Heritage City, Dubaï et encore une perte de souveraineté

Indépendance et encore une perte de souveraineté. Après celui de Diego en ‘68, c’est la remise du port de la capitale entre les mains d’un pays étranger qui suscite de vives inquiétudes. Qu’un ministre avance que Dubaï ou ses voisins ont déjà financé d’autres projets ne légitime en rien la mise en tutelle du port sous les autorités de Dubaï. Les craintes des travailleurs, des syndicats et de ceux qui les soutiennent sont compréhensibles.

L’architecture proposée de Heritage City suscite des interrogations compte-tenu de l’image que renvoie la maquette dans son ensemble, un tableau qui sied davantage à un paysage de Dubaï et des Émirats qu’à une île tropicale aux multiples formes et couleurs. Sous prétexte de modernité, on ne peut accepter n’importe quoi, quelle que soit la renommée de l’architecte. Personne ne souhaite ici que la future City devienne sur le plan architectural d’une province de Dubaï.

Que le Parlement devienne la propriété de l’Arabie Saoudite pendant vingt-cinq ans est également controversé. A-t-on cherché d’autres sources d’investissements au préalable ? Qu’un ministre souhaite mettre des terres à la disposition des hommes d’affaires de ce pays devrait nous interpeller. Au-delà d’une culture de travail qui ne risque pas de faire des étincelles avec les Mauriciens, il est permis de s’interroger sur les véritables intentions des investisseurs et de ceux qui désirent leur présence ici.

Le défilé d’une foule d’excités brandissant des drapeaux soutenant leur ministre dans une ambiance de va-t’en-guerre a choqué plus d’un. Et que la MBC offre généreusement une couverture médiatique à une heure de grande écoute n’est pas anodine.

D’une part, le peuple qui réagit ne souhaite vendre ni le pays ni l’âme du pays à tout venant sous prétexte de développement. D’autre part, l’épisode du retour hystérique à lakaz mama montre jusqu’où peuvent aller ceux qui ont fait des promesses en catimini dans un but électoraliste afin d’accéder au pouvoir à tout prix. Quelle est la pertinence de cet échange d’ambassades qu’on nous présente comme une grande avancée ? Lequel projet, à juste raison, a été maintes fois rejeté. Lepep s’en souviendra dans quatre ans.

A-t-on pensé à la sécurité interne du pays et aux enjeux à long terme d’un port qui échappe au contrôle des autorités locales ? Il serait naïf de ne pas mesurer les risques et de sous-estimer l’ambition de groupuscules qui rêvent de répandre une certaine image de société.

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Ceux qui ont érigé un mur de Lamentations autour de Port-Louis comme si c’était la septième merveille du monde doivent passer plus de temps dans leur bureau climatisé ou dans leur Mercedes avec chauffeur que d’essayer de se frayer un passage dans les rues bondées et les trottoirs à risque. Le Parlement et trois ministères en moins ne vont pas vider la capitale. Hélas ! La ville mérite un peu de répit. Il faudrait délocaliser davantage pour faire revivre des quartiers dépourvus des corps administratifs importants. Ce n’est certainement pas la capitale qui a inspiré le slogan « Maurice, c’est un plaisir ».

Quant à la construction de tours avec appartements de luxe dans la future City, celles-ci qui font grincer les dents. Il faut reconnaître que le drame se profile depuis longtemps. Dans le cas présent, c’est le prix qu’on déplore, alors que le concept même d’appartement est une calamité. Vivre dans une maison sur une superficie de deux cent mètres carrés et pratiquement sans aucun jardin, c’est déjà dramatique.

Mais c’est ce qu’on constate dans les principales villes. L’exiguïté du territoire est un sérieux handicap dès que le surpeuplement oblige de nombreuses familles à vivre entassées sur un petit périmètre. On fait semblant d’ignorer l’impact social de ce manque d’espace lié à la dégradation de qualité de vie.

Ces vastes appartements pour étrangers « friqués » qu’on voit dans les reportages sur Dubaï ne nous impressionnent pas. Qu’il soit au deuxième ou au quinzième étage, un appartement n’est quand même pas un habitat idéal. D’un certain point de vue, les occupants sont plus à plaindre qu’autre chose.

Même les logements RES et IRS font pitié tant le cadre reste artificiel, apprivoisé et rigide. L’être humain a un grand besoin de nature dès son réveil, de fouler le sol pieds nus et de sentir l’énergie de la nature autour, des arbres, des fleurs, des oiseaux et les petites bêtes qui rampent et sautillent. Alors, immeubles ou tours, quelle différence ?

*  Published in print edition on 11 March 2016

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