“Tous ceux qui agitent le fantasme d’une alliance MSM-PTr ne savent pas de quoi ils parlent”

‘Je serais extrêmement étonné que Ramgoolam accepte que le PTr soit un ‘Junior Partner’ dans un gouvernement de coalition MSM-Ptr-PMSD’

* ‘L’Opposition est dans une situation impossible. Sans le PTr et dans une lutte à trois ou quatre, l’Espoir n’est pas du tout sûr de gagner de manière décisive’

* ‘La situation politique mauricienne est absolument bloquée et elle ne pourra pas se débloquer tant que Navin Ramgoolam et Paul Bérenger restent en poste’


Navin Ramgoolam rentre au pays dimanche après son traitement en Inde contre la Covid-19. Qu’est-ce qui pourrait changer sur l’échiquier politique, en particulier au rapport de forces après son retour au pays? ‘On ne peut pas, dès à présent, prédire ce qui changera sur l’échiquier politique,’ soutient Lindsay Rivière dans l’interview qui suit, puisque ‘personne ne revient tout à fait intact – médicalement, psychologiquement et émotionnellement – après avoir frôlé la mort.’ Cependant, il est d’avis qu’au vu de sa réaction face aux demandes de son retrait que formulent les autres partis de l’Opposition, Ramgoolam va faire exactement le contraire de ce qu’attend l’opinion publique: demeurer à la tête du PTr et insister pour diriger l’Alliance de L’Espoir non seulement pour les municipales mais aussi pour les prochaines élections générales en 2024. ‘Il faut bien cerner le personnage de Ramgoolam avant de porter des jugements sur lui. Navin Ramgoolam est toujours en poste. Je crois, moi, qu’il va rester et combattre Pravind Jugnauth et non brader le PTr dans une coalition PTr-MSM. Mais on verra bien…’


Mauritius Times: Navin Ramgoolam a annoncé récemment que son retour à Maurice est prévu pour bientôt, dépendant de la disponibilité d’un vol de l’Inde. Il se porte « bien mieux », dit-il, après son traitement contre la Covid à New Delhi. Qu’est-ce qui pourrait changer sur l’échiquier politique, en particulier au rapport de forces après son retour au pays, selon-vous ?

Lindsay Rivière: La question la plus importante du moment – et qui va en déterminer bien d’autres – c’est de découvrir quel sera l’état d’esprit de Navin Ramgoolam, à son retour, vis-à-vis de la vie politique en général et vis-à-vis de ses opposants. Après cette expérience inédite et traumatisante de la Covid-19, une maladie qui peut laisser son empreinte, Navin Ramgoolam aura-t-il beaucoup changé, un peu ou pas du tout ? Sera-t-il plus apaisé ou toujours aussi agressif, travaillant sans relâche à sa revanche ? Aura-t-il conservé sa combativité ou déposera-t-il les armes, débloquant la situation à la fois dans l’Opposition et au sein de l’Alliance de l’Espoir ? C’est tout cela qu’il faudra analyser dans les jours suivant son retour.

Personne ne revient tout à fait intact – médicalement, psychologiquement et émotionnellement – après avoir frôlé la mort. Tous ceux qui ont été confrontés à la perspective de la mort subitement savent qu’on peut en revenir secoué, ébranlé, traumatisé, meilleur ou pire, désormais plus conscient de sa mortalité et de sa fragilité, ou alors plus défiant et amer. On ne peut donc pas, dès à présent, prédire ce qui changera sur l’échiquier politique lorsque Navin Ramgoolam rentrera au pays.

Peut-être en aura-t-il assez de la politique et souhaitera-t-il une retraite paisible et, dans ce cas, un tel développement majeur ouvrira plusieurs nouvelles pistes pour L’Espoir, pour le PTr et pour Arvin Boolell et Damry, son nouveau poulain, et pour ceux qui souhaitent un renouvellement en profondeur du PTr.

Ou alors peut-être reviendra-t-il requinqué, recherchant plus que jamais sa vengeance contre Pravind Jugnauth et ceux qui l’ont totalement humilié depuis 2014. Attendons voir…

* Ramgoolam garde le contrôle sur le Parti travailliste, et il est demeuré incontesté jusqu’ici. Mais certains sont d’avis qu’après cette maladie, même brève, « he is not going to be the same man again ». C’est fort improbable, n’est-ce pas, puisque l’homme a démontré une certaine combativité en particulier depuis janvier 2015?

