{"id":39938,"date":"2024-03-22T20:46:14","date_gmt":"2024-03-22T16:46:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/?p=39938"},"modified":"2024-04-01T16:58:31","modified_gmt":"2024-04-01T12:58:31","slug":"interview-eric-ng-ping-cheun-economiste-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/interview-eric-ng-ping-cheun-economiste-2\/","title":{"rendered":"Interview: Eric Ng Ping Cheun, \u00e9conomiste"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong><u><span style=\"color: #800080;\">L&#8217;argent devient moins d\u00e9terminant une fois que le vent du changement a souffl\u00e9<\/span><br \/>\n<\/u><\/strong><em>La d\u00e9mocratie, c\u2019est la voix du peuple, pas la force de l\u2019argent.<\/em><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"39957\" data-permalink=\"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/interview-eric-ng-ping-cheun-economiste-2\/eric-ng-2-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/ERIC-NG-2.gif?fit=1200%2C637&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1200,637\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"ERIC NG 2\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/ERIC-NG-2.gif?fit=300%2C159&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/ERIC-NG-2.gif?fit=640%2C340&amp;ssl=1\" class=\"aligncenter size-full wp-image-39957\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/ERIC-NG-2.gif?resize=640%2C340&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"340\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #993366;\"><strong>* &#8216;Depuis les derni\u00e8res \u00e9lections, chaque jour que Dieu donne, la dette publique s\u2019est accrue de Rs 127 millions&#8217;<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #993366;\"><strong>* &#8216;Un nouveau gouvernement devrait casser ce lien incestueux entre l\u2019\u00c9tat, le grand secteur priv\u00e9 et la Banque centrale afin de mieux utiliser l\u2019argent public&#8217;<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Dans le contexte des r\u00e9centes augmentations des pensions de vieillesse \u00e0 Maurice, le d\u00e9bat sur leur viabilit\u00e9 \u00e0 long terme s&#8217;intensifie, soulevant des questions cruciales sur l&#8217;orientation politique du pays. Dans cette interview avec l&#8217;\u00e9conomiste Eric Ng, nous explorons en d\u00e9tail les implications de ces augmentations et leur impact sur le paysage politique, en pr\u00e9vision des \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales \u00e0 venir. En mettant en lumi\u00e8re le concept de \u00ab l&#8217;electoral fallacy \u00bb, qui souligne les risques inh\u00e9rents \u00e0 la manipulation politique \u00e0 court terme au d\u00e9triment du bien-\u00eatre \u00e0 long terme, Eric Ng offre une analyse perspicace des d\u00e9fis \u00e9conomiques auxquels est confront\u00e9e l&#8217;\u00eele Maurice et des choix cruciaux qui attendent les \u00e9lecteurs dans un avenir proche.<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mauritius Times: Les r\u00e9centes augmentations des pensions de vieillesse, annonc\u00e9e la semaine derni\u00e8re, suscitent des r\u00e9actions diverses. Alors que certains les accueillent favorablement en raison de la hausse du co\u00fbt de la vie, des interrogations \u00e9mergent quant \u00e0 leur soutenabilit\u00e9 dans le long terme, notamment en raison du vieillissement de la population. Il convient de se demander si le pays dispose des moyens n\u00e9cessaires pour maintenir le syst\u00e8me de protection sociale tel qu&#8217;il existe actuellement. Qu&#8217;en pensez-vous?