HSC 2025 : L’éclat des lauréats masque une fragilité académique croissante

Eclairages

Par A. Bartleby

Le mardi 10 février 2026 restera une journée de contrastes pour le système éducatif mauricien. Si la proclamation des 49 lauréats de la cuvée 2025 du Higher School Certificate (HSC) a été célébrée avec la ferveur habituelle dans les collèges de prestige, l’analyse détaillée des chiffres révèle des zones d’ombre inquiétantes. Entre baisse de performance dans les matières critiques et interrogations sur les nouveaux critères d’accès au Grade 12, l’élite scolaire brille, mais le socle académique semble vaciller.

Les directions d’établissements nuancent les résultats de 2025 : malgré un taux de réussite stagnant à 78,98 %, la qualité globale des performances demeure préoccupante.P – Adobe Stock

Une réussite quantitative sans éclat qualitatif

Du côté de la direction des établissements secondaires, on estime que les résultats de 2025 doivent être interprétés avec une grande prudence. Bien que le taux de réussite national stagne autour de 78,98 %, la qualité des performances globales ne semble pas au rendez-vous.

Les observateurs soulignent que cette promotion était la dernière à avoir accédé au Grade 12 sous l’ancien régime, lequel exigeait l’obtention de cinq « Credits » au School Certificate (SC). Malgré ce filtre, autrefois plus rigoureux, la qualité des résultats n’a pas été à la hauteur des attentes du corps pédagogique.

À titre d’exemple, les données fournies par le Mauritius Examinations Syndicate (MES) confirment une tendance de fond : l’érosion du niveau dans les matières scientifiques. Des voix expertes au sein de l’administration éducative tirent la sonnette d’alarme sur la chute des performances enregistrée entre 2023 et 2025 :

* Biologie : -6,6 points

* Mathématiques : -5,1 points

* Physique : -4,5 points

Si les filières linguistiques (français à 98,8 %) et économiques affichent une certaine stabilité, ce recul dans les matières à forte composante logique suggère un déséquilibre croissant. Pour les spécialistes du secteur, l’objectif ne doit pas se limiter à une simple promotion des élèves, mais doit impérativement viser à leur garantir les outils nécessaires pour une réussite académique et professionnelle durable.

Historique des taux de réussite : Une volatilité marquée

Le tableau historique du MES montre une évolution sinueuse du taux de réussite en République de Maurice :

* 2006-2019 : Une stabilité relative entre 75 % et 79 %.

* 2021-2022 : Des pics exceptionnels (jusqu’à 92,25 %), marqués par des contextes post-pandémie particuliers.

* 2024-2025 : Un retour à la normale autour de 79 %, mais avec un nombre de candidats examinés en nette baisse (5 794 en 2025 contre plus de 10 000 en 2012).

Les conséquences prévisibles des nouveaux critères d’accès

L’introduction en 2025 de nouveaux critères permettant l’accès au Grade 12 avec seulement trois Credits (ou deux pour les redoublants) marque un tournant risqué pour l’éducation nationale. À la lumière des données actuelles, voici les conséquences probables pour les années à venir :

1. Une chute brutale du taux de réussite en 2026-2027

Certains pédagogues prévoient déjà que le taux de réussite pourrait tomber sous la barre des 60 %. En abaissant la barrière à l’entrée, le système déplace le problème : les élèves qui auraient été réorientés vers des filières techniques se retrouvent aujourd’hui face à l’exigence académique du HSC sans avoir le socle de base nécessaire.

* Une fracture scolaire aggravée
Nous risquons de voir émerger un système à deux vitesses. D’un côté, les Académies et les « star colleges » maintiendront l’excellence pour les lauréats. De l’autre, les collèges privés et régionaux devront gérer des élèves en grande difficulté, ce qui pèsera lourdement sur leur taux de réussite global et sur le moral des enseignants.

*La dévaluation du HSC sur le marché international
Le HSC de Maurice est reconnu par Cambridge pour sa rigueur. Si la masse des candidats présente des résultats médiocres ou si les critères d’accès sont perçus comme trop permissifs par les universités étrangères, c’est la crédibilité de la signature éducative mauricienne qui pourrait être entachée.

* L’urgence de la filière alternative La solution ne réside pas dans l’obstination académique, mais dans la valorisation des formations polytechniques. Accéder au HSC avec trois Credits est une « chance » qui risque de se transformer en impasse pour des milliers de jeunes si elle n’est pas accompagnée d’un encadrement pédagogique massif, que le système actuel n’est pas encore en mesure d’offrir à grande échelle.

* * *

La « Trumpisation » du monde : Pourquoi le diagnostic de folie est-il un aveuglement ?