Je ne souhaite pas trop anticiper, mais si je connais bien Navin Ramgoolam et au vu de sa réaction face aux demandes de son retrait que formulent les autres partis de l’Opposition, je pense qu’il va faire exactement le contraire de ce qu’attend l’opinion publique: demeurer à la tête du PTr et insister pour diriger l’Alliance de L’Espoir non seulement pour les municipales mais aussi pour les prochaines élections générales en 2024, si Dieu lui prête vie.

Il faut bien cerner le personnage de Ramgoolam avant de porter des jugements sur lui. J’ai toujours dit dans vos colonnes que Navin Ramgoolam ne partira qu’au moment où il l’aura décidé lui-même et non quand Paul Bérenger, Xavier Duval ou les autres le voudront. Les évènements de ces derniers mois m’ont donné raison. Navin Ramgoolam est toujours en poste. Je crois, moi, qu’il va rester et combattre Pravind Jugnauth et non brader le PTr dans une coalition PTr-MSM. Mais on verra bien.

Navin Ramgoolam est un être fier et susceptible, qui ne baisse pas facilement le genou. Il est rancunier, il n’oublie aucune offense, il ne pardonne aucune humiliation. Il est de la race de ce qu’on appelle familièrement les « seigneurs » de la guerre.

A mon avis, il veut prioritairement se venger et, sans doute, faire subir l’humiliation qui a été la sienne pendant six ans à Pravind Jugnauth : la prison à Moka, la chemise déchirée de la rue Desforges, les innombrables procès, l’incapacité de quitter le pays, son passeport et ses dizaines de millions saisis, etc. Je serais extrêmement étonné qu’il fasse alliance avec le MSM et Pravind Jugnauth, qu’il accepte que le PTr soit un ‘Junior Partner’ dans un gouvernement de coalition MSM-Ptr-PMSD, et – encore plus – qu’il serve sous Jugnauth ou aille cueillir des fleurs au Réduit.

Tous ceux qui agitent le fantasme d’une alliance MSM-PTr après une photo des deux hommes engageant une conversation lors d’une réception organisée par l’ambassade de l’Inde ne savent pas de quoi ils parlent. On évoque 2010. Mais on oublie, qu’en 2010, c’est Navin Ramgoolam qui dirigeait le gouvernement et que Pravind Jugnauth était son ministre, qu’il a d’ailleurs révoqué sans manières. Va-t-on voir l’inverse se produire cette fois ? Le PTr servant les ambitions du MSM ? J’en doute fort.

* On sait que Navin Ramgoolam a rencontré Narendra Modi en Inde, ce qui a donné lieu à beaucoup de commentaires à Maurice. Pensez-vous que les échanges du leader du PTr avec le Premier ministre indien pourraient avoir une incidence sur la politique à Maurice dans les prochains mois ?

D’abord, que Navin Ramgoolam remercie le PM Modi est un devoir de civilité absolument normal, compte-tenu de l’accueil très poli et de la solidarité active que lui a réservé le PM indien.

La question qu’on peut se poser est celle-ci : avec l’enjeu Agaléga et le rapprochement sensible de Maurice avec l’Inde (devenue notre principal partenaire commercial et notre principal bailleur de fonds international), l’Inde travaille-t-elle, comme en 2010, à réunir le MSM et le PTr dans un grand front de la Majorité qui renforcerait son influence à Maurice ? Peut-être en a-t-elle le désir politique secret, mais y parviendra-t-elle ?

N’oubliez pas que, historiquement, le PTr est beaucoup plus proche du Congress des Gandhi que du BJP de Modi. D’abord, ce dernier privilégie ouvertement les Jugnauth depuis des années. Ensuite, Navin Ramgoolam a toujours voulu que Maurice garde des liens étroits non seulement avec l’Inde mais aussi avec la Chine. Peut-être donc cette rencontre Ramgoolam/Modi n’ira-t-elle pas au-delà des civilités d’usage, en termes de résultats concrets et de réalignement d’alliances.

Enfin, l’Inde a toujours souhaité avoir une certaine influence à Maurice quels que soient les dirigeants (et ce, même avec Paul Bérenger comme Premier ministre en 2003-2005). Peut-être certains à New Delhi s’interrogent-ils tout simplement : Et si Ramgoolam revenait un jour au pouvoir ? En diplomatie, il ne faut jamais brûler tous les ponts !

* Sur le plan politique à Maurice, les choses restent bloquées. Il y a une grosse déception en ce qui concerne l’opposition qui n’est pas parvenue jusqu’ici à se présenter comme une alternative crédible et forte face au gouvernement de Pravind Jugnauth. Quelle analyse faites-vous de cette situation ?

