{"id":1464,"date":"2012-01-20T09:11:57","date_gmt":"2012-01-20T09:11:57","guid":{"rendered":"http:\/\/mauritiustimes.com\/mt\/2012\/01\/20\/mfi\/"},"modified":"2019-11-25T15:48:46","modified_gmt":"2019-11-25T11:48:46","slug":"mfi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/mfi\/","title":{"rendered":"Esclavage moderne\u00a0: Le Canada aussi touch\u00e9"},"content":{"rendered":"<h4 style=\"text-align: center;\"><span style=\"text-decoration: underline; color: #ff0000;\">Esclavage<\/span><!--more--><\/h4>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>Une \u00c9thiopienne recrut\u00e9e dans son pays d\u2019origine a d\u00fb travailler au service d&#8217;une famille du nord de l&#8217;Ontario pour 70 euros par mois. Enferm\u00e9e, la jeune fille devait s\u2019occuper des enfants, faire le m\u00e9nage et la cuisine. Elle ne mangeait qu&#8217;une fois par jour. L\u2019une de ses compatriotes a racont\u00e9 \u00e0 Radio-Canada comment elle avait aid\u00e9 cette esclave d\u2019aujourd\u2019hui \u00e0 fuir.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">L\u2019histoire v\u00e9cue par Meron Yeshoa, qu\u2019un journaliste de Radio-Canada a rencontr\u00e9 \u00e0 Sudbury, dans le nord de l\u2019Ontario, ressemble \u00e0 un sc\u00e9nario de film. Par hasard, cette responsable d\u2019une association pour les francophones immigrants croise une compatriote \u00e9thiopienne.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Cette derni\u00e8re lui fait comprendre qu\u2019elle a besoin d\u2019aide, car elle vit enferm\u00e9e chez des patrons qui lui ont confisqu\u00e9 son passeport et la privent de nourriture. Finalement, elle s\u2019enfuit un matin avec l\u2019aide de Meron Yeshoa et trouve refuge \u00e0 Toronto. Le cas de cette aide-domestique r\u00e9duite \u00e0 l\u2019esclavage par des employeurs la faisant cuisiner, garder leurs enfants, faire le m\u00e9nage pour 70 euros par mois n\u2019a rien d\u2019unique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Comment prouver que quelqu\u2019un est r\u00e9duit en esclavage\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Mais impossible d\u2019obtenir des chiffres fiables sur un ph\u00e9nom\u00e8ne essentiellement souterrain. On sait cependant que l\u2019exploitation sexuelle d\u2019adultes et de mineurs constituerait la part la plus importante de cette forme d\u2019esclavage moderne. Des immigrants, recrut\u00e9s aux quatre coins de la plan\u00e8te sous de faux pr\u00e9textes sont pris en charge \u00e0 leur arriv\u00e9e au pays par des prox\u00e9n\u00e8tes qui les isolent, leurs confisquent leurs papiers et les obligent \u00e0 se prostituer. Ne parlant pas l\u2019anglais ou le fran\u00e7ais la plupart du temps, ils h\u00e9sitent \u00e0 porter plainte contre leurs oppresseurs car ils craignent des repr\u00e9sailles contre leur famille rest\u00e9es au pays.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Pour la police, enqu\u00eater sur ce genre de crimes pr\u00e9sente de grandes difficult\u00e9s. Prouver que quelqu\u2019un est r\u00e9duit en esclavage n\u00e9cessite beaucoup de t\u00e9moignages, pas toujours \u00e9vidents \u00e0 recueillir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Depuis peu, les enqu\u00eateurs disposent du Centre national de coordination contre la traite des personnes. Des policiers sp\u00e9cialement form\u00e9s sensibilisent leurs coll\u00e8gues au trafic humain et leur expliquent comment mettre les victimes en confiance pour qu\u2019elles portent plainte. Leurs responsables reconnaissent que bien souvent, les criminels sont \u00e9pingl\u00e9s pour d\u2019autres raisons que la traite de personnes &#8211; prox\u00e9n\u00e9tisme, agressions sexuelles ou menaces.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Un nouveau projet de loi propos\u00e9 par une d\u00e9put\u00e9e du Parti conservateur doit \u00e9toffer le code criminel en donnant \u00e0 la justice des exemples pr\u00e9cis de ce que signifie l\u2019esclavage moderne.