{"id":771,"date":"2011-01-28T07:12:34","date_gmt":"2011-01-28T07:12:34","guid":{"rendered":"http:\/\/mauritiustimes.com\/mt\/2011\/01\/28\/vina-ballgobin-12\/"},"modified":"2020-04-15T19:13:22","modified_gmt":"2020-04-15T15:13:22","slug":"vina-ballgobin-12","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/vina-ballgobin-12\/","title":{"rendered":"\u00a0L&#8217;affaire de l&#8217;esclave Furcy\u00a0"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><u>Abolition de l\u2019esclavage<\/u><\/span><!--more--><\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>Par Vina Ballgobin<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>Dans le cadre de la c\u00e9l\u00e9bration du 01 f\u00e9vrier, marquant l\u2019abolition de l\u2019esclavage, nous donnons un aper\u00e7u de la complexit\u00e9 de la vie de l\u2019\u00e9poque coloniale profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans un syst\u00e8me \u00e9conomique reposant sur l\u2019esclavage. Pour cela, nous allons nous appuyer sur l\u2019ouvrage de Mohammed A\u00efssaoui intitul\u00e9 <em>L&#8217;affaire de l&#8217;esclave Furcy<\/em>, paru chez Gallimard, Paris, en 2010. Dans son \u0153uvre, l\u2019auteur relate la vie de Furcy, sa qu\u00eate de la libert\u00e9 \u00e0 travers un long proc\u00e8s. Qui est FURCY\u00a0? C\u2019est le nom d\u2019un esclave de l\u2019\u00eele de la R\u00e9union (\u00e0 l\u2019\u00e9poque, \u00eele Bourbon) qui a aussi v\u00e9cu \u00e0 l\u2019\u00eele Maurice (\u00e0 l\u2019\u00e9poque, \u00eele de France). Ses origines\u00a0: <\/strong>Furcy est d\u2019origine indienne par sa m\u00e8re, Magdalena, n\u00e9e sur les bords du Gange, en Inde, en 1759. Elle appartient \u00e0 son propri\u00e9taire, un Portugais, Faustino de Santiago, qui la vend pour la modique somme de Rs55. \u00e0 une religieuse nomm\u00e9e Dispense le 8 d\u00e9cembre 1768. Elle a neuf ans quand cette transaction a lieu. Madeleine quitte l\u2019Inde avec cette religieuse pour se rendre \u00e0 Lorient en France. Elle devient chr\u00e9tienne et se pr\u00e9nomme d\u00e9sormais Madeleine. Pour des raisons que l\u2019on ignore, la religieuse d\u00e9cide de la reconduire en Inde. Toutefois, celle-ci est tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e et elle ne pense pas pouvoir continuer son voyage. Ainsi, elle d\u00e9cide de s\u2019arr\u00eater \u00e0 l\u2019\u00eele Bourbon. Madeleine pense souvent \u00e0 son pays natal. Elle se souvient du Gange, de certains arbres de son village, d\u2019un ruisseau clair, d\u2019une maison sans toit, de son amie d\u2019enfance nomm\u00e9e Abha, de sa m\u00e8re Mounia et de son p\u00e8re Mehdiri.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Finalement, \u00e0 l\u2019\u00eele Bourbon, la religieuse d\u00e9cide de confier Madeleine \u00e0 une certaine Madame Routier en lui expliquant qu\u2019elle doit \u00eatre affranchie et ensuite, reconduite en Inde. Malheureusement, Madeleine ne retrouve pas la libert\u00e9 car Madame Routier ne respecte pas les consignes et la garde en tant qu\u2019esclave \u00e0 son service. Elle d\u00e9cide d\u2019affranchir Madeleine le 6 juillet 1789 quand elle entend parler des \u00e9v\u00e9nements en France\u00a0: elle craint fort de payer des indemnit\u00e9s sachant qu\u2019elle avait sign\u00e9 une promesse d\u2019affranchissement. Toutefois, Madeleine n\u2019en saura rien.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00ab\u00a0<em>Entre sa vie d\u2019esclave et celle de femme libre, rien n\u2019avait chang\u00e9. C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a. Et, du reste, qui dans l\u2019habitation pouvait bien savoir que Madeleine \u00e9tait affranchie\u00a0? Personne. Sans doute pas m\u00eame elle. Mme Routier n\u2019avait pas cru utile de l\u2019en informer \u2013 elle avait cach\u00e9 l\u2019acte d\u2019affranchissement<\/em>.\u00a0\u00bb (p. 25)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">En 1808, Mme Routier quitte ce monde et l\u00e8gue ses biens \u00e0 Joseph Lory, son neveu et gendre. <em>[Voir en encadr\u00e9 son testament qui donne une id\u00e9e de la fortune immense des colons et de la valeur marchande des esclaves \u00e0 l\u2019\u00e9poque].<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>Sa famille\u00a0: <\/strong>Madeleine est une jeune femme tr\u00e8s convoit\u00e9e dans la colonie par les propri\u00e9taires d\u2019habitation. A 16 ans, elle donne naissance \u00e0 un premier fils, Maurin. Puis, elle met au monde une fille, Constance, en 1776, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 17 ans. Ensuite, quand elle a 27 ans, elle a un fils, Furcy.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de Furcy, Maurin, meurt en 1810. Constance est achet\u00e9e par Monsieur Wetter qui serait son p\u00e8re car \u00ab\u00a0<em>il \u00e9tait d\u2019usage qu\u2019un p\u00e8re rach\u00e8te l\u2019enfant qu\u2019il avait con\u00e7ue avec une esclave<\/em>.