Canada: À table ou au menu ?
Eclairages
L’éveil du Nord : Mark Carney et la fin de l’hégémonie américaine au Canada
Par A. Bartleby
Depuis des décennies, la relation entre Ottawa et Washington était considérée comme un « acquis » géopolitique : prévisible, intégrée et essentiellement harmonieuse. Cependant, en ce mois de mars 2026, cette certitude a volé en éclats. Sous l’impulsion du Premier ministre Mark Carney, le Canada opère une mutation radicale, s’éloignant de l’orbite de l’administration Trump pour tracer une voie de « réalisme pragmatique » qui redéfinit l’équilibre des forces en Amérique du Nord.
Sous l’impulsion de Mark Carney, le Canada opère une mutation radicale, s’éloignant de l’orbite de l’administration Trump pour tracer une voie de « réalisme pragmatique ». Photo – The Globe and Mail
Le paradoxe de trump et l’ambiguïté de carney
Le paysage actuel est dominé par ce que les analystes appellent le « Paradoxe de Trump » : un mélange explosif de frictions commerciales intenses et d’un accord de libre-échange (ACEUM) devenu une structure « zombie », maintenue en vie mais vidée de sa substance. Alors que Washington adopte une approche unilatérale et préemptive face à l’Iran, le Canada de Mark Carney répond par une « ambiguïté stratégique » calculée.
Sur le plan militaire, la rupture est nette. Carney a déclaré — sans équivoque — que le Canada « ne participera jamais » à la campagne actuelle en Iran, malgré les pressions de la Maison-Blanche pour sécuriser le détroit d’Ormuz. Cette position est soutenue par une opinion publique canadienne massivement opposée au conflit (74 %), malgré une hausse des prix du carburant de 20 à 25 cents par litre. Carney exprime des « regrets » quant à l’absence de consultation internationale, marquant ainsi une distance diplomatique inédite avec son voisin du Sud.
Mark Carney : Le technocrate au pouvoir
Le contraste entre Carney et ses prédécesseurs est frappant. Là où Justin Trudeau misait sur le charisme et la diplomatie « féministe », et Stephen Harper sur un alignement conservateur traditionnel, Carney impose un virage technocratique. Ancien gouverneur des banques centrales du Canada et d’Angleterre, il traite la gouvernance comme une discipline technique plutôt que comme une performance politique.
S’inspirant de son ouvrage ‘Value(s)’, il cherche à transformer une « société de marché » en une société fondée sur des valeurs humaines de résilience. Son inspiration est également historique : lors de son récent discours à Davos, il a invoqué le « Dialogue mélien » de Thucydide pour justifier la nécessité pour le Canada de bâtir sa propre force, affirmant que dans un monde en rupture, les règles ne protègent plus les faibles.
Le séisme de Davos et la « géométrie variable »
Le discours de Carney à Davos, le 20 janvier 2026, restera comme le point de bascule. En utilisant la métaphore de l’épicier de Václav Havel, il a annoncé que le Canada « retirait l’affiche » du conformisme diplomatique. Pour Carney, l’ordre mondial post-Guerre froide est une « fiction agréable » qui a cessé d’exister.
En réponse, la Maison-Blanche a réagi avec une hostilité rare, menaçant le Canada de tarifs douaniers de 100 %. Donald Trump a même ironisé sur les ambitions de Carney, le comparant à un « Churchill sans cigares ». Pourtant, loin de reculer, Ottawa a accéléré sa stratégie de « géométrie variable » : la création de coalitions spécifiques selon les enjeux, sans dépendre d’une unique superpuissance.
Une toile de 12 accords : Le grand désengagement
Depuis Davos, le Canada a signé 12 accords de commerce et de sécurité sur quatre continents, un véritable plan d’urgence pour s’isoler de la volatilité américaine :
* L’ancre Indo-Pacifique : Des partenariats stratégiques avec le Japon (sécurité économique) et l’Inde (déblocage de 7 milliards de dollars d’exportations) visent à remplacer les marchés perdus aux États-Unis. Avec l’Australie, Carney a formé un « club d’acheteurs » pour les minéraux critiques, court-circuitant les monopoles américains et chinois.