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Depuis quelques ann\u00e9es, l\u2019augmentation du nombre de travailleurs temporaires \u00e9trangers venant pour un temps limit\u00e9 au Canada constitue une autre source de trafic humain. Qu\u2019ils arrivent des Philippines, d\u2019Inde, de Pologne, de Chine, d\u2019Ethiopie ou du Mexique, ces immigrants temporaires tombent parfois entre les mains d\u2019employeurs qui les exploitent, leur confisquent leurs papiers, les emp\u00eachent de sortir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Plusieurs cas ont \u00e9t\u00e9 recens\u00e9s dans des entreprises de transformation des aliments ou dans des fermes. L\u00e0 encore, les victimes h\u00e9sitent \u00e0 d\u00e9noncer. Elles craignent souvent d\u2019\u00eatre expuls\u00e9es vers leur pays d\u2019origine. Une crainte fond\u00e9e, selon des ONG qui viennent en aide aux immigrants. Si les autorit\u00e9s canadiennes acceptent souvent de prolonger leur permis de r\u00e9sidence, cela reste encore une mesure assez arbitraire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><em><strong>Pascale Gu\u00e9ricolas <\/strong><\/em><strong><em><br \/>\n<\/em><\/strong><em>MFI<\/em><\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\">* * *<\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><u>Inde\u00a0\/ Social\u00a0 <\/u><\/span><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\">Dharavi, le bidonville qui vaut des millions<\/span><\/h4>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>Vu de haut, Dharavi n\u2019est qu\u2019un interminable alignement anarchique de petites maisons aux toits en t\u00f4le. Mais \u00e0 hauteur d\u2019homme, les ruelles \u00e9troites de ce bidonville regorgent d\u2019une activit\u00e9 d\u00e9bordante et in\u00e9puisable : depuis la confection textile ou de poterie en passant par le recyclage du plastique de Bombay, le d\u00e9cor vivant du film <\/strong><em><strong>Slumdog Millionnaire<\/strong><\/em><strong> est une gigantesque usine informelle, qui g\u00e9n\u00e8re une activit\u00e9 d\u2019environ 500 millions d\u2019euros par an. Mais ce mod\u00e8le unique pourrait bient\u00f4t prendre fin, rattrap\u00e9 par l\u2019expansion d\u2019une ville en manque d\u2019espace, et un plan de r\u00e9am\u00e9nagement pharaonique.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le petit Suresh se faufile dans une all\u00e9e \u00e9troite bord\u00e9e d\u2019\u00e9normes sacs, met le pied sur l\u2019\u00e9chelle d\u2019acier, et dispara\u00eet dans l\u2019encadrement d\u2019une porte quasiment invisible. Quelques minutes apr\u00e8s, il bondit de nouveau, alourdi par une large caisse d\u00e9bordante de d\u00e9chets en plastique. Il descend, en \u00e9quilibre instable, puis repart \u00e0 grande allure.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Apr\u00e8s un zigzag d\u2019expert, il l\u00e2che son chargement sur une balance : \u00ab <em>20 kilos <\/em>\u00bb, annonce Shakil Sheikh, le responsable du tri. Suresh, lui, est d\u00e9j\u00e0 reparti dans sa danse. Ce gar\u00e7on fr\u00eale n\u2019a que 15 ans, et il est venu avec son fr\u00e8re il y a deux mois de Bihar, \u00e0 l\u2019autre bout de l\u2019Inde, pour travailler dans ce bidonville de Dharavi. Il savait, l\u00e2che-t-il timidement, que l\u2019 \u00ab<em> on peut y gagner beaucoup d\u2018argent<\/em> \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>L\u2019un des plus grands bidonvilles d\u2019Asie<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Il travaille donc toute la journ\u00e9e, \u00e0 l\u2019instar des centaines d\u2019autres adultes, comme porteur de plastique, et gagne environ 300 roupies par jour (4,5 euros). Mais il n\u2019est qu\u2019un maillon d\u2019une longue cha\u00eene fructueuse, qui offre une deuxi\u00e8me vie au plastique rejet\u00e9 par l\u2019agglom\u00e9ration tentaculaire de Bombay et ses 20 millions d\u2019habitants.