\u00a0\u00bb Il semblerait qu\u2019\u00e0 Bourbon, les \u00ab\u00a0<em>sang-m\u00eal\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb se multiplient \u00e0 vue d\u2019\u0153il, sachant que les colons ne se privent pas pour entretenir des relations intimes avec des esclaves. Dans la terminologie de cette \u00e9poque, Constance est une \u00ab\u00a0<em>femme de couleur libre<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0: celle qui a le teint parfois plus clair que certains colons. Elle est aussi une \u00ab\u00a0<em>quarteronne<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0: une esclave issue de l\u2019union d\u2019un blanc et d\u2019une sang-m\u00eal\u00e9. Elle \u00e9pouse un homme, 18 ans plus \u00e2g\u00e9 qu\u2019elle, pas tr\u00e8s fortun\u00e9 mais ayant de l\u2019instruction. D\u2019ailleurs, il enseigne \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire \u00e0 son \u00e9pouse. Constance en fait de m\u00eame pour donner une certaine instruction \u00e0 son fr\u00e8re Furcy.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">C\u2019est Constance qui d\u00e9couvre les papiers pr\u00e9cisant le statut de sa m\u00e8re. L\u2019acte d\u2019affranchissement, dat\u00e9 du 6 juillet 1789, indique clairement que sa m\u00e8re est affranchie depuis 28 ans\u00a0! Mais pire encore, elle d\u00e9couvre plusieurs documents r\u00e9v\u00e9lant que sa m\u00e8re, elle-m\u00eame, avait constitu\u00e9 un dossier en vue d\u2019affranchir son fils Furcy. Mais en vain. Elle rencontre m\u00eame Joseph Lory et lui propose\u00a0d\u2019abandonner 19 ann\u00e9es d\u2019indemnit\u00e9s qu\u2019il lui devait l\u00e9galement contre la libert\u00e9 de Furcy. Lory refuse et menace de tuer m\u00e8re et fils si elle tentait de se battre l\u00e9galement contre lui. Ainsi, Furcy est libre depuis qu\u2019il est \u00e2g\u00e9 de trois ans mais il est esclave car sa m\u00e8re, craignant pour sa vie, \u00ab\u00a0<em>opposa le silence \u00e0 l\u2019injustice, emportant l\u2019esp\u00e9rance que t\u00f4t ou tard on ferait droit \u00e0 sa r\u00e9clamation<\/em>.\u00a0\u00bb (p. 38)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Premiers pas pour la libert\u00e9 <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le principe fondamental de l\u2019esclavage repose sur le fait que l\u2019individu n\u2019est pas libre, il n\u2019est pas r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, il est la propri\u00e9t\u00e9 du colon et il est n\u00e9gociable en termes d\u2019achat, de vente et de location au m\u00eame titre qu&#8217;un objet ou un animal domestique. Citons les paroles de Lory (p. 20)\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00ab\u00a0<em>Je n\u2019ai pas eu \u00e0 l\u2019acqu\u00e9rir. Furcy est un Malabar, c\u2019est-\u00e0-dire un habitant de la c\u00f4te ouest de l\u2019Inde mais il est n\u00e9 \u00e0 Bourbon, dans l\u2019habitation de ma tante. Elle me l\u2019a l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 sa mort, en m\u00eame temps que sa m\u00e8re qui vient de Chadernagor. C\u2019est un esclave exemplaire<\/em>.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Lorsqu\u2019il d\u00e9couvre que Constance conna\u00eet la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 propos de sa m\u00e8re et de son fr\u00e8re, il lui propose un march\u00e9\u00a0in\u00e9gal et injuste. Si elle efface la dette de 19 ans d\u2019indemnit\u00e9s dues \u00e0 sa m\u00e8re, il lib\u00e8re Furcy dans deux ans avant de se rendre en France en lui donnant aussi la somme de 4,000 francs. Constance refuse cette proposition et d\u00e9cide d\u2019avoir recours \u00e0 la justice.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Subs\u00e9quemment, le 2 octobre 1817, Furcy d\u00e9cide de faire appel \u00e0 la justice pour r\u00e9clamer sa libert\u00e9, encourag\u00e9 par sa s\u0153ur Constance. Il a 31 ans quand il se rend \u00e0 la Cour Royale de Saint-Denis\u00a0tenant entre ses mains la D\u00e9claration des droits de l\u2019homme pour s\u2019adresser au nouveau procureur g\u00e9n\u00e9ral, Gilbert Boucher (1782-1841). En fait, il rencontre son jeune substitut, Jacques Sully-Brunet, \u00e2g\u00e9 de 22 ans.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Par sa d\u00e9cision, Furcy fait preuve d\u2019un courage sans commune mesure puisque les esclaves ne se r\u00e9voltent pas\u00a0! Furcy avait la loi coloniale r\u00e9gie par le Code noir contre lui puisque celle-ci stipule qu\u2019un esclave ne peut attaquer son ma\u00eetre en justice. Mais Sully-Brunet est aussi courageux car il d\u00e9cide de donner suite \u00e0 cette affaire et trouve une loi par laquelle Furcy a le droit \u00e0 un d\u00e9fenseur gratuitement. De m\u00eame, Boucher est t\u00e9m\u00e9raire de soutenir la cause d\u2019un esclave car il n\u2019a pas encore construit sa carri\u00e8re. Ainsi, il dit \u00e0 Constance\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00ab\u00a0<em>Ne vous inqui\u00e9tez pas. Si l\u2019on vous d\u00e9porte, je serai d\u00e9port\u00e9 aussi\u00a0; et si l\u2019on vous enferme, nous serons enferm\u00e9s ensemble<\/em>.\u00a0<em>[\u2026] Dites toujours la v\u00e9rit\u00e9. Allez \u00e0 chaque fois que vous serez appel\u00e9e\u00a0; dites que c\u2019est moi qui ai tout fait. Je ne crains personne. J\u2019ai jur\u00e9 devant mon roi de faire mon devoir. [\u2026] Si vous rencontrez une difficult\u00e9, rendez-vous toujours chez Sully-Brunet, il sait ce qu\u2019il faut faire en cas de probl\u00e8mes.