{"id":47000,"date":"2026-10-12T13:15:25","date_gmt":"2026-10-12T09:15:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/?p=47000"},"modified":"2026-10-12T13:15:25","modified_gmt":"2026-10-12T09:15:25","slug":"vers-la-reconnaissance-dun-patrimoine-linguistique-national-arc-en-ciel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/vers-la-reconnaissance-dun-patrimoine-linguistique-national-arc-en-ciel\/","title":{"rendered":"Vers la reconnaissance d\u2019un patrimoine linguistique national arc-en-ciel"},"content":{"rendered":"<h4 style=\"text-align: center;\"><u><span style=\"color: #800000;\">Nouveaux d\u00e9fis pour le pluralisme mauricien au 21e si\u00e8cle<\/span><br \/>\n<\/u><!--more--><\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><u>Analyse<\/u><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Par Vina Ballgobin<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Alors que l\u2019Assembl\u00e9e nationale examine officiellement l\u2019introduction du <em>kreol morisien<\/em> ou KM dans ses travaux, la question demeure au c\u0153ur d\u2019un d\u00e9bat sensible au sein de la soci\u00e9t\u00e9 mauricienne. Entre imp\u00e9ratifs de repr\u00e9sentativit\u00e9 d\u00e9mocratique, reconnaissance identitaire et pr\u00e9servation d\u2019un \u00e9quilibre socioculturel fragile, les enjeux aux ramifications politiques, historiques et acad\u00e9miques sont nombreux. Au-del\u00e0 de la seule question de l\u2019utilisation du <em>KM<\/em> dans les d\u00e9bats parlementaires, la r\u00e9flexion s\u2019\u00e9tend d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019ensemble des langues qui composent le patrimoine linguistique national mauricien.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"47001\" data-permalink=\"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/vers-la-reconnaissance-dun-patrimoine-linguistique-national-arc-en-ciel\/km-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/KM-2.jpg?fit=1200%2C800&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1200,800\" data-comments-opened=\"1\" data-image-title=\"KM 2\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/KM-2.jpg?fit=640%2C427&amp;ssl=1\" class=\"aligncenter size-full wp-image-47001\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/KM-2.jpg?resize=640%2C427&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"427\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/KM-2.jpg?w=1200&amp;ssl=1 1200w, https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/KM-2.jpg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/KM-2.jpg?resize=1024%2C683&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/KM-2.jpg?resize=768%2C512&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Dans cet article, le terme \u201clangues nationales\u201d est employ\u00e9 dans son sens sociolinguistique et non juridique. Il d\u00e9signe les langues qui, au fil de l\u2019histoire, ont contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019identit\u00e9, \u00e0 la culture et \u00e0 la vie collective de la nation mauricienne, ind\u00e9pendamment de leur statut institutionnel ou l\u00e9gal.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>1. Arguments des partisans du KM : vers une justice linguistique et institutionnelle<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Pour les d\u00e9fenseurs de l\u2019introduction du <em>Kreol Morisien<\/em> (KM) dans les travaux de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, l&#8217;enjeu rel\u00e8ve en premier lieu de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative. Cette langue est largement utilis\u00e9e par la population mauricienne comme langue de communication. Son absence des d\u00e9bats parlementaires pourrait, selon eux, constituer un obstacle pour une partie de la population. Si les parlementaires ont le droit de s&#8217;exprimer en <em>KM<\/em>, cela garantirait, selon eux, une expression plus authentique et une communication plus directe avec le public.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">D\u2019autres partisans soulignent les progr\u00e8s majeurs accomplis par le <em>KM<\/em> au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies. Longtemps rel\u00e9gu\u00e9 au rang de \u00ab patois \u00bb, le <em>KM<\/em> a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&#8217;un vaste travail de standardisation acad\u00e9mique. Son enseignement a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 au syst\u00e8me \u00e9ducatif mauricien. Dans cette perspective, son entr\u00e9e au Parlement est per\u00e7ue par ces partisans comme une nouvelle \u00e9tape de son institutionnalisation.