* Le pivot européen : Le Canada a rejoint le programme SAFE (achats de défense européens), signalant la fin de l’exclusivité du matériel militaire américain. De plus, le « Pacte Nordique-Arctique » signé avec la Norvège et la Finlande protège la souveraineté boréale face aux intérêts de Trump pour le Groenland.
* Le réalisme avec la Chine et le Qatar : Malgré les menaces de Washington, Carney a signé des accords pragmatiques avec la Chine dans l’agroalimentaire et avec le Qatar pour les investissements dans les infrastructures, prouvant que le Canada ne se laissera pas dicter ses partenaires.
Le slogan officieux d’Ottawa est désormais clair : « Si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu ». En construisant sa propre table avec les puissances moyennes (le « G-Middle »), Carney tente un pari risqué.
Alors qu’il se trouve actuellement à Londres pour discuter de la navigation internationale avec Keir Starmer, Carney prouve que le Canada peut agir globalement sans l’aval de Washington. Le « Connu Connu » (‘known knowns’) d’un allié canadien docile a été remplacé par une « Inconnue Connue » (unknown known) : la capacité d’une puissance moyenne à mener une rébellion souveraine contre l’hégémonie de son plus proche voisin.
Le dénouement de cette confrontation déterminera l’avenir économique et souverain du Canada pour le reste du siècle.
* * *
‘Iran War’ : Vers une démolition économique mondiale
Au 19 mars 2026, le conflit iranien a franchi un seuil irréversible. Ce qui avait débuté fin février comme une opération militaire ciblée s’est métamorphosée en une « guerre d’usure totale » qui défie les définitions traditionnelles de la victoire. Nous ne sommes plus seulement face à un affrontement de blindés et de missiles, mais devant une démolition méthodique des structures économiques mondiales. Si l’alliance américano-israélienne domine les cieux, Téhéran semble tenir en otage les rouages de la survie industrielle du 21e siècle.
Plus qu’une guerre de missiles… Si l’axe USA-Israël domine le ciel, Téhéran tient en otage la survie industrielle du siècle. P – Seeking Alpha
Le front militaire : Une domination cinétique incomplète
Depuis les premières frappes du 28 février 2026, l’alliance américano-israélienne a fait preuve d’une puissance de feu sans précédent. L’offensive militaire, menée sous le nom de code « Operation Epic Fury », a stratégiquement visé l’épine dorsale du programme nucléaire et balistique iranien pour en paralyser les capacités.
Le bilan tactique de cette opération est considérable : en seulement trois semaines, plus de 13 000 frappes ont été recensées, permettant aux services de renseignement d’estimer que 65 % des lanceurs de missiles à longue portée iraniens ont été neutralisés.
Parallèlement à ces frappes matérielles, une stratégie de décapitation du commandement a été mise en œuvre. Les assassinats ciblés de figures clés, notamment le chef de la sécurité Ali Larijani et le commandant du Basij Gholamreza Soleimani, ont plongé l’appareil d’État dans un chaos organisationnel apparent.
Pourtant, malgré cette supériorité technique écrasante, la victoire militaire reste illusoire car l’Iran a adopté une « défense en mosaïque ». Cette stratégie décentralisée, où des unités autonomes continuent de harceler les forces alliées, prouve que la destruction des infrastructures ne signifie pas la fin de la capacité de nuisance. Si l’Iran perd sur le champ de bataille, il est en train de « gagner » la guerre de la démolition économique sur le front de l’endurance coercitive.
En utilisant sa géographie comme une arme de destruction massive, Téhéran a transformé un conflit régional en une crise systémique globale, notamment grâce au verrouillage du détroit d’Ormuz. Ce blocus de fait a réduit le trafic maritime à un simple filet d’eau, bloquant environ 250 millions de barils de pétrole et des quantités massives de gaz naturel liquéfié (GNL). Le passage, qui voyait autrefois défiler 125 navires par jour, n’en compte plus qu’une poignée, étranglant ainsi l’approvisionnement énergétique de l’Europe et de l’Asie.