<\/em> \u00bb (p. 45)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Riposte du colon Desbassayns de Richemont<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Furcy fait face \u00e0 diverses tentatives des riches exploitants et esclavagistes locaux qui envisagent de contrecarrer son projet. Ils craignent fort que Furcy ne soit en train de donner le mauvais exemple et, \u00e0 sa suite, il entra\u00eenerait environ 16,000 esclaves \u00e0 r\u00e9clamer leur libert\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Desbassayns de Richemont est l\u2019alli\u00e9 de taille de Joseph Lory, un riche sucrier poss\u00e9dant plusieurs habitations, appartenant \u00e0 la \u2018<em>plus puissante dynastie de l\u2019\u00eele, celle qui pouvait se targuer de d\u00e9tenir 400 esclaves\u00a0; [\u2026] une ge\u00f4le pour punir les r\u00e9calcitrants. Sa m\u00e8re, que tous les habitants appelaient, avec des accents de r\u00e9v\u00e9rence, \u00ab Mme Desbassayns\u00a0\u00bb, avait r\u00e9gent\u00e9 l\u2019\u00eele Bourbon comme si elle en \u00e9tait la reine, maternelle et impitoyable<\/em>.\u2019 (p. 47)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">La description de Desbassayns de Richemont, commissaire g\u00e9n\u00e9ral ordonnateur de l\u2019\u00eele, en dit long sur le pouvoir des colons de l\u2019\u00e9poque dans l\u2019oc\u00e9an indien (p. 48).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00ab\u00a0<em>Avec le gouverneur, c\u2019\u00e9tait la personne la plus influente de Bourbon. Il faisait la loi avec l\u2019appui de cinq familles de colons\u00a0; il s\u2019\u00e9tait octroy\u00e9 le pouvoir de nommer, de r\u00e9voquer et de r\u00e9trograder les magistrats. Et il usait de ce pouvoir. D\u2019une mani\u00e8re plus ou moins \u00e9loign\u00e9e, tous ces colons fortun\u00e9s avaient un lien de parent\u00e9 entre eux. Et ce qui les liait plus fermement que le sang, c\u2019est les affaires qu\u2019ils faisaient ensemble\u00a0; ils se pr\u00eataient de l\u2019argent, et se tenaient par les dettes. Par-dessus tout, ils n\u2019aimaient pas ces Fran\u00e7ais qui venaient de France se m\u00ealer de leur commerce. Entre eux, ils \u00e9taient divis\u00e9s, se ha\u00efssaient parfois, mais le m\u00e9tropolitain \u2013 \u00ab\u00a0le Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, disaient-ils \u2013 \u00e9tait leur ennemi commun, celui qui les unissait, finalement.<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><em>A la fin du XVIIIe si\u00e8cle, avec la famille Desbassayns en t\u00eate, les colons de Bourbon \u00e9taient en premi\u00e8re ligne pour d\u00e9jouer le pi\u00e8ge de la premi\u00e8re abolition, celle de 1794. Ils avaient gagn\u00e9 haut la main, et obtenu que l\u2019esclavage soit r\u00e9tabli en 1802.\u00a0[\u2026]<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><em>Le commissaire g\u00e9n\u00e9ral ordonnateur en avait les moyens\u00a0; son influence sur l\u2019\u00eele n\u2019avait d\u2019\u00e9gal que sa puissance financi\u00e8re. C\u2019\u00e9tait lui qui d\u00e9cidait, avec cinq autres riches familles de colons. Les Desbassayns avaient cr\u00e9\u00e9 un r\u00e9seau dense et efficace. Les mariages, les affaires, l\u2019administration\u00a0: tout tendait \u00e0 faire main basse sur l\u2019\u00eele Bourbon, avec des connexions sur l\u2019\u00eele de France. \u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">D\u2019apr\u00e8s Mohammed A\u00efssaoui, si Lory avait affranchi l\u00e9galement Furcy, ce dernier aurait eu la m\u00eame r\u00e9action que sa m\u00e8re\u00a0: il serait rest\u00e9 au service de son ancien ma\u00eetre. Il ajoute\u00a0(p. 55):<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00ab\u00a0<em>Mais les colons de Bourbon \u00e9taient impitoyables. Vingt-trois esclaves seulement avaient \u00e9t\u00e9 affranchis en quatre ans. Quand l\u2019\u00eele appartenait aux Anglais, entre 1810 et 1815, cinq mille esclaves avaient recouvr\u00e9 la libert\u00e9 d\u00e8s leur premi\u00e8re ann\u00e9e d\u2019administration<\/em>.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Fin politicien, Desbassayns demande \u00e0 Lory de se rendre chez le procureur g\u00e9n\u00e9ral et exige que Furcy soit emprisonn\u00e9. C\u2019est un fugitif, un rebelle, un marron, il a des d\u00e9sirs de fuir\u2026 En octobre 1817, le premier dimanche du mois, les policiers se rendent chez C\u00e9l\u00e9rine (femme libre de Furcy) et arr\u00eatent Furcy en lui mettant des cha\u00eenes aux mains. Il reste en prison pendant une ann\u00e9e jusqu\u2019en d\u00e9cembre 1818. Il est pris d\u2019un malaise et il est soign\u00e9 par le m\u00e9decin de la prison. Une vague de sympathie d\u00e9ferle pour Furcy, des blancs et des esclaves le soutiennent pacifiquement.