bribes d’information et les spéculations autour des propositions du comité ministériel chargé de se pencher sur la réforme électorale dont les conclusions devront être connues au plus tard le 24 mai en prévision du ‘constitutional case’ logé par Resistans ek Alternativ, qui retiennent l’attention ces jours-ci. Mais on voit difficilement le Gouvernement pouvant mobiliser une majorité de trois quarts pour faire passer des amendements allant dans le sens de ce qui a filtré en termes de propositions de réforme. Qu’en pensez-vous ?

Yvan Martial: « Retiennent l’attention »…c’est beaucoup dire. La logique voudrait qu’on s’intéresse aux prochaines Législatives à seulement six mois de l’inéluctable échéance. Toutefois, à Maurice en politique, une semaine est une longue durée.

Nous avons affaire à politiciens-girouettes, se souciant de la parole donnée comme de leurs premières chaussettes, pour ne rien dire de plus terre-à-terre. Le MSM-ML imitera le PTr de Navin et s’en sortira avec une entourloupette : renouvellement de la permission exceptionnelle faite à des candidats récalcitrants de ne pas déclarer préalablement leur spécificité mauricienne hindo-, sino-, islamo-, créole-. Triste à en mourir. Mais c’est notre pays.

N’en disons pas du mal surtout devant des étrangers. Assumons fièrement notre mauricianité malgré maintes imperfections. Au moins n’avons-nous pas Donald Trump comme président. Il y en a qui sont plus mal lotis que nous.

La recette parlementaire, pour obtenir une majorité des trois quarts des voix nécessaire à un amendement constitutionnel, existe. Il suffit de négocier, avec des adversaires crédibles, le moyen de la concocter, avec des chances sérieuses de réussite. Cela exige un esprit de compromis, sinon de concessions. Je fais un pas vers toi et tu me rends la pareille, ainsi de suite jusqu’à ce que nous parvenions à un accord honorable, ne mécontentant surtout pas nos bases et tendances respectives.

Prenons exemple sur Seewooosagur Ramgoolam. En 1946, en plein débats constitutionnels, auprès de quoi la guéguerre Inde-Dépendance et Intègre-Ration est de la bibine, il consent, à oligarques et conservateurs, un sursis de 10 ans, avant d’exiger le suffrage universel, en échange à leur exigence de certificat de fin d’études primaires pour devenir électeur avant les Législatives d’août 1948.

Non seulement la victoire électorale sourira aux candidats progressistes mais cet esprit de compromis vaut à Chacha le respect d’une oligarchie sucrière agonisante. Que serions-nous devenus aujourd’hui sans cet esprit de compromis de 1946, en pleine période colonialiste et donc anglaise ?

MSM, MMM, PTr, PMSD et autres groupuscules doivent se souvenir qu’ils ne sont plus politiquement …vierges. Ils ont, plus d’une fois, concubiné ensemble. Ils cohabiteront de nouveau. Peut-être même l’an prochain. Vous me pardonnerez de ne pas m’apitoyer sur leur prétendue incompatibilité d’humeur, concernant une réforme électorale concoctée par certains mais pas par tous.

Soyons sérieux. Ils feraient mieux d’avouer avoir la pétoche de toute réforme électorale.

* Au-delà de la nécessité de répondre aux exigences du UN Human Rights Committee d’enlever toute forme de discrimination dans nos lois électorales, il est évident que toute proposition de réforme de l’actuel Gouvernement tiendra en ligne de mire ses objectifs immédiats mais aussi ceux du long terme. Voyez-vous l’actuel leader MSM plus accommodant, eu égard aux circonstances actuelles de son parti sur l’échiquier, vis-à-vis des exigences exprimées publiquement par le leader du MMM ?

« Nécessité de répondre à exigences onusiennes »…Et moi qui croyais Maurice Etat souverain…Merci de me rappeler que nous sommes toujours une colonie de FMI/BM. C’est vrai que nous sommes « foutus » si, après les robinets 24/7, on nous ferme aussi ceux d’éventuels bailleurs de fonds.

