{"id":4035,"date":"2016-01-15T17:57:14","date_gmt":"2016-01-15T17:57:14","guid":{"rendered":"http:\/\/mauritiustimes.com\/mt\/2016\/01\/15\/interview-eric-ng-ping-cheun-5\/"},"modified":"2017-08-14T15:00:30","modified_gmt":"2017-08-14T11:00:30","slug":"interview-eric-ng-ping-cheun-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/interview-eric-ng-ping-cheun-5\/","title":{"rendered":"\u00ab 2016 : Un leadership fort et efficace permettrait d\u2019avancer et d\u2019assurer la confiance\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: center;\"><span lang=\"FR\" style=\"font-family: Verdana; color: black;\">Interview : Eric Ng Ping Cheun, \u00e9conomiste et directeur<br \/>\nde PluriConseil &#8212;\u00a0<\/span><\/p>\n<h4 class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: center;\"><span lang=\"FR\" style=\"font-family: Verdana; color: black;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"309\" data-permalink=\"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/interview-eric-ng-ping-cheun-6\/attachment-eric-ng\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2010\/05\/eric%20ng.gif?fit=238%2C326&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"238,326\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"eric ng\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2010\/05\/eric%20ng.gif?fit=238%2C326&amp;ssl=1\" class=\" size-full wp-image-309\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/mauritiustimes.com\/wp-content\/uploads\/2010\/05\/eric%20ng.gif?resize=238%2C326\" width=\"238\" height=\"326\" border=\"0\" \/><\/span><\/span><strong><span lang=\"FR\" style=\"font-family: Verdana; color: black;\">Red\u00e9collage \u00e9conomique : \u2018C\u2019est une gageure difficile \u00e0 relever\u2019<\/span><\/strong><\/h4>\n<p><!--more--><\/p>\n<h4 class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: center;\"><strong><span lang=\"FR\" style=\"font-family: Verdana; color: black;\">\u2018Oui, le d\u00e9veloppement \u00e9conomique est \u00e0 deux vitesses, mais c\u2019est ainsi qu\u2019un pays progresse\u2019 <\/span><\/strong><\/h4>\n<p class=\"MsoNormal\"><span lang=\"FR\" style=\"font-family: Verdana; color: black;\"><!-- [if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/span><\/p>\n<p><strong>Miracle \u00e9conomique ou mirage politique ? Telle est la question que les Mauriciens se posent une ann\u00e9e apr\u00e8s les \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales. Le d\u00e9calage entre les pr\u00e9visions et les r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques donne lieu \u00e0 des r\u00e9actions diverses. Toutefois, l\u2019optimisme n\u2019est pas au rendez-vous. L\u2019\u00e9conomiste Eric Ng donne de plus amples informations sur la situation actuelle, tant sur le plan local qu\u2019international<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Mauritius Times : Qu\u2019on vende du r\u00eave ou non, on devra repasser pour le \u201cdeuxi\u00e8me miracle \u00e9conomique\u201d, car il faudra, d\u2019abord et avant tout, assurer le red\u00e9collage \u00e9conomique cette ann\u00e9e. Certains \u00e9conomistes soutiennent qu\u2019apr\u00e8s le redressement \u00e9conomique entrepris l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, sachant que les bases n\u2019\u00e9taient pas solides, 2016 constituera une ann\u00e9e cruciale sur ce plan. Pensez-vous que les conditions soient r\u00e9unies pour r\u00e9ussir ce red\u00e9collage ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Eric Ng Ping Cheun<\/strong> : Si les mots avaient un sens\u2026 S\u2019il y a un domaine dans lequel le gouvernement excelle, c\u2019est la com. Et je trouve dommage que les m\u00e9dias se pr\u00eatent \u00e0 ce jeu de dupes. Pendant toute l\u2019ann\u00e9e 2015, on nous a rebattu les oreilles avec cet introuvable \u201cdeuxi\u00e8me miracle \u00e9conomique\u201d. On change maintenant de disque en criant sur tous les toits l\u2019imminence d\u2019un \u201cred\u00e9collage \u00e9conomique\u201d.