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Desbassayns est tr\u00e8s inquiet et d\u00e9cide alors de d\u00e9porter Furcy \u00e0 l\u2019\u00eele de France (l\u2019actuelle \u00eele Maurice) et de r\u00e9gler aussi les comptes avec Boucher et Sully-Brunet afin d\u2019\u00e9touffer l\u2019affaire Furcy. Desbassayns rencontre le ministre de la Marine et des Colonies, le comte Mathieu de Mol\u00e9 lors de son passage \u00e0 l\u2019\u00eele de France. Il lui explique que les deux magistrats de la Cour royale sont dangereux\u00a0; Boucher est un homme violent qui commet des \u00e9carts importants au point de mettre en p\u00e9ril le syst\u00e8me colonial&#8230; Il r\u00e9fute les arguments de Boucher (pp. 61-62) qui<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00ab\u00a0<em>avance que les Indiens sont un peuple libre et ind\u00e9pendant. Ce qu\u2019il affirme, Votre Excellence, n\u2019est pas autre chose qu\u2019une paraphrase de la D\u00e9claration des droits de l\u2019homme.<\/em>\u00a0[ Pour Desbassayns, Boucher vient de la France\u00a0] \u00ab\u00a0<em>ni sa place ni sa fortune ne l\u2019attachent \u00e0 la colonie. Il montre pour les habitants de Bourbon de l\u2019\u00e9loignement et du m\u00e9pris. Cet homme n\u2019a aucun int\u00e9r\u00eat au maintien de la tranquillit\u00e9 de notre \u00eele<\/em>\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Suite \u00e0 cette rencontre, le gouverneur Lafitte rencontre Desbassayns et les deux magistrats \u00e0 Bourbon, afin de trouver une solution pour pr\u00e9server la s\u00e9curit\u00e9 de cette \u00eele, menac\u00e9e \u00e0 cause de l\u2019affaire Furcy\u00a0! Le gouverneur savait que tout \u00e9tait jou\u00e9 d\u2019avance puisque les fr\u00e8res Desbassayns avaient tout pouvoir. D\u2019ailleurs, l\u2019un d\u2019eux explique ceci\u00a0(p.67) :<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00ab\u00a0<em>La main qui a soutenu Furcy ne doit pas non plus rester impunie. Je vous propose de dispenser le sieur Sully-Brunet de ses fonctions pour l\u2019\u00e9carter du foyer d\u2019intrigues. Il doit quitter Saint-Denis. Son manque d\u2019exp\u00e9rience est pr\u00e9judiciable. N\u2019est-il pas en train de militer pour le r\u00e9tablissement du trop fameux d\u00e9cret du 16 pluvi\u00f4se de l\u2019en II qui a failli prononcer l\u2019an\u00e9antissement de nos colonies\u00a0?\u00bb<\/em>\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">En effet, il fait allusion \u00e0 la premi\u00e8re abolition de 1794, r\u00e9tablie par Bonaparte en 1802 et consid\u00e8re Boucher comme un homme imbu des principes d\u00e9magogiques de la R\u00e9volution qui s\u2019inspire des \u00e9v\u00e9nements de Saint-Domingue, favorisant la libert\u00e9 de tous les esclaves. Il est tr\u00e8s dur envers Boucher, \u00ab\u00a0<em>proche des derni\u00e8res classes de la soci\u00e9t\u00e9 et \u00e9loign\u00e9 de ceux qui tiennent un rang dans le monde, ceux qui sont consid\u00e9r\u00e9s et fortun\u00e9s<\/em>\u00bb (p. 81), l\u2019accusant de tramer pour favoriser la r\u00e9bellion dans l\u2019\u00eele. Quant \u00e0 Sully-Brunet, ce \u00ab\u00a0<em>petit intrigant, sans exp\u00e9riences ni comp\u00e9tence, qui par son origine, se rattache \u00e0 la classe des gens de couleur puisque sa trisa\u00efeule \u00e9tait une Malgache\u00a0\u00bb <\/em>(p.81), il avait os\u00e9 attaquer la famille Desbassayns pour une violation \u00e0 la loi d\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Bourbon\u00a0!<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><em>\u2018Desbassayns vouait une haine de plus en plus tenace \u00e0 Gilbert Boucher et \u00e0 son substitut. Pourtant, de mai \u00e0 juillet 1817, ils avaient fait le voyage tous les trois de France \u00e0 Bourbon. Trois mois \u00e0 se c\u00f4toyer, cela cr\u00e9e des liens. En observant le jeune Sully-Brunet dans le navire, Desbassyns avait pens\u00e9 que pour l\u2019avenir de l\u2019\u00eele, il avait besoin de ce genre d\u2019homme, un jeune, intelligent, forme et enthousiaste. Son espoir avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7u. Il n\u2019avait jamais oubli\u00e9 que c\u2019\u00e9tait lui, le petit Sully-Brunet qui, avec l\u2019appui de Boucher, avait d\u00e9j\u00e0 os\u00e9 s\u2019attaquer par le pass\u00e9 \u00e0 la famille Desbassayns de Richemont pour une violation \u00e0 la loi sur les plantations. C\u2019\u00e9tait un vieux contentieux, Sully-Brunet avait fait condamner \u00ab\u00a0au correctionnel\u00a0\u00bb Joseph de Richemont, pour \u00ab\u00a0contravention \u00e0 la loi locale sur les plantations alimentaires.\u00a0\u00bb Le riche propri\u00e9taire ne l\u2019avait jamais admis. En fait, cette tension sourde r\u00e9v\u00e9lait le conflit latent qui existait entre ceux qui venaient d\u2019Europe et les colons install\u00e9s \u00e0 Bourbon depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. Ces derniers consid\u00e9raient que les \u00ab\u00a0Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb n\u2019avaient pas \u00e0 toucher \u00e0 leur terre. Ni \u00e0 leur imposer la loi chez eux. Personne n\u2019avait os\u00e9 jusqu\u2019ici os\u00e9 s\u2019en prendre aux Desbassayns. Les colons \u00e9taient sid\u00e9r\u00e9s, et voyaient tous d\u2019un mauvais \u0153il l\u2019arriv\u00e9e de cet homme de loi.\u2019<\/em> (pp. 83-84)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Ensuite, Desbassayns rencontre Constance pour lui faire avouer de force que Boucher est \u00e0 l\u2019origine d\u2019une machination machiav\u00e9lique. Il soutire de force les confessions de deux Bourbonnais qui accusent Sully-Brunet de complot. Desbassayns trouve plusieurs alli\u00e9s pour le soutenir\u00a0: des petits propri\u00e9taires, des esclaves, des commandeurs, entre autres. Certains esclaves manifestent pour clamer leur d\u00e9sir de rester au service de leur ma\u00eetre\u00a0!