L’Opposition désunie actuelle est, en effet, une énorme déception. Ce n’est pas tant le Gouvernement qui a le vent en poupe (bien au contraire) mais l’Opposition qui est faible, sans réelle vision alternative.

Avec le recul, aujourd’hui, on voit bien combien irréfléchie et mal pensée a été la tentative de forcer le retrait de Ramgoolam comme PM éventuel plus de trois ans avant les prochaines élections (autant dire une éternité en politique !). Cette maladresse a cassé le front commun de l’Opposition mais quel en est le résultat ?

On vient de voir comment le facteur Ramgoolam a failli disparaitre, il y a quelques semaines. On voit bien aujourd’hui que le Front de l’Espoir n’a pas de chef véritable, reconnu comme tel par tous. L’Opposition est dans une situation impossible. Le PTr occupe une position centrale. Sans le PTr et dans une lutte à trois ou quatre (PTr, Espoir, MSM, Linion de Laurette), toutes les cartes sont redistribuées et l’Espoir n’est pas du tout sûr de gagner de manière décisive.

L’Opposition est en panne. Et ce n’est pas une conférence de presse hebdomadaire qui la redynamisera !

* La déception par rapport à l’opposition est encore plus grande en ce qui concerne le MMM. Après la démission des membres du Comité régional de Goodlands, Madun Dulloo est parti lui aussi. Certains militants de longue date, aujourd’hui déçus, disent que le parti est en total déphasage et que son leadership est emprisonné dans un vieux schéma… Le pensez-vous également ?

Le MMM est en train de devenir l’ombre de lui-même. Il subit une hémorragie constante et son implantation rurale s’effrite d’élection en élection, ce qui décourage ses soutiens ruraux et incite à la défection.

Deux ans après sa troisième défaite électorale consécutive, le MMM ne s’est pas encore repensé, n’a pas changé de leader non plus. Au contraire, il a perdu depuis 2018 trois de ses chefs potentiels : Alan Ganoo, Steven Obeegadoo et Kavi Ramano. Il perd maintenant Dulloo, qui un temps était premier ministrable. Que se passe-t-il dans ce parti ? Il est celui qui cristallise le plus les rancœurs ; tous ses ténors l’abandonnent et, après 25 ou 40 ans de bons et loyaux services, ils n’ont droit à leur départ qu’à un sonore et choquant « Bon débarras ! ». Le MMM se distingue par une forme d’ingratitude surprenante. Qui ne voit pas que Dulloo s’en va parce que Bodha arrive! Qui ne sent pas que Bérenger mise désormais tout sur Bodha alors que ce dernier n’est même pas du MMM et est en train de rater son entrée ?

* ce qui vient compliquer les choses pour le MMM, c’est que la jeune génération de dirigeants du parti n’inspire pas confiance non plus parmi bon nombre de militants. Celle-ci est considérée comme étant « trop bourgeoise », parait-il. Est-ce injuste, selon vous ?

Il ne faut pas être injuste envers les jeunes. Ils s’impliquent en politique, donnent de leur temps, et ce, souvent avec passion. Les jeunes du MMM croient sincèrement en Bérenger et le défendent bec et ongles. Or, c’est bien là le problème. Ils n’assument pas leur place, ils ont intériorisé la toute-puissance du leadership, ils ne travaillent pas assez sur le terrain et au sein des instances, ils ne s’imposent pas comme des figures nationales…

Autrefois, le MMM avait 10 ou 20 figures nationales reconnues comme telles (outre Paul Bérenger, les Cassam Uteem, Jayen Cuttaree, Jean-Claude de l’Estrac, Ramdath Jaddoo, Swaley Kasenally et autres Prem Nababsing). Aujourd’hui, le parti compte certainement des politiciens sincères mais il n’y a plus de grandes figures.

Voyez Joanna Bérenger : un bon élément, une personnalité sympathique, une ambition saine. Mais elle est en train de devenir la députée d’un seul thème : l’écologie. Il lui faut dépasser ce terrain, aller vers la politique nationale, l’économie, renforcer sa carapace, aller au combat. Dans la jungle sans pitié qu’est la politique mauricienne, où les coups volent bas, où toutes les ruses sont permises, où se battent sauvagement de grands fauves aux mille cicatrices, « being a nice girl is not good enough ! »

* Par ailleurs, comment se porte l’Entente de l’Espoir, de votre point de vue, avec l’apport de Nando Bodha et de Roshi Bhadain, et quel va être son impact en tant que force politique dans les prochaines années ?