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00ab<em> Le plastique est r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 dans toute la ville, ou rachet\u00e9 \u00e0 des d\u00e9charges par ensembles de 500 kilos, et transport\u00e9 ici, <\/em>explique Shakil<em>. On le p\u00e8se, puis commence le tri \u00e0 la main, par couleur et qualit\u00e9. Ensuite, on le r\u00e9duit en petits morceaux, on le lave et on le fond pour le transformer en palettes. Et \u00e0 partir de ces palettes, on peut modeler des chaises en plastique, cr\u00e9er des poign\u00e9es de parapluie, des pi\u00e8ces de voitures&#8230; tout ce que vous voulez<\/em> \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Rong\u00e9e par les app\u00e9tits de Bombay<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Comme lui, des dizaines de milliers d\u2019Indiens font battre le c\u0153ur de Dharavi, l\u2019un des plus grands bidonvilles d\u2019Asie et unique en Inde, car compos\u00e9 d\u2019environ 15\u00a0000\u00a0micro-entreprises qui refondent tous les plastiques, transforment les canettes d\u2019aluminium en lingots brillants, ressuscite bidons de peinture ou mat\u00e9riel m\u00e9dical, et cr\u00e9ent \u00e9galement des jeans, des vestes en cuir ou des poteries. En tout, les <em>slumdogs<\/em> de Dharavi g\u00e9n\u00e8reraient une activit\u00e9 informelle estim\u00e9e \u00e0 plus de 500 millions d\u2019euros par an.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Mais cette incroyable cit\u00e9 \u00e9conomique est en train d\u2019\u00eatre rong\u00e9e par les app\u00e9tits de Bombay. Dharavi, fond\u00e9 au d\u00e9but du 20<sup>\u00e8<\/sup> si\u00e8cle en p\u00e9riph\u00e9rie de la ville, se trouve aujourd\u2019hui au c\u0153ur du nouveau centre d\u2019affaires de la capitale \u00e9conomique indienne. Le Bandra Kurla Complex, situ\u00e9 \u00e0 moins d\u2019un kilom\u00e8tre de l\u00e0, accueille \u00e0 pr\u00e9sent les plus grands h\u00f4tels, les consulats de France et des Etats-Unis, et la nouvelle bourse aux diamants. Les deux hectares sur lesquels sont install\u00e9s, sans r\u00e9els titres de propri\u00e9t\u00e9, ces 750 000 personnes, valent donc de l\u2019or.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Depuis 2002, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral a d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9nover tout le bidonville, et de mettre \u00e0 profit ce terrain. Ceci a d\u00e9bouch\u00e9 sur un plan ambitieux, qui pr\u00e9voit de raser toutes les petites maisons insalubres, et de reloger, gratuitement, leurs habitants dans des immeubles, gr\u00e2ce \u00e0 la vente d\u2019une partie du terrain lib\u00e9r\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Si l\u2019id\u00e9e pla\u00eet beaucoup, son application soul\u00e8ve des doutes : comment r\u00e9ussir \u00e0 recr\u00e9er une telle \u00e9conomie informelle dans des tours ? Mais surtout, ce plan n\u2019inclut que les propri\u00e9taires des maisons de Dharavi, soit environ 350\u00a0000 personnes, ce qui repr\u00e9sente moins de la moiti\u00e9 de l\u2019ensemble des habitants, travailleurs et simples locataires de micro-espaces qui ont trouv\u00e9 refuge et emploi dans cette ville miniature.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le projet, retouch\u00e9 il y a dix jours, pourrait d\u00e9marrer dans les mois \u00e0 venir. Si cela arrive, ce seront certainement des centaines de milliers de personnes qui se retrouveront sans logement, avec le risque de faire empirer un probl\u00e8me que l\u2019on cherchait \u00e0 r\u00e9gler.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>S. Farcis &#8211; MFI<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\">* * *<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><u>Essai \/ Grande-Bretagne<\/u><\/span><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\">Naipaul c\u00e9l\u00e8bre le paganisme africain<\/span><\/h4>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>Dans son nouvel opus consacr\u00e9 \u00e0 la spiritualit\u00e9 africaine, Naipaul renoue avec le r\u00e9cit de voyage, genre qui a fait la r\u00e9putation de ce \u00ab\u00a0ma\u00eetre-styliste\u00a0\u00bb de langue anglaise, prix Nobel de litt\u00e9rature 2001. <\/strong><em><strong>Le Masque de l\u2019Afrique<\/strong><\/em><strong> est un livre original sur la nature des croyances africaines et la puissance nourrici\u00e8re de la pens\u00e9e magique.