<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><em>\u2018Desbassayns avait sans doute peur que le procureur, une fois l\u2019affaire Furcy r\u00e9gl\u00e9e, r\u00e9cidive avec d\u2019autres esclaves. Il ne cessait de se le r\u00e9p\u00e9ter, et de la r\u00e9p\u00e9ter aux autres, or beaucoup n\u2019avaient pas l\u2019air de comprendre l\u2019enjeu et se laissaient bercer par une existence bien tranquille. Il ne voulait pas \u00eatre celui par qui la faillite d\u2019un syst\u00e8me arrive. Il ne c\u00e9derait pas. Mais bon Dieu, se disait-il, ils sont des milliers dans le cas de Furcy. 16 000 esclaves exactement ayant une origine indienne. Et avec une r\u00e8gle telle que \u00ab\u00a0nul n\u2019est esclave en France\u00a0\u00bb, 45 000 autres r\u00e9clameraient la libert\u00e9, ce serait l\u2019anarchie, ce serait la fin du monde.\u2019<\/em> (p.84)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Proc\u00e8s f\u00e9vrier 1818<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Furcy est d\u00e9bout\u00e9 en premi\u00e8re instance en appel. Boucher prend cong\u00e9 pour se rendre \u00e0 Paris et alerter les pouvoirs publics des abus des colons et de leur mainmise sur l\u2019appareil judicaire \u00e0 Bourbon. Toutefois, il doit envoyer sa demande au commissaire g\u00e9n\u00e9ral ordonnateur \u2013 Desbassayns lui-m\u00eame. Celui-ci accepte sa requ\u00eate en lui pr\u00e9parant une surprise de taille\u00a0: \u00e0 son arriv\u00e9e en France, il apprend qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 un rempla\u00e7ant \u00e0 Bourbon. Quant \u00e0 Sully-Brunet, il est exil\u00e9 \u00e0 Saint-Beno\u00eet, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Saint-Denis mais le maire re\u00e7oit l\u2019ordre de surveiller tous ses faits et gestes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Plusieurs esclaves se d\u00e9placent pour savoir ce qu\u2019il adviendra de Furcy en deuxi\u00e8me instance. L\u2019on y trouve aussi un clan de marrons. L\u2019avocat de Furcy, Godart Desaponay, d\u00e9fend son client mais Furcy ne retrouvera pas la libert\u00e9\u2026Il perd son proc\u00e8s en appel mais l\u2019affaire Furcy est sur toutes les l\u00e8vres dans la colonie. Desbassayns surprend m\u00eame des esclaves en train de parler de ce h\u00e9ros en prison. Pris de panique, il demande \u00e0 Lory de vendre Furcy \u00e0 sa famille qui habite \u00e0 l\u2019\u00eele de France. Ainsi le 2 novembre 1818, \u00e0 17h30, Furcy est transf\u00e9r\u00e9 de la prison\u00a0; il embarque sur le bateau Le Cl\u00e9lie et il voyage pendant dix jours avec une cha\u00eene qui relie sa main droite \u00e0 son pied droit.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Furcy \u00e0 l\u2019\u00eele de France<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le 12 novembre 1818, Furcy d\u00e9barque \u00e0 Port-Louis. Il doit marcher toute une journ\u00e9e pour se rendre sur la plantation sucri\u00e8re. Il vaut 700 piastres selon Pierre Lory-Routier, fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de Lory\u00a0: telle est la somme qu\u2019il a pay\u00e9e \u00e0 son fr\u00e8re pour cette transaction. Furcy habite \u00e0 l\u2019\u00eele de France de 1818 \u00e0 1836. Il continue d\u2019envoyer du courrier \u00e0 Boucher pour lui r\u00e9clamer son aide. Il lui \u00e9crit sept lettres de 1817 \u00e0 1836 tandis que Boucher continue de chercher des \u00e9l\u00e9ments pour \u00e9toffer son dossier. Boucher n\u2019a pas une vie facile\u00a0; il travaille \u00e0 Bastia, Paris, Bordeaux, Poitiers,\u2026 mais Furcy arrive toujours \u00e0 garder le contact avec lui. [Notons que cette affaire n\u2019est pas un cas isol\u00e9. Boucher parle aussi de l\u2019affaire de l\u2019Indienne Tola dans un rapport au ministre de la marine et des colonies. Celle-ci est jug\u00e9e devant la cour royale de Bourbon. Boucher s&#8217;\u00e9l\u00e8ve contre l&#8217;usage des lois que font les magistrats au profit des propri\u00e9taires d&#8217;esclaves et des contournements de son autorit\u00e9 de procureur g\u00e9n\u00e9ral, dans un contexte de r\u00e9forme des juridictions qui peine \u00e0 s&#8217;imposer \u00e0 l&#8217;\u00eele Bourbon.]<\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"color: #000000;\">Comment est la vie de Furcy \u00e0 Maurice\u00a0?<\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #000000;\">Est-ce que la mentalit\u00e9 des colons est exactement la m\u00eame que celle de l\u2019\u00eele Bourbon alors s\u2019il se trouve dans une colonie britannique\u00a0?<\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #000000;\">Que se passe-t-il par la suite\u00a0?<\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #000000;\">Comment Furcy se bat-il pour retrouver la libert\u00e9\u00a0?<\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #000000;\">Son proc\u00e8s dure 27 ans\u00a0: qui l\u2019aide et comment\u00a0?<\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #000000;\">Que se passe-t-il le samedi 23 d\u00e9cembre 1843 \u00e0 la Cour de cassation, \u00e0 Paris, cinq ans avant l\u2019abolition de l\u2019esclavage en France\u00a0?