2016 : Année de tous les dangers

Montée du populisme

Pour tous ceux qui ont à cœur de voir une évolution vers l’apaisement en ce qui concerne les événements tant au niveau mondial que local, force est de constater que – dans l’ensemble – cette année 2016 qui tire à sa fin aura été plutôt négative. En cela, elle est dans la lignée de celles qui ont suivi la Grande Crise Financière de 2008 dont les effets ne semblent toujours pas prêts de s’estomper.

L’année du Brexit et de l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis ainsi que de l’incessante tragédie en Syrie et des multiples attentats meurtriers à Paris et à Nice, aura ajouté une dimension exceptionnelle à une situation que déjà les instruments d’analyse économique et politique traditionnels arrivaient difficilement à cerner.

Si nous choisissons de mentionner ces événements comme étant parmi les plus marquants de cette année, c’est parce qu’ils illustrent parfaitement à la fois l’impuissance d’un ordre mondial qui disparaît et le quasi nihilisme qui semble prendre la relève. Quasi nihilisme marqué par une volonté populaire de changement à tout prix sans se soucier des éventuels dangers que celui-ci représente alors même qu’ils sont des plus évidents. Il ne s’agit pas ici non plus de revendiquer une défense à tout prix du statu quo. Par ailleurs, ce dernier a grandement contribué au désespoir des couches populaires de la société, voire même, des classes moyennes dans les pays avancés.

Il n’y a pas que les grands événements décrits plus haut qui font de 2016 une année charnière, historique. Elle passera probablement dans l’histoire comme celle où les premiers freins ont été imposés à un modèle de mondialisation axé sur l’idéologie néolibérale triomphante depuis les années 80 du siècle précèdent. Autant les syndicats, les partis et les intellectuels de gauche avaient précipité la construction de grands Etats sociaux-démocrates dans les pays avancés après la deuxième guerre mondiale, autant ils ont été impuissants à apporter une réponse cohérente et réaliste face à la montée de l’idéologie néo-libérale depuis la fin du régime bipolaire de la guerre froide.

Or, quelques décennies après que le duo Margaret Thatcher-Ronald Reagan ait enclenché le démantèlement de l’Etat-Providence et son remplacement par la suprématie de la loi du marché à force de dérégulations et de libéralisations, l’on entend plus parler aujourd’hui que des « populistes » de tout acabit qui se mettent au travers du projet de la mondialisation, plus précisément de la libre circulation des marchandises et surtout de la main-d’œuvre — causes abondamment exploitées par les partisans de « l’exit » au Royaume Uni et ceux de Donald Trump aux Etats-Unis. Juste retour des choses, serait-on tenté de penser, que ce soient les Anglo-Saxons, grands champions de la libéralisation et de la dérégulation tous azimuts, qui soient les premières victimes du retour de la manivelle.

La montée du populisme

Il est donc utile de s’attarder sur ce fameux phénomène de la montée du populisme afin d’essayer d’en définir les contours et tenter de comprendre les conséquences les plus déterminantes qui pourraient en découler dans un avenir proche. Il faut d’abord savoir que ce n’est pas là un phénomène inédit durant la période post 1945. Il s’est manifesté, par exemple, en Argentine sous le règne de Juan Perón pendant presque un quart de siècle et plus près de nous, en Italie, les gouvernements successifs de Silvio Berlusconi ont été des modèles mêmes de populisme dans un pays « avancé ». Parlant justement des dangers du régime populiste instauré par Berlusconi, le regretté philosophe Italien, Umberto Eco, écrivait ceci :

« En appelant au peuple, en revanche, signifie construire une fiction : le peuple en tant que tel n’existe pas, le populiste est celui qui se crée une image virtuelle de la volonté populaire. … On peut ainsi créer l’image du consensus populaire en se servant des sondages, ou en évoquant simplement le fantasme d’un ‘peuple’. Ainsi le populiste identifie ses propres projets à la volonté du peuple et, s’il y parvient (comme c’est souvent le cas), transforme une bonne partie des citoyens, fascinés par une image virtuelle à laquelle ils finissent par s’identifier, en peuple, ce peuple qu’il a lui-même inventé. »

Plus loin, parlant des moyens utilisés par ces populistes pour mieux asseoir leur pouvoir, Eco dit ceci : « Ce moyen consiste à faire des promesses, qui peuvent sembler bonnes, mauvaises ou neutres à ses partisans, mais qui doivent apparaître comme une provocation aux yeux des autres. Et il lui faut produire une provocation par jour, la plus inconcevable et inacceptable possible. Il peut ainsi occuper les premières pages des quotidiens, faire l’ouverture des journaux télévisés et être toujours au centre de l’attention. »

On laissera le soin aux lecteurs de juger de la justesse de ces propos et de leur pertinence dans le contexte actuel où après Donald Trump aux Etats-Unis, l’Italie (encore) semble toute prête à se lancer dans l’aventure d’une nouvelle expérience populiste suite à la démission du Premier ministre Matteo Renzi dont les propositions de réforme constitutionnelle ont été rejetées par une large majorité de l’électorat. Pendant ce temps, en France, l’ombre du Front National de Marine Le Pen plane sur les élections présidentielles.

L’effet domino

Comme nous le soulignions plus haut, des régimes populistes au pouvoir même après la fin de la seconde guerre mondiale ne sont pas un fait rarissime. Ce qui change radicalement dans le cas actuel, c’est l’envergure et la généralisation du phénomène qui évoque cette fameuse crainte de l’effet domino que craignaient les Américains par rapport à l’extension des régimes communistes dans le Sud-Est asiatique dans les années de la guerre du Vietnam. D’autant plus que cela se passe cette fois essentiellement dans les pays développés et possèdent le potentiel de remettre en cause autant les avancées réalisées sur le plan social dans ces pays que les effets positifs de la mondialisation.

Il est encore temps d’arrêter le massacre comme vient de le démontrer cette lueur d’espoir provenant des élections présidentielles en Autriche. Cette fois les sondages favorables aux partis de droite extrémistes se sont renversés en faveur d’un candidat indépendant soutenu par les Verts. Certainement, il y a de nombreuses leçons à tirer afin de corriger le tir dans un premier temps, en ce qui concerne les excès les plus criants de la mondialisation dogmatique et la cause fondamentale de la gronde populaire. Encore faut-il pour cela que les forces de gauche et les autres modérés puissent enfin définir une alternative crédible et porteur d’espoir…

Rajiv Servansingh

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