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>2. R\u00e9serves des opposants : pr\u00e9server la neutralit\u00e9<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">D\u2019abord, les opposants \u00e0 l\u2019\u00e9volution du statut du <em>KM<\/em> mettent en avant la complexit\u00e9 du tissu multiculturel mauricien. Au fil de plus de trois si\u00e8cles d\u2019histoire, plusieurs langues issues des diff\u00e9rentes populations ayant contribu\u00e9 \u00e0 la formation de la soci\u00e9t\u00e9 mauricienne sont devenues des composantes du patrimoine linguistique national. Par cons\u00e9quent, cette pluralit\u00e9 constitue l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments du contexte dans lequel doit \u00eatre examin\u00e9e toute \u00e9volution du statut institutionnel d\u2019une langue.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Dans une soci\u00e9t\u00e9 plurielle, le choix d\u2019une langue officielle ou d\u2019une des langues du patrimoine linguistique national ne peut \u00eatre dissoci\u00e9 des enjeux d&#8217;\u00e9quilibre entre les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s en pr\u00e9sence. Il ne devrait pas non plus, selon eux, devenir l\u2019apanage d\u2019un groupe d\u2019int\u00e9r\u00eat ou d\u2019un parti politique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Il est vrai que, depuis l\u2019ind\u00e9pendance, l&#8217;anglais joue un r\u00f4le d&#8217;arbitre institutionnel garantissant la neutralit\u00e9 dans un environnement linguistique pluriel. Cette perception est notamment li\u00e9e \u00e0 son statut constitutionnel : l\u2019anglais est la langue officielle de l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Dans cette perspective, le maintien de ce cadre est consid\u00e9r\u00e9 comme un moyen d\u2019\u00e9viter que toute autre langue nationale ne b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une position institutionnelle susceptible d\u2019\u00eatre per\u00e7ue comme sup\u00e9rieure \u00e0 celle d\u2019autres langues du patrimoine linguistique national.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">De plus, certains expriment la crainte d\u2019une marginalisation progressive des langues asiatiques (hindi, ourdou, tamoul, telugu, marathi, mandarin et bhojpuri). \u00c0 terme, l\u2019attribution d\u2019un statut institutionnel (de prestige) au <em>KM<\/em> pourrait acc\u00e9l\u00e9rer l&#8217;effacement de ces langues si elle n\u2019est pas accompagn\u00e9e d\u2019une politique plus globale en faveur des langues du patrimoine linguistique national. Cette lecture peut \u00eatre rapproch\u00e9e du concept de \u201cglottophagie\u201d, employ\u00e9 dans certains travaux de sociolinguistique d\u00e9crivant des situations o\u00f9 la domination d\u2019une langue contribue \u00e0 la marginalisation, voire \u00e0 l\u2019\u00e9touffement d\u2019une autre langue.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Plusieurs citoyens soul\u00e8vent \u00e9galement des questions juridiques et techniques. R\u00e9diger ou d\u00e9battre des textes juridiques en <em>KM<\/em> n\u00e9cessiterait un travail lourd de fixation terminologique sp\u00e9cialis\u00e9, de traduction, de transcription, d\u2019interpr\u00e9tation et d\u2019archivage. \u00c0 cela s\u2019ajoute la fonction internationale de l\u2019anglais, qui demeure une langue importante dans les domaines institutionnel, commercial, diplomatique et juridique de Maurice. La question pos\u00e9e n\u2019est donc pas seulement celle de la possibilit\u00e9 technique d\u2019utiliser le <em>KM<\/em>, mais aussi celle de l\u2019organisation d\u2019un dispositif multilingue coh\u00e9rent et \u00e9quitable.