Vina Ballgobin

De la drogue et des passeurs à Maurice

Bravo à la chaîne humaine anti-drogue

— Vina Ballgobin

D’abord, il faut féliciter la force policière, l’inspecteur chargé de l’enquête, le douanier chargé de la filature à l’aéroport, la brigade anti-drogue, les inspecteurs de l’ADSU, les responsables de la prison et Madame la Juge par rapport à une affaire récente de drogue (voir compte-rendu d’audience, Cour Suprême, 7 mars 2013).

Ils ont bien travaillé et ont contribué à véhiculer une image forte de notre pays : celle d’une République totalement intransigeante envers toute forme de trafic de drogue sur le territoire mauricien et une grande fermeté envers tout trafiquant de drogue, qu’il soit « passeur professionnel » ou « passeur victime de malfrats profitant de leur naïveté ».

Grâce à leur travail – dangereux, à risque, mais patriotique – les étrangers parlent de notre pays comme ayant des règlements très sévères. Pour une fois, en affaire de drogue, nous pouvons faire La Une avec fierté et aussi montrer notre reconnaissance envers ceux qui œuvrent dans ce secteur.

Ainsi, une personne d’origine française a récemment comparu en Cour suprême avec la sentence suivante : 17 ans de réclusion. Rs100,000 (2500 €) d’amende. Selon l’avocat de cette personne, Me Breham: “C’est une peine éminemment disproportionnée eu égard au produit et à la quantité importée. Cette gamine a été plus sévèrement sanctionnée que les têtes de réseaux de ce trafic en France, dont les peines n’ont jamais dépassé 3 ans.

D’abord, cette comparaison est déplacée. Si, en France, « les têtes de réseau de ce trafic » ont une peine « de moins de trois ans », cela ne signifie pas que nous devons les imiter ! En revanche, on pourrait la qualifier de « peine discutable » ou de « peine non-dissuasive » pour des « passeurs » et des « trafiquants » qui portent atteinte à la dignité de l’humain tous les jours et tuent sans scrupule.

Si les Mauriciens sont fiers d’être la plus grande démocratie de l’Afrique, pour autant, la grande majorité des citoyens ordinaires mauriciens considèrent aussi qu’il ne peut y avoir de demi-mesure dans la lutte contre les trafiquants de drogue. Par ce jugement rendu en mars 2013, nous clamons haut et fort, pour que tout le monde sache et comprenne bien ceci: de plus en plus de Mauriciens penchent en faveur de la peine de mort pour n’importe quel type de « passeur de drogue, Mauricien ou étranger ». Nous n’avons pas envie d’être des mercenaires de la mort.

Manque d’information ou silence volontaire sur le réseau de trafiquants

Sur internet, on apprend ceci : « Ces jeunes filles sont originaires de la région parisienne (92). Farah a été arrêtée le 9 décembre 2011 avec 9,585 cachets de subutex. Déborah a quant-à elle été arrêtée 23 mars 2012 avec 6,090 comprimés. Elles affirment s’être fait piéger par des fréquentations de leur quartier, ou penser que les comprimés qu’on leur avait demandé de transporter étaient des médicaments… “dans un but humanitaire”, selon Farah. »

Il semblerait que tous ceux qui apportent un soutien indéfectible aux « passeurs-victimes » n’aient pas beaucoup pensé aux moyens de combattre leur immense naïveté année après année. Quand ces « passeurs-victimes » apportent tant de drogue dans notre pays, et que cette drogue fait des ravages et détruit des individus et des familles, alors où disparaissent les grands discours sur les droits de l’homme, le droit de vivre sans avoir peur que son enfant ne soit attiré par ce trafic lucratif mais destructeur et avilissant ?

Mettons au crédit du « passeur-victime » le fait qu’elle « avait énormément contribué à l’enquête et n’avait opposé aucune résistance ». Il faut dire que la charge est lourde : « La poursuite a accentué la valeur marchande des subutex qui excédaient un million de roupies, c’est-à-dire le seuil légal au-delà duquel le possesseur de stupéfiants est présumé être trafiquant. » (Et dire qu’on trouve que les peines sont trop sévères à Maurice…)

Tout porte à croire qu’il existe un réseau en France qui reconnaît le profil de la « jeune fille « inexpérimentée » car il est écrit que « Lors du contre-interrogatoire de Déborah par son avocat, celui-ci a pu faire ressortir son jeune âge, sa naïveté et le fait que Déborah avait elle-même été victime d’un réseau opérant à Paris et utilisant des jeunes leur faisant miroiter un voyage sous les Tropiques. »

Ainsi, ce réseau offre un voyage, un séjour et probablement beaucoup de « pocket-money » à une jeune personne qui accepte, en retour, de passer des vacances à Maurice. Il semblerait aussi que ce même réseau ait compris quelque chose : il n’y a pas grand monde pour éduquer les jeunes filles crédules et leur expliquer que l’on n’obtient rien gratuitement sans offrir un service quelconque en retour !