Il n’y a pas que l’interdiction faite à d’éventuels candidats aux Législatives de proclamer fièrement leur mauricianité qui constitue une discrimination raciale aux yeux de boutiquiers onusiens, faux apôtres connus pour leur hypocrisie car absolument incapables de rendre justice à des peuples martyrs comme en Palestine (Gaza qu’on gaze impunément), au Soudan, au Yémen, au Kurdistan, pour ne rien dire des 60 millions d’esclaves que leurs statistiques recensent, dans une indifférence mondiale, coupable, en dépit de maints rituels en journées annuelles de servitude prétendument abolie. Quid de tous les machos traitant leurs femmes et filles pis qu’esclaves ?

En matière de réforme électorale, nos politiciens sont joueurs et non arbitres, encore moins commissaires de match ou organisateurs. Qu’ils jouent en respectant les règles en vigueur que d’autres (légistes constitutionnels de profession) leur imposent, pour ne recevoir aucun carton rouge, ni être renvoyés, non pas en « caro cannes » mais aux vestiaires, pleurer leur éligibilité perdue.

Comment voulez-vous que je prenne au sérieux des joueurs qui se permettent de rédiger les règles du jeu, de les modifier en cours de partie, parfois même avec effets rétroactifs ? Comment voulez-vous que pareils abus de pouvoir ne servent pas à protéger, consolider, des intérêts surtout dynastiques ?

Et puisqu’on parle de réforme électorale, permettez-moi de vous dire que nous errons, en réduisant cela aux « Best Losers » et à la « dose minimale de représentation proportionnelle ». C’est prendre le problème par le mauvais bout.

L’essentiel c’est que chaque scrutin nous procure la meilleure Assemblée nationale possible. Une qui soit capable, dans l’indispensable esprit de compromis, de légiférer en promouvant toujours les intérêts supérieurs de la nation.

Le meilleur système électoral est celui capable de nous procurer à tout coup des Assemblées nationales idéales, irréprochables, conservant la confiance inaltérée de la population. Le nombre d’élus importe peu, si la qualité prime sur la quantité. Mieux vaut un nombre restreint de Législateurs, pouvant toujours légiférer en leur âme et conscience, plutôt que pléthore comprenant des « roder-boute » ou encore des harceleurs sexuels sur réseaux sociaux. Plaignons ces leaders politiques qui sont obligés de les tolérer !

Les bagarres raciales de janvier 1968 font voler en éclat l’équilibre escompté par nos 20 circonscriptions-Banwell de l’île Maurice. On se bat comme des chiffonniers sur un nouveau nombre de députés correctifs et d’élus par la représentation proportionnelle mais nul ou presque ne se soucie de l’exercice en cours de colmatage des limites territoriales de nos 20 circonscriptions.

Multiplions encore nos députés correctifs, si cela peut rassurer des électeurs pensant encore en termes de « sectarisme » avant la « nation » mais créons surtout 20 circonscriptions-communautés humaines, CENTREES autour d’une grosse agglomération, les regroupant déjà naturellement parce qu’elles sont au cœur de leurs démarches administratives et achats habituels.

Finissons-en avec des circonscriptions, commençant à Surinam pour finir à Cité-Kennedy, ou encore celle où des électeurs doivent passer par Mahébourg pour se rendre à Rose-Belle. Jusqu’à quand la 21e rodriguaise devra-t-elle se contenter de deux députés alors qu’elle compte davantage d’électeurs que deux circonscriptions mauriciennes ? Nos réformateurs électoraux savent-ils seulement compter ?

Ce n’est pas notre système électoral qu’il faut réformer. Il faut d’abord enlever les freins qui empêchent certains dirigeants de concevoir autre chose que le seul intérêt de leur électorat, de leur parti, sinon de leur famille, de leur dynastie.

