{"id":3771,"date":"2015-08-28T11:39:59","date_gmt":"2015-08-28T11:39:59","guid":{"rendered":"http:\/\/mauritiustimes.com\/mt\/2015\/08\/28\/interview-eric-ng-ping-cheun-economiste\/"},"modified":"2017-09-18T16:21:44","modified_gmt":"2017-09-18T12:21:44","slug":"interview-eric-ng-ping-cheun-economiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/interview-eric-ng-ping-cheun-economiste\/","title":{"rendered":"\u00ab Cr\u00e9er 100 000 emplois avec une croissance \u00e9conomique annuelle de 5,5%, ce sera vraiment un miracle \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: center;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span lang=\"FR\" style=\"font-family: Verdana;\">Interview: Eric Ng Ping Cheun, \u00e9conomiste et directeur de PluriConseil<\/span><\/span><span lang=\"FR\" style=\"font-family: Verdana;\"> &#8212;<\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><strong>\u2018Qui d\u00e9cide vraiment de la politique \u00e9conomique du gouvernement ? On ne le sait pas trop\u2019<\/strong><\/h3>\n<p><!--more--><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><strong>Dialogue Public\/Priv\u00e9 : \u2018Il ne saurait \u00eatre question d\u2019un dialogue strict entre les \u00e9lites politique et \u00e9conomique\u2026 Le peuple se sentirait cocufi\u00e9, voire d\u00e9laiss\u00e9\u2019<\/strong><\/h3>\n<h3 class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: center;\"><\/h3>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p><strong><em>Economic Mission Statement : Beaucoup attendaient ce discours du Premier ministre afin de relancer l&#8217;\u00e9conomie locale sur des bases solides. Il est certain que le leadership est n\u00e9cessaire quand il s&#8217;agit de relancer une machinerie qui s&#8217;etiole et se tasse. Afin de mieux comprendre l&#8217;impact d&#8217;un tel discours sur les acteurs du secteur financier et \u00e9conomique, Eric Ng Ping Cheun nous livre ses impressions. Il est l&#8217;auteur de plusieurs ouvrages et il lance, en cette fin de semaine, un nouvel ouvrage intitul\u00e9 L\u2019\u00e9conomie de la diversit\u00e9, d\u00e9dicac\u00e9 \u00e0 Sir Seewoosagur Ramgoolam.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Mauritius Times: Qu\u2019il soit un &#8220;pur exercice de propagande politique&#8221; , ou qu\u2019il s\u2019agisse simplement d\u2019une tactique politique visant \u00e0 \u00ab vendre du r\u00eave \u00bb, selon les qualificatifs employ\u00e9s par des dirigeants de l\u2019opposition, Sir Anerood Jugnauth aura quand m\u00eame r\u00e9ussi, samedi dernier, \u00e0 remettre l\u2019\u00e9conomie sur le tapis avec son <em>Economic Mission Statement<\/em> mais surtout \u00e0 susciter le d\u00e9bat sur de grandes questions d&#8217;int\u00e9r\u00eat national dont l\u2019acc\u00e8s a\u00e9rien, le secteur public, la cr\u00e9ation d\u2019emplois, le rapprochement entre Maurice et l\u2019Afrique. On passe donc du syndrome de &#8220;nettoyage&#8221; \u00e0 la n\u00e9cessaire phase de construction ? Et c\u2019est tant mieux ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Eric Ng Ping Cheun<\/strong> : Les premiers mois du nouveau gouvernement \u00e9taient consacr\u00e9s essentiellement \u00e0 faire le \u00ab nettoyage \u00bb des mauvaises pratiques de l\u2019ancien r\u00e9gime. Cela ne pouvait que r\u00e9jouir la population qui venait de sanctionner celui-ci.