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>3. Le cas critique du bhojpuri : le spectre de la marginalisation<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Les d\u00e9bats mettent en lumi\u00e8re une asym\u00e9trie dans le traitement institutionnel des langues du pays, illustr\u00e9e par le sort du bhojpuri. Souffrant historiquement de pr\u00e9jug\u00e9s et rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la sph\u00e8re de la vie priv\u00e9e, le bhojpuri peine \u00e0 trouver sa place dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif formel. Cette diff\u00e9rence de trajectoire entre le KM et le bhojpuri m\u00e9rite d\u2019\u00eatre examin\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le bhojpuri a \u00e9t\u00e9 introduit dans l\u2019enseignement primaire comme composante du curriculum de hindi, avec des mesures concernant la production de mat\u00e9riels p\u00e9dagogiques et la formation des enseignants. Le gouvernement avait \u00e9galement pr\u00e9vu son int\u00e9gration progressive dans le secondaire et la possibilit\u00e9 de poursuivre son \u00e9tude jusqu\u2019au niveau sup\u00e9rieur. Nonobstant ce dispositif, la question porte sur son degr\u00e9 d\u2019autonomie institutionnelle et sur les structures consacr\u00e9es \u00e0 son d\u00e9veloppement, comparativement \u00e0 celles qui ont accompagn\u00e9 la standardisation et l\u2019institutionnalisation du <em>KM<\/em>.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Contrairement au <em>KM<\/em>, dont l&#8217;enseignement s&#8217;appuie sur un corps professoral d\u00e9di\u00e9 et r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 comme tel, il semblerait que le bhojpuri ait \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 de mani\u00e8re incidente dans les cours de hindi, sans valorisation salariale. Cette diff\u00e9rence de traitement peut susciter des inqui\u00e9tudes : si la promotion institutionnelle du <em>KM<\/em> venait \u00e0 s&#8217;imposer sans planification strat\u00e9gique \u00e9quivalente pour le bhojpuri, elle pourrait graduellement contribuer \u00e0 renforcer les \u00e9carts d\u00e9j\u00e0 existants et mettre en p\u00e9ril la transmission et la visibilit\u00e9 du bhojpuri et, dans son sillage, celles des autres langues du patrimoine linguistique national.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">L\u2019enjeu n\u2019est donc pas de remettre en cause la reconnaissance du <em>KM<\/em>, mais de d\u00e9terminer si cette reconnaissance peut s\u2019inscrire dans une politique linguistique plus globale, capable de pr\u00e9server la diversit\u00e9 du patrimoine linguistique mauricien, sachant qu\u2019historiquement, le bhojpuri a souffert de \u201cdiscrimination linguistique\u201d comme soulign\u00e9 par les recherches de la tradition orale : dans les ann\u00e9es 1940s, les locuteurs \u00e9taient marginalis\u00e9s et qualifi\u00e9s de \u201c<em>paiens<\/em>\u201d; les insultes telles que <em>\u201ceta, to koz langaz\u201d<\/em> fusaient dans les cours de r\u00e9cr\u00e9ation. Le milieu professionnel a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 son \u00e9viction vers le milieu communautaire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Cette m\u00e9moire de la stigmatisation constitue un \u00e9l\u00e9ment important pour comprendre la raison pour laquelle la question de la reconnaissance institutionnelle du bhojpuri demeure sensible. De plus, plusieurs sociolinguistes, mauriciens ou \u00e9trangers, ont d\u00e9montr\u00e9 le r\u00f4le des attitudes linguistiques et des repr\u00e9sentations sociales dans les difficult\u00e9s de maintien et de transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle de cette langue. Les \u00e9tudes r\u00e9centes indiquent que le bhojpuri continue de souffrir de st\u00e9r\u00e9otypes n\u00e9gatifs et de discrimination sur le sol mauricien.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Dans le contexte de la pluriglossie mauricienne, caract\u00e9ris\u00e9e par la coexistence de plusieurs langues auxquelles sont attribu\u00e9es des fonctions et des statuts sociaux diff\u00e9rents, le principal enjeu contemporain n\u2019est peut-\u00eatre pas de pr\u00e9dire la disparition du bhojpuri, mais de d\u00e9terminer dans quelles conditions le bhojpuri peut continuer \u00e0 \u00eatre transmis, enseign\u00e9 et utilis\u00e9 dans la vie publique. La reconnaissance accrue du <em>KM<\/em> ne constitue peut-\u00eatre pas une menace pour cette langue ; elle soul\u00e8ve cependant la question plus large de savoir si les diff\u00e9rentes composantes du patrimoine linguistique national b\u00e9n\u00e9ficient de possibilit\u00e9s comparables de d\u00e9veloppement et de transmission dans le respect de l\u2019\u00e9cologie des langues.