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Eric Ng<\/strong>: Il faut d\u2019abord pr\u00e9ciser que les augmentations des pensions de vieillesse sous la pr\u00e9sente l\u00e9gislature suivent de tr\u00e8s pr\u00e8s les compensations salariales accord\u00e9es depuis 2020. Les Rs 4 500 additionnelles qu\u2019ont obtenues les retrait\u00e9s de 60 \u00e0 64 ans (de Rs 9 000 \u00e0 Rs 13 500) sont \u00e0 peine plus cons\u00e9quentes que la compensation re\u00e7ue par les salari\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette hausse de 50 % n\u2019est donc pas un \u00ab\u00a0Big Deal\u00a0\u00bb d\u2019autant que l\u2019inflation alimentaire, mesur\u00e9e par l\u2019indice des prix \u00e0 la consommation des produits alimentaires, a \u00e9t\u00e9 de 40 % entre d\u00e9cembre 2019 et d\u00e9cembre 2023. En d\u2019autres mots, les Rs 13 500 d\u2019aujourd\u2019hui ne valent que Rs 9 600 en termes de pouvoir d\u2019achat de la roupie de d\u00e9cembre 2019.<\/p>\n<p>Il faut reconna\u00eetre que le gouvernement a donn\u00e9 plus que ce qu\u2019il a promis aux retrait\u00e9s de 65 \u00e0 74 ans, soit Rs 14 500, et davantage aux plus de 75 ans. Mais alors, se pose la question de la soutenabilit\u00e9. La pension de base, la pension des veuves et la pension d\u2019invalidit\u00e9, qui sont dot\u00e9es du m\u00eame montant, co\u00fbtaient au total Rs 42 milliards en 2022-23, et il \u00e9tait pr\u00e9vu que le co\u00fbt allait augmenter \u00e0 Rs 48 milliards en 2023-24. Or, avec les nouvelles hausses qui viennent d\u2019\u00eatre annonc\u00e9es, il faut ajouter Rs 2 milliards pour les 3 mois qui restent de la pr\u00e9sente ann\u00e9e fiscale, donc une somme annuelle de Rs 50 milliards. Nul doute qu\u2019en 2024-25, avec l\u2019accroissement du nombre de retrait\u00e9s, le montant d\u00e9passera les Rs 60 milliards.<\/p>\n<p>Ces Rs 50 milliards de 2023-24 repr\u00e9sentent un quart du budget des d\u00e9penses de l\u2019\u00c9tat, et ils bouffent un tiers des imp\u00f4ts pr\u00e9lev\u00e9s par l\u2019\u00c9tat. Si l\u2019on ajoute les Rs 37 milliards de la sant\u00e9 publique et de l\u2019\u00e9ducation gratuite, c\u2019est 55 % de nos imp\u00f4ts qui sont engloutis par ces trois postes budg\u00e9taires de l\u2019\u00c9tat-providence. Que reste-t-il pour moderniser nos infrastructures, am\u00e9liorer nos services publics, combattre l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, prot\u00e9ger l\u2019environnement et lutter contre le d\u00e9r\u00e8glement climatique\u00a0? Pas grand-chose, ce qui explique l\u2019endettement grandissant du gouvernement.<\/p>\n<p><strong>* Dans l&#8217;imm\u00e9diat, il semble que le gouvernement dispose d&#8217;une certaine marge de man\u0153uvre, lui permettant d&#8217;adopter une politique relativement g\u00e9n\u00e9reuse et populiste en cette ann\u00e9e cruciale. Rama Sithanen faisait r\u00e9f\u00e9rence, dans ses commentaires sur le Budget 2022-23, au transfert d&#8217;environ Rs 30 milliards, ou plus, vers les Fonds sp\u00e9ciaux par le ministre des Finances Padayachy. Celles-ci sont destin\u00e9s \u00e0 financer, entre autres, un certain nombre de mesures populistes pr\u00e9-\u00e9lectorales. Quelle est votre opinion \u00e0 ce sujet?<\/strong><\/p>\n<p>Laissez-moi vous dire d\u2019abord que la question de marge de man\u0153uvre est un faux d\u00e9bat. Un gouvernement peut se permettre d\u2019avoir la marge de man\u0153uvre qu\u2019il veut, en laissant filer le d\u00e9ficit budg\u00e9taire ou en augmentant les imp\u00f4ts \u00e0 sa guise. Mieux encore, il peut avoir recours \u00e0 la cr\u00e9ation mon\u00e9taire (\u00ab\u00a0money printing\u00a0\u00bb), comme il l\u2019a fait depuis 2020 pour financer ses budgets via les Fonds sp\u00e9ciaux, ainsi que des projets de d\u00e9veloppement par le truchement de la Mauritius Investment Corporation.