{"id":1078,"date":"2011-06-24T06:22:18","date_gmt":"2011-06-24T06:22:18","guid":{"rendered":"http:\/\/mauritiustimes.com\/mt\/2011\/06\/24\/interview-prof-roland-lamusse\/"},"modified":"2020-03-08T13:23:17","modified_gmt":"2020-03-08T09:23:17","slug":"interview-prof-roland-lamusse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/interview-prof-roland-lamusse\/","title":{"rendered":"R\u00e9forme sucri\u00e8re : \u00ab\u00a0On va passer par une p\u00e9riode de r\u00e9adaptation qui sera tr\u00e8s difficile\u2026\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0"},"content":{"rendered":"<h5 style=\"text-align: center;\"><span style=\"text-decoration: underline; color: #ff0000;\">Interview Prof Roland Lamusse<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: center;\"><span style=\"text-decoration: underline; color: #ff0000;\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"24219\" data-permalink=\"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/interview-prof-roland-lamusse\/prof-roland-lamusse\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/Prof-Roland-Lamusse.jpg?fit=1001%2C822&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1001,822\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Prof-Roland-Lamusse\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/Prof-Roland-Lamusse.jpg?fit=640%2C526&amp;ssl=1\" class=\"aligncenter size-full wp-image-24219\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/Prof-Roland-Lamusse.jpg?resize=640%2C526&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"526\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/Prof-Roland-Lamusse.jpg?w=1001&amp;ssl=1 1001w, https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/Prof-Roland-Lamusse.jpg?resize=300%2C246&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/Prof-Roland-Lamusse.jpg?resize=768%2C631&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/span><!--more--><\/h5>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\">D\u00e9mocratisation de l\u2019\u00e9conomie : Il faut laisser l\u2019\u00e9volution faire son travail ; n\u2019imposez pas un programme qui finalement ne constitue, \u00e0 mon avis, que des d\u00e9clarations d\u2019intentions<strong><em>\u2026<\/em><\/strong><\/span><\/h4>\n<hr \/>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>Industrie sucri\u00e8re : Cette industrie qui a form\u00e9 le socle de l\u2019\u00e9conomie mauricienne depuis des ann\u00e9es et qui a procur\u00e9 de l\u2019emploi \u00e0 plusieurs cat\u00e9gories de travailleurs est aujourd\u2019hui encore au centre de d\u00e9bats tant pour les questions li\u00e9es au d\u00e9graissage du personnel qu\u2019aux compensations par les VRS avec l\u2019aide de l\u2019Union europ\u00e9enne, la transformation en industrie canni\u00e8re et l\u2019abandon de ce m\u00e9tier par les petits planteurs. Notre invit\u00e9, le Professeur Lamusse r\u00e9pond \u00e0 nos questions\u2026<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>Mauritius Times : Le poids que p\u00e8se l\u2019industrie sucri\u00e8re dans l\u2019\u00e9conomie est nettement diff\u00e9rent de ce que cela a \u00e9t\u00e9 il y a plusieurs ann\u00e9es, ne repr\u00e9sentant aujourd\u2019hui que 3-4% du PNB, mais on accorde pourtant une grande importance \u00e0 cette industrie. Pourquoi est-elle toujours importante pour Maurice ?<\/strong>\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">L\u2019industrie sucri\u00e8re, malgr\u00e9 le fait qu\u2019elle ne repr\u00e9sente que 3-3.5% du PNB, a gard\u00e9 ses structures et continue \u00e0 tourner et \u00e0 assurer l\u2019essor de l\u2019\u00e9conomie mauricienne. C\u2019est bon de savoir qu\u2019en 1870, la petite Ile Maurice produisait 7% de la production totale de sucre au niveau mondial, et elle \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e vers la fin des ann\u00e9es 60 comme \u00e9tant l\u2019industrie sucri\u00e8re la plus efficiente du monde dans la mesure o\u00f9 nos co\u00fbts de production \u00e9taient les moins \u00e9lev\u00e9s par rapport aux autres producteurs sucriers de par le monde. Dans une grande mesure, \u00e0 cause des b\u00e9n\u00e9fices que nous avons encaiss\u00e9s avec le Protocole sucre, il y a eu un net alourdissement des