Parallèlement, l’Iran a élargi ses représailles contre le « capital neutre », visant non seulement les monarchies du Golfe comme l’Arabie Saoudite, les Émirats et le Qatar, mais aussi les actifs de pays et de milliardaires tiers. Des firmes de logistique mondiales et des fonds d’investissement facilitant les flux de capitaux occidentaux sont désormais la cible de cyberattaques et de sabotages systématiques.
Enfin, le conflit provoque un choc majeur dans les secteurs des engrais et de la haute technologie. Le blocus a stoppé 30 % des exportations mondiales d’urée, menaçant d’une crise alimentaire mondiale d’ici 2027. Plus critique encore, l’arrêt de 40 % de l’approvisionnement mondial en hélium prive l’industrie technologique du gaz nécessaire au refroidissement des semi-conducteurs, mettant la production mondiale à l’arrêt complet.
Qui gagne vraiment ? Le concept de « vainqueur » est ici fragmenté.
* Les États-Unis et Israël gagnent la guerre opérationnelle. Ils dégradent avec succès la capacité de projection conventionnelle de l’Iran.
* L’Iran gagne la guerre d’usure. En supportant les frappes tout en maintenant le détroit fermé, Téhéran parie que le « seuil de douleur » de l’économie mondiale est inférieur au sien.
* Les « vainqueurs de l’ombre » sont les exportateurs d’énergie hors-Golfe comme la Russie, le Canada et la Norvège, qui profitent d’un baril à 120 $. La Chine, de son côté, utilise une « diplomatie de résilience » pour stabiliser ses propres stocks tout en se positionnant comme le seul médiateur crédible.
Comment ce conflit prendra-t-il fin ?
L’interrogation sur l’issue de ce conflit trouve des éléments de réponse dans l’histoire, notamment à travers les enseignements de la « guerre des pétroliers » des années 1980, qui suggère trois trajectoires possibles.
La première serait celle d’une impasse de basse intensité où la marine américaine, par une tactique similaire à l’opération Earnest Will de 1987, parviendrait à sécuriser les convois sans pour autant arrêter la guerre. Ce scénario transformerait le conflit en une opération de sécurité maritime permanente, installant une « nouvelle norme » de prix élevés et de croissance ralentie.
Une deuxième issue repose sur la fracture interne, un pari occidental misant sur l’effondrement du rial iranien et une révolte populaire ; toutefois, les précédents en Irak ou en Libye rappellent qu’un tel effondrement mène souvent à un vide sécuritaire chaotique plutôt qu’à une victoire nette.
Enfin, la perspective d’un « grand marché » de l’épuisement, évoquée par le Chatham House, envisage une cessation des hostilités lorsque les deux parties admettront l’impossibilité d’atteindre leurs objectifs respectifs. Dans ce cas, un cessez-le-feu orchestré par des médiateurs comme la Chine ou l’Inde pourrait permettre d’échanger la réouverture du détroit d’Ormuz contre l’arrêt définitif des frappes aériennes.
Quel rôle pour l’île Maurice ?
Située au cœur de l’océan Indien, l’île Maurice se retrouve aux premières loges de ce séisme logistique. Le ralentissement du trafic maritime et l’envolée des prix des intrants agricoles et énergétiques menacent directement notre insularité.
Pour surmonter ce défi, Maurice doit impérativement :
– Accélérer la souveraineté alimentaire : Face à la crise mondiale des engrais, l’État doit subventionner massivement la transition vers des bio-fertilisants locaux et encourager une production agricole de substitution pour réduire notre dépendance aux importations alimentaires qui transitent par les zones de conflit.