<\/p>\n<p>Mais le \u00ab nettoyage \u00bb s\u2019est transform\u00e9 en un \u00ab d\u00e9sordre \u00bb. Certes, on ne fait pas d\u2019omelette sans casser des \u0153ufs. Mais le gouvernement tarde \u00e0 remettre les choses en ordre. C\u2019est pourquoi les probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l\u2019effondrement du groupe BAI commencent \u00e0 lasser les gens. De plus, d\u2019autres affaires s\u00e9rieuses, comme celle impliquant le Directeur des poursuites publiques, ont aliment\u00e9 un climat de soup\u00e7on. On se pose maintenant des questions sur les intentions r\u00e9elles de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lus pour redresser le pays.<\/p>\n<p>On se souvient qu\u2019au lendemain de la fermeture de la Bramer Bank, le ministre des Finances avait d\u00e9clar\u00e9 que \u00ab la crise \u00e9tait derri\u00e8re nous \u00bb et qu\u2019il pouvait se concentrer sur les mesures de son budget. En v\u00e9rit\u00e9, le pire \u00e9tait \u00e0 venir. Les dossiers de la BAI ont \u00e9t\u00e9 mal g\u00e9r\u00e9s avec les cons\u00e9quences que l\u2019on sait. Le gouvernement s\u2019est efforc\u00e9 de circonscrire l\u2019incendie, mais a n\u00e9glig\u00e9 l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Le ministre des Finances lui-m\u00eame s\u2019est montr\u00e9 plut\u00f4t discret. Il a jusqu\u2019ici donn\u00e9 tr\u00e8s peu d\u2019interviews de presse. Il faut dire que son coll\u00e8gue des Services financiers lui a fait de l\u2019ombre sur des sujets sensibles comme le trait\u00e9 de non double imposition entre Maurice et l\u2019Inde. Qui d\u00e9cide vraiment de la politique \u00e9conomique du gouvernement ? On ne le sait pas trop.<\/p>\n<p>La confusion a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019installer parmi les op\u00e9rateurs priv\u00e9s. Des projets d\u2019investissement demeurent bloqu\u00e9s dans l\u2019engrenage administratif. Le \u00ab feel good factor \u00bb s\u2019est dissip\u00e9, et on devient de moins en moins confiant quant \u00e0 la capacit\u00e9 des gouvernants de relancer r\u00e9ellement l\u2019\u00e9conomie. Dans ce contexte, il est essentiel pour le Premier ministre, jusque-l\u00e0 assez effac\u00e9, de se mettre en avant pour donner un sens de direction, et surtout de leadership, sur le plan \u00e9conomique.<\/p>\n<p><strong>* Beaucoup d\u2019analystes \u00e9conomiques soutiennent que le premier budget du gouvernement Lepep n\u2019a pas provoqu\u00e9 le d\u00e9clic souhait\u00e9, et ils se demandent comment l\u2019Economic Mission Statement du Premier ministre parviendra \u00e0 r\u00e9ussir ce qui a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 il y a cinq mois par le ministre des Finances. L\u2019implication personnelle de Sir Anerood Jugnauth fera-t-elle la diff\u00e9rence ?<\/strong><\/p>\n<p>Je vous rappelle que le secteur priv\u00e9 avait applaudi \u00e0 tout rompre ce premier budget. J\u2019\u00e9tais un des rares \u00e9conomistes \u00e0 mettre en garde contre le fait que le budget manquait singuli\u00e8rement d\u2019audace pour stimuler la croissance \u00e9conomique dans le court terme. On entend aujourd\u2019hui les m\u00eames applaudissements par rapport \u00e0 <em>l\u2019Economic Mission Statement.<\/em><\/p>\n<p>Il n\u2019y a rien dans cette d\u00e9claration de mission \u00e9conomique qu\u2019on ne savait pas d\u00e9j\u00e0. A l\u2019exception du projet de cr\u00e9er une compagnie d\u2019aviation r\u00e9gionale, le Premier ministre n\u2019a rien annonc\u00e9 de nouveau. <em>L\u2019Economic Mission Statement<\/em> n&#8217;est qu&#8217;une sorte de rappel, ou de synth\u00e8se, de ce qui a \u00e9t\u00e9 dit dans le discours-programme 2015-2019 et dans le budget de 2015-2016.