« Lutte serrée ou ‘walk-over’ ? Nous devons attendre la décantation »

Interview: Yvan Martial, Journaliste et Historien

‘Koze-kozé’ MMM-MSM : ‘J’entends déjà les grandes déclarations mélodramatiques, la main sur le cœur, les larmes aux yeux… du grand cinéma’

‘Il faut s’attendre à un vote panaché encore peut-être moins marqué qu’en 1976 car il serait peut-être présomptueux d’attribuer, en 2019-20, au MMM l’audience qui était la sienne alors.’


Ce qui se passe dans le monde ne rassure pas les citoyens : la démocratie se cherche. Il y a une certaine confusion par rapport aux programmes des partis politiques. Pire encore, les hommes et les femmes politiques portent un masque : leurs principes ne sont pas expliqués clairement, leurs discours sont soit exaspérants, ou inutiles. Normalement, l’acte de voter devrait renforcer la démocratie. Or, certains élus font peur et sont une menace pour la démocratie elle-même. Malgré tout, chez nous, les partis politiques s’activent et cherchent à remporter la première place sur le podium. Pour quoi faire ? Yvan Martial jette un regard critique sur la situation politique mauricienne sans cacher la complexité et la gravité du moment, avant et après les élections législatives.


Mauritius Times : On devrait être fixé sur les intentions du Premier ministre vers la fin d’octobre, soit une bonne dizaine de jours avant le 13 novembre, date fixée pour la tenue d’une partielle au No 7. En attendant, il s’emploie à faire bonne impression et à vendre le bilan de son ‘prime ministership’ s’étendant sur deux ans et demi. Ce n’est pas un secret qu’il dispose de moyens considérables, et en plus, il dit avoir une stratégie… Quel est son ‘game plan’, selon vous ?

Yvan Martial : On ne doit pas parler ici des intentions d’un Premier ministre. Le contraire équivaudrait à permettre au capitaine de l’équipe d’AjaxAmsterdam de mettre fin, quand il le veut, au match de football l’opposant aux Reds de Liverpool. La bonne gouvernance en matière de démocratie privilégie les élections majeures à dates fixes. Tel est le cas pour les présidentielles états-uniennes (un ou deuxième mardi de novembre d’années bissextiles) ou en France (avril/mai tous les cinq ans). D’ores et déjà, l’électorat des Etats-Unis sait s’il réélira ou non le mégalo en poste. Emmanuel Macron le sait à mi-mandat.

Pendant le temps qu’on dit honni du colonialisme à Maurice les élections législatives, peut-être oligarchiques, avaient lieu recta, tous les cinq ans et en janvier (1886, 91, 96, 1901, 06, 11, 16, 21, 26, 31, 36). En 1941, elles n’ont pas eu lieu, sous prétexte du besoin de nouvelle constitution, de nouveau système électoral. Déjà l’intolérable intrusion de considérations politiciennes, enrayant une continuité électorale nous faisant quand même honneur. Idem en 1946. Auraient-elles eu lieu, qu’elles n’auraient pas changé le cours de notre histoire politique mais nous auraient épargné cette tache infamante, d’incapacité criarde, de respecter coûte que coûte un calendrier électoral, devant nous transcender, comme les règlements sportifs s’imposent aux joueurs sur le terrain.

Nous sommes déjà en présence d’un embryon d’esprit dictatorial. Cet état d’esprit permet à Seewoosagur Ramgoolam et à Gaëtan Duval de commettre le sacrilège du renvoi des Législatives de 1972. Une salissure.

La prolongation que s’octroie Seewoosagur Ramgoolam entre décembre 1981 et le 11 juin 1982 ne lui a guère porté chance, ni ne lui fait honneur. La moindre des choses que nous pouvons exiger d’un Premier ministre c’est qu’il ne dépasse, sous aucun prétexte, la fin d’un mandat législatif. Mi-décembre 2019 en ce qui nous concerne. Je considère tout renvoi à 2020 des prochaines législatives comme un signe flagrant de faiblesse et de panique. Comment avoir de l’estime pour un froussard ?

Sans être un expert en mise en scène, ni stratégie de communication, je me pose la question de savoir si toute apparition télévisée de Pravind Jugnauth lui rend service ou non. Cela vaut pareillement pour les autres leaders, sinon pour tout homme ou femme politique.

