Renganaden Seeneevassen

Mauritius Times – 60 Years

The Last Journey…

By Hon Dr Sir Seewoosagur Ramgoolam

The death of Renganaden Seeneevassen has removed from our midst one of the most illustrious figures in our history. The country is shocked by this sudden and shattering tragedy, and the people have been struck dumb with grief, for he was always a man of the people. They have already given him a funeral reserved only to Princes and Kings. As in life so in death he towered above everything.

B. Ramlallah, Editor of Mauritius Times, with Renganaden Seeneeevassen at Gymkhana Club, Port Louis

We have hardly recovered from our first shock to realize the immensity of our public loss. Renga leaves a gap that can never be filled. To me a close and personal association of eighteen years has abruptly come to an end, at a time when his experience and guidance are most needed in the shaping of our future. But God’s will must be done, and in his robe of simpleness he is now before his Maker. Let us pray for his rest!

The country has lost one of its ablest sons and the poor and the humble their closest friend. He consumed himself in their service. We all know that the principal task of his life was to merge himself with the people whom he served loyally and faithfully to the end of his life.

Renga was a great democrat, and it is rare to find a man actuated with such high principles and ability of spirit. In the short time of his political career, he has achieved a fame which will go down to posterity.

He leaves behind him an example and a name to be remembered by generations to come. Such men are rare, but when they take root amongst us, we must learn to prize their memory so that the country may not be left behind in the vanguard of progress.

Renga dedicated his life to the service of the country, and in all his actions it could be discerned that this spirit of service was innate in him. He looked upon Mahatma Gandhi as his greatest master.

At the Bar, as a Municipal Councillor, and as a foremost political leader he always remained the gentleman who overpowered everybody by his magnetic personality and sincerity of purpose. He was a master of rhetoric, and all his public utterances are models of lucidity and logic.

As I said only last Tuesday in the Legislative Council he was “a symbol of national unity, of integrity and honesty of purpose, of loyalty and sincerity, of intelligence and wide-comprehension, of a life spent in the service of the nation.”

But we must not forget the man of action. He always had his feet firmly on the ground. For him, as Auden, the British poet, has said in his great poem “Spain”:

Yesterday all the past
Tomorrow, perhaps, the future
But today the struggle

Renganaden Seeneevassen is gone now. We pay our humble tribute to him, but while lingering near his shrine in our mourning let us extend our deep sorrow and sympathy to the young widow with three children who nourished and preserved for the nation such a great soul.


Ce Que Fut L’Homme

Par L’Hon. Guy Forget

Le politique, l’avocat, le parlementaire et l’orateur aimé des foules était généralement connu. Je suis invité à vous parler de l’homme et à évoquer quelques souvenirs personnels.

Bien avant que j’eusse eu l’occasion de le rencontrer, sa réputation l’avait précédé et était parvenue jusqu’à moi. Tant d’éloges m’avaient laissé sceptique. Et je concluais : réputation surfaite, enthousiasme d’amis.

Mais le jour de la première rencontre vint. Je fus surpris et ne crus pas à la vérité du personnage. Cette gentillesse, cette douceur de voix qu’accompagnait l’harmonie des gestes, cette élégance de tenue à laquelle répondait une distinction qui déconcertait par sa simplicité, ce respect de l’opinion émise quoique ne la partageant pas, cette cordialité qui se tendait, ouverte, et qui insensiblement s’emparait de vous — tout cela, pensais-je, ne pouvait être vrai, mais seulement le fait d’un esprit étudié et rompu à une excellente discipline. Même cela n’eut pas été sans valeur, ni sans mérite. Mais d’autres rencontres suivirent et l’homme se livra davantage, accentuant les traits qui devaient graduellement se confirmer et révéler définitivement cette nature exceptionnelle qui était en fait celle de Seeneevassen.

La gentillesse était vraie, l’élégance de tenue était naturelle, la voix conservait tout son charme, une tolérance largement compréhensive était une des qualités marquantes de son esprit, et l’homme se révélait un charmeur à qui on était heureux de se livrer à son tour, non par contrainte mais par une douce attraction qui ne vous procurait que délices.

Et cet homme, on l’a dit, était, à tout moment, d’humeur égale, et ne montrait jamais à son interlocuteur (qui était rarement un non-solliciteur) qu’un visage souriant et accueillant. Privilège réservé qu’à quelques rares natures d’exception.