<\/p>\n<p>Il devrait rester un solde de quelque Rs 12 milliards des Fonds sp\u00e9ciaux au 30 juin prochain pour financer un \u00e9ni\u00e8me budget populiste pr\u00e9-\u00e9lectoral. Mais une bonne partie de ces milliards a sans doute d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e par le gouvernement, en raison des d\u00e9penses suppl\u00e9mentaires impr\u00e9vues telles que les inondations et les d\u00e9passements de co\u00fbts des chantiers publics. Ce qui fait qu\u2019il ne trouvera pas utile de faire un cinqui\u00e8me budget avant de dissoudre l\u2019Assembl\u00e9e nationale\u2026<\/p>\n<p><strong>* En tout cas, l&#8217;\u00e9largissement de l&#8217;\u00c9tat providence, qu&#8217;il soit r\u00e9alis\u00e9 par le biais de mesures populistes ou autres, n&#8217;a jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent pas conduit le pays \u00e0 la faillite. Les gouvernements pr\u00e9c\u00e9dents ont r\u00e9ussi \u00e0 trouver les moyens de financer de telles mesures sans pour autant recourir \u00e0 de nouvelles taxes ou \u00e0 des augmentations de divers imp\u00f4ts. Il semble \u00e9galement que l&#8217;\u00e9conomie soit suffisamment robuste pour soutenir de telles largesses. Est-ce exact?<\/strong><\/p>\n<p>Faute d\u2019alourdir la fiscalit\u00e9, le gouvernement a eu recours \u00e0 l\u2019endettement et \u00e0 la planche \u00e0 billets, en d\u2019autres mots \u00e0 l\u2019imp\u00f4t d\u2019inflation. Comme le disait Milton Friedman, \u00ab <em>inflation is the one form of taxation that can be imposed without legislation<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>En quatre ans, de d\u00e9cembre 2019 \u00e0 d\u00e9cembre 2023, la dette gouvernementale est pass\u00e9e de Rs 293 milliards \u00e0 Rs 452 milliards, soit une hausse de 54%. Si l\u2019on y ajoute la dette des entreprises publiques, la dette du secteur public a d\u00e9pass\u00e9 les Rs 500 milliards.<\/p>\n<p>Depuis les derni\u00e8res \u00e9lections, chaque jour que Dieu donne, la dette publique s\u2019est accrue de Rs 127 millions. Elle repr\u00e9sente aujourd\u2019hui Rs 985 000 par employ\u00e9 mauricien. Ceux qui travaillent portent donc une dette publique de presque un million de roupies sur leurs \u00e9paules. Et encore que cette dette soit officiellement sous-\u00e9valu\u00e9e, car elle n\u2019inclut pas les d\u00e9penses publiques d\u00e9guis\u00e9es en prises de participation au capital, ni les investissements de l\u2019\u00c9tat sous des <em>Special Purpose Vehicles<\/em>.<\/p>\n<p>On nous r\u00e9torquera que le rapport dette-PIB est retomb\u00e9 \u00e0 70 %. Mais personne n\u2019est dupe\u00a0: si vous gonflez artificiellement le d\u00e9nominateur, le ratio baissera m\u00e9caniquement. Or c\u2019est un PIB surestim\u00e9 de plusieurs dizaines de milliards de roupies, du fait que Statistics Mauritius r\u00e9affecte aux services d\u2019exportation les revenus primaires (dividendes et int\u00e9r\u00eats) re\u00e7us du reste du monde via les Global Business Companies. C\u2019est une incoh\u00e9rence par rapport au compte courant de la balance des paiements, o\u00f9 une telle r\u00e9affectation n\u2019est pas faite par la Banque de Maurice qui, elle, doit r\u00e9pondre au Fonds mon\u00e9taire international (FMI).<\/p>\n<p>Dans les faits, et non dans les chiffres officiels, l\u2019\u00e9conomie mauricienne n\u2019est pas aussi robuste pour soutenir des largesses budg\u00e9taires.