Nos écoles: tourner en rond ou quoi?

Teachers’ Day en ce lundi 5 octobre 2015 est toujours l’occasion de favoriser des rencontres, de se poser certaines questions, de lancer des réflexions sur Facebook ou dans la presse, de montrer sa gratitude envers des professeurs… Au centre de Quatre Bornes – en de nombreuses fois les syndicats et autres ont voulu mobiliser des enseignants et écouter des intervenants des institutions secondaires et tertiaires sur le système éducatif. Cette année-ci la ministre de l’Education Leela Devi Dookun a défendu le projet de réforme. Des mots comme durabilité, revalorisation du métier de l’enseignant étaient à l’ordre du jour.

Mais dans quelle mesure ces échanges sont-ils fructueux ? Connaît-on suffisamment le contexte des écoles publiques, laïques, confessionnelles et privées ? Comment se passe le recrutement des élèves ? Et des enseignants ? Pourquoi la compétition et les A ou autres distinctions rongent-ils le système ? Pourquoi alors le soutien scolaire, communément appelé lessons dans notre jargon a-t-il pris une telle ampleur ? Cela continue à alourdir le budget des familles. Vina Ballgobin lors d’une analyse avait signalé les prix de ces cours particuliers, pouvant aller jusqu’à 3000 roupies par tête. L’ironie, c’est que des parents acceptent de payer un prix fort ; pas tant pour satisfaire leur enfant que pour tirer une gloire de clamer haut et fort le nombre de A ou l’aggregate de leur enfant sans ajouter qu’il a croulé sous le poids des cours à l’école et après l’école. Le pire, cela continue à vider les classes pendant le dernier trimestre de l’année.

Réactions des professeurs des plus déconcertantes : ils se disent qu’ils n’ont pas la possibilité et encore moins le droit de lancer des appels aux parents pour contrer l’absentéïsme. L’ancien ministre de l’Education, soit Dharam Gokool, a laissé comprendre, dans une interview accordée à Mauritius Times, que c’est un système parallèle à l’école. La priorité des priorités n’était pas de faire un survey de ce champ d’activités. Donc c’est un must, quel que soit le niveau de l’élève et quel que soit l’établissement scolaire fréquenté ! Que se passe-t-il dans notre monde de l’éducation ? Les élèves courant d’un professeur à un autre, tout comme les politiciens et syndicalistes courant d’une manifestation à une autre, n’ont ni le temps de lire proprement, ni de réfléchir. L’élève robot, pantin s’installe dans notre société.

Est-ce un phénomène inquiétant ? Est-ce un constat d’échec pour l’Education à Maurice ? En France il y a eu dans les années 1990 des mesures permettant aux familles de bénéficier d’une réduction d’impôt de 50 pour cent pour les frais de ce soutien. Peut-être bien qu’on avance dans le même sens puisqu’on emprunte des pays du nord les idées de hub, d’Academia, etc. Tous les projets de réforme depuis plus de 10 ans sont plus ou moins similaires. Ouvrir les horizons pour sortir d’un système coincé. Par quels moyens ? Ecoles ZEP, Ecoles payantes (Bocage à titre d’exemple). Avons-nous pour autant changé nos mentalités ? Il suffit de faire le tour des écoles pour conclure que nous piétinons encore.

En théorie et avec des discours démagogues on peut faire croire à une révolution des mœurs. Mais dans la pratique les données indiquent que les défaillances scolaires ne sont pas liées seulement à la compétition accrue et la garantie des résultats mais à des facteurs comme l’ambition des programmes, les techniques d’enseignement, le nombre d’élèves dans la classe… Tenir compte des talents d’artiste comme une jolie voix pour préparer vers une carrière de musicien n’est qu’un palliatif. Cela compense sans freiner ces parents inquiets des résultats de leurs enfants et qui peuvent alors soutenir cette béquille de l’école sans souci et sans reproche. Ils ont eux aussi le culte des lessons ! Raisons : il y en a plusieurs et parmi la course vers le top classement, l’obtention des places dans les universités classées parmi les best, et pourquoi pas la consécration par le titre de lauréat.

Que des centres encadrent les jeunes aptes à s’améliorer en anglais, français, mandarin ou autre, cela se comprend. Nous avons les cas de l’Alliance Française de Bell Village qui a étendu sa capacité d’accueil avec ses antennes dans les villages et à Rodrigues et de British Council qui renforce les possibilités de bien parler. Mais qu’on crée un fossé de plus en plus large entre les catégories d’élèves qui payent souvent deux leçons par sujet en dehors du cadre scolaire et les catégories qui ne peuvent même pas quitter leur village pour une leçon et assumer les frais de cette leçon, c’est d’une injustice flagrante ! Les inégalités sont bien là et sont difficiles à combattre.

On est bien loin de la vérité aussi quand on accuse les professeurs des écoles publiques de s’enrichir et de moins bien faire en classe. Nos écoles privées souffrent du même problème. Les techniques pour mieux faire assimiler, réaliser une tâche complexe manquent de même que la présence d’enseignants par définition disponibles pour donner les mêmes chances de réussite aux élèves moins doués que les autres. Ce n’est donc pas le nom de l’école ni son statut que les parents doivent juger. High time que les autorités compétentes fassent honneur à leurs engagements en exigeant des rapports de ces écoles et en améliorant le système.

A Quatre Bornes ils ont bien frappé un coup fort en cassant les baraques et en forçant les marchands à bouger vers le Food Court, local inauguré depuis plus deux ans déjà. Les gens veulent de plus en plus des résultats concrets et ils n’ont pas tort.

  • Published in print edition on 9 October 2015

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