Le réseau peut donc œuvrer en toute impunité et fabriquer autant de « passeurs-victimes» qu’ils le souhaitent. Les familles, la société et les autorités sont donc fautives de laisser faire ce genre de réseau en toute impunité car, visiblement, aucune mesure de prévention n’a été mise en place.

Peine des familles

On apprend sur internet que pour la famille et ceux qui soutiennent la personne, c’est une tragédie et une atteinte aux droits de l’homme. Ils sont écœurés par le verdict de la Cour car personne n’attrape les « trafiquants notoires qui circulent et dealent librement en toute impunité ».

Il est possible de comprendre la douleur des parents et on ne peut que les soutenir dans leur malheur. Mais il ne faut pas être naïf non plus et arranger les choses pour les fameux réseaux de trafiquants de drogue. Nous savons que les lois seules et les compagnies anti-drogue ne seront pas capables de condamner les « gros trafiquants » sans preuve et sans soutien des populations locales dans chaque pays. C’est à nous tous, Mauriciens et Français, de travailler ensemble pour dénoncer leur existence et les faire condamner si possible.

Nous savons tous que ces grosses « têtes notoires » existent en partie parce qu’ils ont un superbe réseau de « passeurs-naïfs » attirés ou appâtés par les gains faciles qui finissent souvent par devenir des « passeurs happés par le système interne du réseau ». Ils vont de pays en pays en bénéficiant de somptueux voyages gratuits et font ainsi avancer le chiffre d’affaires des trafiquants notoires en tuant des êtres innocents au moyen de leurs marchandises…

Sans petit passeur, les gros requins perdront des plumes… En condamnant un « petit passeur », on se fraye un chemin pour se diriger vers les « mercenaires de la mort » eux-mêmes.

Suggestions

Aux parents des « passeurs-victimes » et groupes de soutien en France: Au lieu de faire des pétitions sur internet pour demander de réduire les peines mauriciennes pour tout « passeur », il vaudrait mieux lancer une campagne en France et à Maurice pour informer les jeunes sur les moyens utilisés par les « trafiquants notoires » pour monter un réseau, et aussi les risques encourus si on est « passeur de drogue » à Maurice. Il ne faudrait pas oublier de préciser aux jeunes que plusieurs Mauriciens sont en faveur de la peine de mort pour tout « trafic de drogue».


Aux institutions associées au secteur touristique: Il faudrait qu’il y ait une affiche dans chaque agence de voyages et sur les dépliants touristiques pour la destination Maurice, sur support papier ou internet, spécifiant que tout transport de drogue est illégal dans la République de Maurice. Sur internet, il faudrait ajouter les cas connus avec photos des “passeurs-victimes” sans oublier d’indiquer que le subutex est classé comme drogue à Maurice.


Ces informations devraient être clairement affichées dans les aéroports et ports de Maurice et de France. Avant le départ de la France pour Maurice, par voie aérienne ou maritime, une annonce devrait être faite dans ce sens : « Toute drogue – y compris le Subutex – fera l’objet d’une condamnation très sévère et, pour information, la majorité des Mauriciens militent pour la peine de mort de tout passeur, c’est l’épée de Damoclès. » N’ayons pas peur d’afficher notre aversion profonde pour tout trafiquant mauricien ou étranger !

Tous les opérateurs touristiques à Maurice doivent aussi donner un dépliant aux touristes à leur arrivée pour les prévenir que certaines personnes mal-intentionnées invitent des touristes – père et mère de famille – à partir en voyage gratuitement tous frais payés avec leurs enfants de Maurice ou de France vers une autre destination… Ils ne devraient pas tomber dans ce piège des gros trafiquants de drogue. Ces derniers cherchent des personnes avec leur profil pour faire passer de la marchandise dans leurs valises

Autorités mauriciennes et françaises: Un site-web officiel des chaque ministère devrait donner des informations à propos du trafic de drogue à Maurice avec l’énumération des guets-apens posés par des trafiquants de drogue.


Ainsi, il y aura de moins en moins de “passeurs-victimes”, les parents ne seront plus malheureux et toute personne qui aurait éventuellement des oublis ou des trous de mémoire avant son voyage vers notre île tropicale, pourrait se délester immédiatement de ses produits illicites, juste avant de prendre l’avion ou le paquebot. Ainsi, le risque de se faire arrêter et d’être condamné à une « lourde peine » (tout est relatif car pour beaucoup de Mauriciens les peines actuelles ne sont pas encore assez dissuasives) sera réduit ou disparaîtra.

Vina Ballgobin

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