Cassam Uteem

Tribune

 

« Je ne suis pas homme à me taire »

 

— Cassam Uteem

 

Il n’est pas dans mes habitudes de répondre aux politiciens de bas étage mais après les propos du secrétaire général du Parti travailliste à mon égard, lors d’une conférence de presse samedi dernier, et répercutés dans les media du week-end et dans quelques uns des journaux d’hier, j’ai pris la décision de répondre à ce monsieur d’autant que ses propos orduriers ont été tenus en présence des ministres de la République, qui fait d’eux ses complices silencieuses. Autrement, je l’aurais probablement traité, ce monsieur, avec le mépris qu’il mérite.

 

 

 

Vulgarité, Droits et Ethique: Parce que j’ai évoqué publiquement, par voie de presse, la possibilité de mon retour à la politique active, si la situation l’exigeait et si ma santé me le permettait, et exprimé mes voeux de voir se réaliser une alliance MMM-PT ce monsieur s’est cru autorisé d’avoir recours à la vulgarité pour s’attaquer à mon honneur et à mon intégrité. Parce que, en tant qu’ancien chef d’Etat, et selon la législation existante, j’ai droit à une pension, une voiture et un minimum de protection policière – ce qui ne semble pas lui plaire — je ne pourrais selon lui faire de la politique que si je renonçais à ces droits. Ça aurait pu être un sujet de débats intéressants si, montant sur ses grands chevaux, ce monsieur, ne s’était cru autorisé à avoir recours à l’insulte en utilisant des expressions comme zwisair et manz banann dan 2 butes et roder bute me sommant de renoncer à mes droits avant de faire de la politique. Quel culot!

Que ce monsieur se souvienne que l’ancien Président de la République que je suis, a démissionné de son poste sur une question de principe, sans se soucier des honneurs et des privilèges attachés à la fonction et qu’il sache que je n’ai ni instruction, ni conseil, ni ordre encore moins des leçons d’éthique et de moralité à recevoir de lui. Mes actes en politique n’ont jamais été, comme tant d’autres de sa famille politique, motivées par l’acquisition des privilèges indus ou l’accaparement des biens de l’Etat. Homme public depuis plus de 40 ans, mes avoirs sont du domaine public: je suis propriétaire en communauté de biens d’une maison, une seule, celle ou je vous accueille ce matin, pas d’autres maisons ni de terrains en toute propriété ni terrain de l’Etat loué à bail, ni actions dans des compagnies.

Ni jouisseur ni spéculateur foncier, je n’ai pas de rente et je ne reçois aucun dividende J’ai été au service de l’Etat et j’ai occupé ses plus hautes fonctions pendant une bonne dizaine d’années et c’est en vertu de ces hautes charges que j’ai aujourd’hui droit au traitement que je reçois de l’Etat et non grâce au bon vouloir d’un quelconque parti politique ou du secrétaire général du Parti travailliste.

 

SSR & SAJ : Aucune loi n’interdit à un ancien chef d’Etat ou chef de gouvernement de faire de la politique active de nouveau ou exige qu’il renonce aux droits dont mention a été faite plus tôt, pour pouvoir le faire. Puis-je rappeler à ce monsieur que lorsque, en 1982, l’ancien Premier ministre, qui était nul autre que SSR, le père de la Nation, battu aux élections, décida de retourner à la politique active, après un retrait temporaire, il ne lui fut pas exigé de renoncer à sa pension, ni à la voiture mise à disposition par l’Etat, ni aux services de sécurité policière dont il bénéficiait. Très justement d’ailleurs. Et lorsque SAJ battu en 1995 continua à faire de la politique active, lui a-t-on jamais demandé de renoncer à sa pension et ses autres nombreux privilèges en tant qu’ancien Premier ministre avant de se représenter devant l’électorat dans une élection partielle ou générale. Non ! Pourquoi donc cette exception quand il s’agit de Cassam Uteem? Le même principe doit s’appliquer, n’est-ce pas ?

Venons-en maintenant à l’alliance MMM-PT: je voudrais faire taire les rumeurs selon lesquelles je serais l’intermédiaire, le facilitateur ou le négociateur entre les 2 partis et leurs leaders. Certes, je n’ai jamais caché ni ma préférence ni mon souhait pour une telle alliance pour diriger le pays dans une situation économique extrêmement difficile sur le plan local et international et à un moment où on assiste à une détérioration de la situation sociale et où la sécurité de la population est menacée par des mafias de toutes sortes.