– Sécuriser un corridor logistique sud-sud : Maurice doit renforcer ses alliances avec l’Inde et l’Afrique de l’Est pour sécuriser des routes d’approvisionnement alternatives évitant les zones de tension du Nord de l’océan Indien.
– Diversification énergétique d’urgence : Le prix du pétrole à 120 $ est insoutenable. Le pays doit transformer cette crise en catalyseur pour les énergies renouvelables (solaire et éolien offshore) afin de réduire la ponction des devises étrangères.
– Hub de médiation diplomatique : En tant que nation stable et multiculturelle, Maurice pourrait proposer ses services pour accueillir des pourparlers neutres sur la sécurité maritime régionale, renforçant ainsi sa stature géopolitique.
En somme, si le monde vacille, Maurice doit choisir la voie de la résilience agile. Le conflit iranien de 2026 nous rappelle que dans une économie globalisée, la distance géographique ne protège plus de la démolition économique. Seule l’autonomie stratégique le fera.
* * *
Le déclin de l’hégémonie américaine : Vers un ordre tripolaire en 2026
La question du « déclin de la puissance américaine » est sans doute le sujet le plus débattu de la géopolitique du 21e siècle. En ce mois de mars 2026, alors que la « Guerre d’Iran » s’enlise et que la fragmentation économique mondiale s’accélère, ce débat n’est plus théorique : il est devenu une réalité palpable. L’histoire, analysée à travers le prisme de chercheurs comme Paul Kennedy dans son ouvrage séminal The Rise and Fall of the Great Powers, nous offre un cadre de lecture indispensable pour comprendre ce basculement.
Hégémonie en retrait : L’Amérique de Trump face à ses propres limites. P – Global Panorama
La perspective financière : Dé-dollarisation et piège de la dette
En 2026, la menace principale pour l’hégémonie de Washington n’est pas une armée étrangère, mais l’érosion du statut du dollar américain en tant que monnaie de réserve incontestée.
* Le facteur BRICS+ : L’expansion du bloc BRICS+ et l’introduction, en février 2026, d’un système de paiement basé sur la blockchain ont permis à des géants comme la Chine, la Russie et l’Arabie Saoudite de contourner les infrastructures financières occidentales. Ce découplage technico-financier fragilise l’arme des sanctions, autrefois pilier de la politique étrangère américaine.
* Le fardeau de la dette : L’Histoire nous enseigne que les empires s’effondrent souvent lorsque le coût du service de leur dette dépasse leurs investissements productifs. Avec des paiements d’intérêts américains rivalisant désormais avec le budget de la défense, la « flexibilité fiscale » qui a permis de gagner la Seconde Guerre mondiale et la Guerre froide s’est considérablement réduite.
* Le commerce adossé aux ressources : Le conflit iranien actuel démontre que la « puissance des ressources » (pétrole, gaz, hélium, engrais) défie désormais la « puissance financière ». Lorsque les nations ne peuvent plus acheter de biens essentiels en raison de blocus ou de sanctions, elles créent des circuits alternatifs, affaiblissant durablement l’emprise du billet vert.
La perspective militaire : De la primauté à l’usure gérée
Si les États-Unis demeurent la première puissance militaire mondiale en termes de technologie brute et de portée globale, l’année 2026 marque un tournant décisif dans la perception de cette hégémonie.
Ce déclin relatif s’explique d’abord par une forme de surexpansion impériale, illustrant la thèse de Paul Kennedy selon laquelle les grandes puissances vacillent lorsque leurs engagements stratégiques excèdent leur capacité économique. Aujourd’hui, Washington s’efforce de maintenir son « pivot vers l’Asie » pour contenir la Chine, tout en étant aspiré dans une guerre économique totale au Moyen-Orient et en conservant une posture défensive rigoureuse en Europe de l’Est. Cette dispersion massive des ressources apparaît comme le symptôme classique d’une puissance sur-sollicitée, incapable de hiérarchiser ses fronts.