Que Pravind Jugnauth dispose de moyens considérables, cela ne fait aucun doute, puisque, en tant que Premier ministre, il a un droit de regard sur les milliards que les taxes surtout indirectes siphonnent directement de nos poches.

Il faut être cons comme certains journalistes, pour répéter béatement « Le Gouvernement nous donne gratis l’éducation, la santé, les pensions, l’eau 24/7, le transport, le Métro-Express ». Avoir autant de pouvoir et accumuler autant d’échecs, il n’y a pas de quoi se vanter.

* Le jugement de la cour intermédiaire dans l’affaire Roches Noires n’aura probablement pas une incidence sur le calendrier politique du Premier ministre, mais qu’en est-il de son influence sur la donne politique ?

Il ne faudrait pas qu’un verdict, certes favorable, mais pouvant être le résultat d’une Poursuite – peut-être pas irréprochable -, nous fasse oublier toutes les circonstances entourant cette affaire, à commencer par l’acquisition d’une villa pieds dans l’eau. Tout citoyen a le droit d’avoir confiance dans chacune de nos institutions (mais celles-ci seraient en trop grand nombre) pour appliquer et faire respecter les lois en vigueur, empêcher à ce que des profiteurs se servent de manière boulimique avant les autres, en se prévalant de privilèges peut-être fallacieux.

Ce qui est tout juste acceptable à certains, au nom d’un respect peut-être excessif des libertés individuelles, pour l’ensemble des citoyens, l’est déjà moins pour des politiciens se vantant d’être socialistes, marxistes, militants, démocratiques, travaillistes, défenseurs et protecteurs des pauvres, etc. Je suis sûrement de la vieille école mais je persiste à penser que tout bon apôtre, tout vrai apôtre, du socialisme doit rester pauvre parmi les pauvres. Je pense, peut-être à tort, qu’on ne peut pas à la fois prêcher la défense des opprimés et les opprimer davantage par l’acquisition, que j’espère honnête, de signes extérieurs de grande richesse.

Votre question me permet surtout de réitérer toute l’estime que j’éprouve pour les politiciens mourant misère faite, à l’instar d’Emmanuel Anquetil, Maurice Curé, Sookdeo et Basdeo Bissoondoyal, Beekrumsing Ramlallah, Maurice Lesage et tant d’autres. Votre question me permet de redire l’estime que j’éprouve pour des politiciens comme Jack Bizlall, Sylvio Michel, Harish Boodhoo, Dev Virahsawmy, vivant toujours dans la maison qui était la leur au début de leur carrière politique. Je ne passe jamais devant la demeure de Bai Anerood, à La Caverne, sans penser de même.

Mes revenus mensuels sont le dixième, voire le centième, de ce que touchent certains privilégiés. Je me demande simplement : Qu’ont-il que je voudrais posséder ? J’ajoute même, non sans vantardise : Ont-ils ce que je possède ? Sont-ils plus heureux que moi ?

S’émerveiller béatement devant la simplicité d’un Pape François, s’asseyant entre autres à côté de son chauffeur, ne sert à rien. Au lieu de s’extasier stupidement, nous ferions mieux d’être aussi simples, aussi modestes, que lui.

Comment imaginer le Mahatma Gandhi dans une villa luxueuse pieds dans l’eau, sachant que cela est hors de portée du commun des mortels ?

* Il semble que cette dernière décision de la Cour intermédiaire est venue cristalliser un courant politique en faveur du PTr, c’est du moins le sentiment qui prévaut ces derniers jours. Voyez-vous ce courant prendre de l’ampleur dans les semaines à venir ?

Il serait navrant qu’un simple jugement, certes favorable, vienne cristalliser un courant en faveur d’un quelconque parti politique. Ce dernier doit théoriquement reposer sur des assises tant horizontales (présence mobilisatrice dans chaque village, dans chaque quartier urbain) que verticales (présence agissante du plus grand nombre de cellules, dans chaque secteur de nos activités socio-économiques et culturelles de notre société).

Il faut craindre le pire pour tout parti politique n’ayant pas cette structure collégiale, et qui repose sur les faits et gestes d’une seule personne, fût-elle le leader bien-aimé de ce parti.

Tout parti politique doit normalement, théoriquement, reposer, non sur l’éventuel charisme d’un politicien, mais sur une vision d’une société humaine qu’il doit organiser et structurer pour la rendre meilleure, et surtout plus fraternelle, plus familiale.