<\/p>\n<p>La seule bonne nouvelle par rapport \u00e0 cette initiative du Premier ministre, c\u2019est qu\u2019il s\u2019est engag\u00e9 \u00e0 \u00eatre pr\u00e9sent sur le front \u00e9conomique et \u00e0 renouer un dialogue structur\u00e9 avec le secteur priv\u00e9. Historiquement, ce dialogue public-priv\u00e9 a \u00e9t\u00e9 un facteur-cl\u00e9 du succ\u00e8s \u00e9conomique de Maurice. Aujourd\u2019hui, cependant, l\u2019\u00e9conomie mauricienne s\u2019est d\u00e9mocratis\u00e9e et s\u2019est diversifi\u00e9e dans la mesure o\u00f9 elle ne repose plus seulement sur les piliers traditionnels que sont le sucre, le textile et le tourisme. Donc, il ne saurait \u00eatre question d\u2019un dialogue strict entre les \u00e9lites politique et \u00e9conomique, comme on l\u2019a vu pr\u00e9cis\u00e9ment durant la p\u00e9riode 2000-2005. Le peuple se sentirait cocufi\u00e9, voire d\u00e9laiss\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019implication personnelle de Sir Anerood Jugnauth dans l&#8217;administration de l&#8217;\u00e9conomie peut faire la diff\u00e9rence. Mais soyons r\u00e9alistes. C&#8217;est un travail tr\u00e8s stressant pour un homme de 85 ans. Combien d&#8217;heures effectives par jour peut-il travailler ? Il d\u00e9l\u00e8gue son autorit\u00e9, mais il doit aussi mettre la main \u00e0 la p\u00e2te.<\/p>\n<p><strong>* R\u00e9ussir un second \u00ab miracle \u00e9conomique \u00bb avec la cr\u00e9ation de 100 000 emplois priv\u00e9s, une croissance \u00e9conomique de 5,5% \u00e0 partir de 2017, et un PIB par habitant de 13 500 dollars, alors que la situation \u00e9conomique est volatile sur le plan international, surtout sur nos principaux march\u00e9s d\u2019exportation, cela para\u00eet difficilement r\u00e9alisable. Qu\u2019en pensez-vous ?<\/strong><\/p>\n<p>Attention ! Comment est-on arriv\u00e9 \u00e0 ces chiffres ? Nous vivons dans l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle, pas dans l\u2019\u00e9conomie vaudou. Que la situation \u00e9conomique internationale soit favorable ou d\u00e9favorable, Maurice ne r\u00e9alisera pas ces objectifs chiffr\u00e9s.<\/p>\n<p>100 000 emplois priv\u00e9s en cinq ans ? Le gouvernement Lepep ne peut m\u00eame pas tenir sa promesse de cr\u00e9er 15 000 emplois par an. Maintenant, qui va croire qu\u2019il est capable de cr\u00e9er 20 000 par an, et cela, sans compter qu\u2019il doit compenser les plus de 5 000 jobs perdus au cours du premier semestre de 2015 ? S\u2019il parvient \u00e0 cr\u00e9er 100 000 emplois pendant cinq ans avec une croissance \u00e9conomique annuelle de 5,5%, ce sera vraiment un miracle. Durant la p\u00e9riode de 1984 \u00e0 1989, marqu\u00e9e par le boom \u00e9conomique, il a fallu une croissance moyenne de 7,0%.<\/p>\n<p>Croissance de 5,5% \u00e0 partir de 2017 ? On nous avait promis plus de 5,0% de croissance pour l\u2019ann\u00e9e 2015. Puis, le budget a pr\u00e9vu 5,3% pour 2015-2016 et 5,7% pour 2016-2017. Maintenant, on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 2017. Pourquoi pas 2016 ? Comme dit l\u2019Anglais, \u00ab we are chasing a moving target \u00bb !