<\/p>\n<p><strong>* Il n&#8217;y aura pas lieu de s&#8217;inqui\u00e9ter si le pays parvient \u00e0 conna\u00eetre une forte croissance \u00e9conomique. La vraie question \u00e0 consid\u00e9rer est de savoir si les conditions sont r\u00e9unies pour cr\u00e9er initier et maintenir cette croissance&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>M\u00eame sur la base d\u2019un PIB surestim\u00e9, je ne vois pas la croissance atteindre ne serait-ce que 5% cette ann\u00e9e. D\u2019autant que les \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales arriveront bien plus t\u00f4t que pr\u00e9vu. Les quatre derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e9lectorales, la croissance \u00e9conomique a \u00e9t\u00e9 relativement molle, 2,9 % en 2019, 3,8 % en 2014, 4,4 % en 2010 et 1,5 % en 2005.<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but de la pr\u00e9sente ann\u00e9e, les m\u00e9dias ne cessent de parler d\u2019\u00e9lections. Tous les esprits y sont concentr\u00e9s. Comment voulez-vous que les op\u00e9rateurs \u00e9conomiques r\u00e9agissent\u00a0? Les investisseurs sont dans un mode d\u2019attentisme, et les producteurs coupent dans les co\u00fbts \u00e0 cause de la d\u00e9pr\u00e9ciation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e de la roupie (de l\u2019ordre de 20 % contre le dollar et contre l\u2019euro ces quatre derni\u00e8res ann\u00e9es) et de la forte hausse des salaires.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 celle-ci, la consommation priv\u00e9e ne progresse que mod\u00e9r\u00e9ment en raison de la hausse des prix. Il est \u00e0 noter que l\u2019inflation en glissement annuel, apr\u00e8s avoir recul\u00e9 \u00e0 3,9 % en d\u00e9cembre dernier, est remont\u00e9e brutalement \u00e0 5,2 % en janvier et \u00e0 6,2 % en f\u00e9vrier.<\/p>\n<p>Quant aux exportateurs, ils manquent de visibilit\u00e9, vu les instabilit\u00e9s g\u00e9opolitiques et le changement de ministres \u00e0 la t\u00eate de trois minist\u00e8res \u00e9conomiques cl\u00e9s\u00a0: l\u2019agro-industrie, l\u2019industrie et les services financiers.<\/p>\n<p>En somme, les trois moteurs de croissance que sont l\u2019investissement priv\u00e9, la consommation des m\u00e9nages et l\u2019exportation connaissent trop de ratages pour maintenir l\u2019\u00e9conomie sur une trajectoire ascendante.<\/p>\n<p><strong>* Quelles le\u00e7ons pouvons-nous tirer des conclusions du dernier rapport du Fonds mon\u00e9taire international (FMI) concernant l&#8217;\u00e9tat actuel de l&#8217;\u00e9conomie mauricienne, ainsi que son niveau de r\u00e9silience et ses perspectives de croissance \u00e0 long terme ?<\/strong><\/p>\n<p>Derri\u00e8re le langage diplomatique du Fonds mon\u00e9taire international (FMI) se pointe une inqui\u00e9tude quant \u00e0 la capacit\u00e9 du gouvernement de soutenir la croissance \u00e9conomique dans le long terme. Le constat du FMI, c\u2019est que notre \u00e9conomie cro\u00eet en s\u2019endettant, ce qui n\u2019est pas soutenable \u00e0 long terme. C\u2019est la raison pour laquelle le FMI appelle le gouvernement \u00e0 une \u00ab\u00a0consolidation fiscale\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 r\u00e9duire les d\u00e9penses et\/ou \u00e0 augmenter les revenus. Il \u00e9tait imp\u00e9ratif que la FMI rappelle le gouvernement \u00e0 l\u2019ordre en la mati\u00e8re, car il y a urgence.<\/p>\n<p>Or, le FMI n\u2019est pas sans savoir que nous sommes dans une ann\u00e9e \u00e9lectorale et qu\u2019aucun gouvernement ne se fera hara-kiri en s\u2019engageant dans une consolidation fiscale juste avant les \u00e9lections. D\u2019ailleurs, \u00e0 peine la d\u00e9l\u00e9gation du FMI partie, le gouvernement a augment\u00e9 la pension de vieillesse pour tous les retrait\u00e9s\u2026 C\u2019est dire qu\u2019il fait fi des recommandations du FMI.