Comment pouvons-nous parler de réforme électorale sans poser la question de savoir si nous ne devons pas accorder le droit de vote à nos frères et sœurs de la diaspora parce qu’ils ne sont pas « des jacots à qui confier un rasoir serait dangereux ».

* On affirme dans les milieux gouvernementaux que, faute d’une réforme qui répondrait aux attentes du MMM, les possibilités d’un arrangement électoral pour le MSM avec les mauves vont s’amenuiser. Une grande responsabilité repose donc sur les épaules du Minister Mentor, qui historiquement s’est jusqu’ici opposé à l’introduction de la représentation proportionnelle dans notre système électoral, car il doit faciliter les choses. Qu’en pensez-vous ?

La représentation proportionnelle souffre d’un malentendu datant d’avant les années 1960. Des progressistes l’ont foulée aux pieds en croyant stupidement qu’elle servait exclusivement les intérêts d’adversaires politiques (conservateurs) et non les leurs.

Avec un minimum de représentation proportionnelle, Chacha Ramgoolam aurait dirigé l’opposition après le 11 juin 1982. Nous ne sommes plus en 1960 mais en 2018. Ce qui compte c’est que notre Assemblée nationale puisse demain compter en son sein des politiciens faisant leurs preuves sur le terrain, tels que Jack Bizlall, Ram Seegobin, Lindsay Collen, Ashok Subron, Harish Boodhoo, Jane Ragoo, des non politiciens comme Koomara Venkatasawmy. Bref des Mauriciens émérites, capables de rendre leurs lettres de noblesse à nos débats parlementaires.

Mais comment les dirigeants politiques pourraient-ils vouloir améliorer la qualité, possiblement contradictoire, de nos débats parlementaires, quand ils sont absolument incapables de susciter le moindre débat crédible, au sein de leurs instances partisanes ? Ils sont trop amarrés à leur Sacrée « Pensée Unique ».

Le summum du débat politique à leurs yeux d’aveugles est leurs sempiternels monologues, lors de points de presse hebdomadaires ou interminables soliloques télévisés. Quand serons-nous capables de plébisciter des dirigeants politiques dignes du Peuple Admirable que nous formons ?

* Qu’il y ait réforme électorale ou non, il semble que le Premier ministre souhaiterait aller jusqu’au bout de son mandat. C’est pour quoi faire, selon vous ? Essayer de renverser la vapeur après les trois années du présent mandat jalonné par de multiples affaires, ou est-ce pour créer le ‘feel-good factor’ nécessaire en prévision des élections générales avec la présentation d’un ou des deux prochains budgets ?

Il est normal que tout gouvernement démocratiquement élu veuille aller au bout de son mandat. La date des scrutins législatifs ou présidentiels est même fixée à l’avance dans certaines démocraties. Pensons aux Etats-Unis (début novembre de toute année bissextile) ou en France (fin avril/début mai de tout lustre mais pour Présidentielle seulement).

Il est tout autant normal qu’un électorat intelligent privilégie l’alternance du pouvoir ne serait-ce que pour permettre à ceux du « caro-cannes » de prouver la véracité des graves accusations portées par eux contre le gouvernement que nous avons (peut-être imprudemment) plébiscité un lustre plus tôt.

Notre histoire politique récente nous prouve malheureusement à l’évidence qu’au terme du mandat quinquennal, bien minces sont les accusations avalisées par une cour de justice et disqualifiant pour de bon ou temporairement des politiciens indignes. Combien de politiciens corrompus croupissent en prison ?

Nos dirigeants politiques ne sont pas de la dernière averse. Ils savent que nous gouverner n’est ni partie de plaisir ni sinécure. Mais il ne fallait pas nous promettre la lune, en décembre 2014. Ils nous ont appris à « virer mam ». Si nous leur obéissons, ils n’auront qu’à s’en prendre à eux-mêmes.

