Le temps d’une attente…

Par Nita Chicooree-Mercier

Annonçant un problème technique, la compagnie aérienne nationale informe tous les passagers réunis dans la salle d’attente à Gillot (depuis 10h30) que le départ prévu à midi aura un certain retard. Or, la salle est bondée et tous les sièges sont pris. Il est interdit de dormir debout, même si vous avez passé une mauvaise nuit la veille. Les passagers, nourrissons et enfants, s’assoient par terre, et la salle ressemble assez vite à un hall de gare ferroviaire des grandes villes. La voix des annonces au micro peine à s’élever au-dessus du bourdonnement incessant des conversations et de l’attroupement vers le café.

Bien entendu, Air Mauritius prie tout ce beau monde de l’excuser pour tout inconvénient, invite les passagers à prendre leur mal en patience et leur offre un bon de 3 euros 90 pour un rafraîchissement. On se demande qui empoche la différence si l’on prend une boisson pour 3 euros 20, par exemple : le café ou la compagnie nationale ? De repas chaud, il n’y en aura point cette fois-ci, et ce, pour une attente qui va durer jusqu’à 16h30. En d’autres temps, on était mieux servi. L’urgence de l’austérité pointe son nez dès qu’il s’agit de faire des économies…

Nous vivons aujourd’hui à un rythme où le fast-food a remplacé le restaurant traditionnel car manger vite sans s’éterniser sur une chaise et partir aussitôt pour occuper son temps à sa guise est un choix dont on ne se prive plus. Par conséquent, en guise de repas, quelques graines protéinées feraient bien l’affaire pour remplir l’estomac des passagers soumis à une attente forcée dans un aéroport ! Cette pratique chez les astronautes en séjour dans l’espace sera peut-être vulgarisée un de ces jours…

Retard du vol et raisons évoquées : Passagers dubitatifs

Quant au problème technique d’un Airbus flambant neuf, certains passagers se laissent berner par l’argument technique. Une élégante dame malgache en partance pour Nairobi tient ces propos :

« Vous savez, de nos jours, tout ce qui se fabrique est conçu pour durer un certain nombre d’années, 3 ou 5 ans, et la garantie s’arrête là. Regardez les appareils électroménagers : ils ne durent plus longtemps. Nous sommes ainsi obligés d’en racheter d’autres. »

Toutefois, pour beaucoup d’autres passagers, c’est une couleuvre difficile à avaler car l’avion n’est pas fabriqué en plastique. Et l’avion en papier n’existe que dans le jeu d’enfants, lorsque nous arrachions avec regret une feuille d’un cahier bien entretenu pour fabriquer un avion, et ensuite, le lancer en l’air sachant qu’il va piquer du nez dans la seconde qui suit…

Dans la plupart des cas, la compagnie vise la rentabilité en regroupant deux vols sur un seul en provenance de Maurice. Et tant pis pour les clients, prisonniers dans une salle qui interdit désormais toute sortie. En somme, ils sont coincés et pris en otage car la prise de décision ne leur appartient pas. C’est comme pour le report de l’âge de la pension que permet un 60/0 sans discussions préalables au Parlement : les mécontents n’ont qu’à ravaler leurs critiques et rentrer à leur case. Et là, il n’y a aucune échappatoire. La faible intensité de la climatisation du superbe appareil Airbus pendant le vol est aussi un autre moyen de faire des économies en ce temps de vaches maigres.

Utilisation permanente et exagérée du téléphone portable 

Le personnel au sol d’Air Mauritius relaie le message de la compagnie en racontant la même rengaine du problème technique à ceux qui viennent vers eux pour des nouvelles de temps à autre. Donc, les passagers s’y accommodent, le regard plongé sur leur téléphone portable. Ce gadget sans fil relie chacun à ses proches (famille et amis) à tout moment, où qu’ils soient. Merveilleuse invention d’Israël que les plus féroces détracteurs de cette nation start-up par excellence ne sont pas prêts à boycotter.

Le téléphone classique est aussi l’invention d’un ingénieur anglais du même clan. Cette merveille apporte le monde entre vos mains, démocratise la prise de parole par des millions de sites qui ont leur mot à dire sur tous les sujets imaginables et donne la voix à une pléthore de médias en ligne qui ont relégué les médias mainstream à un rôle insignifiant, tant ils sont subjugués par l’idéologie et le politiquement correct qui vise à plaire plus qu’à informer.

Ce petit appareil libère l’accès à la connaissance pour tous et la parole étouffée et confisquée par une clique. C’est un acte presque subversif car il bouleverse les normes, un héritage qui remonte à deux mille ans et perçu comme une hérésie à l’époque… et encore de nos jours. Donc, sauf pour les plus jeunes qui ont grandi avec cet objet, cette scène où tant de gens ont le regard fixé sur un gadget technologique entre les mains paraît surréaliste.

Pardi ! C’est une scène universelle qui se reproduit à travers le monde : aux arrêts d’autobus, dans les autobus, sur la place publique, dans toutes les salles d’attente (chez les médecins ou les notaires, dans les bureaux de la fonction publique, par exemple),et aussi dans les jardins et sur les campus universitaires.

Anecdotes sur les langues en usage

Les paroles de bienvenue du steward-en-chef dans un anglais malmené et châtié à outrance dépassent les bornes. Ce crenglish étonne car il n’a que faire de l’accent tonique et de l’intonation spécifiques à l’anglais. En vérité. C’était du plus mauvais effet ! Il est temps que la compagnie aérienne prenne la dégénérescence linguistique de certains de ses employés au sérieux.

Les rires nerveux d’un groupe de passagers réunionnais, plutôt jeunes, fusent. Puis, ils se défoulent et font des commentaires à haute voix sur les tergiversations du pilote lors du décollage. D’ailleurs, l’atterrissage est aussi hésitant (peut-être dû aux nuages), ce qui provoque les éclats de rires et les applaudissements bruyants des mêmes jeunes passagers. Cette effusion désinhibée, héritage d’un comportement de ghetto, est d’une vulgarité qui, en règle générale, horripile le Mauricien moyen.

Mais, comme pour les « bonzour, bonne zourné, bon couraz » importés des radios de l’île sœur par les « frères et sœurs », animateurs à deux balles des radios privées mauriciennes, la propension aux singeries et au mimétisme des Mauriciens n’est plus à prouver.

Fait plus rare, le policier derrière le guichet de l’Immigration accueille certains passagers en bhojpuri.

« Passport bah ? Acha bah kinai ? » interroge l’officier en attendant que je le sorte.

« Han, bah ke.»

On dirait que le message concernant l’usage de la langue et de la culture parentales est passé. C’est une bonne nouvelle !


Mauritius Times ePaper Friday 7 November 2025

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