<\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #000000;\">Avant Mandela, y a-t-il eu un Furcy, un des n\u00f4tres, un \u00eelois de l\u2019oc\u00e9an indien, de m\u00e8re indienne m\u00e9tiss\u00e9e, qui s\u2019est battu pour la libert\u00e9 par principe dans la non-violence et le respect de l\u2019autre, contre un homme cruel et inhumain, dirig\u00e9 uniquement par le souci du profit financier\u00a0?<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Tout est dans l\u2019ouvrage de Mohammed A\u00efssaoui. Au lecteur de lire la suite de cette histoire vraie d\u2019un esclave \u2013 qui n\u2019en est pas un l\u00e9galement &#8211; nomm\u00e9 Furcy\u2026\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>* * *<\/strong><\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Testament de Mme Routier, (pp. 28-29)<\/strong><\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Masse de biens<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>\u00a0<\/strong>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 Saint-Denis, cette propri\u00e9t\u00e9 se compose d\u2019une maison de pierre sur un terrain de 1, 500 m\u00e8tres carr\u00e9s avec un pavillon en bois, en magasin, une cuisine, une ge\u00f4le pour les esclaves r\u00e9calcitrants, une infirmerie, une fermette, une \u00e9curie pour les chevaux, un poulailler, et vingt cabanes pour les noirs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 une sucrerie<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une giroflerie<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une caf\u00e9terie<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 De la vaisselle en argenterie estim\u00e9e \u00e0 500 francs<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une armoire<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Six mulets estim\u00e9s \u00e0 2,500 francs<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Quatre b\u0153ufs estim\u00e9s \u00e0 6,000 francs<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 17 esclaves estim\u00e9s dans l\u2019ensemble \u00e0 41,000 francs, ayant pour nom, pour \u00e2ge, fonction et origine\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un lot compos\u00e9 de Remi (42 ans, cafre, domestique), sa compagne Minutie (27 ans, cafre, cuisini\u00e8re) et leurs trois enfants (3 ans, 2 ans et 6 mois), estim\u00e9 \u00e0 7,000 francs<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un lot compos\u00e9 de Jupiter (Malabar, 55 ans, sans profession), sa compagne Maman (38 ans, Malabar, femme \u00e0 tout faire) et leurs quatre enfants (Justin, 18 ans, noir de pioche, S\u00e9rafin, 16 ans, noir de pioche, Madi et Mado, jumelles de 10 ans, \u00e0 la giroflerie), lot estim\u00e9 \u00e0 22,000 francs, les enfants sont en location pour une ann\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Justin (Malabar, 29 ans, ne a Bourbon, commandeur dans la plantation de Sieur Desbassayns), lou\u00e9 100 francs par mois.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Samuel (cafre, 24 ans, noir de pioche), noir r\u00e9calcitrant, en fuite. Non estime, pour inventaire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Madeleine (Malabar, 59 ans, femme a tout faire), sans valeur, et son fils Furcy (Malabar, mul\u00e2tre, 30 ans, n\u00e9 \u00e0 Bourbon, ma\u00eetre d\u2019h\u00f4tel, jardinier et ma\u00e7on) estime a 7,000 francs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Jamine (cafre, 16 ans, femme a tout faire), estim\u00e9e \u00e0 1,000 francs (la malheureuse a perdu son esprit).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mina, jeune n\u00e9gresse cr\u00e9ole, laveuse, repasseuse, couturi\u00e8re, avec un enfant de deux ans et un autre \u00e0 na\u00eetre. Ensemble estim\u00e9 \u00e0 4,000 francs.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>* * *<\/strong>\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Mohammed A\u00efssaoui<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Ecrivain d&#8217;origine alg\u00e9rienne, Mohammed A\u00efssaoui porte un grand int\u00e9r\u00eat \u00e0 cet esclave noir de la R\u00e9union. Pour l\u2019auteur, il s\u2019agit de \u00ab\u00a0<em>comprendre ce qui pousse un homme \u00e0 vouloir s\u2019affranchir<\/em>.\u00a0\u00bb (p. 22) Mohammed A\u00efssaoui souligne que l\u2019affaire Furcy dure longtemps gr\u00e2ce \u00e0 sa d\u00e9termination, son obstination et sa patience et aussi au fait que cette affaire d\u00e9passe le cas isol\u00e9 d\u2019un individu \u00e0 la recherche de la libert\u00e9. C\u2019est aussi la recherche d\u2019un monde meilleur\u00a0; la lutte pour montrer sa gratitude envers ces deux magistrats qui, contre vents et mar\u00e9es, demeurent int\u00e8gres et risquent leur carri\u00e8re et leur vie pour le d\u00e9fendre par principe, tout simplement. La cause que d\u00e9fendent des abolitionnistes est juste. Les protagonistes se laissent guider par le souci de l\u2019autre. \u00ab\u00a0<em>Tous ces hommes qui ont agi pour d\u2019autres. Ce peut bien etre un fil conducteur de l\u2019Histoire.