Lettre à mon papa

Hommage à feu Preeaysunkur Rosunee (07.07.1928 – 19.08.2016),
ancien Inspecteur des écoles primaires

“Que sera sera,

Whatever will be, will be

The future’s not ours to see

Que sera sera

What will be, will be”

Mon très cher papa

Plusieurs années se sont écoulées mais il me semble entendre toujours ta voix me bercer avec les paroles de cette adorable chanson pendant ma tendre enfance. Depuis, le temps a fait son cours et, toi aussi, tu as parcouru un long chemin pour finalement arriver à l’ultime destination.

Papa, ta vie n’a pas été de tout repos, ayant connu de nombreux défis que réservaient ces années difficiles marquées par la colonisation britannique et la deuxième guerre mondiale. Malgré toutes ces embûches et bien qu’issu d’une famille nombreuse de la « campagne », comme on disait autrefois, cela ne t’a point empêché d’atteindre ton but et de réaliser tous tes rêves. Devenu orphelin à un très jeune âge, tu as persévéré pour fréquenter l’école et continuer à apprendre malgré le manque de moyens. A cette époque, l’éducation n’était pas gratuite et elle était presque inaccessible à la plupart des enfants des régions rurales. Cet obstacle ne t’a pas découragé à parcourir des kilomètres à vélo tous les jours pour des cours particuliers afin de prendre part aux examens et de connaître la réussite. En lisant un petit cahier que tu as laissé après ton départ, ceci a attiré mon attention :

« We learn the most from our most difficult experiences which are our greatest teachers »

Cette citation résume bien ce que tu as vécu et appris de la vie mais ces moments difficiles ne t’ont pas vu baisser les bras. Après ta formation au Teacher’s Training College, tu as débuté ta carrière comme enseignant au niveau primaire mais loin d’être satisfait, tu as voulu aller plus loin et, cette qualité, tu nous l’as transmise à nous, tes enfants, ainsi qu’à tous ceux qui t’ont côtoyé, surtout au travail. Tu as gravi les échelons et, d’enseignant, tu es devenu maître d’école pour finalement terminer ta carrière comme inspecteur des écoles. Dans ta profession, tu étais surtout connu pour ta sévérité et ton sens de discipline mais c’est grâce à cela que bon nombre d’élèves ont réussi leur scolarité et sont arrivés à occuper des positions décentes dans le service civil aussi bien que dans le secteur privé. En ce temps-là, la sévérité, les punitions de même qu’une rigoureuse discipline étaient très bien accueillies par les parents eux-mêmes et beaucoup d’entre eux te confiaient leurs progénitures pour en faire des enfants dévoués à leurs études. Et ces enfants, devenus adultes, te sont reconnaissants et ils ne manquaient jamais de te remercier à chaque fois qu’ils arrivaient à te rencontrer.

Tout cela fait partie du passé. Cependant, tu as laissé une marque indélébile sur toute cette génération dont tu as été le professeur et, bien sûr, sur nous, tes enfants ! Quelques petites anecdotes me sont chères jusqu’à présent comme celle-ci : je venais d’être admise à l’école primaire et je me souviens encore de ma joie en voyant ce petit sac d’écolier, le premier que tu m’avais acheté de Port Louis, et que tu avais posé sur la table pour m’en faire la surprise… A ma sortie de l’école, tu ne manquais jamais de jeter un coup d’œil à mes devoirs et de t’assurer que je les terminais tous pour la classe du lendemain !

Tu as suivi de très près notre parcours scolaire et nous avons eu beaucoup de chance de t’avoir eu non seulement comme un papa dévoué envers ses enfants mais aussi comme guide. Avec les principes et conseils que tu nous as inculqués, nous avons pu accomplir et affirmer notre identité dans ce monde d’aujourd’hui.

Même à la retraite, ta vie a été riche en connaissances et découvertes grâce aux divers voyages entrepris ensemble et à tes nombreuses lectures. Tu avais une qualité de vie exemplaire et cette volonté, cet optimisme, cette détermination et cette joie de vivre t’ont gardé en pleine forme jusqu’au jour où tu es tombé malade. Hospitalisé et ne pouvant plus remonter la pente malgré tous les soins, tu as préféré nous quitter. Tu es parti sereinement en ce vendredi matin du 19 août et on était loin de penser que c’était le dernier au revoir que tu nous avais fait la veille. Mais, toi, tu le savais mais tu n’avais pas voulu nous faire de la peine :

« I know my days will end, ah ! yes, I know,

One day at eventide the pallid sun

Will sadly smile and look upon my face

Its last long farewell look, I know, I know.”

— Rabindranath Tagore: “I Know My Days Will End”, 1929

Finalement, tu es parti mais la mort n’est pas synonyme d’adieu. Peut-être tu es hors de notre vue mais tu n’es pas loin. Les larmes sont nécessaires parce qu’elles font partie de l’amour et tu fais plus que jamais partie de nous. Je te remercie papa de m’avoir pris la main pour m’enseigner à tenir mon crayon d’ardoise et à écrire les « a, b, c, d… » et me conter maintes et maintes fois l’histoire de « Blanche Neige et les sept nains ». Je te remercie pour tout papa : tu as été et tu es toujours un grand homme pour tous ceux qui t’ont connu !

Très affectueusement

Pritilah

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