<\/p>\n<p>Venons-en maintenant au PIB par habitant de 13 500 dollars dans trois ans. Est-ce r\u00e9alisable ? Commen\u00e7ons d\u2019abord par stabiliser la roupie ! Avec une d\u00e9pr\u00e9ciation de plus de 20% de la roupie contre le dollar am\u00e9ricain depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, et avec une croissance nominale du PIB en dessous de 10%, il est \u00e9vident que notre PIB par habitant, qui \u00e9tait de 9 500 dollars en 2014, va reculer en 2015. Sur la base d\u2019une croissance r\u00e9elle de 5,5% par an, il sera impossible d\u2019atteindre un PIB par habitant de 13 500 dollars en trois ans m\u00eame avec une roupie stable.<\/p>\n<p><strong>* Pour qu\u2019on puisse r\u00e9ussir ce pari \u00e9conomique, faudrait-il que le service public et le secteur priv\u00e9 fassent l\u2019effort de changer de \u00ab mindset \u00bb, le premier en se muant en \u00ab facilitateur \u00bb et en assurant la mise en oeuvre de grands projets, et le second en faisant preuve d\u2019initiative et de pr\u00e9disposition \u00e0 prendre des risques et \u00e0 envisager d\u2019autres investissements que les restyled-IRS que sont les <em>Smart Cities<\/em>, non ?<\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas de doute que les secteurs public et priv\u00e9 doivent travailler ensemble pour faire progresser le pays. Il va de soi que l\u2019un agit comme facilitateur, et l\u2019autre comme preneur de risques. Ce qui me surprend, c\u2019est le fait que le Premier ministre a d\u00fb faire ressortir cela dans son discours samedi dernier, explicitant fort probablement la d\u00e9t\u00e9rioration des relations entre les deux parties ces derniers mois.<\/p>\n<p>Suivant les \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales, le gouvernement aurait d\u00fb faire bon usage de l\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce pour faciliter les projets d\u2019investissement qui restaient cal\u00e9s dans la bureaucratie publique. Mais il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 disperser son temps et son \u00e9nergie dans le \u00ab nettoyage \u00bb. Entre-temps, les fonctionnaires ont repris leurs vieilles habitudes, estimant que les dossiers \u00e9conomiques n\u2019\u00e9taient pas la priorit\u00e9 du gouvernement. Quand un ministre a l\u2019esprit ailleurs, il ne faut pas compter sur les chefs du minist\u00e8re pour recentrer son attention sur les vrais probl\u00e8mes. Les fonctionnaires mauriciens ne sont ne sont pas form\u00e9s pour \u00eatre proactifs, mais pour suivre l\u2019agenda de leur ministre de tutelle.<\/p>\n<p>Il est quand m\u00eame inqui\u00e9tant que la mentalit\u00e9 de \u00ab eux contre nous \u00bb continue de perdurer dans la fonction publique en 2015. Une nouvelle mentalit\u00e9 devra d\u00e9finitivement pr\u00e9valoir, comme le r\u00e9clame le secteur priv\u00e9. Mais ce dernier est aussi appel\u00e9 \u00e0 changer d\u2019attitude. Il nous faut des entrepreneurs qui prennent des risques dans des activit\u00e9s autres que l\u2019immobilier, et non des \u00e9ternels chercheurs de rentes qui attendent tout de l\u2019Etat avant d\u2019investir dans de nouveaux projets.<\/p>\n<p><strong>* La question qui se pose toutefois, c\u2019est de savoir si le pays dispose de moyens n\u00e9cessaires pour concr\u00e9tiser les ambitions du Premier ministre ?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Etat et le secteur priv\u00e9 sont tous deux lourdement endett\u00e9s. Je ne vois pas comment le premier pourra \u00e0 lui seul investir dans de gros projets (Rs 75 milliards en cinq ans selon l\u2019Economic Mission Statement) sans laisser filer l\u2019endettement public. La dette du secteur public a d\u00e9pass\u00e9 le seuil de 60% du produit int\u00e9rieur brut pour atteindre 63,4% au 30 juin 2015.