Récit d’un voyage

Andalousie – patrimoine arabe et terre chrétienne…

Le sud de l’Espagne étonne au plus haut point par ses monuments, tours, jardins, mosquées, églises. Et par son histoire ou sa culture. Washington Irving, diplomate, historien et voyageur s’en est inspiré pour écrire son bel ouvrage « Contes de l’Alhambra ». Pour le citer : « combien nous fûmes sensibles à ce fort mélange de sarrasin et de gothique, qui date du temps des maures, et au caractère particulier de certaines scènes de rues qui nous évoquaient des passages des Mille et une nuits ». L’Andalousie, c’est à la fois Séville, Grenade, Cordoue, Malaga avec les mythes de Don Juan, Carmen et les légendes des infantes, du prince Ahmed Al Kamel.

La Sevilla est très visitée pour sa cathédrale gothique qui a remplacé la vieille mosquée du XVe siècle. Anglais, Chinois, Italiens et autres touristes ont tous envie de voir le tombeau de Christophe Colomb, le grand explorateur à la découverte du nouveau monde – l’Amérique. Un escalier de 35 marches conduit tout droit à l’ancien minaret converti aujourd’hui en clocher. Le palais du Real Alcazar est classé aujourd’hui au patrimoine mondial. Ancienne forteresse, citadelle devenue le palais des rois chrétiens. C’est un lieu qui a aussi abrité un roi poète séduit par les jardins et fontaines. Le nom le plus retenu est celui de Pierre le Cruel qui rencontrait son amante dans les patios et jardins. Sous les voûtes, dans un sous-sol on peut visiter le Bain des Dames, de Maria Luisa.

Sur les places comme Santa Cruz des statues de Miguel Cervantès – fameux auteur de Don Quichotte et du peintre Murillo trônent. Des quartiers pittoresques avec des rues pavées et des petits magasins exposant leur artisanat ou leur châle de gitane. Subitement on s’arrête pour découvrir une petite porte ouvrant sur un lieu de culte – la Vierge des marins. Une autre église célèbre pour la guérison des yeux. A croire que chaque petite communauté veuille associer légende et croyance. On se croirait dans des endroits où la pollution n’existe pas, où les cuisines sans toit sont plus conviviales. Les petits restaurants vantent leur tapas – friture de poisson ou autre.

Ville magique d’Andalousie : Cordoue qu’on visite en un jour. Chaleur étouffante qui n’empêche pas pour autant de marcher sur le pont romain du fleuve Guadelquivir. Fleuve qui servait au commerce entre les deux parties de l’ancienne capitale de l’Emirat. La mosquée-cathédrale : véritable chef-d’œuvre avec sa façade, ses 1000 colonnes, sa Cour des orangers, la porte du sultan. Le miracle de ce monument s’explique par la coexistence de deux cultes – la moitié réservée au culte musulman et l’autre moitié consacrée à l’adoration du Christ à l’époque. A l’époque du Califat, s’y trouvait un Coran recouvert d’or et garni de perles et de rubis conservée désormais dans la Bibliothèque Impériale de Saint-Pétersbourg.

Les musées, tavernes et les patios corduans montrent ce désir de conserver et de donner à l’histoire toute sa place. Un petit musée – Galeria de La Inquisicion dans la Juderia ou quartier juif – expose des tableaux et instruments de torture qui obligent à remettre en question les pratiques barbares. Les grands coupables sont Isabelle la Catholique, Ferdinand d’Aragon qui ont tout fait pour expulser la communauté juive et tous les hérétiques. Même les filles catholiques qui protestaient contre la maternité subissaient des tortures horribles sur des chaises avec des clous, des roues… Ces horreurs sont d’un autre temps. Cordoue veut surtout plaire par ses spectacles et flamencos.

Granada tout comme les autres villes a un nombre surprenant d’églises et de chapelles. Elle s’impose par le château d’Alhambra aux murs rougeâtres. Forteresse militaire et résidence royale des musulmans, l’Alhambra tomba aux mains de Ferdinand et Isabelle en 1492. Beaucoup de souvenirs entourent l’ancien château ; la fontaine où sont décapités par Aben Hassan les Abencerages qui sont soupçonnés de comploter contre le trône, la légende la reine Zorayda enfermée dans une des tours, le sacrifice de Boabdil qui a eu à descendre au moyen d’écharpes d’une tour pour s’enfuir à Guadix.

Malgré les bonnes deux heures d’attente, personne ne regrette de pouvoir arpenter les splendides salles, découvrir les fontaines, les allées fleuries et les jardins avec leur cachet oriental. Tout est grandiose – architecture, mariage du vert et de l’ambre, ornement. Washington Irving le résume en ces termes : « Tel est l’Alhambra… élégant vestige d’un peuple brave, intelligent et raffiné qui conquit, gouverna et passa ».

Plus loin l’Alcazar du Genil où la noblesse célébrait des banquets et où le roi Boabdil a remis les clés de Grenade aux Rois castillans même si on raconte que c’est dans une ancienne mosquée, aujourd’hui l’ermitage de San Sébastian, que cela a eu lieu. Les palais des marquis, comtes sont transformés en Centre des langues modernes, Ecole de commerce ou archive historique. Le charme de Grenade ne doit pas effacer un côté plus simple mais authentique de Sacromonte – quartier des gitans en pleine montagne. Faut grimper une cinquantaine de marches pour atteindre un musée étrange qui retrace le mode de vie primitive, la cuisine, l’artisanat et la danse d’une ancienne tribu de l’Inde et de l’Egypte. Musée qui est une cave toute blanche creusée dans la montagne.

Les provinces du sud de l’Espagne sont de véritables modèles de l’interculturalité. On foule un sol imprégné de l’orient et de l’occident. A aucun moment on a l’impression de vivre le moindre « clash of civilisations ». C’est ce qui manque dans d’autres contrées. C’est à voir.

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