Dans tout bon restaurant, le « feel good factor » n’est pas ressenti en cuisine mais à table, en plein restaurant, si notre assiettée correspond à l’offre alléchante du menu-programme gouvernemental. Démissionnez et cédez la place aux autres si zotte pas capave deliver the good.

* Au fait, que opinion faites-vous du cote de popularité du Gouvernement ? On peut comprendre que la traque de Navin Ramgoolam et des autres Travaillistes, la gestion des certains dossiers comme celui de la BAI et le style propre à Sir Anerood Jugnauth n’ont pas aidé les choses ; ils ont même produit l’effet contraire, ce qui faisait dire à certains au sein du MSM : SAJ était le meilleur agent du PTr. Les choses ont-elles changé depuis que Pravind Jugnauth a pris la barre ?

La cote de popularité gouvernementale n’intéresse que ceux siégeant présentement au cabinet. Nous les comprendrons évidemment, s’ils nous confient être dans leurs petits souliers : seulement un an et demi avant la prochaine échéance électorale ; seulement 18 mois pour nous faire oublier maints faux-pas.

Pour le commun des mortels, ce Gouvernement ou un autre …Quelle différence ? L’électorat jugera lors du prochain scrutin. Le ferons-nous objectivement et scientifiquement, de manière impartiale et équitable ? Difficile de le dire. Nous sommes nombreux. Près d’un million d’inscrits. Nul n’est responsable du vote des autres.

Des urnes sortira une nouvelle majorité, un nouveau gouvernement. Sera-t-il pire ou meilleur que celui qui est en place actuellement ? Que ceux que nous avons subis précédemment ?

Je ne sais pas si Bhai Anerood est le meilleur agent du Parti Travailliste. En revanche, il ne se passe pas un journal télévisé ou presque sans que Pravind Kumar ne se croit obligé de parler en long et en large de quelqu’un, nous rappelant beaucoup son prédécesseur. Nous ne le voyons plus ou presque à la télévision mais on le rappelle souvent à notre bon souvenir. On ne médirait pas autant de quelqu’un, si on ne le craignait pas autant. Au moins, le savons-nous bien vivant, capable de faire cauchemarder certains, ne dormant pas du sommeil du juste malgré l’auréole dont ils se parent volontiers.

* Si le Gouvernement est si impopulaire que le disent les partis de l’opposition, en particulier les Travaillistes, voyez-vous le PTr pouvant tirer profit de cet état de choses ?

Seul chaque électeur peut répondre à pareille question et encore au moment d’entrer dans l’isoloir et de choisir trois candidats, en espérant qu’ils ne leur feront pas, par la suite, rougir de honte.

Autre aberration de notre système électoral. Faites une croix sur trois candidats particulièrement odieux et faisant honte à notre classe politique et ne soyez pas étonné en apprenant qu’ils ont été plébiscités haut la main. Nous en sommes réduits à voir impuissamment le choléra se vanter d’avoir terrassé la peste. Que nos principaux partis tirent un profit maximal de notre incapacité chronique de les obliger à montrer l’image flatteuse que nous avions d’eux à leurs débuts, cela ne fait pas l’ombre d’un doute.

Serions-nous plus intelligents que nous aurions voté systématiquement pour des candidats, sinon de l’opposition, du moins pour des candidats valables n’ayant, sauf miracle, aucune chance de se faire élire surtout en l’absence de toute représentation proportionnelle, même à doses infinitésimales. Si nous voulons être sincères avec nous-mêmes, nous reconnaîtrions sans peine que les parlementaires qui nous sont les plus utiles sont ceux de l’opposition surtout extraparlementaire. Ils n’ont pas leur pareil, sans immunité aucune, pour dénicher au moins un scandale juteux par semaine.

