Nita Chicooree

Carnet Hebdo

Côté Cours

— Nita Chicooree

Comme chaque année, l’annonce des résultats de HSC donnent lieu au même rituel de liesse dans la cour des collèges – producteurs de gagnants, c’est-à-dire des ‘lauréats’, lo-ré-a, un mot qui revêt un sens disproportionné dans la bouche des gens et que tout un chacun prononce comme un mantra sacré.

 

 

Après le concours de HSC, car il s’agit bien d’un concours (un examen est dépourvu de classement), quitte à se répéter pour la énième fois et loin de vouloir jouer au rabat-joie, les mêmes questions se posent.

D’abord, on devrait spécifier clairement si l’éducation est gratuite ou pas. Les recteurs des collèges qui s’affichent fièrement à côté de leur ‘lauréat’, enfin récompensés avec leur équipe pédagogique après tant d’années d’efforts pour la chose éducative au sein de leur établissement respectif, savent pertinemment que leur lauréat ainsi que leurs camarades non-classés ont pris, pendant plus de cinq ans, des cours privés avec d’autres professeurs que ceux qui leur dispensent des cours au collège où ils sont inscrits de manière régulière.

Tous les élèves ne prétendent pas concourir pour être en tête de classement mais ils suivent quand même des cours privés en espérant décrocher une bonne place à l’UoM. Dans certains collèges, des élèves avancent qu’il y a des enseignants qui pas montré lire. Est-ce de la médisance de leur part ou y a-t-il une part de vérité dans leurs propos?

Néanmoins, ces ‘leçons’ sont une véritable ruine financière pour certaines familles. Environ Rs 4 000 par mois, c’est énorme. Entre Rs 1 200 pour la Science Physique, à peu près la même somme pour la Chimie, Rs 1 000 pour les Maths et Rs 600 pour l’Anglais. C’est ce que dépensent de nombreuses familles. Avec ces prix-là, il faut cesser d’affirmer que l’éducation est gratuite.

La deuxième question est d’ordre éthique. Est-il admissible qu’on laisse se perpétuer une forme de corruption généralisée au sein du système éducatif? Peut-on dormir en ayant la conscience tranquille tous les soirs lorsque les jeunes de la nation jugent les adultes comme étant des irresponsables? Y a-t-il une véritable conscience professionnelle chez certains enseignants? Si la fonction publique sert de bonne planque et que le véritable travail a lieu dans un garage bondé d’élèves, cela devrait susciter un véritable débat public. En revanche, on ne peut pas prétendre qu’une classe de 40 élèves au collège crée des conditions idéales pour les enseignants. Est-ce que le ministère a les moyens de diminuer les effectifs des classes surchargées?

Revenons aux cours et aux professeurs stars qui les dispensent. C’est une véritable industrie. Il y en a partout dans villes et les villages. Un superstar qui opère dans le nord s’est même construit un hôtel. Un autre à Port Louis n’arrête pas un seul jour de la semaine et, même le jour des funérailles d’un proche… Ses tentatives de fiançailles tombent à l’eau. La Science Physique est une véritable passion. Une moyenne de 30 élèves sept jours sur sept à Rs 1 200 par mois. L’enseignement, c’est un plaisir. Rien d’étonnant lorsque vous entendez des jeunes dire qu’ils se destinent à l’enseignement… pour gagner plus d’argent en donnant des cours privés.

Et quid de la maturité intellectuelle des HSC holders et des classés en tête de liste? Si ces derniers lisent Harry Potter et Jules Verne à 18 ou 19 ans, il faudrait s’en inquiéter. Peut-être que les non-classés ont eu le loisir de se permettre un niveau de lecture qui convient à un adolescent, jeune adulte de 18 ans. On peut se permettre de rêver…

Ceux qui connaissent certains de ces ‘lauréats’, soi-disant les meilleurs de leur promotion doivent admettre honnêtement à quel point ils ont passé des années à se concentrer uniquement sur les matières qu’ils ont choisies tout en négligeant toute autre ouverture vers une culture générale incluant l’Histoire, la littérature, la philosophie et une connaissance générale du monde politique et, tant d’autres savoirs culturels qui devraient solliciter l’intelligence et susciter la curiosité d’un esprit censé avoir un potentiel au-dessus de la moyenne des camarades du même âge.

Que nenni! Ils ont eu une approche technicienne vis-à-vis de l’éducation. Passons. Toujours est-il que la moyenne de nos jeunes malgré leur sérieux et leur dévouement à leurs études ont un écart de 4 à 5 ans en termes de maturité intellectuelle et un manque d’esprit critique comparés aux jeunes issus d’autres pays et qu’ils risquent fort de traîner ces lacunes pendant des années. Leurs aînés, bardés de diplômes décrochés dans les temples modernes du savoir que sont devenus les écoles de commerce et autres instituts MBA, en sont des exemples flagrants.

A bien des égards, cette immaturité proviendrait d’une forme d’infantilisation généralisée de la société et, au rang des fautifs, il n’y a pas que les cours dispensés par les enseignants de l’éducation formelle.

Nita Chicooree

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