Institutions en crise – les jeunes en font les frais !

Les journaux regorgent d’incidents concernant les jeunes. Les délinquants, les violents, les adolescents en cavale, les collégiens faisant l’école buissonnière… on n’en fait aucune omission.

Que dit-on ? Les jeunes incontrôlables ou une caste à part. Une génération que les adultes ont beaucoup de mal à comprendre. Des théoriciens – pour en citer deux exemples – René Girard et Françoise Héritier ont essayé de trouver des réponses dans d’autres sociétés et à d’autres époques. Pour ces professeurs et chercheurs d’Amérique, de France les jeunes qui se défoulent se retrouvent partout. Le mécanisme de violence, du mauvais comportement peut se décrire comme un cercle vicieux. Une fois qu’un jeune est entré dans ce cercle, il est incapable de s’en sortir. Il faut toujours une victime émissaire, un moyen pour prouver sa domination et des prétextes pour contourner les accusations.

Comme les collégiens sont plus libres pendant la période des révisions (study leave) et d’examens, ils ont certains droits pour rentrer et sortir comme ils veulent. On les voit dans des arcades, des cybercafés, et des coins de fast-food. Difficile de contrôler leur allée et venue. Tant qu’ils ne créent pas un climat de permanente insécurité, comme c’est le cas dans les gares et places publiques après les heures de pointe, personne ne proteste ou dit sauve-qui-peut !

Qu’est-ce qui peut bien expliquer pourquoi, même sans généraliser, pourquoi beaucoup de jeunes ne pensent qu’à se défouler ? Pour sûr, toute innovation technologique avec les sites qui donnent des manières canailles et les gadgets aide à se défouler seul et en groupe. Et les limites chez soi et ailleurs ? Voilà où on voit la faillite de nos institutions. La famille elle-même a favorisé ce genre de défoulement et n’arrive pas toujours à confisquer les portables, tablettes, etc. Première institution en déroute. Quand les jeunes exigent d’avoir ces outils pour des recherches, projets, etc., ils tombent vite dans le piège. Et parfois il faut comprendre ces pères et mères de famille après leur journée de travail et leur envie d’avoir la paix. Mais le degré de contrôle finit par disparaître plus ou moins.

Autre institution qui est dépassée par les cas qu’on dit insupportables. L’école ne peut plus s’armer de courage et de patience. Ecole publique, école confessionnelle et même privée – cachant ou non certains incidents à la presse – se rendent compte que le climat est tel qu’il vaut mieux prendre garde lorsqu’on voit les agissements de certains jeunes. Le risque d’être insulté, menacé peut provenir d’une fraction des élèves. Les professeurs le savent ; ils ne tiennent plus compte de ces histoires. Aux parents de se débrouiller.

Tout récemment, un petit de Form 1 (collège des Plaines Wilhems) a eu le bras plâtré ; un grand dont on ignore le nom, la raison de la violence a poussé une porte sur les petits et a disparu. Combien de cas de violences scolaires dans le monde et dans notre petit pays ? Au Canada, à Montréal, un professeur raconte avoir servi de punching bag a un jeune en colère. Chez nous aussi la liste s’allonge. Qui rappeler à l’ordre ? Les enfants ? Les parents ? Ou la société ?

Souvent au nom de la tranquillité, de la paix, les institutions temporisent. C’est que le moment favorable pour agir peut attendre. Et les autres, tant pis s’ils se scandalisent, et tant mieux s’ils oublient les frasques de ces jeunes ! L’Ombudsperson a encore raison de dire « Nous avons un choix à faire entre le punitif et le réhabilitatif. On penche du côté punitif. »

En crise aussi la police et la justice. Il suffit de voir la prise de position de l’Ombudsperson for children. Elle crie au scandale. Notre système judiciaire n’est-il bon qu’à pénaliser une catégorie de personnes, de jeter en prison les petits requins ? L’Ombudsperson rappelle dans une interview (l’express du 17 octobre 2016) qu’un texte de loi (article 14) n’est pas appliqué en accord avec ce que préconise la Convention internationale des droits de l’enfant et les conséquences en sont désastreuses.

Que de jeunes se retrouvent en situation de victimes et ne sont plus en mesure d’être réintégrés à cause des interprétations controversables. Des vies gâchées faute d’un cadre légal en bonne et due forme. D’autres cas on entend dire pas de témoin et donc l’affaire est renvoyée ! La police, les citoyens y fait de moins en moins confiance et pour cause…

Pour en finir la politique en crise ! Le vocabulaire de plus en plus fort pour condamner une institution qui est incapable de comprendre les failles à tous les niveaux, de redresser la situation économique, sociale, pénitentiaire. Nous vivons dans une attente crispante. Nous entendons les gens faire le procès des dirigeants. Mais eux restent terrés dans leur caverne ou font la sourde-oreille. Nous déplorons l’attitude de nos jeunes qui se défoulent à leur manière. Jusqu’à quand va durer la crise ? Questionnement sans réponse jusqu’ici.

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