Rajiv Roy

Jeux d’alliances 

— Rajiv ROY

 

A l’approche des élections générales, les tractations pour d’éventuelles alliances commencent à s’animer. Mais il est clair dès le départ, que celui qui détient les cartes maîtresses est le Premier ministre. Cela n’est pas forcément dû au fait que ce dernier est intouchable ou imprenable politiquement. Car l’équipe gouvernementale n’a pas vraiment marqué les esprits et, à quelques exceptions près, cela a été plutôt la platitude. En sus, sur le plan de Law and Order, c’est le statu quo. La raison essentielle de cet état de choses, c’est qu’en face il n’y a pas réellement d’alternative. Le poids du MSM n’a pas beaucoup évolué sur l’échiquier politique alors que le MMM souffre d’un gros problème de relève. De par cette situation, l’opposition a entamé une danse du ventre devant le Parti travailliste en tentant de le charmer afin de contracter une alliance en vue des prochaines élections.

Deux options s’offrent au Premier ministre. Soit il opte pour le MSM tout en conservant ses alliés actuels mais cela risque d’être perçu comme un gouvernement trop hindouiste, ce qui risque d’aggraver la division du pays et d’approfondir la facture sociale. D’autre part, s’il est à la recherche d’une majorité des trois-quarts, ne serait-ce que pour amender la Constitution ou apporter d’autres changements fondamentaux, alors avec une telle alliance, il y a de fortes possibilités que cet objectif ne soit pas atteint.

Par contre, une alliance avec le MMM donnerait la possibilité d’avoir une majorité de trois-quarts. Il serait aussi interprété comme étant plus inclusive vis-à-vis de l’électorat du MMM, qui faut-il le rappeler représente une frange importante de la population. Cela pourrait apporter de la sérénité au pays où des gens ne se regardent plus en chiens de faïence.

Il ne faut pas non plus minimiser le rôle du Père Grégoire car il peut certainement changer la donne s’il prend position pour un schéma politique. Il semblerait d’ailleurs qu’il ait un penchant pour une alliance PTr-MMM. C’est pour cette raison qu’il a, somme toute, gardé une mainmise sur son organisation, d’où les clivages qui sont apparus au sein de cette instance. Serait-ce pour cette raison que le leader du MMM avance avec presque certitude une alliance avec le Parti travailliste ? Sinon ce serait assez rocambolesque pour le leader du MMM d’en faire état avant même que le leader du Parti travailliste n’ait soufflé mot sur une telle éventualité. Nous pouvons nous demander ce que pensent ses alliés actuels car ils n’auront pas forcément la place qui leur revient dans toute nouvelle configuration.

D’autre part, le leader de l’opposition risque de tomber de haut au cas où cette alliance ne se concrétisait pas et du coup de provoquer des remous avec ses partenaires d’aujourd’hui. Le MSM qui formule des critiques acerbes contre le MMM, allant jusqu’à réclamer la démission de son leader, n’est pas en reste en déclarant à son tour qu’une alliance est déjà faite entre son parti et le Parti travailliste. Le Premier ministre doit rigoler un bon coup car dans cette empoignade verbale entre le MMM et le MSM, il ne fait que compter les coups et attend son heure.

Dans tout ce charivari, il y a certains qui pensent que la crise économique est venue fragiliser le Parti travailliste car malgré tout ce que la télévision nationale peut nous ressasser systématiquement, les gens se sont paupérisés et cela a conduit à une colère silencieuse au sein de la population. Le chef du gouvernement a dû tirer des leçons de son premier mandat et il ne voudrait pas s’exposer à une situation où il se retrouverait avec une majorité réduite en cas de victoire, ce qui diminuerait sa marge de manœuvre et porterait un coup à sa légitimité.

Dans ces circonstances, il serait bien inspiré de résister à toute tentative de dépréciation de la roupie, ce qui va plonger les gens dans une plus grande misère. Ceux qui font d’énormes profits doivent accepter l’idée d’une réduction de ces profits comme cela s’est produit ailleurs sinon ils donneront l’impression de vouloir le beurre et l’argent du beurre. Les banques aussi peuvent revoir le différentiel entre le ‘buying rate’ et le ‘selling rate’ des devises.

Ouvrons une parenthèse pour souligner qu’en la circonstance, le Gouverneur de la Banque de Maurice a eu raison de rester intraitable sur la valeur de la roupie, malgré les pressions intenses qu’il a subies pour lui forcer la main. On a assisté à une guerre de tranchées, ce qui a laissé apparaître des divisions profondes au sein de l’institution bancaire. Les masques sont tombés quant aux intérêts que défendent les uns et les autres. Les yeux sont maintenant braqués sur le chef du gouvernement, qui a entre-temps préféré botter en touche en nommant une commission, pour voir quel camp il choisira, celui de peuple ou ceux qui crient au loup.

Dans les deux cas de figure d’alliance avec soit le MMM soit le MSM, il n’est un secret pour personne que les leaders de ces partis aspirent à devenir Vice Premier ministre et ministre des Finances. C’est pour cette raison qu’ils tirent à boulet rouge sur le Grand Argentier. Pour celui-ci, dans tous les scénarios d’alliances, il semble être sur un siège éjectable et ce sera peut-être une manière subtile pour le Premier ministre de prendre une douce revanche suite à sa « démission » annoncée à grand fracas dans le sillage justement de la nomination de Bheenick à la tête de la Banque de Maurice.

Les paris sont donc lancés et les mois à venir vont être palpitants à suivre avec à la clé une victoire aux prochaines élections législatives et une redistribution des cartes sur le plan politique.

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