Produits agricoles, un vaste chantier
|Par Nita Chicooree-Mercier
Le besoin primaire des humains, depuis la nuit des temps, est resté le même : se donner les moyens afin de se nourrir au mieux. Sur un fond obscur qu’offre la scène mondiale, qui se démène contre la perturbation du fret maritime, chaque pays navigue tant bien que mal sur les eaux troubles du commerce international pour mener à bon port les cargaisons destinées à alimenter le peuple.
L’insularité nous oblige à un consensus sur le plan alimentaire local, au-delà du discours victimaire qui met le voile sur une idéologie mortifère, source de conflits. Fort heureusement ! Pris en otage par notre configuration géographique qui nous éloigne de tous les centres de production, nous payons le prix fort de nos importations, mais les tunnels d’un approvisionnement constant ne risquent pas de nous réduire en otages squelettiques et affamés. Donc, nous disposons d’une marge de manœuvre restreinte mais exploitable.
Une légère embellie s’annonce sur le marché de l’offre et de la demande des légumes locaux. Verrons-nous un effet sur le moins cher des fast-foods ? Au dernier passage à la rue Bourbon, le dholl puri était servi avec une garniture réduite au minimum : un filet de sauce de gros pois et une noix de pomme de terre épicée, réduite en purée à peine visible ; aucune trace rouge de pomme d’amour ou de brède songe. Le tout servi avec un tour de main ultra-rapide en moins de dix secondes, ce qui est du hyper fast parmi les fast. Le tout pour vingt roupies. Le prix des légumes est un véritable casse-tête pour les marchands et les ménagères.
Qu’il s’agisse de fruits ou de légumes, les enjeux sont la quantité, la variété et la disponibilité des terres agricoles. Une production de masse sacrifie la qualité des produits jusqu’au jour où elle sera accessible à un plus grand nombre. L’abondance des pommes d’amour et des carottes ravit de nouveau les consommateurs en faisant oublier la question des pesticides. Est-ce que leur utilisation est soumise à un contrôle par les autorités ? Et quid des brèdes ? Ils absorbent la totalité des pesticides dont ils sont arrosés.
D’ailleurs, le critère d’être « beau » est superficiel quand il s’agit des légumes et des fruits. On ne demande pas aux carottes importées et génétiquement modifiées ainsi qu’aux pommes d’amour d’être ‘belles’ ; ce sont des produits des semences OGM et du diktat d’un monopole détenu par le Monsanto américain à travers le monde et relayé par un monopole local. On leur demande d’être « saines » pour ne pas s’ajouter aux métaux lourds et au microplastique qui ont déjà infiltré nos organes et notre sang.
Pour l’anecdote, si un jour il vous arrive de vous demander d’où peut bien venir une forte odeur de pesticide embaumant votre cuisine et votre salon, ouvrez donc le four où sont en train de mijoter les tomates farcies et vous aurez la réponse ! Il faudra alors tout jeter. Vous rencontrez des agriculteurs qui subissent cette imposition des semences importées pour cultiver les pommes d’amour. « On ne peut rien faire contre. », vous disent-ils, sur un ton résigné. Y aurait-il une solution à ce problème ?
La variété ? La quantité ? On vous répondra que les étals des marchés sont bien garnis. Toujours est-il que certains légumes manquent à l’appel et que nous ferons bien de les convoquer davantage sur le marché. Exemple : le brocoli très peu présent, la betterave rare et trop chère, même remarque pour les poireaux et la courge tandis que le céleri en branche est inexistant, pour ne citer que quelques légumes. La valeur nutritionnelle de ces produits est largement reconnue. La salade se limite à la laitue ; la roquette et la mâche sont quasiment méconnues. Les épinards se font rares, et il faut les purger de leur produit chimique avant de les consommer.
On présume que les citadins se débrouillent pour trouver le brède mouroungue et ses bâtons, autre légume bienfaisant pour la santé. Ce légume devrait être gratuit par un système de partage. L’arbre est si prolifique qu’il suffit pour tout un quartier et au-delà, car on n’en consomme pas tous les jours. Ne serait-il pas temps d’y penser ? Des arbres énormes se trouvent près de la gare du Nord à Port-Louis sans que personne n’y touche. Tout comme le caripoulé, le mouroungue n’est quasiment pas acheté dans les villages, on en distribue.
Dans toute cette panoplie de légumes, les fines herbes posent un véritable problème. Le cotomili, le thym et la menthe sont vendus en petits paquets maigrelets à un coût onéreux. Il conviendrait dans la mesure du possible de les cultiver soi-même en pots sur le balcon pour ceux qui ne disposent pas de jardin. Le basilic s’invite davantage en ce temps de cuisine moderne et variée, mais il est introuvable. Mais c’est facile d’en cultiver chez soi aussi bien que les poivrons.
Les fruits : autres aliments indispensables. Il y a tout un chantier à revoir. Une tranche de papaye vaut une orange en vitamine C, ce qui devrait diminuer la consommation des oranges importées. C’est étonnant que les citrons ne soient pas davantage disponibles sur le marché compte tenu de leur importance dans les plats cuisinés et les boissons. L’avocat est devenu incontournable pour le maintien d’une bonne santé. Or, on n’en trouve pas tous les jours. Un avocatier met des années à rapporter, ce handicap peut être contourné par une technique innovante qui fait rapporter une jeune plante d’avocatier au bout de six mois.
L’ananas en saison naturelle est mieux consommé entre novembre et mars ; ensuite, les ananas aux hormones prennent le relais. Anecdote : en pleine période de confinement de Covid en 2019, un van s’était garé non loin d’un supermarché. Le producteur voulut se débarrasser d’une centaine d’ananas. À quelques mètres du van et tout autour, il se dégageait l’odeur de produit chimique dérangeant tout le monde aux alentours.
Les fruits disparus : cœur de bœuf, corossol, la zatte rare, les goyaves parfumées, les fruits de la passion (grenadelle) peu présents, pomme zako et patate chinoise en voie de disparition. Le tamarin est heureusement sollicité en compote, boisson et plats de légume et poisson. Le melon orange si bon est si absent. Les diverses graines, courge, tournesol, etc., restent peu abordables pour la moyenne des gens. Les noix et amandes sont importées. Comment pallier ces manques ?
Dans le registre du gaspillage, songeons à ces milliers de graines que l’on jette contre notre gré par terre ou à la poubelle tous les jours, graines de giraumon, margoze, papaye, citron et noyau d’avocat. C’est effrayant !
De Maurice, nous suivons les nouvelles provenant du monde entier. Celles-ci sont relayées sélectivement sur la scène locale, à un rythme hebdomadaire, exposant les malheurs de ceux qui vivent des heures sombres. Il y a pire ailleurs. Le mot d’ordre chez nous pourrait être : balayons, cultivons et produisons.
Inutile de rappeler qu’une redistribution des terres est souhaitable dans le contexte actuel, où la terre nourricière disparaît sous le béton, plus profitable mais si polluant. C’est incontournable si l’on veut permettre aux petites et moyennes exploitations agricoles d’atteindre un degré d’autosuffisance dans ce domaine.
Mauritius Times ePaper Friday 29 August 2025
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