Gen Z : Tour d’horizon

Par Nita Chicooree-Mercier

Jeunesse en fête : c’est l’image que l’écran de la télévision nationale a répandue dans tous les foyers récemment. D’ordinaire, nous assistons à de brefs aperçus de conférences où décideurs et têtes pensantes élaborent de grands projets devant un parterre d’invités à l’air grave — ceux-là mêmes sur lesquels repose le destin du pays. Outil béni, la télécommande permet de zapper ces scènes monotones et ennuyeuses à mourir.

Génération Z: un mouvement de contestation exacerbé par l’effet miroir des réseaux sociaux. P – bruxellesdevie.com

Les scènes de liesse que procure une réussite en tête de liste apportent un rayon de soleil sur l’écran national. Elles sont l’expression d’une fierté collective : spontanéité, soulagement, récompense d’efforts assidus… Le tout est exprimé avec une gratitude ancrée dans les valeurs mauriciennes envers les enseignants, les parents — qui tiennent à partager la gloire sur la photo souvenir — et, bien sûr, envers le divin.

En dehors de ces « têtes couronnées », il y a tous les autres qui repartent avec le document attestant de leur réussite, contents et libérés de ce rite de passage à l’âge adulte, prêts à se frayer un chemin. Pour ne pas trop jouer la carte de l’élite, c’est une jeune fille issue de la filière technologique d’un collège « non étoilé » que la MBC a choisi d’honorer sur son plateau, distinguée par son élégance langagière et son expression « mari contente ».

Quant à la gestion de conflits à coups de poing ou de cutter à la sortie des classes, il serait utile d’en faire une analyse sociologique : quel est le profil des auteurs et quel type d’établissements fréquentent-ils ? Pour l’instant, ils font figure d’enfants de chœur si on les compare aux mineurs de certains pays développés en Europe. Là-bas, on traite de « nouveaux barbares », souvent issus de cultures étrangères, ces jeunes armés de couteaux où élèves et enseignants font les frais d’un trop-plein de testostérone et d’explosions de colère.

La Gen Z fait la une de l’actualité internationale depuis l’an dernier, offrant un panorama aussi varié que les pays où elle occupe l’espace médiatique. Désespérée par un horizon obscurci par un chômage vertigineux et des inégalités criantes, la jeune génération du Sri Lanka a déferlé dans les rues pour faire tomber les puissants. Elle fut suivie par celle du Népal, où la pauvreté face à l’étalage insolent de richesse de la classe dirigeante a provoqué une révolte massive. Même scénario au Bangladesh, surpeuplé de jeunes révoltés contre un appareil d’État perçu comme répressif.

Au Maroc, excédés par des cas de décès liés à la négligence médicale, les jeunes ont crié leur indignation ; les meneurs attendent aujourd’hui leur procès en prison. Dans cette société vieillissante, la Gen Z ne représente que 17 % de la population.

Message reçu : le gouvernement a inscrit au budget une hausse de 16 % pour l’éducation et la santé. Plus près de chez nous, c’est Madagascar qui clôt ce cycle avec les résultats que l’on sait. Ces pays ne jouissent ni d’un Welfare State, ni d’un niveau de vie comparable à celui de Maurice.

Remontons le temps.

* En 2011, l’immolation d’un jeune homme désespéré devant le Parlement à Tunis mit le feu aux poudres, déclenchant une révolte qui donna des sueurs froides aux régimes autoritaires.

* En 2015, c’est un Syrien de 17 ans, inspiré par la chute de Khadafi, qui griffonna sur le mur de son lycée : « Your turn now, Doctor » (le président Assad étant ophtalmologue). S’ensuivirent des arrestations et une guerre civile dévastatrice. Plus tard, en 2019, Alger vit sa jeunesse manifester chaque vendredi jusqu’au confinement lié au Covid.

Autres pays, autres aspirations. Certains s’inventent un nouveau prolétariat qui emprunte au digital le racolage au clic. Ce concept globalisant présente, en réalité, des visages hétérogènes. Une partie de la Gen Z, du Soudan au Mali, soutient des souverainistes en uniforme ou des populistes religieux. Ainsi, être né entre 1997 et 2012, cela ne protège pas forcément ces « natifs du numérique » de l’égarement.

Il y a pire. Sur les campus de New York, Londres ou Paris, une partie de la Gen Z profite de la liberté d’expression pour scander le slogan génocidaire « From the river to the sea », réclamant ni plus ni moins que la disparition d’un pays et l’extermination de son peuple.

En France, une partie de la jeunesse est biberonnée à une idéologie mortifère, résidu d’un communisme où Lénine, Staline ou Trotsky prônaient la violence. C’est le triste spectacle que les jeunes gardes de LFI offrent dans leur délire devant l’université de Science Politique à Lyon.

Aujourd’hui, c’est en Iran que se déroule une scène apocalyptique : des milliers de jeunes y sont massacrés à l’arme lourde pour avoir osé se rebeller contre un pouvoir dictatorial. Comble du cynisme, le régime les a coupés du monde numérique pour perpétrer ce massacre à huis clos.

Pourtant, c’est aussi en Iran que l’on assiste au courage inouï d’un peuple face à l’oppression. À mains nues, ils continuent le combat par le seul moyen qu’il leur reste : l’insurrection. Ce mouvement de la Gen Z iranienne, assoiffée de liberté, a le potentiel de redessiner l’équilibre régional et de promouvoir la stabilité au-delà du Moyen-Orient.

Entre incertitudes économiques dans les petits États insulaires, endoctrinement toxique dans les pays avancés et soif de dignité sous les régimes répressifs, la Gen Z est une entité à plusieurs têtes, orientées vers des directions radicalement opposées.


Mauritius Times ePaper Friday 20 February 2026

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