Interview Patrick Assirvaden

Interview: Patrick Assirvaden, Président du PTr

 

 

« Sans l’adhésion populaire, aucun gouvernement ne peut entreprendre des changements ou des réformes…

… quand vous avez le peuple avec vous, rien n’arrête le progrès »* « Le PTr fonctionne comme un parti progressiste, en termes d’idées, d’actions, et d’accomplissements »

Cette semaine, nous interpellons Patrick Assirvaden, sur l’affaire Medpoint que le public mauricien suit avec beaucoup d’attention, Puis, nous cherchons un certain éclairage sur le fonctionnement du Parti travailliste et la nature des débats qui ont lieu depuis qu’il en assume la présidence, à un moment où le monde subit de plein fouet une crise économique et sociale…

 

 

Mauritius Times: Le leader du Parti travailliste s’est prononcé sur l’affaire Medpoint sans pour autant dire que cela embarrasse son gouvernement. Il a raison, dites-vous ? Tactiquement ?

 

Patrick Assirvaden : Ecoutez, le Premier ministre a fait clairement comprendre que nous avons une enquête en cours. Nous devons respecter les institutions du pays. Tout citoyen responsable et démocratique doit laisser fonctionner nos institutions. Le Premier ministre est très respectueux des règles démocratiques du pays… Mais laissez-moi vous préciser et dire fortement que le track record du Dr Navin Ramgoolam en tant que Premier ministre, en ce qui concerne son intransigeance à l’égard de ses ministres et ses parlementaires, joue en sa faveur. Il n’y a aucune question d’embarras ou non pour le Premier ministre, ou une question de tactique, c’est d’abord et surtout le fait de laisser fonctionner librement nos institutions. C’est ça la démocratie.

 

* Mais comment réagit la base de votre parti par rapport à cette affaire ? Epouse-t-elle la ligne du parti ? Ou se sent-elle plus concerné par d’autres préoccupations ?

 

La base du parti et la direction du parti ont toujours été en communion. Il y a dans le Parti travailliste énormément de démocratie, différentes écoles de pensées, mais ce qui compte d’abord et avant tout, c’est d’être unis derrière notre leader. C’est d’abord de soutenir l’action du Premier ministre dans son entreprise de transformer notre pays. L’Histoire l’a démontré – l’Histoire du Parti travailliste l’a démontré. La base du Labour Party, qui est sa force même, a toujours soutenu la ligne du parti et son Premier ministre. C’est cela qui fait la force du Parti travailliste. Je voudrai vous dire, et je l’ai constaté lors des 75 ans du Parti, que le Parti travailliste a gardé intact sa force, l’enthousiasme de son électorat et l’unité derrière son Premier ministre.

 

 

* Le leader du MMM dit qu’il n’attend rien de l’ICAC. Estimez-vous que l’ICAC puisse nous surprendre ? Et la justice suivra son cours quoi qu’il arrive ?

 

Le leader du MMM est en totale contradiction avec lui-même. Le fait qu’il dit suivre avec attention les enquêtes de l’ICAC et, en même temps, qu’il ne fait pas confiance à cette institution démontre une contradiction flagrante!

Le leader de l’opposition ne peut pas ne pas faire confiance aux institutions. Nous sommes condamnés à faire confiance aux institutions. Sinon, c’est l’anarchie.

Je crois sincèrement que les enquêteurs de l’ICAC sont indépendants, intègres et, comme le Premier ministre l’a souligné, il faudra leur laisser faire leur travail en toute sérénité.

 

* Pour revenir à la base de votre parti, comment vit-elle la cohabitation de différentes cultures politiques au sein de l’alliance gouvernementale ?

 

Ecoutez, d’abord à chacun son style. Nous avons trois composantes au sein de l’alliance. Trois partis avec chacun son histoire, un style différent, mais c’est un fait que nous travaillons tous sous la direction d’un Premier ministre. Vous n’êtes pas sans savoir que la ligne générale du gouvernement est décidée par le Premier ministre, le chef du gouvernement, comme cela se fait à travers le monde. Donc, chacun son style, oui… chacun sa façon de faire, certainement… mais tous dans la vision de ce que le Premier ministre veut faire. Vous savez, on aura toujours — quand vous avez 25 ministres et un Premier ministre — des divergences d’opinion, différentes appréciations des choses mais le plus important, l’essentiel, c’est que nous restons fidèles aux valeurs pour lesquelles nous avons été élus et que nous travaillons tous pour moderniser davantage notre pays. 