<\/p>\n<p>Le FMI recommande aussi que la banque centrale se tient pr\u00eate \u00e0 resserrer le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat d\u00e8s que l\u2019inflation revient \u00e0 la charge. C\u2019est une critique \u00e0 peine voil\u00e9e du FMI contre la politique accommodante de la Banque de Maurice dans une situation tr\u00e8s inflationniste.<\/p>\n<p>L\u2019endettement et l\u2019inflation sont les deux grandes faiblesses de l\u2019\u00e9conomie mauricienne, cons\u00e9quence des politiques de l\u2019argent facile et de l\u2019\u00e9mission mon\u00e9taire suivies ces derni\u00e8res ann\u00e9es. On a eu droit \u00e0 une tr\u00e8s forte croissance mon\u00e9taire, mais tr\u00e8s peu de progr\u00e8s \u00e9conomique et de progression du pouvoir d\u2019achat.<\/p>\n<p><strong>* Quelles sont donc les initiatives politiques et \u00e9conomiques cl\u00e9s que la R\u00e9publique de Maurice devrait envisager pour renforcer sa r\u00e9silience \u00e9conomique \u00e0 l&#8217;avenir, en tenant compte des recommandations des institutions financi\u00e8res internationales ?<\/strong><\/p>\n<p>Je pense que l\u2019ind\u00e9pendance de nos institutions, notamment \u00e9conomiques et judiciaires, vis-\u00e0-vis du pouvoir politique est extr\u00eamement importante \u00e0 la bonne marche de nos services financiers et de notre \u00e9conomie en g\u00e9n\u00e9ral. Des interventions politiques dans un domaine aussi sensible que le secteur bancaire sont susceptibles de mettre en p\u00e9ril la cr\u00e9dibilit\u00e9 de notre juridiction en tant que centre financier, et ce, car tout ce qui se passe dans la finance est projet\u00e9 au niveau international, et c\u2019est ce qui int\u00e9resse en premier lieu les investisseurs \u00e9trangers. L\u2019\u00eele Maurice n\u2019est pas un pays d\u00e9connect\u00e9 du reste du monde en mati\u00e8re de flux de capitaux.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les probl\u00e8mes rencontr\u00e9s par le Bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP) avec les autorit\u00e9s politiques et polici\u00e8res d\u00e9teignent sur l\u2019image de Maurice \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il est dangereux de pi\u00e9tiner le principe de la s\u00e9paration des pouvoirs. L\u2019\u00e9tat de droit est une condition fondamentale du bon fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie. Nos institutions judiciaires constituent les meilleurs atouts pour Maurice d\u2019attirer des investissements directs \u00e9trangers.<\/p>\n<p><strong>* Cette mandature actuelle, tout comme la pr\u00e9c\u00e9dente, n&#8217;a pas engendr\u00e9 de grandes r\u00e9formes \u00e9conomiques ni de discipline. Toutefois, \u00e9tant donn\u00e9 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 d\u00e9brid\u00e9e affich\u00e9e par le gouvernement actuel malgr\u00e9 la situation de la dette publique, pourrions-nous \u00eatre confront\u00e9s \u00e0 de mauvaises nouvelles dans les ann\u00e9es \u00e0 venir ? <\/strong><\/p>\n<p>Certainement, les mauvaises nouvelles sur le plan \u00e9conomique ne tarderont pas \u00e0 se manifester. Une crise \u00e9conomique est en cours de r\u00e9alisation. La question n\u2019est pas de savoir si, mais quand elle aura lieu, et quelle en sera son ampleur.