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s le Public Debt Management Act 2008, il devra \u00eatre ramen\u00e9 \u00e0 50% du PIB jusqu\u2019en 2018, c\u2019est-\u00e0-dire dans trois ans. Cet objectif me para\u00eet maintenant difficile \u00e0 atteindre. Il faut savoir qu\u2019on a repouss\u00e9 l\u2019\u00e9ch\u00e9ance une fois apr\u00e8s l\u2019avoir initialement fix\u00e9e \u00e0 2015. Va-t-on le faire une deuxi\u00e8me fois ? Ce sera un mauvais signal envoy\u00e9 aux investisseurs qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 notre gestion des finances publiques.<\/p>\n<p>Les groupes priv\u00e9s sont aussi financi\u00e8rement essouffl\u00e9s. Depuis quelques ann\u00e9es, ils se sont engag\u00e9s dans un processus de d\u00e9sendettement, comme en t\u00e9moignent les nombreuses lev\u00e9es de capitaux sur le march\u00e9 boursier. Il est improbable qu\u2019ils renversent cette tendance en s\u2019endettant fortement aupr\u00e8s des banques. Au cas o\u00f9 celles-ci d\u00e9cideraient de les financer \u00e0 des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat favorables, elles prendraient de tr\u00e8s gros risques par rapport \u00e0 la capacit\u00e9 de remboursement des emprunteurs.<\/p>\n<p>De plus, \u00e9tant donn\u00e9 le niveau tr\u00e8s bas de l\u2019\u00e9pargne domestique, les cr\u00e9dits cr\u00e9\u00e9s par les banques alimenteraient l\u2019inflation. Franchement, je pense que l\u2019\u00e9conomie n\u2019a pas la capacit\u00e9 d\u2019absorber Rs 183 milliards d\u2019investissements priv\u00e9s pendant les cinq prochaines ann\u00e9es face \u00e0 l\u2019an\u00e9mie de la demande.<\/p>\n<p>Tout compte fait, il faudra envisager des partenariats publics-priv\u00e9s. C\u2019est un concept dont on a entendu parler depuis vingt ans d\u00e9j\u00e0, mais qu\u2019on n\u2019a jamais vraiment essay\u00e9. Voil\u00e0 qui devrait \u00eatre le principal chantier du comit\u00e9 de haute instance qui r\u00e9unira des repr\u00e9sentants du gouvernement et du secteur priv\u00e9 sous la pr\u00e9sidence du Premier ministre chaque trimestre.<\/p>\n<p><strong>* Qu\u2019est-ce qui, selon vous, serait \u00ab achievable \u00bb, et sous quelles conditions ?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai l\u2019intime conviction que le plus important, c\u2019est de faire bien, sinon mieux, les choses que nous faisons d\u00e9j\u00e0. Les politiciens aiment annoncer des projets grandioses pour impressionner les gens. Mais nous continuons \u00e0 nous complaire dans la m\u00e9diocrit\u00e9 au quotidien. D\u00e9laissons d\u2019abord cette m\u00e9diocrit\u00e9 et ayons plut\u00f4t l\u2019obsession de la qualit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le secteur public, si chaque fonctionnaire acceptait de travailler trente minutes de plus par jour avec le m\u00eame salaire, si chacun donnait un service satisfaisant au public, et si l\u2019on se montrait appliqu\u00e9 et honn\u00eate dans son travail, le pays ferait un bond en avant. De m\u00eame, si le secteur priv\u00e9 devenait plus entreprenant, s\u2019il faisait davantage confiance aux comp\u00e9tences locales, s\u2019il avait l\u2019esprit plus ouvert \u00e0 la concurrence, et s\u2019il am\u00e9liorait ses services de relation client, notre \u00e9conomie gagnerait quelques points de croissance. Tout cela me para\u00eet r\u00e9alisable moyennant que tout le monde sorte de son petit confort pour servir l\u2019int\u00e9r\u00eat national du pays.