Notre Destin Commun

Le matérialisme historique nous enseigne que tout système contient en son sein les germes de son propre dépassement.

Ainsi lorsque la science avait maîtrisé les “capacitors” et les “transistors”, les conditions étaient réunies pour la transition de la révolution industrielle à la révolution informatique. De la même manière, il a fallu cerner un certain nombre de procédés pour passer d’une division du travail simple à une autre, plus complexe. L’Histoire démontre aussi que le développement se fait à l’image de l’homme comme pour nous rappeler à tout instant le déterminisme de l’Homo Erectus sur l’évolution de son environnement. C’est pourquoi, du point de vue philosophique, la révolution industrielle représente le prolongement de la main alors que la révolution informatique représente le prolongement de l’esprit.

Par ailleurs, la réussite d’une société passe par sa volonté à œuvrer sans relâche pour le bien commun, ce qui présuppose que l’on favorise l’intérêt général par rapport à l’intérêt particulier. Même chez nos cousins lointains, les bonobos, les exemples sont légion où l’on fait primer le collectif sur l’individuel. Cela nous renvoie à certaines dispositions fondatrices de nos valeurs à savoir la générosité, le partage, le sens du groupe. Dans cette optique, la seule démarche valable, surtout dans le domaine public, est celle qui est fondée sur une exemplarité qui ne fléchit pas au gré du temps, ce qui serait synonyme de fébrilité et de manque de constance par rapport aux valeurs démocratiques.

Dans le même ordre d’idées, la soif de démocratie a conduit des populations à monter au créneau, à se sacrifier pour l’avancement du genre humain et cela ne doit en aucun cas être banalisé. Sinon ce serait faire l’amalgame entre le sacro-saint principe de vox populi vox dei et une république bananière. La Corée du Sud vient de s’illustrer encore une fois comme une démocratie de référence quand le Premier ministre a démissionné dans le sillage du drame du paquebot où des centaines de jeunes ont trouvé la mort. Il a envoyé un signal fort pour dire qu’il assume.

Ici, nous sommes dans une autre logique car certains se permettent de clamer qu’ils dirigeront le pays durant des décennies encore en faisant fi de la volonté du peuple, même si au fond cela donne l’impression que l’on brasse beaucoup d’air. Entre fantasme et réalité, n’y a-t-il pas un grand fossé ? Personne n’est dupe. Le renvoi sine die de l’organisation du meeting de la Fête du Travail alors que l’on s’est targué des années durant sur la portée historique de cet événement, en faisant de l’ombre aux organisations syndicales, démontre que l’on a des doutes sur sa force actuelle sur l’échiquier politique. Cela représente aussi un manque d’égard vis-à-vis de nos concitoyens et ressemble à certains régimes autocratiques. D’autre part, interrompre les travaux de l’Assemblée après des vacances parlementaires pour permettre à … deux d’entre eux de discuter de leur avenir relève d’un scénario digne des pires navets.

Maintenant que les clameurs se sont tues, la vraie question qui est posée est la suivante : Comment moderniser notre démocratie pour refléter les attentes de la population d’aujourd’hui ? Les jeunes, qui représentent l’avenir de notre société, sont nés après l’indépendance. Donc, ils n’ont pas connu cette page de notre Histoire où le choix était entre l’indépendance et l’intégration. A l’époque, certains Mauriciens avaient fui le pays pour ne pas subir une supposée hégémonie d’une certaine communauté ou, encore, la faillite de l’économie. Evidemment, il n’en était rien !

Au contraire, l’île Maurice s’est mise au travail avec cette volonté d’aller toujours de l’avant pour émerger éventuellement comme un pays ayant fait des pas de géant. Certains, à l’instar de l’ancien Premier ministre, ont joué un rôle de premier plan dans cette réussite en prônant une politique économique volontariste, ce qui a jeté les bases d’une République tournée résolument vers l’avenir. On peut faire un parallèle avec l’Inde qui s’est transformée en pays de référence en reniant une économie fondée sur le modèle soviétique et en épousant le libéralisme économique, avec pour résultat un fort taux de croissance aujourd’hui.

Les vrais enjeux du moment passent par une réinvention de nos structures démocratiques afin d’offrir à nos jeunes, surtout, des instances politiques dans lesquelles ils se reconnaissent car leur conception de la démocratie n’est pas celle qui avait cours dans les années 70 ou 80. Ils veulent d’une organisation économique et sociale qui soit inclusive, qui favorise la compétence, qui soit imaginative et innovante, bref qui sorte des sentiers battus. Ces jeunes côtoient des milieux très arc-en-ciel, représentatives de notre diaspora. Mais au-delà de tout cela, notre ambition doit être de construire une nouvelle République de Maurice qui soit au diapason des défis du troisième millénaire. Ce sont les divisions du passé qui ont permis à certains préjugés de perdurer et ceux-ci ont retardé ainsi l’avènement d’une vraie nation mauricienne. Il est temps de changer les choses.

Cette nouvelle donne passe aussi par des hommes et des femmes qui s’élèvent intellectuellement, qui ont le caractère bien trempé, qui ont un argumentaire qui marque les esprits, qui sont à l’opposé de ces moutons de Panurge qui font des salamalecs à leur chef même lorsqu’ils sont apostrophés. C’est lorsque ces conditions ne sont pas réunies que cette nouvelle génération – qui représente pourtant l’avenir – hésite à retourner aux sources et préfère construire son avenir sous d’autres cieux. Quel gâchis et quel dommage ! Ceux qui citent constamment le Royaume Uni comme exemple oublient que ses responsables politiques sont souvent issus des bancs de Cambridge ou d’Oxford alors qu’ici on a parfois beaucoup de difficultés à cerner la phraséologie ou l’accent improbable de certains ! Peut-on sérieusement imaginer que l’on pourra relever les défis qui se posent à nous dans de telles conditions ?

A-t-on peur de l’intelligence par crainte de découvrir ses propres limites métaphysiques ? Et c’est la raison pour laquelle nous avons l’obligation de promouvoir le foisonnement des idées afin d’être audacieux, mais aussi rationnels sur tous les dossiers, que ce soit l’approfondissement de la démocratie, la gente féminine, les transfuges, entre autres. Mais au-delà de tout cela, pour qu’un responsable politique donne le meilleur de lui-même et ne sombre pas dans la suffisance, il faut limiter les mandats à deux au maximum. Sinon l’on risque de passer à côté de la plaque. Pour éviter cela, il nous faut nous assurer comme un peuple qu’un dossier d’une telle gravité ne soit pas sanctionné uniquement par quelques uns au détriment de la majorité.


* Published in print edition on 9 May 2014

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