charges sucri\u00e8res, et c\u2019est aujourd\u2019hui le probl\u00e8me qui se pose. Les Voluntary Retirement Scheme (VRS) 1 et 2 ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7us en consultation avec les sucriers mais aussi avec la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne pour r\u00e9duire de fa\u00e7on tr\u00e8s importante la main-d\u2019\u0153uvre sucri\u00e8re \u00e0 Maurice. Il y a eu un moment o\u00f9 70,000 personnes travaillaient dans ce secteur, directement ou indirectement ; aujourd\u2019hui, il y en a \u00e0 peine 20,000. Le gouvernement et les sucriers ont donn\u00e9 une compensation \u00e0 travers le VRS 1 et le VRS 2 \u2013 une compensation en argent mais aussi sept perches de terre \u00e0 tous ceux qui sont partis, mais je pense que cela pose un probl\u00e8me social qui peut \u00e0 terme poser un probl\u00e8me pour le gouvernement. Cela dans la mesure o\u00f9 les gens qui ont \u00e9t\u00e9 remerci\u00e9s, m\u00eames s\u2019ils l\u2019ont accept\u00e9 volontairement, ont \u00e9t\u00e9 affect\u00e9s par le VRS. Nous avons fait des \u00e9tudes pour le compte de la Commission Justice et V\u00e9rit\u00e9, nous avons entrepris des \u2018field visits\u2019 et nous avons vu que c\u2019est surtout la main-d\u2019\u0153uvre f\u00e9minine qui a \u00e9t\u00e9 la plus affect\u00e9e par le VRS.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>* Comment ?<\/strong>\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Quand vous avez travaill\u00e9 pendant de longues ann\u00e9es, quand vous avez \u00e9t\u00e9 habitu\u00e9s \u00e0 une routine de travail dur dans les champs de canne pendant 15 \u00e0 25 ou 30 ans, et vous vous retrouvez en dehors de ce cadre, qui a \u00e9t\u00e9 le v\u00f4tre durant tout ce temps, du jour au lendemain, cela ne peut que vous affecter sur le plan psychologique et social. Les gens qui se retrouvent dans cette situation peuvent avoir l\u2019impression qu\u2019ils sont devenus inutiles dans ce monde en pleine mutation.\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Nous avons essay\u00e9 d\u2019avoir une indication \u00e0 travers les gens que nous avons interview\u00e9s si cette nouvelle situation post-VRS les ont pouss\u00e9s \u00e0 consommer davantage des boissons alcoolis\u00e9es, mais cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 facile de recueillir des informations pr\u00e9cises. L\u2019impression qu\u2019on a, c\u2019est qu\u2019effectivement cette main-d\u2019\u0153uvre post-VRS, surtout en ce qui concerne les hommes, est devenue aujourd\u2019hui oisive. Le gouvernement a mis en place des cours de formation pour eux, mais ce n\u2019est certainement pas facile pour des gens qui ont travaill\u00e9 pendant 20-30 ans dans un domaine particulier de changer d\u2019orientation \u00e0 cet \u00e2ge-l\u00e0.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>* Le financement de cette mesure de d\u00e9graissage, c\u2019est-\u00e0-dire le VRS, par l\u2019Union europ\u00e9enne et partiellement par l\u2019industrie sucri\u00e8re avec des parcelles de terre mises \u00e0 la disposition des travailleurs qui sont partis, fait toujours d\u00e9bat. Demain, ce serait peut-\u00eatre au tour des industries de textile de r\u00e9clamer une telle aide de l\u2019Etat ou m\u00eame des Europ\u00e9ens. Qu\u2019en pensez-vous ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Oui, on peut se poser la question si cela ne va pas cr\u00e9er un pr\u00e9c\u00e9dent, dans la mesure o\u00f9 d\u2019autres secteurs d\u2019activit\u00e9s, qui se trouveraient dans la m\u00eame situation que l\u2019industrie sucri\u00e8re, pourraient r\u00e9clamer le m\u00eame traitement, cela afin de r\u00e9duire leurs co\u00fbts d\u2019op\u00e9ration par le biais d\u2019un d\u00e9graissage de leur personnel. Certains syndicats non-sucre ont commenc\u00e9 \u00e0 revendiquer certaines conditions\u2026 A mon avis, cela va sans doute cr\u00e9er un pr\u00e9c\u00e9dent.