Education dans un goulot d’étranglement

A la veille des examens, tout est chamboulé. Les élèves protestent, les médias et les réseaux sociaux en profitent pour souligner les torts des uns et des autres.

Le ministère de l’Education dit son dernier mot : chapitre clos. Plus rien à dire et plus rien à changer !

Le scénario n’est pas nouveau. Dans les années 1970, les protestations des jeunes avaient fait des ravages. Qui pourrait oublier les incendies, les descentes dans la rue et les revendications pour améliorer les conditions de vie ? Aujourd’hui, parmi les parlementaires, il y en a qui ont soutenu les causes bafouées durant les années de braise. Comme ils sont passés de l’autre côté de la barrière, ils ferment les yeux sur les problèmes du petit peuple, la misère qui court les rues et surtout sur les mesures qui pénalisent des élèves.

Les mêmes qui ont condamné le capitalisme et le conservatisme seraient-ils devenus des pros du totalitarisme ? Les négociations piétinent et finissent par laisser place à un silence lourd de grogne. Sommes-nous arrivés au point où la tricherie sauvera des élèves ? Apparemment des rumeurs circulent et les médias en parlent (voir l’express du 12 septembre 2016). Il parait que dans certains collèges, les recteurs et managers, hommes et femmes, ne souhaitent pas porter un coup à la réputation du collège en faisant baisser le taux de réussite et en excluant les bons élèves qui peuvent top the list lors de la proclamation des résultats.

Comment vérifier toutes les preuves concrètes sur le taux de présence obligatoire ? Entre eux-mêmes, les élèves trouvent les moyens de contourner les procédures pour sauver leur peau. Steve Obeegadoo, en sa capacité d’ancien ministre de l’Education, avance avec raison le flou qui planait par rapport aux procédures. Son interrogation sur l’absentéisme, à savoir, « Les collèges sont-ils dotés d’un système infaillible contre l’absentéisme ? » démontre que jusqu’ici aucun collège ne peut prétendre avoir contrôlé efficacement les absences et les présences en classe.

Les registres fonctionnent un peu comme le système établi de clock-in et de clock-out. Ce n’est pas compliqué de faire croire que nous sommes dans les parages et que nous arrivons – mais quand ? Une minorité sera en classe pour ne pas déroger aux règlements. La majorité profite pour s’éclipser en douce et pour faire ses devoirs et révisions ailleurs. Les élèves l’admettent sans vergogne : « Au dernier trimestre, si le syllabus est bouclé, on ne fait plus grand-chose. Pas la peine de marquer sa présence et de jouer aux cartes alors que certains enseignants ne viennent même pas en classe ».

Et les révisions ? Celles-ci ont lieu soit dans les cours privés à titre individuel ou collectif, soit chez soi en toute tranquillité ! C’est le système qui le veut. On ne change pas ce système du jour au lendemain. Il fallait dès le mois de janvier établir un calendrier bien clair et expliquer toutes les suites fâcheuses de l’école buissonnière, de préférence pour les leçons ou cours particuliers à une classe normale, etc. Et encore, qu’est-ce qu’une classe normale quand les élèves se plaignent du manque de professeurs et du manque de classes ?

Pourquoi cacher que l’école a beaucoup perdu de sa vitalité ? Depuis un bon bout de temps, ne nous sommes-nous pas dirigés à contre-courant des objectifs de l’éducation : donner une chance à tous ? Le vent de pessimisme qui souffle ces derniers temps ne doit pas faire oublier que les jeunes, pour beaucoup, sont des têtes brûlées. Un contre-pouvoir est dans les airs. Après le monde de l’Education fragilisé, ce sera le monde du Travail et ainsi de suite. Presque toutes les institutions subissent dans la foulée des critiques.

Les jeunes friment-ils en protestant contre les autorités ou ne veulent-ils pas débourser dans le vide ? C’est que les parents doivent payer pour un time-table, pour un certificat ne se contentant pas de régulariser la situation de leur enfant. Une fois les examens terminés, les protestations seront d’une autre nature. Quelles places réservées ? Quelles études possibles ? Et dans quelle université ?

Il est bien révolu ce temps où les jeunes pouvaient croire que leur avenir est garanti. Le salon de l’étudiant est-il le même que le salon des métiers ? On veut bien choisir de suivre des cours, obliger les parents à prendre des loans mais à la fin de ces 3 ou 4 ans, que se passe-t-il ? On dévalorise tellement de métiers pour en glorifier d’autres que l’Education projette l’image de produire des chômeurs. On est venu au point d’exporter nos diplômés.

Et pour cause ? Réduction du personnel dans tous les secteurs. Même dans les supermarchés c’est évident : pas de manager à plein temps, comptable à mi-temps et 2 ou 3 caissières seulement pour les 10. Dans les banques, les bureaux de poste parmi tant d’autres, la patience est à bout. Quelques jeunes recrues se débrouillent tant bien que mal ! Les autres sont sur des listes d’attente et pour combien de temps ? Leur certificat ne sert à rien pour l’heure.

Le monde de l’éducation, comme le monde de la justice et celui de la politique n’inspire plus confiance. Le jeune est désabusé. Il attend mais ne tardera pas à sortir de son état d’hibernation.

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