À cette vulnérabilité structurelle s’ajoute le défi asymétrique révélé par la guerre d’Iran. Ce conflit a prouvé que des avions furtifs coûtant 100 millions de dollars peuvent être tenus en échec par des drones de seulement 20 000 dollars et un blocus géographique stratégique bien orchestré. Le constat est sans appel : si une puissance régionale peut paralyser l’économie mondiale malgré la supériorité aérienne américaine, l’utilité réelle de la projection de force traditionnelle se trouve radicalement remise en question, signalant l’érosion de l’efficacité du modèle militaire occidental.
L’Émergence d’un monde tripolaire : Chine et Inde
L’année 2026 consacre l’émergence d’un monde tripolaire, marquant la fin définitive de l’ère unipolaire qui avait prévalu entre 1991 et 2020. Ce nouvel ordre mondial se structure désormais autour de trois piliers majeurs : les États-Unis, la Chine et l’Inde. Dans ce paysage, la Chine privilégie le « temps long » en consolidant des dépendances stratégiques à travers les Nouvelles Routes de la Soie et sa domination incontestée sur les technologies vertes. En 2026, Pékin cherche à se positionner comme « l’adulte dans la pièce », proposant des médiations diplomatiques subtiles pendant que l’Occident se retrouve embourbé dans des conflits cinétiques coûteux.
Parallèlement, l’Inde s’impose comme une « puissance pivot » unique au rôle indispensable. Tout en s’associant aux États-Unis pour équilibrer la puissance militaire chinoise, elle parvient à maintenir des liens économiques profonds avec le Sud global et la Russie. Cette ascension fulgurante de l’Inde redéfinit les relations internationales, suggérant un monde où « l’autonomie stratégique » devient une valeur bien plus précieuse que l’alignement subordonné aux intérêts de Washington.
Ce que l’Histoire nous enseigne
Le déclin est rarement une chute brutale ; c’est une érosion relative. Le précédent britannique est ici frappant : en 1914, la Grande-Bretagne était le centre financier du monde et régnait sur les mers. En 1945, bien que victorieuse, elle était financièrement en faillite et éclipsée militairement. Le déclin s’est produit parce que Londres ne pouvait plus assumer le rôle de « gendarme du monde » qu’elle s’était créé.
Cependant, l’histoire montre aussi que le déclin d’un hégémon n’entraîne pas nécessairement la montée immédiate d’un successeur unique. Nous entrons peut-être dans un « Interrègne » — une période de chaos relatif où aucune nation ne fixe seule les règles du jeu.
La “new normal” et l’avenir de Maurice
Nous ne voyons pas nécessairement la fin de la puissance américaine, mais la fin de l’exceptionnalisme américain — l’idée que les États-Unis peuvent agir unilatéralement sans conséquences économiques ou militaires majeures. En 2026, les États-Unis deviennent un « premier parmi ses pairs » plutôt que la superpuissance solitaire.
Pour une nation comme l’île Maurice, ce changement de paradigme est critique. Dans un monde tripolaire, la meilleure stratégie n’est plus de choisir un camp, mais de maîtriser l’art du Multi-Alignement. Pour surmonter les défisactuels, Maurice doit :
* maintenir des liens de sécurité solides avec l’Occident pour la stabilité régionale ;
* sécuriser des lignes de vie économiques et de ressources avec l’Est (notamment l’Inde et la Chine) pour garantir son approvisionnement énergétique et technologique ; et
* renforcer son autonomie stratégique en devenant un hub diplomatique et logistique neutre dans l’océan Indien.
En somme, la résilience de Maurice dépendra de sa capacité à naviguer entre ces trois pôles sans devenir le satellite d’aucun d’entre eux.
* * *
L’heure de vérité pour la Mauritius Investment Corporation (MIC)
Alors que le gouvernement mauricien s’apprête à formuler son prochain budget, le pays se trouve à la croisée de chemins périlleux. En ce mois de mars 2026, la conjoncture internationale et locale impose une pression sans précédent sur les finances publiques. Entre les répercussions économiques de la guerre en Iran, une dette publique déjà préoccupante et l’incertitude entourant les revenus liés à l’accord sur les Chagos, la récupération des fonds investis par la Mauritius Investment Corporation (MIC) n’est plus une option, mais une nécessité vitale pour l’équilibre de la nation.