 

* Il semblerait que certains parlementaires et ministres n’arrivent pas, parfois, à se mettre sur la même longueur d’onde, d’où certains duels à distance… C’est tout à fait normal, dites-vous ?

 

Que certains ministres ne soient pas sur la même longueur d’onde est chose commune dans tous les gouvernements. Les divergences d’opinion entre ministres et parlementaires est chose commune dans une démocratie. Je vous étonnerai peut-être en vous disant que c’est plutôt une bonne chose qu’il y ait divergences de vues : cela permet plus de débats, plus d’analyses et au choc des idées, jaillit la lumière. Duel ? Non je n’ai pas vu de duels. Mais à chacun son style, ça c’est certain.

 

* Je reviens à votre base politique : la cherté de la vie politique est-elle la préoccupation qui l’interpelle le plus présentement ?

 

C’est sûr que le «bread and butter issue» interpelle tout le monde. Vous n’êtes pas sans savoir que le monde est préoccupé par l’inflation, par le coût de la vie. Nous ne vivons pas en isolation du reste du monde. Nous dépendons énormément sur des facteurs extérieurs pour déterminer le coût de la vie à Maurice.

 

C’est légitime que le Mauricien se sente préoccupé. C’est le moment de se serrer les coudes ensemble et de se dire que nous avons connu des moments difficiles et des crises sans précédent dans le passé mais nous avons toujours relevé la tête – car la qualité d’un peuple se mesure aussi à sa tenacité face au moment de la crise, dans les moments difficiles. Et la qualité d’un gouvernement se mesure à sa conviction dans les réformes nécessaires, malgré les crises. J’ai, personnellement, totalement confiance dans la population.

 

* En tant que Président du PTr, vous estimez que les Finances, le Commerce et l’Industrie et le Protection des Consommateurs sont en train de gérer le dossier du coût de la vie d’une façon cohérente, n’est-ce pas ?

 

Tout le monde dans ce pays est connecté à ce qui se passe dans le monde entier. Nous voyons tous les jours que les crises se succèdent… Après la crise bancaire, la crise de la zone euro, et cette fois-ci nous sommes sur le point de connaître une crise pétrolière. C’est un fait, comme je vous l’ai dit plus tôt, que des facteurs externes ont un impact direct sur notre pays et, par conséquent, sur la population mauricienne. Soyons francs et honnêtes… Notre marche de manœuvre est étroite.

Dans ces moments, nous n’avons malheureusement pas de visibilité en ce qui concerne l’avenir financier du monde. Oui, le gouvernement gère admirablement bien cette crise que nous traversons actuellement. Oui, le gouvernement fait ce qu’il faut pour alléger le fardeau des plus vulnérables de notre société. Nous avons heureusement dans ce pays un Premier ministre qui a du cœur et qui est rempli de conviction.

 

* Peut-on aussi savoir quelle opinion vous faites, vous, le Président du Ptr, de la gestion du dossier économique ? C’est en de bonnes mains ?

 

Encore une fois, au risque de me répéter, je vous dirai que nous sommes dépendants des facteurs externes en ce qui concerne l’économie mauricienne. Dois-je vous préciser que l’économie de la Grèce est en faillite? Que l’Irlande est à genoux ? Que les banques en Amérique se sont écroulées ! Que des centaines de milliers de gens ont été licenciés en Angleterre ? Que l’Union européenne a adopté une politique d’austérité pour les pays d’Europe ? Savez-vous que les Seychelles ont dû mendier auprès du FMI pour acheter de la nourriture pour sa population ? Dans ce contexte, je dirais que nous avons, au sein de ce gouvernement, les compétences et l’intelligence nécessaires pour mener à bien le pays. Oui, il y a une cohérence dans l’action du gouvernement, oui, nous allons dans la bonne direction.

 

* En tant que nouveau Président du parti, vous souhaiteriez sans doute imposer votre style sur le fonctionnement du parti, sur ses délibérations. Comment ça se passe depuis votre nomination ?

 

Laissez-moi d’abord préciser que c’est un honneur de présider le Parti travailliste. Un honneur, oui, mais aussi des responsabilités énormes vis-à-vis de cet électorat et de l’Histoire du Parti travailliste. Cette confiance, que le Premier ministre et les membres du parti m’ont accordée, me condamne à me surpasser pour faire honneur à cet engagement.

 

Je n’ai ni l’intention ni la prétention d’imposer quoi que ce soit. Quand vous êtes dans la mouvance des grands tribuns qui ont servi ce parti pendant des années, et surtout dans les moments difficiles, vous vous sentez petit.