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Cela dit, je souhaiterais ajouter que la r\u00e9forme sucri\u00e8re, dont le VRS, a cr\u00e9\u00e9 une situation nouvelle dans cette industrie et a apport\u00e9 un changement fondamental dans son environnement social. Dans une \u00e9tude que des coll\u00e8gues-chercheurs et moi-m\u00eame sommes en train de r\u00e9diger pour le compte de la Commission Justice et V\u00e9rit\u00e9, nous disons que \u00ab the reforms impacted severely on ACP sugar-supplying states including Mauritius and inevitably led to a destruction of centuries-old traditions of sugar production with devastating socio-economic consequences \u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>* Au-del\u00e0 des s\u00e9quelles sociales engendr\u00e9es par la r\u00e9forme du secteur sucrier, il y a aussi le probl\u00e8me de l\u2019abandon de leurs terres sous culture de la canne par bon nombre de petits planteurs, cela dans le sillage de la baisse du prix du sucre \u00e0 hauteur de 36% et de l\u2019augmentation sans cesse croissante des co\u00fbts de production. Peut-on sauver cette communaut\u00e9 de planteurs ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">On a fait beaucoup d\u2019\u00e9tudes sur les probl\u00e8mes rencontr\u00e9s par l\u2019industrie sucri\u00e8re et la communaut\u00e9 des planteurs. Nous avions eu la Commission d\u2019enqu\u00eate pr\u00e9sid\u00e9e par le Dr Avramovic et ayant comme assesseurs Jagadish Manrakhan et Rama Sithanen, laquelle commission a produit deux rapports diff\u00e9rents. On avait parl\u00e9 alors en termes de \u00ab distress \u00bb de l\u2019industrie sucri\u00e8re, \u00ab distress \u00bb essentiellement bas\u00e9e sur les statistiques concernant les propri\u00e9t\u00e9s sucri\u00e8res. A mon avis, cette situation de d\u00e9tresse avait sans doute affect\u00e9 davantage les petits planteurs, qui avec des parcelles de terre d\u2019une contenance n\u2019atteignant, en moyenne, m\u00eame pas un hectare, et ils rencontraient toutes les peines du monde pour assurer leur survie. Je sais que votre journal et, en particulier, son fondateur ont \u00e9t\u00e9 de grands d\u00e9fenseurs de ces planteurs au temps de la Commission Balogh. On n\u2019en a pas fait grand cas de cela, mais il faut reconna\u00eetre que ces planteurs ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s de plein fouet par les modifications qui sont intervenues depuis et ce jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, suite \u00e0 la fin du Protocole sucre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>* On aurait pu s\u2019attendre \u00e0 ce que le gouvernement et en particulier le minist\u00e8re de l\u2019Agriculture accompagnent les planteurs vers de nouvelles opportunit\u00e9s durant cette p\u00e9riode de transition fondamentale de cette industrie. A-t-on fait suffisamment d\u2019efforts dans cette direction ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Pour se faire une id\u00e9e de la chose, laissez-moi vous donner une indication de la diminution de la superficie des terres sous culture de canne. Nous sommes pass\u00e9s de 19 (en 1990) \u00e0 8 usines en 2007 ; aujourd\u2019hui, il n\u2019y a que 4 usines. En 1991, 82 350 hectares \u00e9taient sous culture de la canne pour passer \u00e0 69 000 hectares en 2007, et nous n\u2019avons que 64 000 hectares pr\u00e9sentement. Cette r\u00e9duction est surtout due \u00e0 l\u2019abandon de la culture de la canne par les petits planteurs qui sont \u00e0 la recherche d\u2019autres perspectives plus all\u00e9chantes \u2013 ce qui est tout \u00e0 fait compr\u00e9hensible, compte tenu des conditions actuelles.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>* Il faut dire que les grandes compagnies sucri\u00e8res sont \u00e9galement \u00e0 la recherche d\u2019autres opportunit\u00e9s ou perspectives plus all\u00e9chantes, et il semblerait qu\u2019ils ont trouv\u00e9 le bon filon dans le d\u00e9veloppement des projets fonciers dont ceux tombant sous le Integrated Resorts Scheme. Mais fait-on, l\u00e0, la meilleure utilisation des terres sous contr\u00f4le de l\u2019industrie sucri\u00e8re ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Difficile \u00e0 dire, parce que nous sommes encore au tout d\u00e9but de cette transformation, impos\u00e9e de fa\u00e7on radicale par la Commission europ\u00e9enne du fait de la d\u00e9nonciation du Protocole sucre en septembre 2009. La Commission a accept\u00e9 d\u2019accorder certaines compensations aux pays ACP touch\u00e9s de