<\/p>\n<p>Lorsque nous serons confront\u00e9s \u00e0 la dure r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique, nous nous rendrons compte que les donn\u00e9es \u00e9conomiques \u00e9taient fauss\u00e9es. Le principal indicateur qui pr\u00e9occupe le Fonds mon\u00e9taire international (FMI), ce n\u2019est pas le taux de croissance, qui est une construction statistique, mais le niveau des r\u00e9serves officielles, ce qui rel\u00e8ve du concret.<\/p>\n<p>La presse fait des gros titres sur les \u00ab\u00a0Rs 327 milliards de r\u00e9serves du pays\u00a0\u00bb. Or, des r\u00e9serves internationales calcul\u00e9es en roupies n\u2019ont aucune signification, car nous ne payons pas nos importations en roupies\u00a0! Ensuite, ces r\u00e9serves sont gonfl\u00e9es par les emprunts externes de la Banque de Maurice, qui se chiffrent \u00e0 Rs 65 milliards, et par les devises, d\u2019une valeur de Rs 21 milliards, que les banques commerciales gardent aupr\u00e8s de la Banque centrale. Et puis, une bonne part des r\u00e9serves est sous forme d\u2019actifs ext\u00e9rieurs d\u00e9tenus jusqu&#8217;\u00e0 l\u2019\u00e9ch\u00e9ance.<\/p>\n<p>Donc, nous n\u2019avons pas beaucoup de r\u00e9serves internationales en termes de liquidit\u00e9s. C\u2019est que explique la raison pour laquelle le FMI recommande fortement \u00e0 la Banque de Maurice de reconstituer ses r\u00e9serves en devises. Et c\u2019est ce qui explique aussi qu\u2019elle laisse glisser la roupie.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>* Croyez-vous que les futurs d\u00e9fis \u00e9conomiques seront le r\u00e9sultat de probl\u00e8mes syst\u00e9miques persistants depuis des ann\u00e9es, ou seront principalement influenc\u00e9s par les politiques actuelles ?<\/strong><\/p>\n<p>Les d\u00e9fis \u00e9conomiques rel\u00e8vent \u00e0 la fois de probl\u00e8mes syst\u00e9miques et de politiques gouvernementales. Dans le premier cas, on note le faible taux d\u2019activit\u00e9 des femmes (moins de 50% de femmes actives viennent sur le march\u00e9 du travail), la d\u00e9croissance d\u00e9mographique, une productivit\u00e9 multifactorielle m\u00e9diocre au niveau national (croissance moyenne de 0,6% par an entre 2012 et 2022), des investissements peu productifs, un manque de diversification de l\u2019\u00e9conomie, et l\u2019inefficacit\u00e9 de certains services publics, notamment portuaires, entre autres.<\/p>\n<p>Dans le second cas, les politiques inflationnistes du gouvernement, avec l\u2019expansionnisme budg\u00e9taire, le laxisme mon\u00e9taire et les augmentations salariales continues, ont fini par cr\u00e9er une instabilit\u00e9 permanente des prix. Les accalmies dans l\u2019\u00e9volution des prix sont rares. Qu\u2019on ne vienne pas mettre cela uniquement sur le dos de facteurs exog\u00e8nes\u00a0! La politique mon\u00e9taire de la Banque de Maurice est principalement responsable de cette situation chaotique des prix.<\/p>\n<p>Les probl\u00e8mes syst\u00e9miques et de politiques conjoncturelles doivent \u00eatre r\u00e9gl\u00e9s de concert. De bonnes politiques mon\u00e9taires et fiscales aideront \u00e0 la r\u00e9alisation de r\u00e9formes \u00e9conomiques. Aucune r\u00e9forme structurelle n\u2019apportera des fruits sans un environnement mon\u00e9taire stable.<\/p>\n<p><strong>* la pand\u00e9mie de la Covid-19 avait cr\u00e9\u00e9 de nouvelles opportunit\u00e9s de changement de nos structures \u00e9conomiques, telles que la consolidation du r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat en tant que r\u00e9gulateur des march\u00e9s, l\u2019instauration de nouvelles pratiques de gestion tant dans le secteur public que dans le priv\u00e9, ainsi que la promotion d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 plus \u00e9galitaire. Malheureusement, le pays n&#8217;a pas saisi l\u2019occasion de r\u00e9aliser cette rupture. Le conservatisme a-t-il pr\u00e9valu dans cette situation ?