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>4. Langue et histoire : le pi\u00e8ge de la d\u00e9possession culturelle<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Un autre axe de r\u00e9flexion concerne la relation entre langue, culture et m\u00e9moire historique. Certains chercheurs et acteurs culturels soulignent que la promotion institutionnelle du <em>KM<\/em> ne devrait pas se limiter \u00e0 son d\u00e9veloppement comme outil administratif ou technique au d\u00e9triment de sa m\u00e9moire historique. En cherchant \u00e0 transformer le <em>KM<\/em> en une langue administrative standardis\u00e9e et technique, le risque est de le couper de sa matrice populaire et de son histoire collective. La minorisation de la dimension culturelle du <em>KM<\/em> constituerait un obstacle \u00e0 la r\u00e9appropriation par la communaut\u00e9 de sa propre histoire. Dans cette perspective, la reconnaissance institutionnelle du <em>KM<\/em> gagnerait \u00e0 s\u2019accompagner d\u2019une valorisation de son histoire sociale, de ses expressions culturelles et de la diversit\u00e9 des exp\u00e9riences qui ont contribu\u00e9 \u00e0 sa formation.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>5. Enjeux politiques et r\u00f4le du monde universitaire <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">L&#8217;\u00e9volution de la recherche sur les langues cr\u00e9oles (la cr\u00e9olistique) suscite \u00e9galement des interrogations au sein du paysage acad\u00e9mique mauricien notamment lorsqu\u2019elle est mise en perspective avec diff\u00e9rents mod\u00e8les r\u00e9gionaux et internationaux.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Dans plusieurs universit\u00e9s, notamment \u00e0 La R\u00e9union et dans les Antilles, ainsi que dans diff\u00e9rents d\u00e9partements de linguistique, de Sciences du Langage ou d\u2019\u00c9tudes francophones en Europe, les langues cr\u00e9oles sont \u00e9tudi\u00e9es \u00e0 travers des approches pluridisciplinaires associant sociolinguistique, anthropologie, didactique, \u00e9tudes culturelles et interculturalit\u00e9. Ces diff\u00e9rents mod\u00e8les montrent que l\u2019\u00e9tude d\u2019une langue ne se limite pas \u00e0 sa description linguistique, mais peut \u00e9galement prendre en compte son histoire, ses pratiques sociales et les rapports de pouvoir qui influencent sa transmission et sa reconnaissance.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">En ce qui concerne l\u2019\u00eele Maurice, les travaux de valorisation du <em>KM<\/em> ont \u00e9merg\u00e9 au sein du <em>Department of French Studies<\/em> de l&#8217;Universit\u00e9 de Maurice, et ce, dans une perspective affich\u00e9e de triglossie anglais-fran\u00e7ais-kreol en 2007. Cependant, la d\u00e9cision de dissocier institutionnellement les <em>Creole Studies<\/em> de sa filiation francophone initiale, interpelle. Cette s\u00e9paration m\u00e9rite d\u2019\u00eatre examin\u00e9e non pas sous l\u2019angle de la l\u00e9gitimit\u00e9 du d\u00e9veloppement autonome des \u00e9tudes cr\u00e9oles \u2014 qui peut parfaitement se d\u00e9fendre sur le plan scientifique \u2014 mais sous celui de son orientation intellectuelle et de ses cons\u00e9quences sur le positionnement de la recherche.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Une question m\u00e9rite notamment d\u2019\u00eatre pos\u00e9e : cette r\u00e9organisation r\u00e9pond-elle principalement \u00e0 des consid\u00e9rations scientifiques et p\u00e9dagogiques li\u00e9es \u00e0 l\u2019autonomisation d\u2019un champ de recherche, ou doit-elle \u00e9galement \u00eatre comprise dans le contexte sociopolitique plus large de la reconnaissance du <em>KM<\/em> ? Quels sont les objectifs et\/ou les orientations qui accompagnent cette \u00e9volution ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Quoiqu\u2019il en soit, ce positionnement institutionnel soul\u00e8ve d\u2019embl\u00e9e une question : comment l\u2019Universit\u00e9 peut-elle contribuer au d\u00e9veloppement du <em>KM<\/em> tout en garantissant une approche \u00e9quilibr\u00e9e de l\u2019ensemble du patrimoine linguistique national ? L\u2019enjeu n\u2019est pas d\u2019exiger une pr\u00e9tendue neutralit\u00e9 absolue de l\u2019Universit\u00e9, mais de pr\u00e9server son ind\u00e9pendance intellectuelle, sa libert\u00e9 acad\u00e9mique et sa rigueur scientifique. Cette consid\u00e9ration est pertinente dans un contexte o\u00f9 le KM est fortement monopolis\u00e9 par l&#8217;agenda politique et \u00e9lectoral.