plein fouet par cette modification, mais il est tr\u00e8s difficile de dire ce que sera la forme de l\u2019environnement social et \u00e9conomique au cours des prochaines ann\u00e9es, suite \u00e0 ce changement radical de cap. Il faut se dire que notre industrie sucri\u00e8re conna\u00eet une \u00e9volution depuis les ann\u00e9es 1830-40. Toutes les structures et contextes sociaux \u00e0 Maurice ont \u00e9t\u00e9 model\u00e9s par l\u2019industrie sucri\u00e8re. La question qui se pose donc : est-ce qu\u2019on peut modifier tout cela du jour au lendemain ou m\u00eame en l\u2019espace de quelques ann\u00e9es ? Personnellement, je suis tr\u00e8s sceptique, mais je souhaite bonne chance aux d\u00e9cideurs \u00e9conomiques, que ce soit ceux du gouvernement ou ceux de l\u2019industrie sucri\u00e8re elle-m\u00eame. Je pense cependant qu\u2019on va passer par une p\u00e9riode de r\u00e9adaptation qui sera tr\u00e8s difficile.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Au fait, on n\u2019a pas de choix, car on a v\u00e9cu une situation artificielle de bien-\u00eatre gr\u00e2ce au Protocole sucre ; il faut maintenant s\u2019adapter \u00e0 la nouvelle situation contemporaine. A mon avis, notre salut se trouvera dans la transformation de notre \u00e9conomie en une \u00e9conomie de services. On pourra ainsi mettre en valeur toute l\u2019expertise acquise dans l\u2019industrie sucri\u00e8re dont la technologie sucri\u00e8re non seulement m\u00e9canique mais \u00e9galement chimique au service d\u2019autres pays. Il y a aussi l\u2019expertise de la culture de la canne des planteurs, grands et petits, mais aussi celle des laboureurs et des sirdars, qu\u2019on pourra bien exporter. Ainsi, notre secteur d\u2019exportation des services deviendra un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 de la survie de cette industrie \u00e0 Maurice.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>* Toujours en ce qui concerne l\u2019utilisation des terres de l\u2019industrie sucri\u00e8re, ne pensez-vous pas que sa transformation en une industrie canni\u00e8re aux fins de production d\u2019\u00e9thanol ou d\u2019\u00e9nergie aura lieu au d\u00e9triment d\u2019un besoin plus important, c\u2019est-\u00e0-dire la production alimentaire ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Je vous cite un cas : Bernard d\u2019Arifat, le fils de Guy d\u2019Arifat, qui est Production Manager \u00e0 M\u00e9dine et qui disait qu\u2019il faut diversifier hors du sucre, cr\u00e9er des industries horticoles, cr\u00e9er des industries qui produisent des l\u00e9gumes pour l\u2019exportation mais aussi pour le march\u00e9 local et aussi penser en pr\u00e9vision du nombre des arriv\u00e9es touristiques \u00e0 Maurice qui ne cessent de cro\u00eetre. Il y a donc un potentiel important dans ce domaine.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Oui, on peut et on doit in\u00e9vitablement songer \u00e0 d\u2019autres utilisations pour la terre \u00e0 Maurice. Une terre qui, \u00e0 travers le soin apport\u00e9 par les propri\u00e9t\u00e9s sucri\u00e8res, la MSIRI et les planteurs, est potentiellement tr\u00e8s productive. Mais tout cela demandera des recherches et du temps pour arriver \u00e0 une situation optimale dans le nouveau contexte post-Protocole sucre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>* Les rapports entre les gouvernements qui se sont succ\u00e9d\u00e9 et l\u2019industrie sucri\u00e8re n\u2019ont pas toujours \u00e9t\u00e9 tout \u00e0 fait au beau fixe. Les n\u00e9gociations gouvernement-MSPA sous le mandat du pr\u00e9c\u00e9dent gouvernement ont \u00e9t\u00e9 ardues et en disent long sur l\u2019\u00e9tat de ces rapports. Pourquoi ce climat de m\u00e9fiance ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Cela a \u00e9t\u00e9 la raison pour laquelle Jagadish Manrakhan et Rama Sithanen se sont dissoci\u00e9 du rapport Avramovic en 1983 et ils ont soumis un contre-rapport \u00e0 celui d\u00e9pos\u00e9 par le Dr Avramovic. Manrakhan et Sithanen avaient eu raison, \u00e0 mon avis, de soutenir que le probl\u00e8me de l\u2019industrie sucri\u00e8re est surtout un probl\u00e8me de relations humaines. Il y avait aussi sans doute le probl\u00e8me li\u00e9 \u00e0 la taxe sur