<\/p>\n<p><strong>* Cr\u00e9er les emplois dans le secteur financier, l\u2019\u00e9conomie bleue, la sant\u00e9, la biotechnologie, les technologies informatiques et de communication et le Knowledge Hub n\u00e9cessitera au pr\u00e9alable une masse critique de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e qui correspond aux attentes des promoteurs. Parvenir \u00e0 relever le d\u00e9fi de la formation exigera l\u2019encadrement n\u00e9cessaire et le temps de sa mise en place, n\u2019est-ce pas ?<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019abord, laissez-moi vous dire ma perplexit\u00e9 devant la volont\u00e9 affich\u00e9e du gouvernement de cr\u00e9er 25 000 emplois dans l\u2019\u00e9conomie bleue d\u2019ici \u00e0 cinq ans. On n\u2019a m\u00eame pas commenc\u00e9 \u00e0 poser les fondations de ce nouveau secteur en termes d\u2019infrastructures, de renforcement des capacit\u00e9s et d\u2019expertises techniques. Sachez que notre secteur de l\u2019externalisation et des services informatiques a pris dix ans de croissance continue pour arriver \u00e0 20 000 emplois aujourd\u2019hui. Et puis, associer l\u2019\u00e9conomie bleue simplement \u00e0 l\u2019industrie de la p\u00eache, c\u2019est faire preuve d\u2019un manque de vision. L\u2019\u00e9conomie bleue, c\u2019est surtout l\u2019exploitation des ressources marines \u00e0 des fins industrielles, comme la fabrication de produits pharmaceutiques ou la production de l\u2019\u00e9nergie thermique.<\/p>\n<p>Ensuite, vous avez raison de dire qu\u2019il faudra une masse critique de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e pour d\u00e9velopper les secteurs des services. Il en est de m\u00eame pour diversifier notre industrie manufacturi\u00e8re dans des activit\u00e9s \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e comme l\u2019ing\u00e9nierie et la m\u00e9canique de pr\u00e9cision. Or, bizarrement<em>, l\u2019Economic Mission Statement<\/em> fait l&#8217;impasse sur la formation technique et professionnelle, le terme \u00ab training \u00bb n\u2019y \u00e9tant pas mentionn\u00e9 une seule fois. Comme quoi, on pense trop au \u00ab hard infrastructure \u00bb, et pas assez au \u00ab soft infrastructure \u00bb. La qualit\u00e9 des ressources humaines est aussi importante que celle des infrastructures physiques.<\/p>\n<p><strong>* On affirme qu\u2019un des \u00e9l\u00e9ments-cl\u00e9s de la relance \u00e9conomique, c\u2019est la confiance, ce qui pourrait signifier diff\u00e9rentes choses pour les diff\u00e9rents stakeholders. Qu\u2019entend-on par cela ?<\/strong><\/p>\n<p>On entend par confiance que le gouvernement fait ce qu\u2019il dit, qu\u2019il ne revient pas sur ses engagements, et qu\u2019il applique les bonnes politiques. Il dit qu\u2019il sera un facilitateur des affaires : l\u2019op\u00e9rateur priv\u00e9 attendra de voir comment cela aura lieu dans la pratique. Le Premier ministre s\u2019est engag\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un deuxi\u00e8me miracle \u00e9conomique avec \u00e0 la cl\u00e9 100 000 nouveaux emplois priv\u00e9s en cinq ans : la population jugera sur pi\u00e8ce ! Le secteur public adoptera une politique de main tendue au secteur priv\u00e9 : esp\u00e9rons qu\u2019elle donnera des r\u00e9sultats concrets.