<\/em>\u00a0\u00bb (p. 98)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">L\u2019auteur a re\u00e7u le prix Renaudot de l&#8217;essai et un troph\u00e9e des arts afro-carib\u00e9en. Il a re\u00e7u le prix RFO du livre en surclassant d\u2019autres auteurs tels que <em>En attendant la mont\u00e9e des eaux<\/em> de Maryse Cond\u00e9 (\u00e9d. Jean-Claude Latt\u00e8s), <em>Photo de groupe au bord du fleuve<\/em> d&#8217;Emmanuel Dongala (\u00e9d. Actes Sud), <em>Les affres d&#8217;un d\u00e9fi<\/em> de Frank\u00e9tienne (\u00e9d. Vents d&#8217;ailleurs), <em>Les Veuves de verre<\/em> d&#8217;Alexis Gloaguen (\u00e9d. Maurice Nadeau), <em>Dalonaz \u00e9 shamayaz<\/em> (<em>Bises et bisbilles<\/em>) de C\u00e9line Huet ( \u00e9d. Udir) et <em>Saisons sauvages<\/em> de Kettly Mars (ed. Mercure de France).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">La pr\u00e9sidente du Jury, Laure Adler, parle de \u00ab prodige \u00bb et de \u00ab restitution de l&#8217;identit\u00e9 d&#8217;une personne qui n&#8217;en avait pas, d&#8217;un oubli\u00e9 de l&#8217;histoire \u00bb. Le jury \u00e9tait compos\u00e9 de Laure Adler, journaliste et \u00e9crivain qui pr\u00e9side, d&#8217;Issa Asgarally, essayiste, Fran\u00e7oise Barret-Ducrocq, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale de l&#8217;Acad\u00e9mie Universelle des Cultures, Paule Constant, \u00e9crivain, Edouard Glissant, \u00e9crivain, Catherine Humblot, journaliste, Dany Laferri\u00e8re, \u00e9crivain, Alain Mabanckou, \u00e9crivain, Jean-Marie Ozanne, libraire, Daniel Picouly, animateur TV et \u00e9crivain et Gis\u00e8le Pineau, \u00e9crivain.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>* * *<\/strong>\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Proc\u00e8s intent\u00e9 par un esclave \u00e0 son ma\u00eetre <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le 16 mars 2005, lors d\u2019une vente aux ench\u00e8res \u00e0 l&#8217;H\u00f4tel Drouot, les Archives d\u00e9partementales de la R\u00e9union ach\u00e8tent des copies de documents (compte rendus d\u2019audience, plaidoiries) et de correspondance priv\u00e9e (lettres manuscrites) ayant appartenu au procureur Boucher \u00e0 propos de l&#8217;affaire Furcy et du conflit interne \u00e0 l&#8217;administration r\u00e9unionnaise. Ces documents, achet\u00e9s pour 2,100 euros, relatent le plus long proc\u00e8s intent\u00e9 par un esclave \u00e0 son ma\u00eetre, 30 ans avant l\u2019abolition de 1848. Plusieurs documents touchant l\u2019esclavage ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits et les jugements exp\u00e9ditifs des tribunaux coloniaux ont br\u00fbl\u00e9, surtout \u00e0 l\u2019approche de l\u2019abolition, d\u2019o\u00f9 l\u2019importance de ces documents entourant l\u2019affaire Furcy aujourd\u2019hui. Ajoutons \u00e0 cela le fait que les esclaves ont rarement laiss\u00e9 des preuves \u00e9crites de leur v\u00e9cu. Il existe une bonne quantit\u00e9 d\u2019enqu\u00eates qui ont \u00e9maill\u00e9 les si\u00e8cles pour juger de l\u2019application du Code noir, d&#8217;autres proc\u00e8s et condamnations entra\u00eenant mutilations et pendaisons mais les \u00e9crits et t\u00e9moignages directs sont limit\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Notons qu\u2019un \u00eelet de la commune de Saint-Louis \u00e0 l\u2019\u00eele de la R\u00e9union porte le nom de Furcy.\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>* * *<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Le commandeur<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><em>\u00ab\u00a0On les appelait les \u00ab\u00a0noirs blancs\u00a0\u00bb. Furcy s\u2019\u00e9tait cr\u00e9\u00e9 de nombreux ennemis, la plupart \u00e9taient des colons. L\u2019un d\u2019entre eux, ni colon ni blanc, n\u2019\u00e9tait pourtant pas le moins virulent\u00a0: un certain Brabant, le charpentier. Il \u00e9tait ce qu\u2019on appelait un \u00ab\u00a0homme de couleur libre\u00a0\u00bb. Chaque jour, la crainte d\u2019\u00eatre confondu avec un esclave l\u2019obs\u00e9dait. Alors, pour bien se distinguer, il apportait beaucoup de soin \u00e0 sa tenue, il exhibait de beaux souliers et marchait avec fiert\u00e9, la t\u00e8te haute, le buste droit. Son ambition \u00e9tait de ressembler, jusque dans les gestes, \u00e0 un blanc\u00a0; mais pas ce genre de \u00ab\u00a0petits blancs\u00a0\u00bb pauvres qui, par mis\u00e8re, \u00e9pousaient une esclave et cachaient leur honte de devoir louer leurs bras pour subvenir \u00e0 leurs besoins. Non, Brabant le charpentier ambitionnait d\u2019\u00eatre aussi riche que les colons. Il s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 son compte. Grace \u00e0 son activit\u00e9, il avait constitue un p\u00e9cule suffisant pour r\u00e9gler son affranchissement, en 1810, quand les Anglais s\u2019\u00e9taient empar\u00e9s de Bourbon. Depuis, il avait amass\u00e9 une petite fortune, et se targuait d\u2019avoir achet\u00e9 dix- sept esclaves (en fait douze, cinq \u00e9tant n\u00e9s dans son habitation). En 1811, quand les esclaves de Saint-Leu avaient tente de semer la r\u00e9volte \u2013 on avait alors \u00e9voqu\u00e9 avec frayeur Ha\u00efti, la premi\u00e8re r\u00e9publique noire -, Brabant s\u2019\u00e9tait joint aux colons pour mater la r\u00e9volte qui s\u2019\u00e9tait achev\u00e9e au bout de deux jours dans le sang et les larmes. Deux colons avaient \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s\u00a0; on ne conna\u00eet pas le nombre de victimes du c\u00f4t\u00e9 des esclaves. On dit aussi que brabant s\u2019\u00e9tait montre courageux, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 tuer \u00e0 mains nues ses anciens fr\u00e8res d\u2019infortune. On connaissait sa susceptibilit\u00e9 lorsqu\u2019on \u00e9voquait sa couleur de peau, et personne ne prenait le risque d\u2019en parler, en tout cas, pas devant lui.