Partielle No. 18 – Une Bataille sur Deux Fronts

Celui des deux — PTr et MMM — qui aura récupéré le plus de leurs voix flottantes de 2014 dépassera l’autre sur la ligne d’arrivée — Analyse réalisée par O.R.A.C.

Dans notre analyse parue dans les colonnes du Mauritius Times du 10 novembre dernier, portant sur l’évolution du comportement électoral à Belle Rose-Quatre Bornes, nous avions dégagé les tendances de vote dans cette circonscription, lesquelles ne diffèrent pas des constats au niveau national.

La principale tendance observée concerne la volatilité électorale – le changement du vote partisan d’une consultation à une autre – qui s’est amplifiée d’élection en élection atteignant un taux record aux législatives de 2014 et qui touche les quatre formations ‘mainstream’. La porosité entre les vases communicants que sont le PTr et le MSM se manifeste dans les deux sens. Quant à celle qui existe entre le PMSD et le MMM, après avoir été longtemps favorable à ce dernier, elle s’est manifestée dans l’autre sens de manière éclatante lors des législatives de 2014.

C’est donc dans ce contexte d’instabilité électorale que se déroule la partielle de décembre. Il est vrai que, dès lors que l’Alliance gouvernementale n’y participe pas, cette consultation n’a pas de véritable enjeu en termes de politique nationale. Néanmoins, d’un point de vue électoral, elle est marquante pour l’évaluation du rapport des forces dans la perspective des prochaines législatives, avec en arrière-plan la question d’alliances pré-électorales ou non. Elle est d’autant plus intéressante dans la mesure où les principales formations vont briguer les suffrages de cette partielle de manière indépendante les unes des autres.

Dans notre analyse du 10 novembre, nous notions en conclusion que le décryptage des résultats de cette partielle donnera des indications pertinentes sur le comportement électoral des segments volatiles du PTr et du MMM, que nous estimons à 15% pour le premier et 15-20% pour le second.

La synthèse qui suit récapitule le rapport des forces à la veille de cette élection et les enjeux électoralistes. A ce titre, notre méthodologie se base d’un point de vue empirique sur les résultats analysés et redressés ainsi que sur l’observation de terrain. Particularité de notre groupe de travail : nous établissons nos pourcentages en fonction des inscrits sur la liste électorale — à la différence des autres analystes qui optent pour les suffrages exprimés –, afin de rendre compte de ce phénomène significatif que constitue l’abstentionnisme et ainsi avoir des données plus fines relatives à la représentation réelle des formations politiques.

(I) Le rapport des forces et les enjeux

De façon liminaire, nous pouvons raisonnablement avancer que cette partielle s’annonce comme une bataille engagée par les deux véritables prétendants à la victoire sur deux fronts séparés. Curieusement, le principal adversaire du PTr est le Reform Party alors que le PMSD et autres formations de sa périphérie sont les adversaires directs du MMM. Celui des deux — PTr et MMM — qui aura récupéré le plus de leurs voix flottantes de 2014 dépassera l’autre sur la ligne d’arrivée.

Le PTr obligé de gagner

Cette partielle revêt pour le PTr une grande importance, historique à notre sens. Après la lourde défaite de 2014 où dans cette circonscription elle avait été désapprouvée par la moitié de son électorat de 2010, il s’agit de mesurer l’ampleur du résultat obtenu par son candidat.

Notre analyse politique et statistique nous amène à situer le potentiel électoral du PTr à environ 30% des inscrits. La moitié, soit 15% des inscrits, avait choisi l’Alliance Lepep en 2014. Si plus de 2/3 de ce segment flottant retourne au PTr pour dépasser les 25% nécessaires à la victoire (10000-11000 voix), cela signifiera que le PTr est de nouveau sur les rails enclenchant une dynamique visant un succès national lors des prochaines législatives, avec ou sans alliance, dépendant des circonstances du moment.