<\/p>\n<p>Seuls les na\u00effs se laissent berner par les slogans. Les r\u00e9alistes, eux, veulent voir du concret.<\/p>\n<p>Qu\u2019on vienne d\u2019abord nous dire ce qu\u2019on entend par \u201cred\u00e9collage \u00e9conomique\u201d ! Si c\u2019est pour retrouver des taux de croissance du milieu des ann\u00e9es 1980, il faudra effectivement repasser. M\u00eame les 5,3% de croissance que nous a promis le ministre des Finances pour l\u2019ann\u00e9e 2015-2016 ne se r\u00e9aliseront pas. Car Statistics Mauritius pr\u00e9voit une croissance de 3,9% en 2016 apr\u00e8s 3,4% en 2015.<\/p>\n<p>Toutefois, il est peu probable qu\u2019on r\u00e9alise cette performance de 2016. Nous savons bien que Statistics Mauritius se montre g\u00e9n\u00e9ralement tr\u00e8s optimiste dans ses pr\u00e9visions au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e et r\u00e9vise ensuite ses estimations \u00e0 la baisse au fil des trimestres. Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, cet organisme avait pr\u00e9vu une croissance de 4,1% pour 2014, mais en d\u00e9cembre il a ramen\u00e9 son estimation \u00e0 3,4%. Cette ann\u00e9e, il a commenc\u00e9 par 3,9%. Je ne serai pas surpris s\u2019il finit \u00e0 moins de 3,5% en d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas eu l\u2019impression qu\u2019il y a eu un \u201credressement \u00e9conomique\u201d l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. Et d\u2019ailleurs, comment peut-on parler de \u201credressement\u201d suivi de \u201cred\u00e9collage\u201d ? N\u2019est-ce pas du pareil au m\u00eame ?<\/p>\n<p>Cessons de jouer sur les mots. L\u2019ann\u00e9e 2015 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 meilleure que 2014 sur le plan \u00e9conomique. Du reste, elles ont connu le m\u00eame taux de croissance \u00e9conomique, soit 3,4%. Quel \u201credressement\u201d peut-il y avoir lorsque le taux de ch\u00f4mage a remont\u00e9 \u00e0 8,0% et que la dette du secteur public s\u2019est accrue \u00e0 64,1% du produit int\u00e9rieur brut ?<\/p>\n<p>Posons-nous la question : Quelles bases ont \u00e9t\u00e9 jet\u00e9es pour consolider l\u2019\u00e9conomie ? \u00bb Il n\u2019y a pas eu de v\u00e9ritable r\u00e9forme structurelle de l\u2019\u00e9conomie. D\u00e9signez-moi un seul corps para\u00e9tatique qui a \u00e9t\u00e9 restructur\u00e9 pour devenir profitable. On a plut\u00f4t recul\u00e9 sur des d\u00e9cisions de redressement financier, comme on l\u2019a vu aux Casinos de Maurice. Et les canards boiteux continuent \u00e0 faire la pluie et le beau temps. D\u2019autre part, on n\u2019a vu aucune am\u00e9lioration dans la fonction publique, le poids financier du r\u00e9gime national de pension reste une bombe \u00e0 retardement, et le caract\u00e8re universel de notre Etat-Providence p\u00e8se lourdement sur les finances publiques.<\/p>\n<p>Comme on a peu sem\u00e9 \u00e9conomiquement en 2015, on ne va pas beaucoup r\u00e9colter en 2016. On peut esp\u00e9rer un l\u00e9ger mieux cette ann\u00e9e, mais pas un grand \u00e9lan de l\u2019\u00e9conomie. Les secteurs des services (tourisme, TIC, services financiers et professionnels) vont continuer \u00e0 tirer la machine \u00e9conomique pendant que de nouveaux secteurs, tels que l\u2019\u00e9conomie bleue, se mettent en place. Il faudra, cependant, surveiller deux facteurs exog\u00e8nes : la hausse du taux d\u2019int\u00e9r\u00eat aux Etats-Unis et l\u2019\u00e9volution du prix p\u00e9trolier.