<\/strong><\/p>\n<p>Le gouvernement a effectivement rat\u00e9 une occasion en or\u00a0d\u2019appliquer une politique de rupture durant la pand\u00e9mie de la Covid-19. Il n\u2019a pas voulu monnayer les aides publiques contre une d\u00e9mocratisation du secteur priv\u00e9, qui avait pourtant bien besoin de l\u2019argent des contribuables pour survivre \u00e0 la crise.<\/p>\n<p>Au contraire, avec la cr\u00e9ation de la Mauritius Investment Corporation, le gouvernement a renforc\u00e9 le conservatisme du pouvoir \u00e9conomique en sauvant les grands groupes sans leur demander une ouverture accrue de leur actionnariat. Voyez aujourd\u2019hui les milliards de b\u00e9n\u00e9fices qu\u2019ils font, et pour autant ils ne sont pas tax\u00e9s davantage. Alors que la Banque de Maurice, elle, doit d\u00e9valuer la roupie pour recapitaliser son bilan, mis \u00e0 mal pr\u00e9cis\u00e9ment par les investissements de la MIC et par le don de Rs 60 milliards accord\u00e9es au Tr\u00e9sor public.<\/p>\n<p>Un nouveau gouvernement devrait casser ce lien incestueux entre l\u2019\u00c9tat, le grand secteur priv\u00e9 et la Banque centrale afin de mieux utiliser l\u2019argent public.<\/p>\n<p><strong>* Parlons des prochaines \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales, potentiellement dans trois \u00e0 six mois. Le gouvernement actuel cherche \u00e0 s\u00e9curiser un soutien \u00e9lectoral en proposant des avantages mat\u00e9riels, donnant ainsi un avantage au MSM au pouvoir. Cette situation laisse-t-elle pr\u00e9sager une issue largement pr\u00e9visible pour les \u00e9lections ?<\/strong><\/p>\n<p>Les \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales se tiendront tr\u00e8s probablement en mai, en l\u2019absence d\u2019un cinqui\u00e8me budget. S\u2019il devait y avoir un autre budget, pourquoi appliquer d\u00e9j\u00e0 la pension de vieillesse \u00e0 Rs 13 500, plut\u00f4t que dans le prochain budget\u00a0? De fait, le gouvernement n\u2019aura pas les moyens de venir avec des mesures budg\u00e9taires plus g\u00e9n\u00e9reuses que la pension de vieillesse \u00e0 Rs 13 500 et le revenu minimum garanti de Rs 18 500.<\/p>\n<p>Il faut vraiment \u00eatre un pi\u00e8tre politicien pour ne pas capitaliser tout de suite sur les gains politiques de ces deux grands \u00ab\u00a0cadeaux mon\u00e9taires\u00a0\u00bb, et attendre pour organiser les l\u00e9gislatives apr\u00e8s un dernier budget quand ceux-ci seront oubli\u00e9s et an\u00e9antis par l\u2019inflation.<\/p>\n<p>Je ne suis pas s\u00fbr que les gens votent sur la seule base de la pension de vieillesse et du revenu minimum garanti. J\u2019entends de plus en plus de personnes exprimer leur exasp\u00e9ration du gouvernement actuel quoi qu\u2019il fasse. Les hausses de prix, la mauvaise gestion du pays et l\u2019usure du pouvoir semblent prendre le dessus des avantages mat\u00e9riels. L\u2019issue des prochaines l\u00e9gislatives devient de moins en moins pr\u00e9visible pour l\u2019alliance au pouvoir.<\/p>\n<p><strong>* Quoi qu&#8217;il en soit, ce sera finalement aux \u00e9lecteurs de d\u00e9cider s&#8217;ils souhaitent reconduire le gouvernement actuel ou opter pour l&#8217;opposition, ce qui illustre la nature d\u00e9mocratique des \u00e9lections et le r\u00f4le essentiel des \u00e9lecteurs dans la formation du gouvernement, n&#8217;est-ce pas ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Les \u00e9lections, disait Jean Fran\u00e7ois Revel, ne sont que la porte d\u2019entr\u00e9e de la d\u00e9mocratie. Est tout aussi important ce qui se passe entre deux \u00e9lections en termes de libert\u00e9s civiles, de libert\u00e9s politiques et de libert\u00e9s \u00e9conomiques. La libert\u00e9 du citoyen n\u2019est pas un acquis, mais un combat permanent, qui ne dure pas seulement le temps d\u2019une \u00e9lection.