 

Laissez-moi vous dire qu’il n’y a pas lieu d’avoir un style pour servir le Parti travailliste. C’est un parti, riche en idées, en projets de société et en événements, qui a construit ce pays – qui a modernisé ce pays, qui a donné aux travailleurs leur dignité, qui a donné à ce pays l’indépendance et surtout deux Premiers ministres. Je dirais que c’est un parti qui ne se lasse jamais de servir. Laissez-moi rendre hommage à ces milliers de sympathisants anonymes, qui ont bien souvent donné leur temps, leurs larmes et leur sueur pour garder ce parti vivant. Ils méritent tous notre respect et je suis le premier, en tant que Président du parti à leur rendre hommage.

 

* Etes-vous personnellement satisfait du fonctionnement du Ptr, que ses membres ont l’occasion de débattre de grandes questions qui les interpellent, comme la cherté de la vie, la situation au niveau du law and order, l’éducation, l’utilisation du Kreol à l’école, l’environnement, l’affaire Infinity ou même l’affaire Medpoint ?

 

Bien sûr que je suis satisfait du fonctionnement du Parti travailliste. Le PTr est une machine très huilée et structurée où les membres ont l’occasion de s’exprimer librement. Bien sûr dans nos instances, nos membres sont libres de donner leur point de vue sur des sujets qui touchent au quotidien des Mauriciens. Nos membres s’expriment en toute franchise, et je peux vous assurer que les dirigeants prennent bonne note des points de vues exprimés ici et là dans nos instances. Vous n’avez qu’à voir l’Histoire du pays pour vous rendre compte de l’ampleur de ce que le Parti travailliste a accompli tout au long de son histoire pour le pays. L’Education gratuite est l’œuvre du Parti travailliste. Le transport gratuit est venu du Parti travailliste. La modernisation du pays, du port, de l’aéroport est venue du Parti travailliste. La reconnaissance internationale de Maurice, et cela est indéniable, est l’œuvre du Parti travailliste. Oui, le Parti travailliste fonctionne comme un parti progressiste, en termes d’idées, en termes d’actions, et en termes d’accomplissements.

 

* Voyez-vous une parfaite concordance de vues sur toutes ces questions entre le Parti et le gouvernement/le Conseil des ministres à chaque fois que l’on arrive à se mettre ensemble ?

 

Oui, notre électorat nous est resté fidèle. Le Parti travailliste a la chance d’avoir un électorat fidèle, intelligent et uni. C’est cela sa force. Vous savez, sans l’adhésion populaire, aucun gouvernement ne peut entreprendre des changements ou des réformes. Quand vous avez le peuple avec vous, rien n’arrête le progrès. Cela fait bientôt six ans que le peuple fait confiance au docteur Navin Ramgoolam. Cette communion entre le peuple et son leader permet au pays d’avancer. Je crois sincèrement que la population est convaincue que le docteur Navin Ramgoolam est le Premier ministre qu’il nous faut, pour ne pas dire le capitaine qu’il nous faut dans cette tempête mondiale que nous traversons actuellement.

 

* Il y a aussi le « unfinished business » concernant la production de l’électricité par les Independent Power Producers (IPP), et le Mauricien se pose des questions par rapport à ce dossier. Qu’en pense l’ancien Président du CEB ?

 

La production d’électricité est un sujet d’une importance cruciale pour tout pays car elle est l’épine dorsale de toute son activité économique, assurant la croissance nécessaire à améliorer la qualité et le niveau de vie de toute la population. A Maurice, 55% de la production d’énergie est assurée par les operateurs privés qui ne disposent que d’environ 35% de la capacité de production. Ces chiffres démontrent que par la nature de leur choix technologique associé à la bagasse et au charbon, ils ont la capacité d’optimiser leurs moyens de production et donc de rentabiliser plus facilement leur investissement. De plus, le prix du charbon étant relativement stable, ils arrivent à produire l’électricité à un cout marginal voisin de Rs2.00 par kilowatt heure. Ces deux éléments résultent en d’énormes profits que nous jugeons démesurés par rapport au coût que le consommateur doit payer, et surtout au minimum de risques qu’ils prennent.