<\/p>\n<p>Celui-ci est certes tomb\u00e9 \u00e0 son niveau le plus bas depuis douze ans, et on sp\u00e9cule m\u00eame qu\u2019il descendra sous les 30 dollars le baril. Mais les tensions entre l\u2019Arabie saoudite et l\u2019Iran constituent une grosse incertitude. M\u00eame si elles n\u2019ont pas d\u2019impact n\u00e9gatif sur le prix du brut pour l\u2019instant, la situation risque de devenir explosive \u00e0 tout moment. Une hausse brutale du prix p\u00e9trolier va an\u00e9antir le seul bon r\u00e9sultat que Maurice affiche actuellement : une faible inflation.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, le revirement de la politique mon\u00e9taire am\u00e9ricaine doit sans doute embarrasser la Banque de Maurice. Alors que notre banque centrale venait tout juste d\u2019abaisser son taux directeur, la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale relevait le sien. Il est fort probable qu\u2019elle continue \u00e0 l\u2019augmenter par 25 points de base tous les trimestres pendant les trois prochaines ann\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 le porter \u00e0 3,25%. D\u00e9j\u00e0, des capitaux \u00e9trangers d\u00e9laissent les march\u00e9s \u00e9mergents pour se porter sur des actifs am\u00e9ricains, devenus attrayants. C\u2019est d\u2019ailleurs une des raisons du d\u00e9sinvestissement \u00e9tranger \u00e0 la bourse de Port Louis. Une hausse continue des taux am\u00e9ricains accentuera les sorties des capitaux \u00e9trangers et accro\u00eetra l\u2019attractivit\u00e9 du dollar. La roupie mauricienne risque de se d\u00e9pr\u00e9cier encore fortement contre ce dernier, ce qui rendra nos importations plus ch\u00e8res.<\/p>\n<p>Dans ce cas, les conditions internationales ne seront pas si favorables \u00e0 un red\u00e9collage de l\u2019\u00e9conomie mauricienne. Le gouvernement doit mettre les bouch\u00e9es doubles pour sortir le pays de l\u2019orni\u00e8re. Dans un premier temps, il avait demand\u00e9 \u00e0 la population d\u2019attendre au moins deux ans pour cueillir les fruits de sa politique \u00e9conomique. Mais ayant senti monter une grande impatience parmi les gens, il leur promet maintenant des r\u00e9sultats probants d\u00e8s la fin de 2016. C\u2019est une gageure difficile \u00e0 relever, et si les r\u00e9sultats ne sont pas au rendez-vous, la d\u00e9ception des Mauriciens ne sera que plus grande.<\/p>\n<p><strong>* Le dernier sondage effectu\u00e9 par AfroBarometer nous apprend que l\u2019emploi serait la premi\u00e8re pr\u00e9occupation des Mauriciens en 2016. Au fait, le nombre de ch\u00f4meurs s\u2019\u00e9levait \u00e0 46 000 en 2015. Un taux de ch\u00f4mage de 8,0% est-il pr\u00e9occupant pour l\u2019\u00e9conomiste ?<\/strong><\/p>\n<p>Le taux est inqui\u00e9tant. Ce qui est pr\u00e9occupant, c\u2019est qu\u2019il ne descend pas mais est rest\u00e9 entre 7,8% et 8,0% depuis cinq ans. Tant qu\u2019il demeure \u00e0 ce niveau, la consommation domestique sera mod\u00e9r\u00e9e, pas suffisante pour stimuler la croissance \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Dans une \u00e9conomie dynamique, il y a constamment des pertes d\u2019emplois. Ce qu\u2019il est important de consid\u00e9rer, ce sont les cr\u00e9ations d\u2019emplois. Nous en cr\u00e9ons, certes, mais pas assez pour faire reculer le ch\u00f4mage. Selon les chiffres de Statistics Mauritius, le nombre total d\u2019emplois \u00e9tait de 536 500 au troisi\u00e8me trimestre de 2015, contre 538 900 au quatri\u00e8me trimestre de 2014. Donc, il y a eu plus d\u2019emplois d\u00e9truits que d\u2019emplois cr\u00e9\u00e9s durant les neuf premiers mois de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. Les Mauriciens ont effectivement raison de se faire des soucis.<\/p>\n<p>*<strong> On apprend aussi qu\u2019il existe actuellement 7 000 \u00e0 8 000 postes \u00e0 pourvoir dans la fonction publique, et qu\u2019une restructuration de la Public Service Commission devrait faciliter ou rationaliser les proc\u00e9dures de recrutement. Or le gouvernement souhaite que 25 000 emplois soient cr\u00e9\u00e9s cette ann\u00e9e, parmi lesquels 17 000 devront provenir du secteur priv\u00e9. Plus facile \u00e0 dire qu&#8217;\u00e0 faire ?