l\u2019exportation du sucre, qui \u00e9tait une mesure politique autant que fiscale et qui pesait lourd sur les revenus de l\u2019industrie sucri\u00e8re. Manrakhan et Sithanen \u00e9taient conscients de cela, mais je crois qu\u2019ils ont eu raison de situer le probl\u00e8me au niveau des relations humaines. Dans son \u2018Foreword\u2019 de mon livre \u2018The Supremacy &amp; Twilight of the Mauritius Sugar Industry\u2019, Manrakhan fait \u00e9tat des r\u00e9actions parfois hostiles des uns et des autres suite \u00e0 la sousmission du contre-rapport soumis par lui-m\u00eame et Sithanen : \u00ab Following the publication of the two reports\u2026 there were those who felt it was better to cross the road to avoid meeting the local commissioners\u2026 \u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le climat de m\u00e9fiance vient du fait d\u2019un conflit larv\u00e9 qui a dur\u00e9 des ann\u00e9es et qui a \u00e9t\u00e9 en somme la cons\u00e9quence directe des structures d\u2019une \u00e9conomie de plantation. Le but d\u2019une telle \u00e9conomie de plantation consistait \u00e0 produire telle ou telle commodit\u00e9 pour les march\u00e9s \u00e9trangers \u00e0 travers une main-d\u2019\u0153uvre nombreuse et import\u00e9e, cela dans un cadre nouveau qui n\u2019est pas le leur quand cette main-d\u2019\u0153uvre est partie de l\u2019Inde au 19e si\u00e8cle et surtout des structures tr\u00e8s hi\u00e9rarchis\u00e9es. Un cadre tr\u00e8s rigide \u2013 du type \u00ab order and obey \u00bb &#8211; et surtout impos\u00e9 par les Anglais qui n\u2019\u00e9taient pas venus \u00e0 Maurice pour apporter une meilleure osmose entre les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s mais pour administrer le pays afin que les directives de Whitehall soient appliqu\u00e9es \u00e0 leur satisfaction. R\u00e9sultat : c\u2019est venu fixer et fossiliser les relations entre les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s \u00e0 Maurice. Au lieu d\u2019apprendre \u00e0 vivre ensemble, les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s \u00e0 Maurice ont \u00e9volu\u00e9 diff\u00e9remment, c\u2019est-\u00e0-dire ensemble mais s\u00e9par\u00e9ment, les unes \u00e9loign\u00e9es des autres, cela principalement en raison de la politique coloniale impos\u00e9e dans l\u2019\u00eele. Donc voil\u00e0 les causes des frictions, des conflits qui se sont produits \u00e0 Maurice au cours des d\u00e9cennies. Mais, avec l\u2019\u00e9volution ou le temps, les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations ont appris dans une certaine mesure \u00e0 vivre ensemble.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>* C\u2019est ce climat de m\u00e9fiance qui explique donc les n\u00e9gociations laborieuses entre le gouvernement et la MSPA par rapport aux contrats liant le CEB aux Independent Power Producers (IPPs) ? Mais pensez-vous que le gouvernement a eu tort de vouloir ren\u00e9gocier les termes de ces contrats ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">C\u2019est difficile de dire si le gouvernement a eu tort de s\u2019engager dans cette voie ; il a pris des d\u00e9cisions en fonction de l\u2019environnement social et politique \u00e0 Maurice. Les fameux IPPs, qui sont devenus un secteur important, produisant 35% de la production \u00e9lectrique \u00e0 Maurice, sont une \u00e9manation r\u00e9ussie de l\u2019utilisation des sous-produits de la canne \u2013 il y en aura d\u2019autres, sans doute. Le probl\u00e8me va se poser toujours, comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas dans le pass\u00e9 lorsque la question du prix \u00e0 payer aux cannes des planteurs s\u2019\u00e9tait pos\u00e9. Aujourd\u2019hui, c\u2019est le m\u00eame probl\u00e8me du partage des revenus provenant, cette fois-ci, de la vente de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 qui se pose. Encore une fois, le gouvernement aura, comme cela a \u00e9t\u00e9 toujours le cas, \u00e0 n\u00e9gocier, \u00e0 trouver la solution optimale compte tenu des pressions exerc\u00e9es par les consommateurs, les syndicats et aussi de celles des producteurs d\u2019\u00e9lectricit\u00e9\u2026 Le m\u00eame probl\u00e8me de r\u00e9partition des revenus d\u00e9coulant des autres sous-produits de la canne se posera probablement demain, et c\u2019est le r\u00f4le du gouvernement, en tant qu\u2019arbitre, d\u2019arbitrer ces dissensions.