L’Alliance de l’Espoir est une coalition disparate que seul cimente la volonté de faire partir Pravind Jugnauth et le MSM. C’est un « Anybody but Jugnauth… ! », un ‘patchwork’ d’intérêts divers. Tiendra-t-elle la distance, sans chef incontesté ?

Je crois que Navin Ramgoolam est prêt à tout saborder s’il ne dirige pas personnellement cette coalition. Avec un fort apport musulman renforçant sa bonne base hindoue dans les villes, le PTr peut objectivement faire mieux que L’Espoir MMM-PMSD-Bodha-Bhadain aux prochaines municipales ; et c’est là toute la stratégie de Ramgoolam : forcer le ralliement de tout ce qui n’est pas MSM autour de lui. Autrement, il provoque la défaite de tout le monde.

Nando Bodha ne s’est pas encore imposé et, en refusant de provoquer une élection partielle dans la foulée de sa démission du Gouvernement pour revenir en force, il a un peu raté son entrée dans l’Opposition. Quant à Roshi Bhadain, il est efficace et éloquent mais il est très vulnérable car beaucoup d’électeurs de l’Opposition n’oublient pas son passé.

Xavier Duval fait un bon Leader de l’Opposition et un rassembleur de celle-ci. Mais son parti est plus proche du PTr que du MMM et, en plus, les sirènes du MSM chantent constamment dans les oreilles des partisans PMSD, leur rappelant qu’il fut un temps où le PMSD au pouvoir pouvait leur procurer emplois, privilèges et avantages alors qu’aujourd’hui…

L’Alliance de L’Espoir doit donc d’urgence se souder, se définir comme une force de propositions et clarifier rapidement ses positions face au PTr avant de repartir à la conquête de l’électorat.

* Toutefois, il est évident – et les leaders du MMM et du PMSD respectivement en sont sans doute conscients – que gagner les élections, sans l’apport du PTr, pourrait s’avérer hors de leur portée. Il faudra donc se mettre d’accord sur la question du leadership de l’Entente, tôt ou tard ?

Je ne pense pas que le PMSD et le MMM aillent au-delà d’une entente tactique et limitée dans le temps. Ces deux partis sont devenus essentiellement des partis urbains et, avec Bruno Laurette entre leurs pattes désormais, ils se disputent un électorat particulier. Or, non seulement ceci affaiblit-il objectivement ces partis en les divisant mais une telle union Duval/Bérenger/Laurette fait le jeu de Pravind Jugnauth en milieu hindou : il agitera l’image toujours infecte d’une ‘menace’, appelant au rassemblement.

La situation de L’Espoir est donc extrêmement compliquée. Le PTr (s’il reste hors de l’Espoir), en permanence, va vouloir attirer à ses côtés son vieux partenaire, le PMSD. Bodha et Bhadain ne suffisent pas, de leur côté, pour que le MMM puisse rebondir en milieu rural car leur base est essentiellement urbaine. Comme Madun Dulloo, beaucoup de militants pourraient ne pas vouloir de Bodha comme Premier ministre éventuel. L’Espoir risque de devenir, au fil du temps, une véritable ‘Tour de Babel’.

* Le gouvernement s’est attelé, ces derniers 18 mois, à combattre la Covid-19 tant sur le plan médical qu’économique. On ne sait pas si l’action gouvernementale est dictée par les sondages, mais toutes ses initiatives semblent être bien réfléchies et surtout dictées par des considérations politiques, ce qui ira en s’accentuant à l’approche des prochaines élections législatives. Quelle lecture faites-vous de la stratégie du MSM et de son leader ?

Même s’il est très sévèrement critiqué, le Gouvernement a, à son crédit, de nombreuses initiatives réussies et porteuses à long terme.

Ce qu’il faut bien comprendre pour cerner le personnage et la stratégie de Pravind Jugnauth, c’est qu’il est – par nature – très différent de Sir Anerood et il exerce le pouvoir de manière fort différente.

D’abord, SAJ réagissait souvent avec beaucoup d’émotion et de précipitation. Pravind Jugnauth est plus silencieux et cérébral ; il affiche moins ses sentiments et ses plans, il écoute mais n’entend pas vraiment au fond ce que lui disent ses interlocuteurs et il change rarement d’idées.