<\/strong><\/p>\n<p>Trop facile \u00e0 dire, mais impossible \u00e0 faire. Cette annonce de 25 000 emplois cr\u00e9\u00e9s cette ann\u00e9e a eu les honneurs de la une d\u2019un quotidien comme si c\u2019\u00e9tait dans le domaine du possible. Notre \u00e9conomie n\u2019est m\u00eame pas capable d\u2019en cr\u00e9er 10 000 par an !<\/p>\n<p>Dans son discours-programme, le gouvernement actuel avait promis de cr\u00e9er 15 000 emplois par an. Puis, il a mont\u00e9 les ench\u00e8res dans son Economic Mission Statement en visant 20 000 emplois par an. Maintenant, il dit 25 000. Demain, 30 000 ? Plus les gens se montrent incr\u00e9dules devant les ambitions affich\u00e9es par le gouvernement, plus il ajoute 5 000 emplois \u00e0 son objectif\u2026<\/p>\n<p>La seule chose facile \u00e0 faire, c\u2019est de recruter dans la fonction publique. On nous dira que de nombreux postes sont vacants, mais on sait que la fonction publique peine par son sureffectif. Au lieu de remplir les postes vacants, il convient de red\u00e9ployer des employ\u00e9s dans des d\u00e9partements handicap\u00e9s par un manque de personnel.<\/p>\n<p>Au demeurant, l\u2019administration publique est d\u00e9j\u00e0 trop bureaucratique pour accueillir de nouveaux entrants qui ne feront qu\u2019alourdir la bureaucratie. Le pays a besoin d\u2019un service civil agile et r\u00e9actif face aux changements constants des conditions \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Et puis, des milliers de recrutements entra\u00eeneront une forte hausse de la masse salariale. Comme celle-ci est structurelle, les d\u00e9penses publiques augmenteront all\u00e8grement et feront grossir la dette du secteur public, qui a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9 les 60% du PIB. Je trouve qu\u2019il y a incompatibilit\u00e9 entre ramener celle-ci \u00e0 50% du PIB et recruter 8000 fonctionnaires.<\/p>\n<p><strong>* La mise en chantier des \u2018smart cities\u2019, la relance du \u2018Road Decongestion Programme\u2019 et la concr\u00e9tisation de certains projets h\u00f4teliers viendront booster la construction. Au-del\u00e0 du tourisme, qui a connu un rythme de croissance \u00e9lev\u00e9 en 2015, il y a l\u2019\u00e9conomie bleue et le secteur des technologies de l\u2019information et de la communication (TIC), ce dernier ayant connu une croissance de 6,8%. Tous devraient cr\u00e9er des emplois. On pourrait donc dire que la relance de l\u2019\u00e9conomie serait d\u00e9j\u00e0 en cours, non ?<\/strong><\/p>\n<p>Il faut saluer la bonne performance du secteur touristique. Les arriv\u00e9es touristiques ont connu une croissance \u00e0 deux chiffres l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re (10,9%), un taux qu\u2019on n\u2019a pas vu depuis 2008. Les march\u00e9s traditionnels ont bien repris, et avec les nouvelles lignes a\u00e9riennes desservies par Lufthansa, Austrian Airlines, Turkish Airlines, Eurowings et Edelweiss, Maurice devrait accueillir encore plus de touristes europ\u00e9ens cette ann\u00e9e. Le pays para\u00eet \u00eatre une destination s\u00fbre en comparaison avec ses comp\u00e9titeurs o\u00f9 les risques d\u2019attentats terroristes sont \u00e9lev\u00e9s. Mais il faut encourager les touristes \u00e0 sortir de leur h\u00f4tel pour d\u00e9penser leur argent dans des commerces qui sont tributaires du march\u00e9 touristique.