<\/p>\n<p>La confiance ne se d\u00e9cr\u00e8te pas, elle se construit. Elle est un tout qui est plus que la somme des parties. Ce tout, c\u2019est la bonne gouvernance du pays. Lorsque les institutions judiciaires sont \u00e9branl\u00e9es, que les r\u00e9gulateurs sacrifient leur ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis du pouvoir politique, que les appels \u00e0 manifestation d&#8217;int\u00e9r\u00eat sont entach\u00e9s de soup\u00e7on, et que les arrestations polici\u00e8res deviennent faciles, pour ne pas dire arbitraires, les investisseurs perdent confiance dans les autorit\u00e9s.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la confiance doit r\u00e9gner parmi ceux qui veulent l\u2019inspirer, c\u2019est-\u00e0-dire les gouvernants eux-m\u00eames. Les crocs-en-jambe entre partenaires de l\u2019alliance gouvernementale, les incoh\u00e9rences des politiques et les divergences de vue minist\u00e9rielles augmentent l\u2019incertitude chez les acteurs \u00e9conomiques par rapport \u00e0 la d\u00e9cision d\u2019investir. Finalement, le climat social est un \u00e9l\u00e9ment constitutif de la confiance.<\/p>\n<p><strong>* Par ailleurs, que pensez-vous de la proposition visant \u00e0 lib\u00e9rer l\u2019acc\u00e8s a\u00e9rien ? Sauvegarder l\u2019int\u00e9r\u00eat national tout en favorisant la relance de la croissance \u00e9conomique : il y a un juste \u00e9quilibre \u00e0 trouver, et il y a beaucoup d\u2019enseignements \u00e0 tirer \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience d\u2019Emirates, n\u2019est-ce pas ?<\/strong><\/p>\n<p>Il faut imp\u00e9rativement lib\u00e9raliser l\u2019acc\u00e8s a\u00e9rien. Il convient de f\u00e9liciter le Premier ministre pour sa position tr\u00e8s courageuse. Elle contraste avec le positionnement opportuniste du leader de l\u2019Opposition qui, sur une radio priv\u00e9e mardi dernier, affirmait entrevoir un \u00e9ventuel \u00ab crash \u00bb d\u2019Air Mauritius. Il faut cesser de faire de la basse politique sur des enjeux d\u2019int\u00e9r\u00eat national.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas logique de prot\u00e9ger une seule compagnie au d\u00e9triment de plusieurs secteurs de l\u2019\u00e9conomie. Il convient de pr\u00e9ciser qu\u2019Air Mauritius ne repr\u00e9sente pas l\u2019int\u00e9r\u00eat national. En fait, c\u2019est l\u2019int\u00e9r\u00eat particulier qui s\u2019oppose \u00e0 la relance de la croissance \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Pour transformer Maurice en une \u00e9conomie \u00e0 revenus \u00e9lev\u00e9s, il faudra d\u00e9finitivement ouvrir l\u2019espace a\u00e9rien. C\u2019est le seul moyen de diversifier nos march\u00e9s \u00e9metteurs de touristes et d\u2019accro\u00eetre ainsi les arriv\u00e9es touristiques. La destination mauricienne est encore trop ch\u00e8re, en raison du prix \u00e9lev\u00e9 du billet d\u2019avion, et seule la comp\u00e9tition parmi les transporteurs peut la rendre plus comp\u00e9titive. La concurrence est d\u00e9j\u00e0 f\u00e9roce chez les h\u00f4teliers au vu de l\u2019offre exc\u00e9dentaire de chambres.<\/p>\n<p>La lib\u00e9ralisation de l\u2019acc\u00e8s a\u00e9rien soutiendra aussi notre strat\u00e9gie \u00e9conomique sur le continent africain. Sans une bonne connectivit\u00e9 a\u00e9rienne, les Mauriciens ne seront pas encourag\u00e9s \u00e0 prospecter les march\u00e9s africains. Le co\u00fbt du fret a\u00e9rien pour l\u2019exportation de marchandises est dissuasif. M\u00eame pour l\u2019exportation de services, un investisseur potentiel doit souvent se d\u00e9placer, et l\u2019absence de vols directs entre Maurice et des capitales africaines constitue un handicap.