Navin Ramgoolam et Paul Bérenger le savent puisque je leur ai déjà fait part de mon opinion sur la question mais je n’ai jamais été mandaté ni par l’un ni par l’autre pour agir afin de ‘baliser le terrain pour le tête à tête au sommet entre les deux chefs de partis’, pour reprendre ce qu’a écrit un quotidien hier matin. Ni ai-je pris de mon propre chef une quelconque initiative pour aider à la concrétisation d’une alliance PT/MMM. Je renouvelle ici, quand même, mon souhait de voir aboutir les négociations en vue de cette alliance.

Quant à la question de savoir si je serai ou non candidat aux prochaines élections générales l’avenir nous le dira. A ce jour, je n’ai encore pris aucune décision sur mon retour en politique active. Mais en tant qu’ancien vice Premier ministre, ancien Président de la République aujourd’hui citoyen libre, je continuerai à faire entendre ma voix à chaque fois que cela s’avère nécessaire, n’en déplaise au secrétaire général du PT. J’interviendrai encore plus et plus souvent pendant la période électorale car c’est ‘la période de grande écoute’ et je propose déjà de porter la réflexion sur un certain nombre de sujets d’actualité brûlants, dont la corruption qui ne devrait pas laisser indifférents le Secrétaire général du Parti travailliste

 

Il ne doit avoir aucun doute sur le fait que je ne suis pas homme à me taire devant les injustices flagrantes ou lorsque notre pays et sa jeunesse sont rongés par des fléaux sociaux ou encore lorsque la sécurité de la population est menacée, comme c’est le cas aujourd’hui.

Pour l’instant je me contenterai de faire appel au PM afin qu’il s’assure que les autorités policières prennent au sérieux cette situation des plus alarmantes qui se développe dans le pays suite au chaos qui règne dans nos prisons d’où opère la mafia de la drogue, du subutex en particulier.

Lorsque, il y a quelque temps de cela, j’avais évoqué, en compagnie des travailleurs sociaux de terrain, le cas d’une bande composée d’un certain nombre de ceux qu’on appelle des bouncers qui vint semer la panique dans certains quartiers de Port Louis, et que cela pourrait déboucher sur des conflits communaux, je fus traité d’antipatriote.

Aujourd’hui je tire une fois de plus la sonnette d’alarme. Un ‘repeat’ de l’épisode Kaya, comme en 1999 – n’est pas à exclure si on laisse pourrir la situation. La lutte contre le trafic et la mafia de la drogue devra être la priorité des priorités. Je demande également au PM de revoir la législation sur les maisons de jeux. Evitons à nos jeunes de développer une mentalité de zougader: elle donnera lieu à la longue à un breakdown de la fabrique de notre société, à un accroissement du nombre de vols avec violence et de meurtres comme celui dont nous avons été récemment les témoins à Quatre Bornes.

La corruption est l’autre fléau qui ronge et appauvrit notre société et je compte saisir l’ICAC sur certains faits troublants qui me sont parvenus… Je ne dirais pas plus à ce stade.

 

Pour terminer je voudrais faire un appel en faveur de Haiti. Haiti a déjà enterré plus de 75000 morts et les Haitiens vivent des moments extrêmement difficiles. Je fais un appel à la générosité des mauriciens pour qu’ils contribuent au fonds de secours des organisations comme la Croix Rouge, Caritas International, ATD Quart Monde et l’organisation Helping Hands dont le quartier général se trouve à Londres. Nous sommes toujours sans nouvelle de notre compatriote l’ASP Lutchman et l’épouse de notre compatriote Patrick Hein : nous prions pour qu’on les retrouve sains et saufs.

 

Enfin, je réitère mon appel pour la libération de nos compatriotes Iqbal Osman et Chritian Li, cadres de la compagnie Chevron, arrêtés et incarcérés au Congo Braza. Le premier nommé a découvert une fraude massive chez la filière congolaise de Chevron impliquant une banque très influente et depuis, les 2 mauriciens sont persécutés et traités comme de vulgaires prisonniers. J’ai déjà fais appel au Président Abdou Diouf, Secrétaire général de l’OIF, afin qu’il use de son prestige et de son influence auprès du Président du Congo Brazaville pour obtenir la libération de nos 2 compatriotes mais jusqu’ici il n’y a eu aucune réponse. J’espère que la mission Lassémillante soit un succès et que nos 2 compatriotes retrouvent leur liberté dans les plus brefs délais. 

Propos tenus par M Cassam Uteem lors d’une conférence de presse en sa résidence, le 19 janvier 2010

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