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la croissance r\u00e9elle du secteur des TIC, elle est certes toujours forte, mais elle est demeur\u00e9e en-dessous de 7% ces trois derni\u00e8res ann\u00e9es. On avait \u00e9t\u00e9 habitu\u00e9 \u00e0 plus de 9% auparavant. Il est bon de souligner que l\u2019\u00e9volution du \u201csectoral deflator\u201d de cette industrie indique que les prix de production ont connu une baisse continue ces derni\u00e8res ann\u00e9es, ce qui m\u2019am\u00e8ne \u00e0 dire que la croissance nominale des TIC est bien mod\u00e9r\u00e9e, aux alentours de 3,5% en 2015.<\/p>\n<p>Pour ce qui est de l\u2019\u00e9conomie bleue, on en parle, mais il n\u2019y a rien de concret jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Le ministre responsable de ce dossier brille lui-m\u00eame par son silence. La construction, elle, conna\u00eetra seulement un petit rebond, de l\u2019ordre de 2,0% en 2016, apr\u00e8s pourtant une forte contraction de 4,3% l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. Donc ce secteur ne retournera m\u00eame pas \u00e0 son niveau r\u00e9el de 2015 !<\/p>\n<p><strong>* En attendant, il y a le probl\u00e8me de la dette du secteur public qui est pass\u00e9e de Rs 234,4 milliards en septembre 2014 \u00e0 Rs 256,8 milliards en septembre 2015, ce qui r\u00e9tr\u00e9cit la marge de man\u0153uvre du budget de l\u2019Etat. Il faudrait, dit-on, une croissance robuste g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par des investissements publics pour r\u00e9gler efficacement ce probl\u00e8me, d\u2019autant que l\u2019investissement priv\u00e9 a recul\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Est-ce toujours g\u00e9rable, selon vous ?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est toujours g\u00e9rable moyennant que le gouvernement mette un frein aux d\u00e9penses publiques d\u00e8s cette ann\u00e9e. En neuf mois, de d\u00e9cembre 2014 \u00e0 septembre 2015, la dette du secteur public a augment\u00e9 de Rs 19 milliards, soit Rs 2,1 milliards par mois. En pourcentage du PIB, elle s\u2019est accrue de 2,6 points de pourcentage pour se situer \u00e0 64,1%. C\u2019est un glissement significatif qui t\u00e9moigne d\u2019une mauvaise gestion des finances publiques. La situation est susceptible de se d\u00e9t\u00e9riorer davantage avec l\u2019application de la compensation salariale et du prochain rapport du Pay Research Bureau. Elle pourra s\u2019aggraver si la croissance \u00e9conomique est faible et si les prix p\u00e9troliers remontent brutalement.<\/p>\n<p>Vous avez raison de dire que la marge de man\u0153uvre du gouvernement pour relancer l\u2019investissement public est r\u00e9duite par l\u2019accroissement de la dette publique. L\u2019\u00e9conomie est une affaire de choix. Il fallait choisir entre soutenir la croissance par l\u2019investissement public, d\u2019une part, et augmenter la pension de base et les compensations salariales, et refinancer des compagnies d\u00e9ficitaires, d\u2019autre part. Comme le dit le leader de l\u2019Opposition, le ministre des Finances a sacrifi\u00e9 le budget de d\u00e9veloppement. Short political gain, long economic pain.<\/p>\n<p><strong>* Quelle opinion faites-vous, en tant qu\u2019\u00e9conomiste, des projets concernant les \u2018Smart Cities \u2019 ? On est pass\u00e9 de huit, chiffre annonc\u00e9 dans le discours du budget, \u00e0 seize. Est-ce que des entreprises \u00e9trang\u00e8res occuperont ces \u2018Smart Cities\u2019 ?<\/strong><\/p>\n<p>Les projets d\u00e9sign\u00e9s sous le nom impropre de <em>\u201csmart cities\u201d<\/em> diff\u00e8rent les uns des autres, allant de la ville a\u00e9roportuaire d\u2019Omnicane au centre du savoir de M\u00e9dine, en passant par l\u2019agriculture bio de Riche Terre et les projets immobiliers. Les gens de l\u2019ext\u00e9rieur de Maurice nous croiraient-il en entendant qu\u2019une tr\u00e8s petite \u00eele aurait seize smart cities ? Le pays aurait le plus de <em>smart cities<\/em> par kilom\u00e8tre carr\u00e9 au monde !