<\/p>\n<p>Vous parlez d\u2019Emirates. Il faut savoir pourquoi les Mauriciens et les touristes choisissent ce transporteur. Ils regardent le service, le confort, la flexibilit\u00e9 et d\u2019autres avantages. A Air Mauritius de niveler par le haut, et non par le bas. Notre compagnie d\u2019aviation nationale aura \u00e0 se battre en \u00e9tant efficace au moindre co\u00fbt. Il y aura un prix politique \u00e0 payer, mais les gains pour l\u2019\u00e9conomie seront significatifs.<\/p>\n<p>Quant au projet de transporteur r\u00e9gional, c\u2019est une belle id\u00e9e qui m\u00e9rite qu\u2019on explore toutes les possibilit\u00e9s de sa mise en application. Qui seront les actionnaires de la compagnie d\u2019aviation r\u00e9gionale ? Les gouvernements concern\u00e9s lui accorderont-ils des droits de cinqui\u00e8me libert\u00e9, ce qui permettra au transporteur d\u2019atterrir successivement dans plusieurs pays de la r\u00e9gion ?<\/p>\n<p>La question de la rentabilit\u00e9 se posera in\u00e9vitablement. Pour se faire une id\u00e9e, il faut savoir qu\u2019Air Mauritius subventionne la ligne Maurice-Rodrigues, et que le prix du billet Maurice-R\u00e9union par kilom\u00e8tre est le plus cher au monde. La politique de prix du transporteur r\u00e9gional d\u00e9pendra de la demande, qui est li\u00e9e au dynamisme \u00e9conomique et commercial de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p><strong>* R\u00e9ussir le pari \u00e9conomique, cr\u00e9er de l\u2019emploi, contenir le co\u00fbt de la vie, r\u00e9soudre des probl\u00e8mes concrets : ce sont de grands d\u00e9fis. Et il n\u2019est pas \u00e9vident que des solutions imm\u00e9diates soient propos\u00e9es. Il y a aussi les effets de l\u2019affaire BAI sur l\u2019\u00e9conomie, comme les pertes d\u2019emplois\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Effectivement, <em>l\u2019Economic Mission Statement<\/em> nous propose une vision \u00e0 l\u2019horizon de 2030 et tr\u00e8s peu de solutions de court terme. Admettons tout de m\u00eame que les ministres cherchent tous les jours des solutions aux probl\u00e8mes du pays. Le Parlement reprendra ses travaux mardi prochain, ce qui permettra l&#8217;adoption de projets de loi. On souhaite que les vacances parlementaires soient moins longues \u00e0 l&#8217;avenir. Apr\u00e8s neuf mois au pouvoir, le gouvernement Lepep a encore beaucoup de promesses \u00e9lectorales \u00e0 concr\u00e9tiser.<\/p>\n<p>Au plan de l&#8217;\u00e9conomie en particulier, l&#8217;heure est \u00e0 l&#8217;action. Les op\u00e9rateurs sont fatigu\u00e9s d&#8217;entendre de bonnes intentions qui n&#8217;ont pas de suite. Ils veulent des actions concr\u00e8tes, assorties d&#8217;un bon leadership \u00e9conomique \u00e0 la t\u00eate du pays. Si le gouvernement \u00e9vitait de cr\u00e9er lui-m\u00eame des situations difficiles, comme on l&#8217;a vu dans la gestion hasardeuse de l&#8217;affaire BAI, le pays serait mieux arm\u00e9 pour affronter les d\u00e9fis \u00e9conomiques. Maintenant que l&#8217;Etat croit dans le secteur priv\u00e9, qu&#8217;il se montre moins interventionniste&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>Published in print edition on 28 August 2015<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Interview: Eric Ng Ping Cheun, \u00e9conomiste et directeur de PluriConseil &#8212; \u2018Qui d\u00e9cide vraiment de la politique \u00e9conomique du gouvernement ? 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