Vina Ballgobin

« Bizin changement » ou renier les principes fondamentaux de la démocratie ? 

— Vina BALLGOBIN 

Aujourd’hui, plusieurs études sur la corruption démontrent que les contre-valeurs ont gagné plusieurs pays, même ceux qui en étaient les plus immunisés comme les pays nordiques. Notre pays a toujours connu la corruption et malgré la petite superficie  de notre territoire, nous n’avons jamais pu définir une ligne de conduite ferme contre ce fléau. Toutefois,  les citoyens ordinaires disent que tout le problème provient des financements occultes des élections et tant qu’il n’y aura pas de transparence dans ce domaine, nous ne pourrons pas lutter efficacement contre ce mal qui ronge notre société et, de plus,  gagne du terrain à une vitesse incroyable.

Ces derniers temps, les citoyens ordinaires racontent entre eux que dans notre pays, il y a toujours eu des « deals » en tous genres (et certains sont mêmes capables d’en donner une liste bien  longue). Au fond, si on les comprend bien, à chaque élection, les capitalistes et leurs lobbys sont motivés par un seul objectif : l’enrichissement personnel et le maintien de la population dans  une ignorance calculée. Comme nos ressources se raréfient à vue d’œil, les capitalistes et les lobbys qui gravitent autour de ces cercles sont aujourd’hui pris au piège ! D’un côté,  il n’y a plus  grand-chose à prendre et, de l’autre côté, la file d’attente est trop longue ! Pendant que nos richesses continuent de se réduire comme  une peau de chagrin à cause de certaines pratiques pré-électorales, les citoyens ordinaires sont condamnés à vivre de plus en plus de prêts passant d’innombrables années à les rembourser car  ils n’ont absolument rien à gagner dans ces arrangements pré-électoraux !

D’après les citoyens ordinaires,  certains s’entre-déchirent, d’autres se félicitent de leurs retrouvailles et  l’on se sépare de manière temporaire pour tromper la population. Ce que l’on nous donne à voir n’est que la partie visible du décorum que  l’on veut bien nous montrer et, dans les faits, tout se joue ailleurs lors de certaines négociations…

Si les citoyens ordinaires sont sûrs de ce qu’ils avancent et s’ils en ont les preuves, pourquoi n’aiment-ils pas en parler ouvertement ? Pourquoi ne dénoncent-ils pas tout ce qui ne va pas dans leur pays ? Est-ce la peur ? Alors, ce serait  la peur de quoi ? Ça ne peut quand même pas être la peur de représailles du genre un transfert professionnel ou  une promotion ratée…

Non ! Les citoyens ordinaires ne sont pas si peureux. Mais, d’après plusieurs d’entre eux, notre système politique et certains types de financements se caractérisent  par une grande ressemblance avec certaines organisations dangereuses. Quelques caractéristiques de notre système politique et certains types de financements sont explicitées par les citoyens ordinaires comme suit.

1/ Un arrangement interne qui sous-entend un engagement réciproque des membres de l’organisation et le respect absolu d’un certain nombre de règles bien définies pour s’auto-protéger.

2/ Une certaine forme de violence (qui pourrait bien être psychologique) pour accéder à des richesses, maintenir son statut et protéger l’organisation par différents moyens.

3/ De cette organisation émanent des lobbys. Ils occupent une place importante dans des activités de médiation sur le plan social, politique ou économique, oscillant entre ce qui est légal et illégal.

4/ Cette organisation entretient des rapports très solides avec  les institutions et, aujourd’hui, ces attaches dépassent  le territoire national  pour se retrouver au niveau régional et international. Ce sont ces chaînes de fidélité qui permettent de gagner certains marchés publics et d’autres ressources appartenant aux citoyens.

5/ Cette organisation et ses lobbys bénéficient de l’impunité judiciaire.

6/ En général, les institutions importantes comme celles où se trouve l’élite intellectuelle sont régentées par des membres influents de cette organisation et/ou ses lobbys. L’on inculque alors aux jeunes, de manière informelle, qu’il faut avoir peur de cette organisation et l’on paralyse par différents moyens ceux qui ont des idées nouvelles pour maintenir le statu quo.

7/ Cette organisation apporte de manière insidieuse la dégradation des valeurs morales dans la société, favorise une certaine  dégénérescence de la démocratie par l’invention de divisions en tous genres afin de maintenir un Etat plus ou moins affaibli.

8/ Cette organisation apprécie les paradis fiscaux.

9/  Il est possible que cette organisation ait des dissidents mais, le plus souvent, elle a tendance à allonger ses tentacules au sein des familles. En général, les repentis n’existent pas. Et le pouvoir réel  reste entre les mains des « happy few ». 

Admettons un instant que les citoyens ordinaires soient remplis de bons sens et que leurs analyses soient correctes. Faudrait-il pour autant que des  jeunes et des moins jeunes instruits grâce à la vision des premiers tribuns aient peur ? Ne serait-ce pas une honte pour des descendants d’esclaves et de travailleurs engagés d’avoir peur de ceux qui sont si anti-patriotiques ? Les jeunes seraient donc formés pour devenir des pantins et ils seraient incapables de se relever en autonomie pour défendre leur patrie de la corruption sous différentes formes?

« Bizin changement » : Un rêve impossible ou un moyen de ne pas renier la démocratie ? Telle est la question. 

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