<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><em>Il pensait\u00a0: la libert\u00e9 se m\u00e9rite, elle ne se donne pas, c\u2019est une h\u00e9r\u00e9sie de pr\u00f4ner le contraire. Sinon, quelle diff\u00e9rence entre moi qui ai peine pour acheter mon affranchissement et l\u2019esclave \u00e0 qui on l\u2019offre\u00a0? <\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><em>A l\u2019occasion, il participait \u00e0 la chasse aux marrons. On faisait souvent appel \u00e0 ses services car il connaissait parfaitement la for\u00eat et les montagnes, les coins ou pouvaient s\u2019abriter les fugitifs, la mani\u00e8re de les rep\u00e9rer, c\u2019est-\u00e0-dire attendre pendant des heures, la nuit, qu\u2019un feu naisse quelque part, et s\u2019y pr\u00e9cipiter. Il tuait sans \u00e9tats d\u2019\u00e2me. Cet ancien esclave ha\u00efssait m\u00eame l\u2019id\u00e9e d\u2019abolition, comme il ha\u00efssait les propos d\u00e9ments du p\u00e8re Gr\u00e9goire qui encourageait les asservis \u00e0 s\u2019\u00e9manciper. <\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><em>Avant de devenir charpentier, Brabant \u00e9tait un commandeur, cet esclave charge de surveiller et de punir les autres esclaves. A lui seul, il lui arrivait de diriger plus de quarante, quand ses \u00ab\u00a0coll\u00e8gues\u00a0\u00bb se trouvaient d\u00e9bord\u00e9s par une vingtaine. Brabant maniait le fouet plus que de raison, et il \u00e9tait indiff\u00e9rent \u00e0 la haine qu\u2019il suscitait, une haine qui le faisait surnommer dans l\u2019habitation le \u00ab\u00a0tra\u00eetre noir\u00a0\u00bb. A force de volont\u00e9 et de hargne, on lui avait d\u00e9cern\u00e9 le titre de premier commandeur dans la plantation des Desbassayns.\u00a0\u00bb<\/em> (\u00a0p. 88-89)<strong>\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>* * *<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><em>\u00ab\u00a0La pendaison est la forme la plus r\u00e9pandue du suicide parmi les esclaves de Bourbon. On peut supposer que ceux-ci choisissent cette forme de suicide parce qu\u2019elle est la plus simple \u00e0 ex\u00e9cuter. Un simple morceau de corde qu\u2019on peut se procurer facilement sur l\u2019habitation sucri\u00e8re permet la r\u00e9alisation de l\u2019acte fatal, provoqu\u00e9 par un d\u00e9sespoir sans issue. Hommes et femmes noirs sans distinction optent fr\u00e9quemment pour cette solution extr\u00eame, r\u00e9sistant \u00e0 leur fa\u00e7on au syst\u00e8me servile [les esclaves utilisent souvent des cordes de vacoa pour se pendre]. Le suicide peut \u00eatre, dans certains cas, provoque par la peur du ch\u00e2timent quand l\u2019esclave se rend coupable d\u2019une faute s\u00e9v\u00e8rement punie par la soci\u00e9t\u00e9 coloniale.\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Extrait du rapport sur les suicides d\u2019esclaves, le 28 juillet 18066. Cit\u00e9 par l\u2019historien Sudel Fuma, dans \u00ab\u00a0L\u2019esclavagisme \u00e0 la R\u00e9union, 1794-1848\u00a0\u00bb. (\u00a0p. 103)\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Ecrivain d&#8217;origine alg\u00e9rienne, Mohammed A\u00efssaoui porte un grand int\u00e9r\u00eat \u00e0 cet esclave noir de la R\u00e9union.<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"color: #008080;\"><em>* Published in print edition on 28 January 2011<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Abolition de l\u2019esclavage<\/p>\n","protected":false},"author":15,"featured_media":6560,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[10133],"tags":[12458,23634,23636,23635,23637,23633,23630,23632,23631,761],"class_list":["post-771","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-slavery","tag-abolition-de-lesclavage","tag-cour-royale","tag-desbassayns-de-richemont","tag-gilbert-boucher","tag-jean-claude-lattes","tag-joseph-lory","tag-laffaire-de-lesclave-furcy","tag-madame-routier","tag-mohammed-aissaoui","tag-vina-ballgobin"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/MT-Logokk.jpg?fit=1200%2C880&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p8QzSF-cr","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/771","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/users\/15"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=771"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/771\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6560"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=771"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=771"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=771"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}