Nita Chicooree

Carnet Hebdo
 
Le sourire mauricien
 
Dans les années 80 on rapportait que SGD aurait dit, lorsqu’il recevait des lettres des touristes mécontents de la cuisine qu’on leur servait dans les hôtels, que si pas ti éna sa sourire morysien là, le pays aurait mordu la poussière. On aimait bien ses descentes imprévues dans les établissements hôteliers du nord. A peine installé au bar, “Où est le directeur?” demanda-t-il une fois.

– Au tennis
– Allez le chercher. On ne le paie pas pour jouer au tennis ici.
Les commentaires et les réparties de SGD, un véritable régal pour les jeunes Mauriciens qui avaient l’occasion de l’écouter, ne serait-ce que quelques minutes.
Un tel personnage bigger than life ne court pas les couloirs de l’Assemblée ces temps-ci.
Depuis, la qualité de la cuisine a connu un progrès spectaculaire. Quant au sourire, il se crispe de plus en plus. Surtout à Air Mauritius. Pourtant la compagnie aérienne s’est taillé une réputation d’enfer pendant des années, accueil impeccable, service impeccable, trois menus proposés sur une belle carte, un personnel aux petits soins des passagers, et le tout avec une gentillesse toute mauricienne. 

 

 

Est-ce que le partenariat avec Air France a réduit les prestations de la compagnie nationale? Ou tout simplement une nouvelle génération d’enfants gâtés moins enclins à être aimables et serviables? Répliques sarcastiques, arrogance et impatience dans un vol long courrier. Une fois, tout au début de janvier, les longues files de passagers devant le comptoir d’Air Mauritius ont vu arriver, avec du retard, une jeune femme grincheuse et peu aimable, trop de fête la veille, sans doute.
Faut pas généraliser, vous dira-t-on. Quand bien même… Lorsqu’on voit ça, on se dit que le pays ne dispose pas de grandes ressources et que l’industrie touristique ne peut pas se permettre de gâcher ce qui a été acquis pendant des années. Il faut espérer que la nouvelle direction se retrousse les manches et rectifie des égarements.
 
Histoire de « Tonkin
 
Toute notre sympathie va à Rowin Naraidoo. Pourquoi? Il faut arrêter l’hypocrisie! Est-il moral, sous prétexte de polygamie, de prendre le mari d’une autre femme? Et de cohabiter avec, en toute bonne conscience, sans se soucier des souffrances infligées à l’épouse légitime? Rien qu’aujourd’hui, un père a été très gêné d’avoir à expliquer une relation polygame à son fils qui a fréquenté une école privée. Un enfant considère les adultes qui ont à charge son éducation comme des modèles.
– C’est qui le monsieur qui était souvent là?
Le père n’a pas répondu pour ne pas choquer l’enfant. Cautionner le fait qu’un homme prenne une deuxième femme quand ça lui chante? Ça ne forme pas partie des valeurs à transmettre aux enfants. Le fils s’est pourtant bien rendu compte de cette anomalie relationnelle étalée au grand jour.
La vie privée des uns et des autres ne regarde personne mais lorsque c’est étalé devant les petits-enfants dans un établissement scolaire, ça pose un problème d’éthique. Cette situation existe dans plus d’un établissement scolaire, et tous les parents bien-pensants ne s’en offusquent pas outre mesure? Et de faire tout ce tam-tam pour un mot soi-disant déplacé dans une pièce de théâtre montée par un artiste qui se dévoue à apporter une autre ouverture aux enfants. Après tout, bien souvent, ces histoires d’amour, d’adultère et de polygamie, ne se résument-elles pas à une histoire de « tonkin »? 

Quant à l’ivrogne mimé par les enfants, combien sont-ils tous ces bonhommes qui s’enivrent dans les bras de Bacchus, et se défoulent sur leur épouse dans ce que VS Naipaul appelle le deuxième sport favori du pays après le foot, le wife-beating
 

2003 et l’apartheid silencieux
 
On ne le dira jamais assez. Cette année-là fut une aubaine pour ces expatriés Mauriciens installés en Afrique du Sud. Ce fut la ruée vers Maurice avec des projets non dépourvus d’arrière-pensée ségrégationniste et raciste. Il a suffi de trouver une oreille compatissante et l’IRS a vu le jour. Une nuée de sauterelles s’est abattue sur les plus beaux coins de l’île. Agences immobilières ont poussé comme des champignons depuis et ont entraîné une spéculation foncière à outrance.

Avec les copains suf-afs, ils sont en train d’empoisonner Rivière Noire, affirme ce jeune Franco-mauricien venu s’installer parmi d’autres Mauriciens dans un appartement au nord de l’île. Il ne supportait plus Rivière Noire. Là-bas, raconte-t-il, ils ne parlent que de race et de kas. Ils nourrissent leur supériorité dérisoire en contemplant le petit peuple d’en bas qui, selon eux, n’avance pas. Le petit peuple aurait dû se lancer dans la course du bétonnage de l’île comme les autres, sans doute.
Depuis 2003, les dirigeants successifs n’ont rien changé à cette politique de repeuplement indésirable de l’île en raison d’une manne financière qui en découlerait. Il y a bien des têtes pensantes dans ce pays qui pourraient éclairer le bon peuple sur la validité de tels projets qui engraissent la machine capitaliste des rapaces de tout poil.
Dans la divine île Maurice, bien des gens se sont agenouillés devant une nouvelle divinité, l’argent, le Iron God of the West
.
Si les jeunes Franco-mauriciens se mettent à dénoncer une mentalité rétrograde, il y a encore de l’espoir dans ce pays.
 
Nita Chicooree

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