Donald Trump n’est pas une anomalie psychiatrique, mais le produit rationnel d’une culture de la domination et du spectacle

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’espace médiatique sature sous une note monocorde : « Trump est fou ». Des élus démocrates au Congrès aux colonnes de The Economist le dépeignant en cavalier déshabillé sur un ours polaire, le pseudo-diagnostic de démence ou de maladie mentale est devenu l’arme de choix de ses détracteurs. Pourtant, cette psychologisation à outrance, loin de neutraliser le milliardaire, agit comme un écran de fumée qui masque la rationalité systémique de son action.

Le « diagnostic » : une arme rhétorique sans fondement médical

Dans une réflexion percutante, Olivier Fournout, sociologue, sémiologue et écrivain, nous invite à dépasser les apparences du spectacle politique. Selon lui, qualifier Donald Trump de « fou » — un qualificatif devenu omniprésent dans les médias depuis janvier 2026 — constitue un effet pervers qui nous empêche de saisir la véritable nature du pouvoir en place.

La première limite de cette stratégie réside dans sa légitimité. Qualifier un chef d’État de « psychopathe » ou de « dément » sans examen clinique direct relève de la posture politique et non de la science. Lorsque des figures publiques utilisent le vocabulaire de la psychiatrie, elles pratiquent une « médicalisation » du débat qui évacue le fond du discours.

L’histoire récente prouve d’ailleurs l’inefficacité totale de cette rhétorique. Déjà en 2024, des collèges d’experts prédisaient son déclin cognitif ; cela ne l’a pas empêché de remporter l’élection face à Kamala Harris. Le public, parfaitement au fait de son profil, semble immunisé contre ces attaques. Pire, ces accusations nourrissent la technique de Trump : semer la controverse pour saturer l’attention, se poser en victime des « élites » et transformer le buzz en capital électoral.

La folie comme mise en scène : l’art du spectacle

Ce que beaucoup prennent pour de la divagation mentale est souvent une stratégie marketing éprouvée. Dans ses propres ouvrages, comme The Art of the Deal, Trump théorise l’utilisation de la provocation pour dominer l’agenda médiatique. Sa sortie récente à Davos en janvier 2026, réclamant « un bout de glace » (le Groenland) en échange de la paix mondiale, a été traitée comme une preuve de folie.

Pourtant, cette demande installe une vision du monde très précise : celle où la terre est une marchandise, un titre de propriété que l’on échange. En traitant cela de « délire », l’opposition évite de combattre l’idéologie sous-jacente : une volonté délibérée de fragiliser la transition écologique et de réaffirmer une domination territoriale archaïque.

Trump, miroir d’une société de combat

L’erreur fondamentale consiste à voir en Trump une anomalie individuelle. En réalité, il est le produit — et le miroir — d’un système économique et culturel qui valorise la force brute et la spectacularisation. Ses méthodes ne sont pas isolées ; elles font écho à toute une littérature de management et de développement personnel qui prône la négociation « le revolver sur la tempe » ou les « stratégies de guerre » en entreprise.

Trump n’est pas « hors système » ; il est l’avatar extrême d’une éthique dominante. Comme le souligne le chercheur Olivier Fournout, les structures sociales sélectionnent les psychés qui leur sont adéquates. Si Trump privilégie les rapports de force, c’est parce que le monde des affaires, du divertissement et désormais de la politique qu’il a côtoyé pendant cinquante ans, l’a récompensé pour cela.

Sortir de la psychologie pour revenir à la structure

Pour contrer l’Amérique de Trump, il est impératif de se détourner du « faits divers » psychiatrique pour revenir à l’analyse structurelle. Son action n’est pas chaotique ; elle suit une ligne constante :

* Affaiblissement du multilatéralisme : Ses attaques contre l’ONU ou l’OMS s’inscrivent dans une tradition américaine de torpiller les instances qu’ils ne contrôlent plus.

* Rationalité instrumentale : Trump sait reculer face à un pouvoir plus fort, comme l’a montré la menace européenne d’instruments anti-coercition.

* Marchandisation globale : Sa vision transforme chaque enjeu diplomatique en transaction commerciale.

En conclusion, traiter Trump de « fou » est un luxe de commentateur qui donne bonne conscience à bon compte mais ne produit aucun effet politique. Le véritable enjeu de 2026 n’est pas la santé mentale d’un homme, mais le diagnostic d’un système qui a rendu son ascension non seulement possible, mais logique. Pour combattre le « trumpisme », il faut s’attaquer à la structure sociale qui le porte, et non à l’individu qui l’incarne.

* * *

Le vote préférentiel : Démocratie et stabilité en Australie face aux leçons du passé

À l’approche des élections de l’État d’Australie-Méridionale, prévues pour le 21 mars 2026, le débat sur le système électoral refait surface avec une vigueur inattendue. Alors que les 47 sièges de la Chambre basse seront pourvus via le vote préférentielle même système utilisé au niveau fédéral — une frange des conservateurs australiens plaide pour un retour au mode de scrutin uninominal à un tour (dit « First Past the Post » ou FPTP). Certains observateurs politiques soulignent que l’histoire et les chiffres démontrent que le vote préférentiel demeure le système le plus juste et le plus protecteur pour la démocratie.

