Budget 2015 : Interrogations et Commentaires

En attendant le budget du nouveau gouvernement qui sera vraisemblablement présenté lors de la troisième semaine de mars, il est peut-être utile de faire quelques réflexions sur les grandes orientations que cet exercice pourrait éventuellement insuffler à l’économie nationale. 

Le premier constat qui s’impose est que le prochain exercice budgétaire aura lieu dans un contexte politique favorable au gouvernement étant donné la confortable majorité dont il jouit au Parlement aussi bien que les opinions favorables dont il semble bénéficier dans l’opinion publique.

Même s’il paraît que ses bouillants partenaires ne soient pas disposés à être traités de manière trop cavalière, l’on n’a aucune raison de croire que le MSM et particulièrement le ministre des Finances ne procèderont pas sur un mode plutôt consensuel pour cet exercice de communication publique d’envergure. Vu la promesse faite par le chef du gouvernement concernant la réalisation du « miracle économique » deuxième version, l’on devrait s’attendre à un budget plutôt populaire sinon populiste.

A quoi doit-on s’attendre de cette prochaine déclaration de politique économique du gouvernement issu des urnes le 10 décembre dernier ? La composition plutôt hétéroclite, sur le plan de l’idéologie politique de la majorité actuelle n’apporte pas a priori des éléments de réponse à cette question. Il faut donc surtout s’appuyer sur l’expérience du passé et les quelques engagements qui avaient été pris pendant la campagne électorale. Par ailleurs, certaines de ses mesures, parmi les plus populaires, ont déjà été mises en pratique dès l’arrivée au pouvoir du gouvernement.

« La croissance économique comme moteur du progrès social par le biais de la création d’emplois » : cette formule lapidaire est devenue une constante dans les déclarations d’intention des gouvernements dans les économies dites émergentes. Maurice ne fait pas exception à la règle. Cette formule s’explique, à vrai dire, de façon logique pour un pays qui ambitionne de passer de son statut actuel de nation à « revenus moyens » au stade de pays à « revenus élevés. » D’ailleurs, tel a été le leitmotiv des récents budgets de l’ancien gouvernement et, sur ce point, on devrait s’attendre à de la continuité.

Cependant, ceci ne signifie nullement que nous allons nécessairement assister à une prolongation de la même politique économique même si, paradoxalement, le Grand Argentier de l’ancien régime se retrouve – par un concours de circonstances politiques – sur les bancs de l’actuel gouvernement. L’ironie que constitue ce fait n’échappera à personne.

Par ailleurs, cette situation ne manquera pas d’imposer quelques contraintes à l’actuel ministre des Finances ne serait-ce qu’au niveau du langage qu’il compte utiliser lors de ce premier grand oral s’il veut éviter des situations qui pourraient se révéler plutôt embarrassantes pour la majorité de la Chambre.

Pour en revenir à notre postulat d’une croissance économique soutenue dans la durée, il faut faire ressortir que sa réalisation – dans un environnement économique global extrêmement défavorable – limite considérablement les possibilités de s’appuyer sur nos relations extérieures commerciales et historiques comme cela a été le cas dans le passé. Celles-ci, offrant très peu d’avenues exploitables dans l’immédiat, devraient amener le gouvernement à se pencher davantage sur les facteurs internes de blocage de la croissance, entre autres, les questions liées à la productivité et la compétitivité nationale.

Suivant ce constat, il s’avère que la relance économique – comme condition nécessaire pour la création d’emplois rémunérateurs – n’aura donc des chances de se matérialiser qu’au prix de considérables efforts et par l’énonciation d’une vision cohérente et mobilisatrice pour une remise en cause de notre fonctionnement interne.

L’accent devra donc être mis sur une remise en question radicale de nos structures et de l’environnement opérationnel de l’économie. Or qui dit changement structurels, efforts et éventuellement « sacrifices » pose, dans le même temps, les questions suivantes :

– QUI portera le poids de tout cela ?

– Comment surmonter la résistance de ceux qui tirent leurs marrons du feu dans le système actuel ?

Les thèses dominantes jusqu’ici ont habilement évacué cette question en postulant que ce sont les forces du marché (la fameuse main invisible d’Adam Smith) qui devraient être déterminantes dans ce domaine. Il est sous-entendu dans cette approche que toute « intervention politique » dans la résolution de ces questions, pourtant si déterminante pour le modèle de société à laquelle nous aspirons, est condamnable.

Les défenseurs de ce mode de pensée ne semblent nullement perturbés par le fait que, sous ce régime libéral imposé depuis un certain temps déjà, les inégalités sociales ont explosé et une fraction grandissante de la population se retrouve marginalisée.

« A quelque chose malheur est bon », pourrait-on dire puisque la récession qui frappe les pays industrialisés depuis le déclenchement de la grande crise économique en 2008 permet, aujourd’hui, de remettre en question cette forme de pensée unique concernant l’infaillibilité présumée du « marché ».

Même nos bailleurs de fonds tels que la Banque Mondiale et le FMI pourraient difficilement nous le reprocher. Aujourd’hui, il existe un espace de liberté pour le gouvernement de faire des choix éminemment politiques. Même si cela peut paraître risqué au vu de l’expérience récente, le gouvernement ne devrait pas rejeter la notion de démocratie dans l’économie (pour ne pas utiliser la formule éculée et rester creuse de « démocratisation de l’économie») comme enjeu principal de la nouvelle donne pour sortir de la crise actuelle.

Cette nouvelle donne pourrait être constituée, entre autres, des choix à faire dans le cadre d’un nouveau tripartisme sous l’arbitrage d’un Etat résolument engagé dans son rôle de promoteur d’un développement social plus juste et équitable. Devraient être résolues, entre autres sujets prioritaires, les questions relevant des relations industrielles (les lois du travail ayant été ramenées à leurs portions congrues ces dernières années) dans le contexte de l’invention de formes alternatives de promotion de la productivité. Elle appellera aussi des réponses aux questions relevant du partage des revenus entre les acteurs économiques, ainsi que les solutions de portée moins immédiate telles que les investissements dans l’éducation et le système de santé.

Les mesures budgétaires qui seront annoncées dans environ un mois devraient apporter les premiers éléments de réponse quant aux orientations « idéologiques » du nouveau gouvernement. On persiste à croire que la sortie de crise pour Maurice se trouve dans une remise à jour dans le nouveau contexte mondial du partenariat Public-Privé.

Encore faut-il que l’Etat assume son rôle d’acteur prépondérant dans le façonnement de l’orientation du développement socio-économique et s’en donne les moyens.

* Published in print edition on 20 February  2015

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