Au fait, le contexte macroéconomique est alarmant. La guerre d’Iran a provoqué une flambée des produits pétroliers, augmentant drastiquement les coûts de production et le coût de la vie pour les Mauriciens. Parallèlement, l’espoir d’une bouffée d’oxygène financière de 10 milliards de roupies, correspondant au premier paiement attendu du Royaume-Uni dans le cadre de l’accord sur l’archipel des Chagos, s’amenuise. Le retard probable de ce versement crée un trou béant dans les prévisions à propos des revenus de l’État.
Face à cette “tempête parfaite”, le regard se tourne vers la MIC, qui a injecté des dizaines de milliards de roupies dans le secteur privé durant la crise de la Covid-19. La question posée au Parlement par le parlementaire E. Jhummun met en lumière l’urgence de récupérer ces fonds publics.
L’état des lieux : Entre terres, actions et obligations
Les chiffres révélés par le Premier ministre et ministre des Finances, mardi dernier, sont colossaux. La MIC a investi un total de 57,8 milliards de roupies à travers divers instruments :
* Rs 27,7 milliards en investissements en actions (equity) ;
* Rs 22 milliards en souscriptions d’obligations (bonds) ;
* Rs 7,8 milliards en acquisitions de terres (notamment auprès d’Omnicane pour Rs 4,4 milliards et Médine pour Rs 3,4 milliards) ;
* Rs 300 millions dans des fonds de capital-investissement.
Concernant les producteurs d’énergie indépendants (IPP), si la MIC n’a pas investi directement, elle a injecté Rs12,8 milliards dans des sociétés associées ou des holdings de ces groupes, incluant des achats de terres et des prises de participation dans des secteurs comme l’hôtellerie (Riveo Hospitality, Long Beach Resort).
Le défi du remboursement
La nouvelle direction de la Banque de Maurice a sagement d’entamer une stratégie de désinvestissement. Si Rs 6,7 milliards de roupies ont déjà été remboursés par 19 compagnies, le solde restant est de Rs 15,2 milliards.
C’est ici que le bât blesse pour le contribuable mauricien. Le Premier ministre a été clair : aucune extension ne sera accordée à l’échéance des obligations. Cependant, la réalité de terrain est plus complexe. Des entités comme Star Knitwear Group Ltd et BSP School of Accountancy & Management Ltd sont déjà en redressement judiciaire (receivership). Pour ces entreprises, ainsi que pour d’autres comme Kuros Construction Solutions et Dhyanavartam Ltd, une somme totale de 2,36 milliards de roupies est aujourd’hui dans une zone d’ombre. Personne ne peut prédire avec certitude quand, ou même si, cet argent reviendra dans les coffres de l’État.
Pour une gestion rigoureuse et transparente
L’exercice budgétaire 2026-2027 sera l’un des plus difficiles de l’histoire récente de Maurice. Sans les revenus des Chagos et avec une facture pétrolière en hausse, le gouvernement ne peut plus se permettre d’être le “banquier de dernier ressort” sans exiger des comptes rigoureux.
Pour surmonter ce défi, Maurice doit impérativement adopter une stratégie de récupération agressive des actifs, particulièrement pour les entreprises en difficulté ou en redressement, où la MIC doit agir promptement pour liquider les garanties ou récupérer les actifs fonciers afin de minimiser les pertes financières.
Parallèlement, une transparence totale est de mise : la liste des entités bénéficiaires déposée à l’Assemblée doit être scrutée de près, car les citoyens ont le droit de savoir précisément comment l’argent, initialement puisé dans les réserves de la Banque de Maurice, est récupéré.
Dans ce climat de guerre économique mondiale, chaque roupie compte.
Mauritius Times ePaper Friday 20 March 2026
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