Cette performance nous semble possible à réaliser d’autant plus que les qualités intrinsèques du candidat travailliste, Arvin Boolell, représentent un précieux atout. A noter que les séquences durant cette campagne n’ont pas griffé le candidat travailliste qui a su bien maîtriser sa parole et ses gestes dans un environnement médiatique dangereux. Toutefois la difficulté majeure pour Arvin Boolell réside dans la « nuisance value » du candidat au demeurant particulièrement combatif du Reform Party – Roshi Bhadain — qui « fish in the same pond ». L’abstention résultant d’une campagne de diabolisation type 2014 pourrait également constituer un obstacle supplémentaire.

Le MMM à un tournant historique

Le MMM se trouve également à un tournant historique. Son score, lors de cette consultation, peut déterminer sa stratégie pour les prochaines législatives. Un faible score pourrait l’amener à envisager une stratégie d’alliance contre la majorité de sa base militante. A l’inverse, un résultat intéressant ou en net progrès par rapport à 2014 écornerait toute velléité d’alliance.

Dès lors, de la même manière que pour le PTr, se pose la question de retour de ses flottants. Pendant longtemps l’électorat MMM lui est resté fidèle en majeure partie, et le segment flottant choisissait l’abstention plutôt que le soutien à un autre parti. Mais, en 2014, la matrice des reports de voix a été favorable à d’autres partis. Plus de la moitié de son électorat de 2010 avait choisi l’Alliance Lepep, en particulier le PMSD et le ML. Nous estimons ce transfert de vote à 15% des inscrits dont 10% au PMSD et 5% au ML. Pour espérer une victoire le MMM doit, comme le PTr, attirer 2/3 de cette frange flottante ainsi que ses électeurs abstentionnistes de 2014.

Si le potentiel électoral – hardcore, flottants, abstentionnistes – du MMM est plus conséquent que celui du PTr, en revanche, il a plusieurs concurrents sur ce même terrain : le PMSD, le Mouvement Patriotique (MP) et les partis de la gauche radicale. D’autant plus que s’agissant d’une consultation uninominale où il s’agit d’attribuer un seul siège, le vote ne peut se disperser. Des quatre, le PMSD, dont le leader est un élu de la circonscription No 18 et leader de l’opposition, est le concurrent le plus important d’où la campagne du MMM ciblant prioritairement le PMSD.

Plus que la victoire de la candidate mauve Nita Juddoo, le score sera un indicateur déterminant en vue des prochaines législatives. En effet à 25% et plus des inscrits (10000-11000 voix), le MMM serait sur une pente ascendante et pourrait sérieusement envisager un succès aux élections générales avec allié, ou sans, dans une configuration de lutte à trois ou quatre. A 20% ou moins, la situation serait assez compliquée, avec ou sans allié.

Le PMSD entend montrer ses muscles

La participation du PMSD lui sert beaucoup plus à évaluer sa force réelle en vue des négociations d’alliance électorale future. Selon nos estimations, la part du PMSD dans le score de l’Alliance Lepep en 2014 dans cette circonscription s’élevait à 15% des inscrits. S’il se maintient à ce niveau (5000-6000 voix) ou s’il progresse, alors ses exigences seront plus importantes. Au risque de mettre en péril tout projet d’alliance, car son “bargaining power” ne sera pas pour autant renforcée dès lors qu’il n’a, objectivement, qu’une seule alliance possible : celle avec le PTr. Une alliance avec le MSM, c’est inconcevable. Avec le MMM c’est traditionnellement impensable.

Le Reform Party joue sa survie

Née d’une scission du MSM, le Reform Party – faute de maturité politique – s’est engagée dans une bataille électorale perdue d’avance, car son candidat n’a pas d’apport propre véritable. Il ne peut compter sur les 15% du PMSD qui vont probablement rester bleus, les 5% du ML qui vont repasser en grande partie au MMM ou aux partis de gauche radicale.