<\/p>\n<p>Maurice est une d\u00e9mocratie \u00e9lectorale o\u00f9 l\u2019on vote librement. L\u2019argent joue un r\u00f4le croissant dans les \u00e9lections, souvent qualifi\u00e9 de \u00ab money politics \u00bb, mais il devient moins d\u00e9terminant quand le vent du changement a souffl\u00e9. La d\u00e9mocratie, c\u2019est la voix du peuple, pas la force de l\u2019argent.<\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"color: #800080;\">Mauritius Times ePaper Friday 22 March 2024<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;argent devient moins d\u00e9terminant une fois que le vent du changement a souffl\u00e9 La d\u00e9mocratie, c\u2019est la voix du peuple, pas la force de l\u2019argent.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":39958,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[32,6],"tags":[44858,4492,32961,40325,44852,44854,44865,44860,16783,44868,32144,44862,36412,789,19886,36252,8314,26744,44853,44856,5692,20127,44861,14360,44475,17566,44866,44762,19518,665,18574,44857,25402,36,38513,44864,9427,27863,280,44863,15639,44470,44855,44867,41819,44869,23858,144,44859,38540,23060,37958,486,36962],"class_list":["post-39938","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-interviews","category-latest-news","tag-augmentations-salariales-continues","tag-banque-de-maurice","tag-budget-2022-23","tag-bureau-du-directeur-des-poursuites-publiques","tag-cadeaux-monetaires","tag-cheun","tag-compensations-salariales","tag-creation-monetaire","tag-croissance-economique","tag-decroissance-demographique","tag-deficit-budgetaire","tag-democratie-electorale","tag-dereglement-climatique","tag-dpp","tag-education-gratuite","tag-elections-generales","tag-endettement","tag-environnement","tag-eric-ng-ping","tag-expansionnisme-budgetaire","tag-fmi","tag-fonds-monetaire-international","tag-fonds-speciaux","tag-global-business-companies","tag-hausse-du-cout-de-la-vie","tag-inflation","tag-inflation-alimentaire","tag-infrastructures","tag-insecurite","tag-interview","tag-jean-francois-revel","tag-laxisme-monetaire","tag-mauritius-investment-corporation","tag-mauritius-times","tag-mesures-populistes","tag-ministre-des-finances-padayachy","tag-money-politics","tag-money-printing","tag-msm","tag-pandemie-de-la-covid-19","tag-pension-de-vieillesse","tag-pensions-de-vieillesse","tag-politiques-inflationnistes","tag-politiques-monetaires","tag-pouvoir-dachat","tag-productivite-multifactorielle","tag-protection-sociale","tag-rama-sithanen","tag-reserves-internationales","tag-revenu-minimum-garanti","tag-sante-publique","tag-services-publics","tag-statistics-mauritius","tag-vieillissement-de-la-population"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/ERIC-NG-3.gif?fit=800%2C1200&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p8QzSF-aoa","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39938","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=39938"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39938\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/media\/39958"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=39938"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=39938"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=39938"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}