1er Mai : Fête des travailleurs

1er Mai : Fête des travailleurs ou des politiciens ?

 

* Les grands tribuns tels que Maurice Curé, Guy Rozemont, Pandit Sahadeo, Renganaden Seeneevassen, Emmanuel Anquetil et Sir Seewoosagur Ramgoolam, ont pesé de tout leur poids pour l’épanouissement des travailleurs

 

* Pour beacoup de Mauriciens, y compris des syndicalistes, le 1er Mai est ‘hijacked’ par les partis politiques

 

La Fête du Travail qui sera célébrée mardi prochain est significative à plus d’un titre pour les travailleurs en général. De par le monde, le 1er mai est jour de mobilisation nationale.

 

 

 Il faut dire qu’à Maurice, cette fête a toujours été l’occasion pour la mobilisation des partisans de divers partis politiques du pays.

 

A Maurice, comme chaque année, la machine politique est en branle, augurant de nouveau, une piètre présence des groupements syndicaux pour ce 1er mai. Presque tous les leaders syndicaux sont unanimes et soutiennent avec force que les partis politiques ne négligent pas cette aubaine d’être présents dans certains endroits stratégiques du pays pour rassembler leurs activistes, partisans et sympathisants. Les dirigeants des partis politiques profitent de la faiblesse des syndicats pour mobiliser leurs troupes.

 

Affiches, banderoles, pancartes et oriflammes

 

De leur côté, les syndicalistes déplorent le fait que les politiciens ont « hijacked » le 1er mai. Pour étayer leurs dires, les dirigeants syndicaux font ressortir que les affiches, pancartes, banderoles et oriflammes ‘rouges’ et ‘bleus’, ‘oranges’ et ‘mauves’ et ceux des autres partis politiques invitent leurs partisans à soutenir leurs actions respectives. Et, cette année, tous les ingrédients sont réunis pour les principaux partis politiques afin d’atteindre leur but.

 

De nombreux syndicalistes souhaitent que les travailleurs participent impérativement à des actions syndicales et non pas à des meetings des partis politiques. D’autres soutiennent que les rassemblements syndicaux ne donnent pas les résultats escomptés. Pour eux, les travailleurs doivent soutenir les meetings des différents partis politiques. Certains syndicalistes affirment aussi qu’il faut donner un nouveau souffle au mouvement syndical afin de mobiliser les travailleurs qui font partie des syndicats.

 

Rassemblements pour mesurer la popularité des partis politiques

 

Les différents partis politiques utilisent même le 1er mai pour mesurer leur popularité. Cette année, la bataille des grandes foules s’annonce cruciale dans la mesure où les deux grandes alliances politiques du pays à savoir le PTr-PMSD et le MSM-MMM ont promis de grandes révélations, l’une à Vacoas et l’autre à Port-Louis. Et c’est dans ce contexte que des milliers de Mauriciens feront, certes, fi aux rassemblements syndicaux pour se rendre en grand nombre aux meetings ‘rouges’ et ‘bleus’, et ‘oranges’ et ‘mauves’. Ceci justifie l’importance du rassemblement d’une grande foule pour les partis politiques alors que les syndicats militent tant bien que mal pour que la Fête du Travail soit être célébrée par les travailleurs.

 

N’en déplaise à certaines personnes, les méthodes opportunistes de certains partis politiques volent à la Fête du Travail ses significations profondes. Pour beaucoup, on est loin de l’idéal de l’un des fondateurs du Parti travailliste, qui voulait que le 1er mai soit le jour des travailleurs – “Celebrate labour ideals”.

 

Il faut dire que fidèle à son idéal démocratique et à son combat permanent pour plus de justice sociale, le Parti Travailliste a laissé son empreinte indélébile sur pratiquement tout ce qui touche aux droits des travailleurs, voire aux citoyens de ce pays. Personne ne peut contredire que des milliers de travailleurs anonymes, qui ont combattu, côte à côte, avec les grands tribuns, tels que Maurice Curé, Guy Rozemont, Pandiit Sahadeo, Renganaden Seeneevassen, Emmnuel Anquetil et Sir Seewoosagur Ramgoolam, ont pesé de tout leur poids eu égard au destin de notre pays et aussi à l’épanouissement des travailleurs. Ceci explique la raison pour laquelle les jeunes de notre pays doivent nécessairement connaître toute l’Histoire de la République de Maurice.  

 

Vision et Histoire de notre pays

 

D’aucuns sont d’avis que l’arrivée du Parti travailliste sur l’échiquier politique locale avec à sa tête des hommes de grande vision a non seulement changé fondamentalement l’Histoire de notre pays mais a aussi permis de redonner la dignité à des milliers des Mauriciens, y compris les travailleurs, qui avant l’indépendance était en quête d’un avenir meilleur. Malgré des obstacles, le Parti travailliste continue la lutte menée par de grands tribuns pour combattre la misère, promouvoir l’égalité des chances et créer des opportunités d’emplois pour le bien-être des travailleurs.

