Vina Ballgobin

Teachers’ Day : La réalité japonaise

Vina BALLGOBIN 

Suite au tremblement de terre suivi du tsunami du 11 mars 2011, plusieurs zones ont été touchées au Japon et environ 26,000 des 60,000 habitants de la Préfecture de Fukushima (municipalités de Hirono, Naraha, Kawauchi, Tamura et Minami-Som) ont été déplacés. Chaque zone comporte des crèches, des écoles maternelles, des écoles primaires et collèges-lycées. La ville de Minami-soma avait fermée des établissements scolaires, situés entre 20 et 30 kilomètres de la centrale nucléaire – le Fukushima Daiichi power plant, et les classes avaient désormais lieu dans des zones éloignées de la zone irradiée. Toutefois, plusieurs directives officielles et des mesures de « Health and Safety » ont été levées le 30 septembre 2011 autour de la zone d’exclusion. Les sources officielles japonaises parlaient de refroidissement réussi des réacteurs nucléaires et d’absence de danger en ce qui concerne de nouvelles fuites radioactives. Certaines sources officielles annonçaient le retour de tous les habitants en février ou mars tandis que d’autres estimaient que le retour à la normale ne pourrait avoir lieu qu’en 2012. D’après les sources officielles, cette décision permettrait le retour des jeunes et des personnes âgées, la réouverture des institutions et la construction de logements temporaires, entraînant ainsi un renouveau de la vie économique et sociale. Par la même occasion, le gouvernement a décidé d’augmenter officiellement le taux moyen de radiation acceptable de 1 millisievert par an (ou 0.11 microsievert par heure) à 20mSv par an. Toshiso Kosako, un professeur d’université, a annoncé sa démission en tant que “government nuclear adviser » car pour lui, ce taux révisé était inacceptable.

Nous le savions : depuis quelques années, il y a une séparation nette entre les choix des politiciens et ceux des citoyens ordinaires dans la plupart des démocraties du monde. D’un côté, ceux qui dirigent le pays ne pensent qu’aux gains matériels, et de l’autre côté, les mouvements citoyens s’intéressent au bien-être du citoyen ordinaire et au respect des droits fondamentaux. Et le Japon n’a pas fait figure d’exception à ce niveau. Par conséquent, la contestation pacifique japonaise s’est organisée, décriant l’affaiblissement des mesures du gouvernement central. La population japonaise a réclamé la transparence à propos du taux de contamination radioactive des lieux scolaires et de l’enlèvement planifié des éléments radioactifs au sol. Les groupes citoyens se sont mobilisés pour revendiquer le droit à la sécurité de la population, en particulier les enfants et les femmes enceintes et aussi un renforcement du respect des normes internationales en ce qui concerne le taux d’exposition aux radiations nucléaires, réduit drastiquement par le gouvernement central et le ministère de l’Education.

Les parents et les enseignants de cinq localités et d’Otama ont fait fi des garanties données par le gouvernement : ils ont commencé la décontamination de l’environnement scolaire et ils ont enfoui les déchets sous le sol. Ceux qui n’avaient pas de machines ont utilisé la force de leurs bras, tout simplement. Hiroyuki Ando, le directeur de l’établissement scolaire, s’est plié à la pression parentale et aux craintes exprimées sur les effets à long terme des déchets radioactifs contaminant le sol de l’école. Ensuite, les parents et les enseignants ont sollicité l’aide des scientifiques et des autorités locales de l’éducation pour effectuer les travaux de décontamination. Les résultats étaient clairs : l’enlèvement de la partie supérieure de la terre a fait chuter le taux de radiation de 1.32mSv à 0.25mSv par heure (sachant que le taux avant la catastrophe était de 0.04 mSv).

Greenpeace a effectué des tests sur des échantillons de sol dans et autour de trois établissements scolaires japonais de Fukushima et a informé les médias que les écoles et leur environnement sur un rayon de 60 kilomètres étaient dangereux pour les enfants car le taux de radiation était environ 70 fois plus élevé que la norme acceptable internationalement. Comme le dit Kazue Suzuki, le leader du projet anti-nucléaire au Japon, et membre de Greenpeace : “No parent should have to choose between radiation exposure and education for their child.” D’après Greenpeace, les tests effectués dans les établissements japonais démontraient ceci:

           0.5 microsievert par heure dans un établissement scolaire (high school),

          7.9 microsieverts par heure dans la cour de recréation et dans la rue jouxtant cette cour, soit 70 fois le maximum autorisé.