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Prix Nobel de litt\u00e9rature (2001), Sir V.S. Naipaul est consid\u00e9r\u00e9 comme le plus grand styliste de langue anglaise. Cet \u00e9crivain d\u2019origine indienne est l\u2019auteur d\u2019une trentaine d\u2019ouvrages, dont des romans, mais aussi des essais et des r\u00e9cits de voyage. N\u00e9 \u00e0 Trinidad o\u00f9 ses anc\u00eatres avaient \u00e9migr\u00e9 au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle comme ouvriers sous contrat dans des plantations en manque de main-d\u2019\u0153uvre, l\u2019homme s\u2019est fait conna\u00eetre en racontant les heurs et malheurs de son \u00eele natale, de sa communaut\u00e9 (hindoue) qui a r\u00e9ussi tant bien que mal \u00e0 conserver, \u00e0 quelques milliers de kilom\u00e8tres de l\u2019Inde ancestrale, ses traditions, ses croyances, ses religions.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Un essai d\u2019anthropologie religieuse<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Naipaul a aussi \u00e9tabli un lien profond avec l\u2019Afrique, continent o\u00f9 il a mis les pieds pour la premi\u00e8re fois en 1966 lorsqu\u2019il fut accueilli \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Makerere \u00e0 Kampala comme \u00e9crivain-r\u00e9sident. Depuis, il n\u2019a cess\u00e9 de sillonner les routes du continent noir, et en faisant l\u2019une des trames majeures de ses \u00e9crits. Ainsi, l\u2019Afrique a inspir\u00e9 \u00e0 Naipaul quelques-uns de ses plus beaux livres\u00a0: <em>A la courbe du fleuve<\/em> (1979) et plus r\u00e9cemment<em> Moiti\u00e9 d\u2019une vie<\/em> (2001). L\u2019action de ces romans se situe en Afrique, non pas dans une Afrique fant\u00f4me mais dans des pays r\u00e9els o\u00f9 les personnages \u00e9voluent au contact des hommes et des paysages &#8211; jamais r\u00e9duits \u00e0 leur dimension exotique comme dans tant de r\u00e9cits europ\u00e9ens sur l\u2019Afrique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le dernier opus africain de ce grand anglophone ne d\u00e9roge gu\u00e8re \u00e0 la r\u00e8gle. <em>Le Masque de l\u2019Afrique<\/em> est un essai d\u2019anthropologie religieuse anim\u00e9 par l\u2019ambition de Naipaul de comprendre la nature de la spiritualit\u00e9 africaine. Il veut \u00ab\u00a0<em>remonter aux fondements<\/em>\u00a0\u00bb, a-t-il expliqu\u00e9, aux racines de cette pens\u00e9e magique dont il a pu constater derri\u00e8re ses manifestations ritualis\u00e9es la puissance et souvent la beaut\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Il y a \u00e0 la fois du film<em> Avatar<\/em> (James Cameron. 2009) et du livre<em> Au c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres<\/em> (Joseph Conrad. 1899) dans cet ouvrage. L\u2019int\u00e9r\u00eat pour le mysticisme africain y cohabite\u00a0 avec une d\u00e9nonciation du chaos et des t\u00e9n\u00e8bres, dans le plus pur style conradien dont Naipaul est un grand admirateur. Pourtant <em>\u00a0Le Masque de l\u2019Afrique<\/em> qui est un magnifique r\u00e9cit de voyage \u00e0 travers le continent noir ne manque pas d\u2019empathie. Tout en inscrivant son livre dans la continuit\u00e9 d\u2019un Conrad acerbe et d\u00e9sillusionn\u00e9 sur la capacit\u00e9 de l\u2019homme de s\u2019\u00e9lever au-dessus du mal qu\u2019il porte en lui, Naipaul ouvre son r\u00e9cit sur la compr\u00e9hension po\u00e9tique de la place du surnaturel et de l\u2019irrationnel dans l\u2019imaginaire contemporain africain. Il va jusqu\u2019\u00e0 faire de la magie et du Mumbo Jumbo des \u00e9l\u00e9ments d\u2019une identit\u00e9 moderne et en devenir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le livre compte six chapitres, un pour chacun des six pays visit\u00e9s. De l\u2019Ouganda \u00e0 l\u2019Afrique du Sud, en passant par le Nigeria, le Ghana, la C\u00f4te d\u2019Ivoire et le Gabon. Naipaul y visite les lieux sacr\u00e9s, les autels, les sanctuaires, les temples, il assiste \u00e0 des sacrifices, des c\u00e9r\u00e9monies. Il les d\u00e9crit, les raconte, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 dire l\u2019admiration que certains de ces lieux suscite en lui, comme le sanctuaire sylvain yorouba dans l\u2019Etat d\u2019Osun, au Nigeria [<em>\u00ab\u00a0Le bois sacr\u00e9 m\u2019a coup\u00e9 le souffle\u00a0\u00bb<\/em>].