 

Il convient de rappeler que le Parti travailliste avait célébré pour la première fois, la Fête du 1er mai en 1938. Répondant à l’appel du Parti travailliste, des milliers de travailleurs (toutes communautés confondues et de différentes couches sociales) s’étaient déplacés au Champ de Mars pour célébrer cet événement, ô combien significatif pour eux ! C’était le commencement d’une ère nouvelle et d’une longue révolution car ce jour-là, la foule y était estimée à 35,000 travailleurs par les organisateurs.

 

Arrivés par le train du matin, et marchant de la gare Victoria, les travailleurs s’organisaient en procession pour arriver jusqu’au Champ de Mars. Tous les travailleurs portaient un ruban rouge à la boutonnière. Ils réclamaient, sur des pancartes, le jour férié et le droit de vote, entre autres. Depuis cette époque-là, chaque 1er mai est fêté par le Parti travailliste pour marquer la motion de Guy Rozemont datant d’avril 1949.

 

Résolutions en faveur des travailleurs

 

Ainsi, ce jour-là, des travailleurs s’étaient rendus en masse à ce meeting où plusieurs résolutions avaient été votées, réclamant, entre autres, l’amélioration des conditions de travail, une réduction d’heures de travail et une augmentation salariale.

 

Les principaux dirigeants des ‘rouges’ avaient exigé une révision de la Constitution et l’élargissement du suffrage universel. Or, dans un discours en français, le Dr Maurice Curé avait lancé un vibrant appel pour que tous les travailleurs du pays s’unissent pour mener le combat pour l’émancipation et l’épanouissement des travailleurs.

 

Le Dr Maurice Curé devait dans son discours laisser entendre ceci : “Aujourd’hui, nous célébrons la Fête du Travail. Qu’il soit créole, hindou ou musulman, ce sera toujours un Mauricien dans le sens le plus large du mot. Aucune autre distinction ne doit être faite. Voilà la seule solution que comporte la situation. »

 

Personne ne peut contredire le fait que le message du Dr Maurice Curé est toujours d’actualité.  

 

Nouvel environnement du travail

 

Si dans le passé, le 1er mai symbolisait la lutte des travailleurs contre l’exploitation, aujourd’hui, cette date doit être une occasion pour les travailleurs de réfléchir sur le nouvel environnement de travail qui se met en place. L’effet de la mondialisation, les nouvelles technologies, eu égard au monde de la mondialisation, ont déjà touché nos rives. Or, les travailleurs, employeurs, décideurs politiques doivent unir leurs efforts et travailler avec un objectif commun : consolider les acquis des travailleurs et, en même temps, bâtir un meilleur avenir pour l’épanouissement des travailleurs et de leurs enfants. Car c’est à travers le travail que les travailleurs pourront préserver leur dignité.

 

En ce jour de la Fête du Travail, il est impératif que les travailleurs ne se laissent pas diviser mais ils doivent œuvrer dans l’unité pour l’avènement d’une île Maurice libre, prospère, moderne et unie, répondant aux attentes et aspirations des travailleurs en général.  

 

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Il y a 62 ans – Le 1er Mai fut décrété congé public

 

Il convient de souligner que le 29 avril 1949, le premier député de Port-Louis, Guy Rozemont, avait présenté au Conseil Législatif, sa motion pour que le 1er mai soit proclamé de façon officielle jour férié pour les travailleurs. Sa motion était ainsi libellée :  

 

 “That this council is of the opinion that the 1st May be considered a public holiday to allow workers of the colony to have a day’s rest to celebrate labour ideals”.

 

La motion était secondée par Raymond Rault.

 

Guy Rozemont avait plaidé pour un jour de congé avec salaire parce qu’à cette époque, tous les travailleurs ne bénéficiaient pas de congé avec salaire. Les employés de l’industrie sucrière avaient droit à 7 jours de congé contre 14 jours pour les employés du service civil et des banques.

 

Le tribun travailliste avait plaidé pour un jour de congé avec paie, car comme il l’avait dit dans un discours à l’Assemblée “the 1st May all the world over symbolizes an ideal; it, at times makes me remember that we do not know what vicissitudes of life can be upon us, what difficulties we shall have for our children, and when we listen to the claims of workers we should broaden our mind and understand those claims patiently and sympathetically for, who knows, whether tomorrow he himself or his children will not have, in the event of an emergency, to be converted into mere workers?”

 

De son côté, Renganaden Seeneevassen avait proposé un amendement à la motion pour que le 1er mai “be considered a public and estate holiday”.

 

Sir Seewoosagur Ramgoolam devait, pour sa part, intervenir et dire que la démarche de Guy Rozemont “will not disturb the order of things, it will not make anybody lose either financially or in any other way”.

 

Quant à André Nairac, en tant que porte-parole de l’oligarchie, il s’était opposé à la motion en soutenant que l’économie risquait de prendre un sacré coup avec la proclamation de ce jour férié additionnel.

 

Toutefois, la motion avait été adoptée à l’unanimité. C’était une année après son adoption que la motion de Guy Rozemont avait été proclamée loi par le Gouverneur Sir Hilary Blood et le lundi, le 1er mai 1950 avait alors été décrété jour de congé public.

 

S.B

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