<\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, une <em>smart city<\/em>, c\u2019est une ville d\u2019au moins 100 000 habitants, soit la population du district de Beau Bassin\/Rose Hill ou de Vacoas\/Phoenix, avec une autonomie \u00e9nerg\u00e9tique et un r\u00e9seau de services num\u00e9riques. Il faudra avoir la masse critique pour faire fonctionner une smart city de mani\u00e8re viable. Je doute fort qu\u2019on puisse remplir nos \u00e9ventuelles <em>smart cities<\/em> avec des \u00e9trangers, qu\u2019ils soient des particuliers ou des soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>Nos promoteurs de l\u2019IRS\/RES n\u2019arrivent pas \u00e0 vendre toutes leurs villas, dont plusieurs sont au bord de la mer. Une des raisons est que Maurice est situ\u00e9e loin des grandes m\u00e9tropoles. Ce sera encore plus difficile de trouver des acheteurs \u00e9trangers pour s\u2019installer dans une smart city qui n\u2019a pas la m\u00eame valeur environnementale qu\u2019une villa pied dans l\u2019eau, par exemple.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les parcs industriels de BPML se d\u00e9semplissent avec la fermeture d\u2019un certain nombre d\u2019entreprises. De plus, beaucoup d\u2019espaces sont disponibles pour des bureaux \u00e0 Eb\u00e8ne, \u00e0 Port Louis et ailleurs. L\u2019offre immobili\u00e8re est d\u00e9j\u00e0 exc\u00e9dentaire, d\u2019o\u00f9 la stagnation du march\u00e9. La cr\u00e9ation de <em>smart cities<\/em> n\u2019arrangera pas les affaires de nos propri\u00e9taires immobiliers.<\/p>\n<p><strong>* Au-del\u00e0 de tous ces grands projets de d\u00e9veloppement du secteur public et des \u2018Smart Cities\u2019 \u00e0 coups de milliards de roupies, parfois on ne se rend pas compte que des milliers de Mauriciens vivent dans une situation de pr\u00e9carit\u00e9. Un rapport du Bureau International du Travail nous indique que quelques 60 000 employ\u00e9s du secteur priv\u00e9 touchaient moins de Rs 5 000 par mois en 2014. Les derni\u00e8res recommandations du National Remuneration Board et un \u00e9ventuel salaire minimum corrigeraient, dans une certaine mesure, cet \u00e9tat de choses. Mais c\u2019est l\u2019exemple classique d\u2019un d\u00e9veloppement \u00e9conomique \u00e0 deux vitesses, non ?<\/strong><\/p>\n<p>Il est vraiment ahurissant que des employ\u00e9s travaillant \u00e0 plein temps touchent un salaire mensuel de Rs 5 000 de nos jours. Les patrons doivent comprendre qu\u2019un tel \u00e9tat de choses ne peut pas durer sans risquer une explosion sociale. Ils doivent faire un effort pour accorder des r\u00e9mun\u00e9rations plus justes. Toutefois, je suis contre l\u2019id\u00e9e d\u2019un salaire minimum national qui sera un obstacle \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019emplois pour des jeunes non qualifi\u00e9s, la cat\u00e9gorie la plus touch\u00e9e par le ch\u00f4mage.<\/p>\n<p>Oui, le d\u00e9veloppement \u00e9conomique est \u00e0 deux vitesses, mais c\u2019est ainsi qu\u2019un pays progresse. Aucune \u00e9conomie ne peut se d\u00e9velopper \u00e0 la m\u00eame vitesse pour tout le monde, car chacun a des capacit\u00e9s diff\u00e9rentes. Ce qui importe, c\u2019est que tous soient inclus dans le processus de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p><strong>* La classe moyenne conna\u00eet aussi des difficult\u00e9s depuis un certain nombre d\u2019ann\u00e9es. On affirme m\u00eame qu\u2019elle s&#8217;appauvrit. Acheter un terrain et construire une maison ces temps-ci rel\u00e8vent d\u2019un d\u00e9fi \u00e9norme pour les jeunes\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement des <em>smart cities<\/em> va faire monter les co\u00fbts de construction pour les Mauriciens de la classe moyenne. A charge pour le gouvernement de faire en sorte que sa politique ne d\u00e9bouche pas sur une crise du logement pour la population locale.