La rue : Point noir des politiques

Du contrôle des excès de vitesse à la lutte contre l’alcool au volant et les gangs qui sèment la terreur, en passant par les difficultés à assurer une circulation plus fluide et à sévir contre les brigands de la rue, le pays est confronté à plusieurs problèmes.

Il n’est pas de jour où on n’entend pas parler de morts sur les routes, de hit and run, de « trafic » qui retarde …

 Peut-on contrer les abus ? La première hypothèse est que c’est un défi difficile à relever à cause des ambiguïtés de notre développement. Qui va freiner les travaux par rapport aux drains et ouvrir les rues ? Qui va écouter les riverains, les gens qui protestent d’avoir à faire des détours ? Pas les ministères concernés et encore moins les municipalités. Le budget alloué, déjà voté, empêche de recommencer à zéro ou de déplanifier. En attendant, les gens subissent toutes sortes de pollution – la poussière, la boue, la fumée des cigarettes, les bruits et les klaxons à toute heure – car les complaintes ne servent pas à grand-chose.

Signalons aussi les promeneurs des chiens. La rue, faute de zone réservée à cet animal de compagnie, est le meilleur endroit pour les crottes. Quoi de plus normal dans la rue car la cour, entend-on, se doit de rester propre. C’est le pauvre piéton qui doit subir les odeurs et doubler sa vigilance pour ne pas en mettre plein les chaussures.

Résoudre les problèmes du jour au lendemain relèverait du miracle. J’en parle en connaissance de cause. Les procédures encore lourdes traînent et empêchent d’intervenir, ne serait-ce que pour soulager certains résidents. Qui va annuler les contrats alloués pour la construction des bâtiments, restaurants ou centres de jeux causant problème à des citoyens paisibles ? Qui va empêcher les ateliers et restaurants de travailler au-delà de 22 heures ? Le copinage et la politique nous bane sont à l’ordre du jour. Revoir ces constructions sauvages, abusifs, qui sont à même le trottoir ou près des arrêts d’autobus, ce n’est pas une priorité pour les décideurs. Que conclure ? La politique de pas casse la tête persiste de plus belle.

La rue appartient de moins en moins au bon citoyen. Il ne veut pas avoir affaire à ces bandes qui roulent à lui faire peur, à ces jeunes qui disent des jurons sans tenir compte des passants, à ces gens qui provoquent les mineurs, à ces chauffeurs qui garent leur voiture n’importe où jusqu’à pousser les marcheurs à avancer carrément sur la route.

La loi prévoit certains délits comme, par exemple, le non-respect des feux rouges mais les plus flagrants délits sont commis au grand jour et sans qu’il y ait sanction. Qui sont les rois de la rue ? Les récidivistes en partie ; ils savent que repartir quelques semaines ou mois en prison est une seconde nature. Ils le feront, ressortiront et recommenceront à faire de la rue leur territoire.

Comment avoir l’argent ? Du travail, il n’y en a pas. Les gens de plus en plus méfiants à voir certaines têtes, sans oublier les préjugés, leur claquent la porte au nez. Donc pas de chance de gagner une journée en faisant du jardinage ou du nettoyage. Seuls moyens : arracher les sacs dans les rues désertes en pleine journée, voler les portables, et franchir les murs pour voler des fruits et les vendre dans certains coins de rue. Spirale de délits qui s’accompagnent parfois de violence…

La rue fait aussi le bonheur des faux taxis ou taxis-trains. Et comment ? Avec un transport pas fiable du tout et les longues minutes d’attente aux arrêts d’autobus, les pauvres gens sautent dans ces taxis pour arriver à temps au travail ou autre destination. Ont-ils tort ? Non. Ils savent très bien que ce n’est pas dans leurs moyens pour réclamer un mode de transport à leur convenance.

La rue fait de plus le bonheur des laveurs de voiture. Dans les centres- villes surtout, on voit ces laveurs avec leur seau d’eau et certains avec leur appareil-karcher – pour faire briller la voiture de maître. Plusieurs propriétaires choisissent ce mode de lavage et se moquent bien des commentaires d’un citoyen qui se scandalise. La rue est publique. De quoi se mêle-t-on alors ? On s’en fiche bien que l’eau savonneuse coule dans les cours et inonde la rue. Tout est permis dans la rue où le policier décide quand intervenir et contre qui !

Eh ! Oui. Peut-être même ne pas intervenir contre ces chauffeurs qui font semblant de ne pas voir les plaques ‘No Entry’. Beaucoup de ces plaques ont perdu, il est vrai, leur belle couleur rouge. Prétexte qui marche à merveille ! On n’a pas bien vu. On fonce en plein jusqu’au bout de la rue. Tant pis pour ceux qui viennent en sens inverse et tant pis aussi pour un enfant qui fait du patin à roulettes et pour lequel la rue est un espace de loisirs.

Comment avertir les policiers qui sont ailleurs ? Eux vont là où ils ont fort à faire et croient plus convenable pour leur job et sécurité de ce job : klaxonner et mettre à pleins yeux les phares le long de la route St Jean, au carrefour de Jumbo et sur l’autoroute pour que les voitures des élus et nominés politiques passent sans être coincés par les autres… Même une ambulance transportant une victime de la rue n’aura pas la prérogative de devancer ces policiers transformés ni plus ni moins en esclaves modernes !

La rue reste envers et contre tout le lieu de défoulement, de fréquentations, de rencontres et malheureusement s’expose à des risques qui pourraient déboucher sur une crise morale…

* Published in print edition on 24 June 2016

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