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Si une institution acad\u00e9mique venait \u00e0 privil\u00e9gier une trajectoire politique sp\u00e9cifique &#8211; par exemple un mod\u00e8le parlementaire fond\u00e9 sur l\u2019anglais, le fran\u00e7ais et le <em>KM<\/em> \u2014 elle pourrait \u00eatre expos\u00e9e au risque de voir ses travaux associ\u00e9s \u00e0 un projet politique plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 une d\u00e9marche scientifique ind\u00e9pendante. \u00c0 l\u2019inverse, une approche universitaire \u00e9quilibr\u00e9e pourrait contribuer \u00e0 documenter les conditions de d\u00e9veloppement du <em>KM<\/em> tout en \u00e9tudiant simultan\u00e9ment la situation, la transmission et la valorisation des autres langues constitutives du patrimoine linguistique national. De plus, le risque n\u2019est-il pas grand d\u2019instrumentaliser le <em>KM<\/em> au lieu de prot\u00e9ger toutes les langues-cultures nationales de la R\u00e9publique ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Conclusion : Vers le maintien de tensions ou vers la recherche d\u2019un multiculturalisme harmonieux ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">L&#8217;introduction du <em>KM<\/em> au Parlement d\u00e9passe le cadre d&#8217;un simple am\u00e9nagement technique. Elle interroge les fondements m\u00eames du mod\u00e8le mauricien de l&#8217;\u00abunit\u00e9 dans la diversit\u00e9 \u00bb et la mani\u00e8re dont la R\u00e9publique entend organiser son pluralisme linguistique et culturel. La question n\u2019est plus seulement de savoir quelle langue peut \u00eatre utilis\u00e9e dans les d\u00e9bats parlementaires, mais selon quels principes l\u2019ensemble des composantes du patrimoine linguistique national doivent \u00eatre reconnues et valoris\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">L\u2019histoire nous rappelle \u00e0 quel point les processus de d\u00e9racinement, de domination et de transformations ont profond\u00e9ment marqu\u00e9 les soci\u00e9t\u00e9s ici et ailleurs dans le monde. Dans la soci\u00e9t\u00e9 mauricienne contemporaine, aucun m\u00e9canisme &#8211; qu\u2019il soit politique, institutionnel ou universitaire &#8211; ne devrait conduire, m\u00eame involontairement \u00e0 la marginalisation et\/ou \u00e0 l&#8217;\u00e9touffement d\u2019une partie des langues nationales de la R\u00e9publique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">En sus, les d\u00e9bats mauriciens actuels indiquent qu\u2019une langue v\u00e9hiculaire (langue de communication entre diff\u00e9rents groupes de locuteurs) ne b\u00e9n\u00e9ficie pas automatiquement d\u2019un statut institutionnel de facto. La persistance des discussions autour du <em>KM<\/em> au fil des d\u00e9cennies montre que la question demeure sensible : le sujet touche au coeur des repr\u00e9sentations identitaires. Faute d\u2019une vision suffisamment inclusive, la politique linguistique risque d\u2019aviver des tensions entre diff\u00e9rentes conceptions de l\u2019identit\u00e9 nationale, alors qu\u2019elle pourrait constituer un espace de reconnaissance de la pluralit\u00e9 mauricienne et consolider le socle d&#8217;une citoyennet\u00e9 partag\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Apr\u00e8s plus de trois si\u00e8cles d\u2019histoire commune, le temps est-il arriv\u00e9 de consid\u00e9rer l\u2019ensemble des langues pr\u00e9sentes sur le territoire mauricien comme constitutives du patrimoine linguistique national, plut\u00f4t que de les opposer ou de les mettre en concurrence ? Toute langue, qui tenterait de s&#8217;extraire de la pluriglossie par une pression insistante pour devenir la langue dominante, s&#8217;exposerait \u00e0 r\u00e9it\u00e9rer des dynamiques d&#8217;assimilation. Face au risque r\u00e9el d\u2019\u00e9viction linguistique et d&#8217;injustice culturelle, la prudence, l\u2019\u00e9quit\u00e9 et le respect doivent pr\u00e9valoir au sein de la nation arc-en-ciel.