Greenpeace a fait un appel pressant au gouvernement central japonais afin de renvoyer la date d’ouverture des établissements scolaires. Fukushima a refusé en précisant que les établissements scolaires répondaient aux normes fixées par le gouvernement japonais. Yoshimasa Kanno, un officier de la ville a même indiqué que ce serait déraisonnable de ne pas ouvrir les écoles. Mais Jan van de Putte, expert de Greenpeace, a expliqué que la décontamination d’une zone prend des années et nécessite une main-d’œuvre colossale comme c’était le cas en Ukraine, à environ 100 kms de Tchernobyl. D’ailleurs, plus de 25 ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, des zones entières demeurent toujours inhabitables. Plusieurs parents ont exprimé leurs craintes et ont rejoint les mouvements de protestation dans la rue. Les petits ont fait des dessins pour exprimer leur inquiétude et les ont envoyés au gouvernement central. Les demandes sont devenues pressantes et la presse a médiatisé les requêtes citoyennes et celles de plusieurs ONGs japonaises et étrangères.

Les dirigeants ont accepté de revoir leur position pour le bien des générations futures. Le ministère de l’Education a annoncé que tout sera mis en place pour réduire le taux d’exposition à la radiation à 1mSv par an. Le ministère de l’Education, Yoshiaki Takaki, a décidé de payer les frais encourus pour l’enlèvement des couches supérieures de sol dans les endroits où le taux de radiation est très élevé. Des échantillons seraient prélevés et analysés dans environ 1400 crèches et écoles primaires. L’education board de Minamisoma, de la Préfecture de Fukushima, a décidé d’enlever tout matériel radioactif des jardins publics et de cinq établissements scolaires dans un rayon de 20 à 30 kilomètres de la centrale nucléaire, de limiter les activités en plein air à deux heures par jour pour les scolaires fréquentant ces institutions, et de conseiller aux jeunes de porter un vêtement à longues manches, un pantalon et un masque pendant les classes d’éducation physique pour minimiser les risques de radiation. Pour les activités sportives telles que la natation, les jeunes sont obligés de la pratiquer uniquement dans des piscines couvertes et fermées. Les piscines en plein air et l’océan sont déconseillés tout comme le port de vêtements légers même en été.

La terre, l’herbe et les déchets contaminés de la cour de recréation de chaque établissement scolaire ont été enlevés et enfouis sous le sol le 30 septembre 2011. Les parents ont offert leur aide dans certains établissements comme à l’Omika Elementary School. Finalement, les travaux de décontamination ont aidé à réduire le taux de radiation à environ 70%-80% selon les sources officielles. Les cinq établissements ont été décontaminés et le taux de radiation a chuté à environ 0.12 microsievert par heure à un mètre au-dessus du sol comparé à 2.1 microsieverts par heure avant les travaux. Ces établissements scolaires seront ouverts de nouveau le 17 octobre 2011.

Cela étant dit, les zones contaminées sont nombreuses: maisons, bureaux, fermes, forêts,… 90% de la zone autour de Kawauchi est boisée. La décontamination prendra environ 20 ans. Le gouvernement central a pris l’engagement de nettoyer les zones contaminées à plus de 5 millisieverts par an, soit environ 13% de terrain ou 1778 kilomètres carrés. Il faudra une somme d’argent importante, soit 220 billions de yens (2.9 billions de dollars), en excluant le budget des « local governments ». Autre question épineuse : ou va-t-on stocker tous ces déchets radioactifs ?

Selon le Fukushima Prefectural Board of Education, environ 14 083 jeunes âgés de 6 à 15 ans fréquentaient les « elementary schools » et « junior high schools» en 2010. 7 672 ont quitté leur ancienne école et 1 081 fréquenteront un autre établissement après les vacances scolaires de l’été. La demande est grandissante pour effectuer des tests régulièrement sur les enfants car plusieurs souffrent de saignements de nez et de diarrhées. Les enfants ne jouent plus à l’extérieur des maisons, les vêtements sont séchés à l’intérieur de la maison après la lessive, les fruits et légumes sont bien lavés avant consommation. Des « dosimètres » pour mesurer le taux de radiation ont été distribués aux enseignants de plus de 1 600 écoles maternelles et primaires. L’école de la ville de Koriyama, située à 37 milles de la centrale nucléaire, publie régulièrement des informations sur le taux de radiation.

Au 21e siècle, comme le démontre le cas japonais, le monde scolaire doit faire face à de nouveaux problèmes en termes de « Health and Safety ». A Maurice, la question reste posée : dans quelle mesure les « Health and Safety issues » intéressent-elles les institutions primaires, secondaires et tertiaires ? Est-on surpris par l’absence des mesures indispensables pour nos enfants, nos adolescents et nos jeunes adultes quand le plus important pour le monde enseignant est désormais le maintien des leçons particulières et l’accélération de la perte des valeurs fondamentales ? La sécurité et la santé des enfants de la Nation mauricienne intéressent-elles la majorité du monde enseignant, tourné résolument vers le maintien des cours privés à un coût exorbitant (Rs900. la leçon particulière en HSC)?

Vina BALLGOBIN

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