<\/p>\n<p>A l\u2019avenir, il devra sans doute augmenter, et \u00e9tendre \u00e0 la classe moyenne, les subventions et d\u00e9ductions fiscales li\u00e9es \u00e0 l\u2019achat d\u2019un terrain et \u00e0 la construction d\u2019une maison individuelle.<\/p>\n<p>Malheureusement, c\u2019est encore l\u2019argent des contribuables qu\u2019on utilisera pour att\u00e9nuer les effets n\u00e9gatifs d\u2019un d\u00e9veloppement immobilier effr\u00e9n\u00e9, qui b\u00e9n\u00e9ficie d\u00e9j\u00e0 de nombreux avantages fiscaux dans le cadre du Smart City Scheme, au profit des \u00e9trangers.<\/p>\n<p><strong>* Je reviens \u00e0 ma premi\u00e8re question par rapport au \u201cdeuxi\u00e8me miracle \u00e9conomique\u201d. R\u00eave ou non, on souhaite tous que Sir Anerood Jugnauth r\u00e9ussisse son pari, cela dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de toute la population. Mais au-del\u00e0 des ingr\u00e9dients n\u00e9cessaires pour r\u00e9ussir ce \u201cmiracle\u201d, peut-\u00eatre faut-il qu\u2019il soit maintenu en poste pour assurer la confiance. Qu\u2019en pensez-vous ?<\/strong><\/p>\n<p>Le Premier ministre est effectivement le ciment qui tient ensemble l\u2019alliance gouvernementale. Tous les ministres et d\u00e9put\u00e9s de la majorit\u00e9 resserrent les rangs derri\u00e8re lui. D\u2019abord, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 lui qu\u2019ils sont au pouvoir. Ensuite, ils veulent conserver leur poste et aussi les privil\u00e8ges, . ce qui explique qu\u2019ils ont tous vot\u00e9 en faveur de <em>The Good Governance and Integrity Reporting Bill.<\/em><\/p>\n<p>On dit qu\u2019il existe plusieurs centres de d\u00e9cision au sein du pouvoir, indiquant une absence de leadership. Malgr\u00e9 tout, si SAJ part demain, je ne crois pas qu\u2019on aura un leadership fort au sein du gouvernement Lepep. Or, dans la situation difficile o\u00f9 se trouve notre pays, il faut un leadership, ce qui a fait d\u00e9faut l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re.<\/p>\n<p>En cette ann\u00e9e cruciale pour l\u2019\u00e9conomie mauricienne, un leadership fort et efficace permettrait d\u2019avancer et d\u2019assurer la confiance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>* Published in print edition on 15 January 2016<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Interview : Eric Ng Ping Cheun, \u00e9conomiste et directeur de PluriConseil &#8212;\u00a0 Red\u00e9collage \u00e9conomique : \u2018C\u2019est une gageure difficile \u00e0 relever\u2019<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":7306,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[32],"tags":[3143,3146,3147,2650,3035,615,3144,1501,3145,42,453,486],"class_list":["post-4035","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-interviews","tag-bureau-international-du-travail","tag-chomage","tag-deuxieme-miracle-economique","tag-economic-mission-statement","tag-eric-ng-ping-cheun","tag-good-governance-and-integrity-reporting-bill","tag-national-remuneration-board","tag-public-service-commission","tag-road-decongestion-programme","tag-sir-anerood-jugnauth","tag-smart-city-scheme","tag-statistics-mauritius"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/Eric-Ng-Ping-k.jpg?fit=231%2C291&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p8QzSF-135","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4035","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4035"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4035\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7306"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4035"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4035"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4035"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}