 

Conscient de cet état des choses et soucieux de l’intérêt de la population, le Premier ministre a clairement indiqué sa volonté de rétablir l’équilibre, et le gouvernement a encouragé le CEB à diversifier la filière pour les besoins futurs du pays en matière de production d’énergie, tout en prônant dans un même temps un développement soutenu des énergies renouvelables autour de l’éolien et de l’énergie photovoltaïque. En effet, les impératifs économiques du moment, ainsi que l’étendue de nos besoins en énergie, nous imposent un certain équilibre entre ces deux sources primaires d’énergie que sont le charbon et le fuel oil pour l’essentiel de la production d’électricité sur le réseau national pour les court et moyen termes.

 

* L’abandon du projet de CT Power a dû vous décevoir, n’est-ce pas ? Paul Bérenger qui prenait position contre ce projet a eu raison en fin de compte ?

 

Non, ce n’est pas une déception mais des ressources auraient été déployées pour sa concrétisation, initialement prévue pour 2009. Nous devons bien évidemment respecter l’avis des experts en matière d’environnement. Ce retard a contraint le CEB à mettre en action son plan B de substitution, avec un investissement de près de 5 milliards de roupies pour l’installation de six moteurs de 15MW à la centrale de Fort-Victoria. Il n’y a donc pas de quoi se réjouir ni se lamenter. Monsieur Bérenger, quant à lui, a changé d’avis de façon très soudaine car il était initialement très farouchement opposé à la technologie charbon, épousant ainsi le point de vue de certains universitaires, qui planaient dans les nuages, et qui préconisaient un développent tout azimut des énergies renouvelables pour tout besoin futur par rapport à la problématique du changement climatique. Heureusement que tout le monde est aujourd’hui d’accord que la seule voie réaliste pour l’immédiat demeure la filière charbon dans notre « mix énergétique », car notre potentiel éolien n’est que très modeste, la filière photovoltaïque à l’échelle de nos besoins est encore timide et la croissance nous rattrape.

* On vous voit mal en tant qu’ancien Président du conseil d’administration du CEB critiquer le projet de CT Power, puisque le CEB s’était engagé à être actionnaire à hauteur de 26% du CT Power ? A votre avis, il n’y avait pas de contradiction entre le concept de ‘Maurice Ile Durable’ et les projets de CT Power et Gamma Coventa ? CT Power et Gamma Coventa représentaient-ils un moindre mal à vos yeux ?

 

Je vous dirai d’emblée qu’il ne faut pas placer le projet de CT Power sur le même plan que le projet Gamma Coventa, qui est tout à fait différent. Le projet de CT Power est un projet thermique classique à partir de la technologie charbon pulvérisée, utilisée à travers le monde depuis plus de 50 ans, donc ayant un retour d’expérience considérable avec des milliers d’unités en fonctionnement. Par contre, on ne peut en dire autant de la technologie d’incinération des ordures, qui est plus récente avec seulement quelques centaines d’unités en fonctionnement à travers le monde, et suscitant des débats houleux sur les déchets et la production de la dioxine toxique dans les gaz d’échappement.

 

Alors que CT Power avait un potentiel de production de 700 Gwh annuellement, le projet Gamma aurait au mieux produit seulement 120Gwh si l’équipement correspondait à 20MW. Or, il semblerait que cette puissance ait été revue à la baisse pour atteindre seulement 7MW ! Donc, ramenant le productible à seulement 40Gwh. Avec le projet CT Power, la participation initiale du CEB à hauteur de 26% dans le capital était assurée, et le CEB devenait propriétaire de l’installation après 20 années, sur une durée de vie globale d’utilisation dépassant 35 années, Il n’en est rien avec le projet de Gamma Coventa.

 

Le projet de CT Power n’a jamais été en contradiction avec le concept «Maurice Île Durable» car les énergies renouvelables — dans l’état actuel des connaissances technologiques –, ne peuvent avoir la prétention d’égaler la production nécessaire de l’énergie requise pour assurer l’activité économique et le niveau de vie de la population de notre pays, du moins dans le court et moyen termes et laissez-moi préciser que le Prof de Rosnay préconise dans son « mix énergétique » pour 2030 – plus de 20% de charbon pour la production d’énergie. Donc, il n’y a jamais eu de contradiction.

Une centrale charbon n’était pas seulement le moindre mal, mais il correspondait exactement à ce dont le pays avait besoin pour la production de la quantité d’énergie requise, à un coût soutenable pour la population. Par conséquent, il nous faut et, sans tarder, nous efforcer de trouver un autre site, acceptable pour l’environnement ou éventuellement deux sites distincts qui pourraient accommoder deux tranches de 50MW pour être opérationnels à l’horizon 2014, avec du charbon pulvérisé.

Add a Comment

Your email address will not be published.