Pravind pense et respire la politique matin et soir. Davantage que son père, il est toujours dans le ‘management of public opinion’. Il évalue presque tout en termes de gains et de pertes politiques et il agit en conséquence. Il privilégie en permanence les amis du MSM et ne se soucie pas trop de ce que pensent ses ennemis ou ceux qui ne votent pas pour lui.

Dans sa définition de stratégies politiques, Pravind Jugnauth est aussi très différent de SAJ. Sir Anerood, sachant autrefois que le MSM était plus faible que le MMM et le PTr, préparait ou faisait souvent de grandes coalitions en se ménageant un ou plusieurs alliés forts. Mais il gardait le contrôle absolu du gouvernement de par sa position de Premier ministre : le PTr en 1983 et en 1987 ; le MMM en 1991, en 2000 et en 2005 ; le PMSD en 1983, en 1987 et en 2014.

Pravind Jugnauth, lui, en 2019, a fait en sorte que le MSM devienne le premier parti du pays et il a gagné le pouvoir sans grand parti comme son allié. Sa stratégie a été de gagner seul et à tout prix le ‘Hindu belt’ (les circonscriptions 5 à 13), et ce, en grapillant des sièges d’alliés régionaux forts dans d’autres circonscriptions (Alan Ganoo à Rivière Noire, Steven Obeegadoo à Curepipe, Kavi Ramano à Quatre-Bornes, Ivan Collendavelloo à Rose-Hill, etc).

Sa victoire de 2019, dans ce scénario d’un seul grand parti gagnant une élection (la première depuis 1959), a changé la donne, prouvant qu’il est possible de gagner sans grand allié à ses côtés. Pravind Jugnauth veut rééditer le coup en 2024, sachant que ni le PTr ni le MMM ne voudront s’engager dans une coalition avec lui.

Le Premier ministre travaille donc à sa victoire de 2024 avec en ligne de mire, l’objectif de battre Navin Ramgoolam dans le ‘Hindu belt’ une troisième fois; il va s’entourer de technocrates et de professionnels venus de la classe moyenne hindoue, il va attirer le PMSD et conserver les Ganoo/Obeegadoo/Ramano, etc., en visant non pas une majorité des suffrages mais toujours une majorité de sièges parlementaires et, enfin, il va laisser le MMM se dissoudre dans la plaine au fil du temps. Jusqu’ici cette tactique a été politiquement payante.

L’ironie de la situation, c’est que le PTr s’en inspire également aujourd’hui. Au cas où une grande coalition de l’Opposition ne se concrétiserait pas, Navin Ramgoolam songe lui aussi à ramener à ses côtés le PMSD, à devenir le challenger direct du MSM dans le ‘Hindu belt’ et à grappiller quelques sièges dans les villes grâce à la contribution de leaders régionaux musulmans, quitte à prendre le risque de diviser les voix.

On dira qu’il resterait au MSM de s’allier au MMM. Mais voit-on vraiment le MMM sauter dans la galère MSM avec l’impopularité du Gouvernement, ce qui risque de se prolonger avec la poursuite de la Covid et la crise économique qu’elle provoque dans son sillage ?

* Pourquoi le PTr et le MMM ne peuvent-ils pas s’entendre pour proposer une vraie alternative ?

Pour la même raison qu’en 2019 ! Le PTr ne veut plus s’alourdir et trainer avec lui le MMM et Bérenger. Cela ferait le jeu de Pravind Jugnauth dans le ‘Hindu Belt’. Les partisans MMM accepteraient à la limite un PTr boolelliste mais ne veulent plus de Ramgoolam qui, depuis 1995, ne fait que les rouler dans la farine. C’est extrêmement compliqué.

* Faut-il conclure que la situation politique est donc irrémédiablement bloquée ?

La situation politique mauricienne est absolument bloquée et elle ne pourra pas se débloquer tant que Navin Ramgoolam et Paul Bérenger restent en poste. Or, non seulement restent-ils en place deux ans après les élections mais rien, ni personne ne peut les obliger à partir. Cela aussi, je l’ai toujours dit : Ramgoolam et Bérenger partiront seulement quand ils le voudront et pas sous pression. Plus on leur dira de partir, plus ils resteront.

Ces deux leaders sont d’un orgueil incommensurable, à peine croyable. Ils détestent la contradiction et sont rancuniers à l’extrême. Ceux qui ne comprennent pas cela ne comprennent rien du tout à la politique mauricienne. Nous sommes définitivement dans l’impasse !

* Published in print edition on 8 October 2021

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