<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Une s\u00e9rie de rencontres<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Pour la signification des c\u00e9r\u00e9monies, il s\u2019appuie sur les explications fournies par les sp\u00e9cialistes, les <em>\u00ab\u00a0informateurs\u00a0\u00bb,<\/em> qui l\u2019accompagnent, m\u00ealant les doctrines religieuses \u00e0 la vie et la vision de ses interlocuteurs. C\u2019est la technique naipaulienne par excellence o\u00f9 les sc\u00e8nes, les situations sont filtr\u00e9es et \u00e9clair\u00e9es par le v\u00e9cu et le ressenti, mais aussi par l\u2019histoire, la vie politique, la sociologie. Le romancier ressasse parfois ses intuitions pass\u00e9es portant sur l\u2019effondrement des Etats post coloniaux, <em>\u00ab\u00a0l\u2019impasse de la vie instinctive\u00a0\u00bb<\/em>, les id\u00e9ologies nationalistes \u00e9triqu\u00e9es qui n\u2019ont servi qu\u2019\u00e0 enrichir les Mobutu et les Museveni. Soit, un ensemble riche et pluridisciplinaire qui ne s\u2019\u00e9loigne pas pourtant de l\u2019ambition premi\u00e8re de l\u2019auteur d\u2019explorer, de comprendre les croyances animistes qui ne sont pas th\u00e9oris\u00e9es par une Eglise ou dans un livre sacr\u00e9, mais qui nourrissent tous les aspects de la vie contemporaine.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Ce livre se pr\u00e9sente aussi comme une s\u00e9rie de rencontres. Rencontres avec des hommes et femmes ordinaires et extraordinaires, qui ont permis \u00e0 l\u2019auteur de mesurer le chemin parcouru par les soci\u00e9t\u00e9s africaines depuis ses premiers p\u00e9riples \u00e0 travers le continent noir dans les ann\u00e9es 1950. Naipaul a rencontr\u00e9 Winnie Mandela en Afrique du Sud, Jerry Rawlings au Ghana, mais l\u2019essentiel de son livre est construit sur des rencontres avec des gens ordinaires dont la perspicacit\u00e9, l\u2019intelligence illuminent les pages de ce livre-voyage et ouvrent des perspectives inattendues sur l\u2019Afrique en devenir o\u00f9 on est pass\u00e9 des illusions et des faux-semblants \u00e0 une id\u00e9e de possibilit\u00e9 r\u00e9elle de renaissance. Une possibilit\u00e9 qui puise sa force, selon l\u2019auteur, autant dans la modernit\u00e9 venue de l\u2019Occident que dans la spiritualit\u00e9 endog\u00e8ne incarn\u00e9e par le go\u00fbt de l\u2019Afrique pour la magie, le surnaturel et l\u2019id\u00e9e consubstantielle de d\u00e9passement de soi.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>Tirthankar Chanda<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><em>Le Masque de l\u2019Afrique. Aper\u00e7us de la croyance africaine<\/em>, par V.S. Naipaul. Traduit de l\u2019anglais par Philippe Delamare. Grasset, 324 pages<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"color: #008080;\"><em>* Published in print edition on 20 January 2012<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Esclavage<\/p>\n","protected":false},"author":295,"featured_media":6560,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[28],"tags":[20274,20281,20275,20280,20276,20279,20278,20277,20282,20283],"class_list":["post-1464","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-world-affairs","tag-esclavage-moderne","tag-jerry-rawlings","tag-meron-yeshoa","tag-naipaul","tag-pascale-guericolas","tag-s-farcis","tag-shakil-sheikh","tag-slumdog-millionnaire","tag-tirthankar-chanda","tag-winnie-mandela"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/MT-Logokk.jpg?fit=1200%2C880&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/s8QzSF-mfi","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1464","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/users\/295"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1464"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1464\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6560"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1464"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1464"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1464"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}