Copa Mundial

Titbits

Après une fantastique édition qui a tenu ses promesses, passionnément suivie par les concitoyens grâce, en particulier, à la superbe couverture en direct et les rediffusions de la station nationale, on ne peut éviter un petit commentaire.

Rien à dire sur la belle performance de la Mannschaft et de sa phalange de joueurs talentueux, ni sur celle de l’Argentine, où le Messi, mal épaulé par ses coéquipiers, ne s’est pas révélé. Mais ce Brésil- là…

Une coupe du monde, ça se prépare! Dure leçon pour le pays organisateur. Se contenter de surfer sur de vieux mythes, de rêver du foot samba, de se féliciter d’une série de matchs amicaux sans intérêt, de compter sur des talents éparpillés en Europe et au Brésil, de prier pour un nouveau Dieu des stades de 22 ans, tout cela n’était pas à la hauteur des dépenses faramineuses et des enjeux psychologiques massifs de cette dernière édition. La Fédération brésilienne et le coach Scolari en portent la lourde responsabilité. Une Coupe du Monde se prépare en amont, longtemps avant les échéances fatidiques.

Le pays hôte et sa fédération ont au moins dix ans pour s’y préparer. Imaginons qu’ils aient, dès 2006, identifié et sélectionné une centaine de jeunes adolescents prometteurs de quinze ans, qu’ils aient pris en charge leurs études et, qu’en parallèle, ils aient développé leur technicité à différents postes, leurs talents de terrain naturels, leur sens tactique et leur compréhension du jeu moderne. Le tout pour des coûts ridiculement modiques au regard des dépenses de douze milliards de dollars…

Sur la centaine de départ, ils se seraient bien retrouvé avec au moins une vingtaine de talents redoutables qui, en combinaison avec des joueurs aguerris en Europe, auraient constitué une formidable puissance footballistique, capables de faire honneur aux cinq étoiles de leur pays plutôt que de se faire étriller deux fois de suite devant des centaines de millions de téléspectateurs du monde entier. Scolari était arrivé en fin de mandat, la simple décence aurait voulu que toute l’équipe dirigeante de la Fédération rende immédiatement son tablier !

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Histoire de tabliers !

Ce qui m’amène, bien fortuitement, au tablier de Leader de l’Opposition ! Beaucoup, même parmi les sympathisants MMM, déclarent trouver sa position ambivalente, même s’ils comprennent bien que sur des enjeux d’importance pour le pays, le MMM et le PTr se retrouvent dans le sens de l’Histoire et en accord général sur les grands axes programmatiques de développement du pays. Certes, il a tendance à s’avancer publiquement sur des terres et des prérogatives qui ne sont pas toujours de son ressort. Mais, ses dernières questions parlementaires l’ont été sur des enjeux d’intérêt national : la déclaration des avoirs des élus et son remodelage en chantier, la « Serious Fraud Agency » envisagée, la sécurité énergétique. On se demande en quoi il est en train de faillir à sa tâche et à ses responsabilités constitutionnelles.

Devrait-il donner dans du politique-spectacle au Parlement uniquement pour satisfaire les souhaits politiques des esprits chagrins ou des forces occultes? Serait-il coupable d’avoir porté sa pierre, à travers le comité mixte de légistes et techniciens, à une avancée constitutionnelle historique pour le pays : la non-obligation de déclaration communautaire pour se porter candidat aux élections générales? A l’approche de ces mêmes élections générales (dans moins d’un an), lui reproche-t-on de réfléchir à la destinée du pays, à l’avenir de son parti ou à son legs personnel à l’Histoire ? De reconnaître avec lucidité, en « vieux routier » de la chose, les forces en présence sur l’échiquier socio-politique et d’en tirer les conséquences ? On peut s’étonner de ce procès, qui prend des tons assez saugrenus chez ses anciens fidèles dans la presse. Qui en tire les ficelles ?

Toujours est-il que le pays, lui, peut se pencher sur des enjeux nationaux à venir avec la mise en route des consultations pré-budgétaires. Depuis 2010, tous les observateurs sont unanimes à constater une « under-performance » par rapport aux capacités potentielles de l’économie. Si les grands chantiers complétés (aéroport, autoroutes, drains, décongestionnement routier) ou en cours ont amplement donné satisfaction, de nouveaux secteurs clés annoncés aux premiers budgets semblent être encore en filigrane. La clarté, de nouvelles initiatives et un brin d’audace sont attendus.

Certains secteurs, comme l’éducation tertiaire, ont souffert de problèmes qui ont terni leur image, touché le sort de centaines d’étudiants mauriciens et étrangers, alors même que de nombreux développements sont en route. C’est un ministère encore nouveau qui doit encore atteindre sa maturité dans un secteur capital pour l’image et la responsabilité du pays. Les conditions du monde d’aujourd’hui, les intérêts financiers, les opportunités d’affaires et d’affairisme, les révolutions digitales, les possibilités de formation à distance, les risques de diplômes de complaisance sont d’une toute autre dimension par rapport à dix ans de cela.

Ces risques sont ressentis à travers le monde, encore davantage en Inde même, où cette véritable industrie brasse des milliards. Nous avons tout intérêt à développer notre capacité de veille intelligente, à nous adapter en permanence et à engager avec urgence une réflexion stratégique sur la législation, les institutions, la bonne gestion des institutions publiques et les mécanismes de contrôle et d’incitation à l’investissement privé dans un monde globalisé.

Plus attristant encore est le fait de constater que les louables initiatives dans l’éducation secondaire (notamment le 9-year schooling) se sont heurtées à des problèmes préoccupants au MITD tandis que l’indiscipline des jeunes semble se propager sans qu’un vaste programme concerté ne s’y attaque résolument.

Aucune société ne peut rester insensible au spectre de l’incivisme de certains étudiants et de leurs parents ou au découragement des enseignants. Difficile d’accepter que, bon an mal an, 30% de ses enfants sortent du cycle primaire actuel sans une vraie « litératie » fonctionnelle ou que des milliers de parents avec les moyens, préfèrent délaisser les meilleurs collèges d’État pour mettre leurs enfants dans des institutions privées payantes.

Nous avons besoin d’autres ambitions à ces deux pôles de l’éducation secondaire, de sortir des routines, de « think out of the box ». En parallèle, il faut d’urgence remettre le MITD sur des rails sains et lui conférer un nouveau souffle car il reste une institution importante dans notre panoplie éducative et vocationnelle.

Les chantiers ne manquent pas. Encore faut-il que les bâtisseurs se retroussent les manches et mettent leur tablier en attendant que le budget national dessine les axes directeurs de l’année qui approche.


* Published in print edition on 18 July 2014

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