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">L\u2019enjeu est donc moins de choisir entre le <em>KM<\/em> et les autres langues nationales que de construire un cadre dans lequel leur coexistence puisse \u00eatre pens\u00e9e comme une richesse. Loin d&#8217;\u00eatre le point de d\u00e9part d\u2019une nouvelle hi\u00e9rarchie linguistique, le d\u00e9veloppement institutionnel du <em>KM<\/em> doit devenir l\u2019opportunit\u00e9 de consacrer la place de chaque langue nationale dans la construction de la soci\u00e9t\u00e9 mauricienne du 21e si\u00e8cle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Serons-nous capables de d\u00e9passer les consid\u00e9rations politiques d\u2019une autre \u00e9poque pour construire un avenir o\u00f9 chaque langue de notre patrimoine national trouvera pleinement et dignement sa place ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Bhowon, K. 2019. The Bhojpuri language, cultural stigmatization and inclusion in Mauritius. <em>International Journal of Sociology and Social Policy,<\/em> 39(9\/10), 762-775.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Hag\u00e8ge, C. 2002. <em>Halte \u00e0 la mort des langues<\/em>. France : Odile Jacob.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Mascarenhas, H. 2018. A multicultural society in Mauritius: The challenges of preserving cultural diversity. <em>Journal of Contemporary African Studies<\/em>, 36(2), 180- 193<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Mufwene, S. 2008. Language Evolution: Contact, Competition and Change. UK: Continuum.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Oozeerally, S. 2013. The Evolution of Mauritian Bhojpuri: An Ecological Analysis. In V.Teelock et al. (Eds), <em>Angaje<\/em>. Mauritius: Cathay Printing.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Ramnarain, S. 2016. Language, identity and social exclusion in postcolonial Mauritius: The case of Bhojpuri. <em>Journal of Multilingual and Multicultural Development, <\/em>37(3), 237-250<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Sagar, S. 2024. The Bhojpuri Language in Contemporary Mauritius: An Overview. Scope, 14(3), 1055-1066.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Stein, P. 1982. <em>Connaissance et emploi des langues \u00e0 l\u2019Ile Maurice<\/em>. Allemangne: H. Buske Verlag.<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"color: #003366;\">Mauritius Times ePaper Friday 9 October 2026<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nouveaux d\u00e9fis pour le pluralisme mauricien au 21e si\u00e8cle<\/p>\n","protected":false},"author":15,"featured_media":47001,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[19379],"tags":[21705,171,63149,63143,63140,52194,63150,63146,63145,63139,5248,57218,63133,63131,16277,63136,63132,63144,9309,9310,63147,36,62128,3237,63135,63137,63130,63129,63142,35340,63134,63138,35342,9308,63141,63148,761],"class_list":["post-47000","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-opinion","tag-assemblee-nationale","tag-bhojpuri","tag-citoyennete-partagee","tag-creolistique","tag-discrimination-linguistique","tag-diversite-linguistique","tag-ecologie-des-langues","tag-equilibre-socioculturel","tag-etudes-creoles","tag-glottophagie","tag-hindi","tag-identite-culturelle","tag-justice-linguistique","tag-km","tag-kreol-morisien","tag-langues-asiatiques","tag-langues-nationales","tag-liberte-academique","tag-mandarin","tag-marathi","tag-marginalisation-linguistique","tag-mauritius-times","tag-memoire-historique","tag-multiculturalisme","tag-neutralite-institutionnelle","tag-ourdou","tag-patrimoine-linguistique-national","tag-pluralisme-mauricien","tag-pluriglossie-mauricienne","tag-politique-linguistique","tag-reconnaissance-institutionnelle","tag-standardisation-linguistique","tag-tamoul","tag-telugu","tag-transmission-intergenerationnelle","tag-unite-dans-la-diversite","tag-vina-ballgobin"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p8QzSF-ce4","jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/KM-2.jpg?fit=1200%2C800&ssl=1","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47000","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/users\/15"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=47000"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47000\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":47002,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47000\/revisions\/47002"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/media\/47001"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=47000"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=47000"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=47000"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}