Il y a un hic pourtant… Même les candidats dans caro-cannes contestent cette utilité politique supérieure dans les travées de l’opposition. Ne dit-on pas qu’ils aspirent à prendre la place de tout ministre ou allié gouvernemental souffrant de disgrâce, pas forcément linguistique. Nous couvrons des yeux de Chimène nos parlementaires de l’opposition. Ils n’en ont cure. Retournent-ils leur veste comme l’Iscariote, les voilà qui nous en veulent à mort, parce que nous nous soucions de leurs efforts ministériels comme d’une guigne.

* Quelle opinion faites-vous de l’impact des divers rassemblements politiques que le PTr organise à travers le pays ? Les Travaillistes ont été jusqu’ici à Saint Pierre et à Fond du Sac, et il semble que le courant passe toujours entre le PTr et l’électorat. La victoire au No. 18 est aussi significative dans la mesure où une victoire dans cette circonscription serait toujours, selon les analystes des élections à Maurice, le signe annonciateur d’une plus grande victoire sur le plan national…

Impact… dites-vous ? Ne conviendrait-il pas mieux de parler ici d’investissements ? Imparfait est forcément le contentement du tricheur. Sacha Guitry en conviendra. Il ne saura jamais la part d’impact qu’il aurait eu sans tricher et ce qui lui vaut sa tricherie. La popularité est incontestable quand épris et férus font pieds et mains pour rejoindre, par leurs propres moyens, le leader qu’ils chérissent.

Mais si on offre transport, briyani, good huile, pique-nique balnéaire, l’amoureux le plus transi ne sait plus si sa présence dépend sincèrement de lui ou si elle doit quelque chose aux avantages marginaux ainsi prodigués. A chacun, son jeton de présence. Nous résistons à tout sauf à la tentation.

Je vois mal Fond-du-Coffre votant Pince-Monseigneur sous prétexte qu’Arvin triomphe sans gloire car sans péril aux Quatre-Bornes, un jour d’éclipse totale du Soleil, pourtant tellement impérial. Lors du prochain scrutin penserons-nous davantage à Arvin triomphant faute d’opposition au No 18 ou mordant la poussière dans une région aussi super-humide que Rose-Belle ? Qui aurait dit le 10 décembre 2014 que 40+40 = caro-cannes ? J’entrevois surtout un inévitable malaise fondant sur notre classe politique après une victoire électorale malaise d’un nonagénaire impérialement fringant. Revanche de Martyr.

Je me souviens de Chacha Ramgoolam confiant à Walter, à la sortie des funérailles de Len Williams, notre dernier gouverneur british born : « To conné Harold…Mo fine bien réfléci… Mo croire mo trop zène pour être réduit au Réduit. Il n’est pas le seul à se croire pas assez croulant pour ne pas redescendre dans l’arène au lieu de laisser la place aux jeunes. Cette victoire électorale malaise est un bain de jouvence, dont nous commençons tout juste à en redouter les bienfaits. J’entends des voix d’outre-tombe ou presque…Vive la gérontocratie !

* Cependant, les choses ne sont pas aussi simples que ça, soutiennent certains observateurs politiques, car il va suffire au MSM de contracter une bonne alliance avec le MMM pour se donner les meilleures chances en 2019 ou 2020. Votre opinion ?

Je pensais cela de l’alliance 40+40. A Democracy Watch et à Radio One, on rit encore de ma naïveté incommensurable. Pour virer, nous avons viré de bord. Est-ce pour le meilleur ? Rien de moins sûr… Redisons encore à l’électorat. Nous votons à nos risques et périls…Pour le meilleur comme pour le pire. Qui appréhende instinctivement le pire est rarement déçu.

* Mais il y a aussi l’autre incertitude qui pourra bouleverser toutes les données politiques : l’affaire MedPoint devant le Privy Council. Tout comme celles concernant Navin Ramgoolam. Qu’en pensez-vous ?