Un héritage conservateur aujourd’hui contesté

Il est ironique de constater que ce sont les conservateurs qui, en 1918, ont introduit le vote préférentiel en Australie. À l’époque, l’objectif était d’éviter l’éparpillement des voix entre les deux formations de droite (les Nationalistes et le Country Party), ce qui offrait des victoires indues au Parti Travailliste (Labour). L’élection partielle de Swan en 1918 en fut le déclencheur : le Labour l’avait emporté avec seulement 34,4 % des voix, alors que les deux partis conservateurs totalisaient ensemble 61 %.

Grâce à cette réforme, la coalition de droite a maintenu son emprise sur le pouvoir de 1949 à 1972. Aujourd’hui, après la victoire écrasante du Labour lors des élections fédérales de mai 2025, certains ténors de droite crient à l’injustice, affirmant que le système favorise indûment la gauche. Mais qu’en est-il réellement ?

Analyse des chiffres : 2025, une victoire sans équivoque

Lors du scrutin de 2025, le Labor a obtenu 34,6 % des votes de premier choix (« primary votes »), contre 31,8 % pour la Coalition. Après la redistribution des préférences, le Labour a battu la Coalition par 55,2 % contre 44,8 %, raflant 94 des 150 sièges (soit 63 %).

Certes, le nombre de sièges est disproportionné par rapport au vote populaire, mais c’est une caractéristique inhérente aux systèmes uninominaux. L’analyste Kevin Bonham souligne que même avec le système FPTP (sans redistribution des préférences), le Labour aurait tout de même remporté 86 sièges contre 57 pour la Coalition, car ses voix étaient mieux réparties géographiquement. À titre de comparaison, lors des élections britanniques de 2024 (sous le régime FPTP), le Parti travailliste a remporté 63 % des sièges avec seulement 33,7 % des voix nationales. Le problème n’est donc pas le vote préférentiel, mais le découpage en circonscriptions uniques.

Pourquoi le vote préférentiel est-il supérieur ?

Le système de vote préférentiel est un mécanisme où l’électeur classe les candidats par ordre de priorité. Si aucun candidat ne réunit la majorité absolue (50 % + 1 voix), le candidat le moins populaire est éliminé et ses voix sont redistribuées selon les deuxièmes choix de ses électeurs. Ce processus se répète jusqu’à l’obtention d’une majorité.

Ce système présente trois avantages majeurs par rapport au FPTP :

* Légitimité accrue : L’élu final bénéficie nécessairement du soutien (direct ou par préférence) de la majorité des électeurs, et non d’une simple pluralité. En FPTP, un candidat peut être élu avec 30 % des voix contre 70 % d’électeurs qui ne voulaient absolument pas de lui.

* Fin du “vote utile” : Les électeurs n’ont plus à choisir entre leur candidat de cœur (souvent un “petit” candidat) et un vote stratégique pour faire barrage à un autre. Ils peuvent voter pour un candidat indépendant ou un Vert en premier choix, sachant que si celui-ci échoue, leur voix sera reportée sur leur second choix.

* Reflet de la diversité politique : Le système permet l’émergence de tiers partis sans que ceux-ci ne jouent le rôle de “saboteurs” de leur propre camp idéologique.

Le cas emblématique de Dickson (2025)

L’élection dans la circonscription de Dickson illustre parfaitement cette supériorité. Le leader libéral Peter Dutton a obtenu plus de votes de premier choix (34,7 %) que son adversaire travailliste Ali France (33,6 %). Cependant, Ali France a finalement gagné avec 56 % des voix après redistribution. Pourquoi ? Parce qu’une immense majorité des électeurs ayant voté pour les candidats indépendants “Teal” ou les Verts préféraient France à Dutton. Sous le système FPTP, Dutton aurait gagné alors qu’une majorité claire des habitants de Dickson souhaitait un changement de cap.

Un système adaptatif

L’histoire montre que le vote préférentiel n’avantage pas systématiquement un camp. Si les Verts aident traditionnellement le Labor, des partis comme One Nation ou le Democratic Labour Party (DLP) ont, par le passé, largement favorisé la Coalition. Des sondages récents montrent d’ailleurs une poussée de One Nation qui pourrait, lors des prochaines échéances, favoriser la droite via le jeu des préférences.

Vouloir revenir au “First Past the Post”, c’est vouloir réduire au silence les électeurs qui ne se reconnaissent pas dans le bipartisme traditionnel. Si les critiques de la majorité actuelle souhaitent une représentation plus exacte des forces politiques, ils devraient militer pour la représentation proportionnelle plutôt que pour un système archaïque qui gaspille les voix des citoyens. Le vote préférentiel reste l’outil le plus sophistiqué pour forger un consensus majoritaire dans une société de plus en plus pluraliste.


Mauritius Times ePaper Friday 13 February 2026

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