Le Reform Party ne peut aller piocher que dans l’électorat flottant travailliste — 15 % des inscrits – cela en concurrence avec le candidat travailliste. Cela ne va pas être facile car par définition le flottant, électeur ‘rationnel’, est enclin à ‘revirer’, à ‘retourne lacaz mama’ lorsqu’il n’est pas satisfait.

Le Reform Party pourrait éventuellement compter sur le socle plancher du MSM – soit 5% des inscrits au No.18 – qui serait cependant tenté par l’abstention ou voter pour le candidat MMM pour faire barrage au Parti Travailliste. De surcroît, les séquences de campagne auxquelles il est associé – financement de sa campagne, maladresses dans la parole – ne lui sont pas favorables.

Le MSM particulièrement embarrassé

L’absence d’un candidat Lepep lors de cette partielle ne signifie pas pour autant qu’ils ne sont pas concernés. Bien au contraire.

L’observation sur le terrain indique une importante cristallisation du sentiment de déception des électeurs flottants qui avaient choisi l’Alliance Lepep en 2014. Les deux thèmes centraux : la moralisation de la vie publique et le « miracle économique », ne sont pas au rendez-vous. De sorte qu’il y a très peu de chance que l’Alliance Lepep, sans le PMSD en plus, remporte les prochaines législatives. Nous ne voyons donc aucune autre option que celle d’une autre alliance. Celle qui nous paraît la plus réalisable, et de loin, c’est celle avec le MMM. A condition que ce dernier le veuille bien. Et cela dépendra beaucoup des résultats de cette partielle.

Si la candidate mauve remporte cette élection ou réalise un très bon score alors la probabilité d’un MMM allant seul aux générales sera bien plus grande. Aussi le MSM n’a pas de véritable intérêt à “aider” le MMM. Une victoire du travailliste n’est pas non plus le meilleur scénario pour le MSM.

Le fil de notre raisonnement et démonstration nous conduit à placer les autres formations à un niveau inférieur aux quatre premiers. En effet, s’agissant d’un scrutin uninominal, la dispersion vers les « petits » partis sera bien moindre que lors d’un scrutin plurinominal comme c’est le cas lors des élections générales avec 3 sièges à pourvoir par circonscription.

(II) Les Prévisions

L’ampleur – sismique — de la volatilité électorale de décembre 2014 explique la grande prudence en matière de prévisions de la part des principaux observateurs politiques. Toutefois, deux tendances peuvent être dégagées à partir des commentaires sérieux.

  • La première prévoit un taux d’abstention très important de l’ordre de 35-50% en raison de l’absence d’un candidat de l’alliance au pouvoir et de la tenue de cette élection pendant la préparation des fêtes de fin d’année, comme l’a expliqué le politologue Jocelyn Chan Low.
  • La seconde confère le rôle de favori au candidat travailliste devant la candidate MMM.

S’agissant de l’abstention, nous l’estimons, pour notre part, à un taux d’environ 25%. En effet, la mobilisation renforcée par les enjeux décisifs pour les principaux acteurs en vue des prochaines législatives est de nature à booster la participation électorale.

Quant aux résultats, compte tenu d’une abstention que nous estimons à environ 10,000 inscrits sur la liste électorale, nous situons le résultat du vainqueur à 10,000 – 11,000 voix. Cette barre semblerait être à la portée du candidat travailliste Arvin Boolell : avec ses 6,000 voix du « hardcore » rouge, il peut espérer capter une bonne partie de son électorat ayant choisi le MSM en 2014.

Le nombre de concurrents convoitant le segment flottant du MMM et les abstentionnistes mauves de 2014, rend difficile la tâche de la candidate novice mauve d’atteindre ce score gagnant. Son score serait plutôt de l’ordre de 9,000-10,000 voix.

Quant aux candidats du PMSD et du Reform Party, nous les comptons à environ 5,000 et 4,000 voix respectivement.

 

*  Published in print edition on 15 December 2017

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