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>* Vous parliez auparavant des relations fossilis\u00e9es entre les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s \u00e0 Maurice qui a dur\u00e9 dans le temps. Pensez-vous que les donn\u00e9es sont effectivement en train de changer et qu\u2019il y a eu une nette \u00e9volution dans le sens d\u2019un vouloir vivre-ensemble parmi la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Je suis optimiste quant \u00e0 l\u2019\u00e9volution qui s\u2019op\u00e8re graduellement mais in\u00e9vitablement. M\u00eame si je constate quelques p\u00f4les de r\u00e9sistance \u00e7a et l\u00e0, dans ma communaut\u00e9 \u00e9galement\u2026 mais il y a \u00e9volution parmi les jeunes, parmi mes enfants et petits-enfants qui \u00e9voluent aujourd\u2019hui dans un cadre \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9cole ou ailleurs &#8212; o\u00f9 ils apprennent \u00e0 se conna\u00eetre. Mai je dois dire qu\u2019il existe toujours une s\u00e9quelle de cette \u2018Plural Society\u2019 \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire une soci\u00e9t\u00e9 disparate o\u00f9 diff\u00e9rents groupes se voient, se c\u00f4toient dans la production d\u2019une r\u00e9colte en l\u2019occurrence du sucre, dans les activit\u00e9s \u00e9conomiques mais qui restent malgr\u00e9 tout socialement diverses, diff\u00e9rentes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>* Mais sentez-vous que la communaut\u00e9 franco-mauricienne se sent menac\u00e9e aujourd\u2019hui par les initiatives de l\u2019actuel gouvernement surtout en ce qui concerne son programme de d\u00e9mocratisation de l\u2019\u00e9conomie ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Je me pose la question suivante : quel est le contenu de ce programme ? Je vois bien qu\u2019on fait des discours \u00e0 ce propos, mais je ne vois pas grand-chose de concret dans ce programme. La d\u00e9mocratisation est un programme qui se fait d\u00e9j\u00e0 depuis l\u2019ind\u00e9pendance du pays. Voyez l\u2019\u00e9volution majeure qui est intervenue depuis ces 30-40 derni\u00e8res ann\u00e9es dans les relations interculturelles et intercommunautaires \u00e0 Maurice et vous vous rendrez compte que finalement les choses \u00e9voluent. Il faut laisser l\u2019\u00e9volution faire son travail ; n\u2019imposez pas un programme qui finalement ne constitue, \u00e0 mon avis, que des d\u00e9clarations d\u2019intentions\u2026<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"color: #008080;\"><em>* Published in print edition on 24 June 2011<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Interview Prof Roland Lamusse<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":24219,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[32],"tags":[2746,22207,3112,3238,22206,18608,4141,22205,16356,605,36,2369,7533,144,22204,22208,21944,604,1837],"class_list":["post-1078","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-interviews","tag-acp","tag-bernard-darifat","tag-ceb","tag-commission-justice-et-verite","tag-dr-avramovic","tag-ile-maurice","tag-independent-power-producers","tag-interview-prof-roland-lamusse","tag-jagadish-manrakhan","tag-mauritius-sugar-industry","tag-mauritius-times","tag-msiri","tag-pnb","tag-rama-sithanen","tag-reforme-sucriere","tag-supremacy-twilight","tag-union-europeenne","tag-voluntary-retirement-scheme","tag-vrs"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/Prof-Roland-Lamusse.jpg?fit=1001%2C822&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p8QzSF-ho","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1078","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1078"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1078\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/media\/24219"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1078"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1078"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mauritiustimes.com\/mt\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1078"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}