Un bookmaker british born m’a dit : Normalement le conseil privé d’Elizabeth de Saxe-Cobourg s’arrange pour ne pas embarrasser un chef d’Etat ou de gouvernement d’une ancienne colonie même indigène. Mais les Chagos pourraient être un handicap difficile à surmonter, lors du sprint final, à quelques encablures du poteau d’arrivée. Le coup de rein victorieux risque de faire défaut au moment de l’épectase (terme certes eschatologique mais pris ici dans son sens journalistique).

Quant à Navin, notre bon Peuple Admirable commence à croire que nos limiers, chargés d’enquêter sur son sort, se préoccupent davantage de leurs ongles à moins qu’ils se soient égarés à jamais en quelques chambres fortes cadenassées à double tour. Nous avons si peu de nouvelles d’eux…Qu’ils réapparaissent avant le prochain scrutin, voilà qui nous surprendrait…Et s’ils respectent toujours le rythme tortueux suivi jusqu’ici, nous les voyons mal remporter une quelconque course contre la montre même juridique. Mais que Navin ne se réjouisse pas à bon compte. Chi va piano, va sano… Arrivée peut-être mais après… 2024… si l’alternative gouvernementale a toujours cours…

* Ce qui paraît certain, cependant, c’est que Paul Bérenger parviendra à affronter la tempête que traverse le MMM avec les contestations (venant) des Jeeha, Obeegadoo, Labelle et autres – comme toujours. Des expulsions sont programmées, et il gardera la main sur le MMM, n’est-ce pas ?

Rien de plus incertain que le certain… Le temps joue-t-il en faveur de l’inamovible leader du MMM ? Je ne vous rappelle pas l’extrême plaisir de Nikita Khrouchtchev et les compagnons de cellule, sinon de politburo, en apprenant, en se réveillant, après une soirée arrosée de vodka, la disparition de Staline, oubliant de se réveiller, après une soirée tellement folle.

N’avait-il pas obligé l’infortuné Nikita à mimer la danse de l’ours, suscitant l’hilarité des incontournables béni-oui-oui ? Cela n’empêchera guère ce dernier de diriger feu le paradis communiste et même de mener à bon terme la déstalinisation de cet éden bolchévique, jusqu’en 1964, année de son anathématisation par le tandem Brejnev/Kossyguine.

Que sont Jeeha, Labelle, Obeegadoo, comparés aux cadors ayant précédemment eu à lève paquet aller ? Mais quand mite vorace s’attaque à peau de chagrin, il y a de quoi s’inquiéter. C’est du moins ce qu’on apprend dans les cours de gestion d’entreprise, chapitre « réduction de votre part de marché ».

Nous sommes ici sur un terrain politique. Autre secteur d’activité(s), autres mœurs. Gardons-nous de résumer l’activisme militant au point de presse hebdomadaire et quelques cérémonies de comité central ou d’assemblée de délégués (par qui ?). Le Politburo cogite. Et comme disait Staline : le Politburo c’est moi !

Entretemps, l’inquiétant porte-avion des années de braise est devenu frégate même pas fringante, aviso mal avisé, Amar attaché à Hôtel Henessy…Et qui dit Ebène nous fait penser à Dodo…Qui dit Park, pense Jurassic. Jusqu’à quand le MMM aura-t-il assez de membres pour satisfaire l’appétit gargantuesque du chef Expulsion. That’s the question ? Le MMM, tellement gérontocrate, n’a pas la capacité de résurgence d’autres concurrents sérieux. Voilà ce qu’il en coûte de snober les rodère-boutte et autres carriéristes.

Notre bon Peuple Admirable se lasse de plus en plus des disques rayés à force d’écoutes répétées. Nos partis politiques sont comme nos flamboyants. Un jour nous réveillerons et ils auront disparu. Ils ne refleuriront plus, sans même que cela ne nous chagrine. Nous ne pourrons même pas accuser la déforestation nommée Métro-Express. Au moins aurons-nous vieilli ensemble.

 


* Published in print edition on 18 May 2018

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