* * *

Et nous voilà partis, à quatre, sur le même avion pour une mission dont l’importance place sur nos épaules une tâche des plus lourdes. Il s’agit de la première délégation (1955) à Londres. Guy Rozemont est déjà souffrant et votre serviteur est sujet au mal de l’air.

Mais il y a Renga à bord. A-t-il manqué sa vocation et y avait-il chez lui des dons spéciaux et une compréhension particulière pour ceux qui souffrent physiquement ? Toujours est-il qu’à tel ou tel moment où “ça n’ira pas”, où l’escalier de descente, à l’escale, apparaîtra soudain trop perpendiculaire, où le bras s’entortillera dans le manche du water proof, “quelqu’un” sera là. Une voix, dont on goûte mieux à ces moments la douceur, dira : “Laissez-moi vous aider, Forget”. Ou encore : “Comment vous sentez-vous ? Tout à l’heure ça ira mieux !” Et la magie a opéré. C’est Seeneevassen qui est à vos côtés ou qui s’est penché sur vous, et…  l’on se sent déjà “un peu mieux”.

Et, plus tard, quand il jugera que “ça va définitivement mieux”, la voix douce devenue gouailleuse vous dira un bon mot, et, devant le rire ou le sourire qu’il aura provoqué, il dira : “Astère-là, ou fine bien même !”

* * *

Au sein de la délégation, il sera la liaison entre tous, et, entre nous quatre, c’est lui qui règlera la température au cours de nos discussions — fort heureusement, quelquefois.

Nous n’avons jamais pris un taxi à Londres si Seeneevassen ne s’effaçait pour faire entrer ses collègues d’abord, et, très souvent, avant qu’on eût le temps de se grouiller, Seeneevassen à l’arrivée réglait déjà la course. Et le “Thank you, Sir ! ” que lançait le chauffeur était tel que l’on sentait que ces trois petits mots traduisaient autant la générosité de notre ami que la gentillesse qui l’avait accompagnée.

Mais quand le jour pour recevoir “les lettres de Maurice” arrivait, nul n’aurait pu le retenir longtemps hors de l’hôtel après l’heure où, il le savait, les petits carrés bleus, rangés, l’attendaient au “Postal Delivery” de l’hôtel. Seeneevassen était avec nous, mais sa pensée… était aussi à Maurice, au foyer.

* * *

En 1955 le Secrétaire d’Etat, à l’issue d’une des conférences de la délégation qu’il avait présidée, nous invita avec d’autres à déjeuner chez lui. Les convives sont assis à de petites tables pour quatre couverts. Le hasard m’a installé en face du Secrétaire d’Etat. A l’heure du café, les convives changent de sièges et Monsieur Lennox Boyd aperçoit Seeneevassen qui passe, Il s’adresse à lui — je préfère traduire : — M. Seeneevassen venez donc vous asseoir un peu à ma table et parlez-moi avec cette voix extraordinairement harmonieuse que vous possédez. Où avez-vous appris à parler ainsi et quelle université avez-vous fréquentée ?”

J’avoue que j’en éprouvai une certaine fierté.

* * *

Ramgoolam et moi, on se heurtait assez souvent. “Qui zotte gagné ?” disait la voix… Et nos aspérités fondaient, au contact du soleil de chez nous, instantanément ramené par la voix magique.

Ce que fut Seeneevassen pour la délégation de 1957 fut exactement ce qu’il avait été en 1955 — et ce qu’il resta jusqu’à cette séance (mémorable pour ceux qui étaient là) du Comité Municipal du mercredi après-midi, 4 juin, quelques heures seulement avant le départ définitif. Au cours de cette séance — la dernière — à deux reprises, il nous exhorta avec sa voix de magie et de bonté, à la générosité — aussi bien quand il fallait sévir que lorsqu’il fallait récompenser.

* * *

… Merveilleux testament d’un homme chez qui le trait dominant était peut-être cette générosité congénitale de tous les instants, à l’égard de quiconque, et qui, chez lui, engendrait ces autres attributs qui composaient le magnifique ensemble humain auquel le pays a rendu hommage splendidement, tel que le méritait ce fils distingué, ce patriote au noble coeur.

5th Year No 201
Friday 13th June, 1958


Mauritius Times ePaper Friday 12 August 2022

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