Nous courons comme des dératés mais dans la direction opposée. J’en veux pour preuve que nous sommes trop nombreux à nous extasier devant l’imminence des prochaines élections législatives, et pas assez nombreux à dénoncer avec la virulence voulue le scandaleux renvoi sine die des élections villageoises. Mais les villageois ne se révoltant pas, nous ne pouvons être plus villageois que villageois. J’ai déjà protesté contre un YouthParliament induisant en erreur notre jeunesse, lui faisant accroire que la politique consiste principalement à parader au Parlement, au lieu de les inviter à descendre sur le terrain et à aller servir leurs frères et sœurs dans le besoin.

Notre intérêt pour la politique est tout sauf démocratique. Nous sommes trop nombreux, journalistes compris, à confisquer plutôt le peu de pouvoir détenu par le petit peuple et à l’offrir sur un plateau doré à une nouvelle oligarchie, autant politique qu’économique. Nous nous acharnons à infantiliser le citoyen, à lui faire accroire qu’il est trop débile, pour prendre en main son destin et celui de sa famille, de ses enfants, que le nec plus ultra est qu’il confie, à un grand Manitou politique, ses espoirs les plus ambitieux et ses aspirations les plus nobles.

Nous nous acharnons à faire de nos contemporains et compatriotes des sous-hommes et à les empêcher de se surpasser. Il ne saurait y avoir plus grave à Maurice que des journalistes s’acoquinant avec des politiciens mégalomanes et ambitieux, pour mieux asservir notre population et la rendre plus esclave du bon vouloir et du bon plaisir, des parasites qui nous gouvernent comme bon leur semble parce que nous persistons stupidement à les plébisciter lustre après lustre.

* Pour revenir à ce ‘ruling’ favorable de la Cour intermédiaire, Navin Ramgoolam gagne sur deux plans : d’abord sur le plan légal, et ensuite politiquement, car il aura réussi à faire échouer les tentatives de son abattement politique. une semaine est en effet une longue période en politique, non ?

Gagner sur deux plans, c’est vite dit.

N’oublions pas le premier tour des récentes élections présidentielles en Tunisie permettant à un candidat détenu, soi-disant pour fraudes économiques, d’arriver en deuxième position, loin devant des candidats des partis traditionnels mais ayant grandement déçu l’électorat tunisien, et se qualifiant pour un second tour, l’opposant à un autre candidat pareillement non traditionnel.

Les autorités tunisiennes ne se seraient-elles pas acharnées de la sorte sur cet adversaire du régime encore en place, qu’il se pourrait que ce candidat n’eut pas connu résultat aussi appréciable…

Sans être aussi intelligent que l’électorat tunisien, capable de faire table rase des partis politiques traditionnels tellement dynastiques et nous refilant les mêmes disques éculés jusqu’à la trame, notre électorat n’apprécie guère tout pouvoir dominère abusant de sa prépondérance quand même passagère. Mais Navin Ramgoolam traîne d’autres casseroles qui pourraient lui être préjudiciables.

De toutes les façons, le résultat des élections législatives, les seules malheureusement à pouvoir susciter notre enthousiasme, se décide dans la dernière semaine, quand nos principaux partis abattent leurs dernières cartes, sinon leurs dernières ressources surtout financières, et quand certaines puissances dites amies décident à la dernière minute de peser de tout leur poids sur telle ou telle alliance, en fonction de leurs intérêts stratégiques ou territoriaux.

C’est alors que tout se décide par l’entremise de bons valets, bien placés, sachant excellemment faire passer ce message de dernière seconde. Tout le reste est baratin. Les cartes se donnent au-delà du BellBuoy. Les dés sont pipés indépendamment de notre volonté. Les mendiants, que nous sommes, n’ont pas voix au chapitre. Il en va pourtant de l’avenir du pays des enfants de nos enfants, bien plus que notre pays. Nous ne pouvons le sauver. Sauvons notre vie. Ce sera au moins ça de fait.

* Avant d’arriver à la dernière semaine de la campagne électorale, il y aura sans doute les grands moyens et autres coups de Jarnac que les propagandistes du MSM-ML pourraient employer pour abattre leur challenger principal. Ce qui reste à déterminer, c’est la réaction de l’électorat vis-à-vis des moyens qui seront mis œuvre pour atteindre l’objectif recherché. Qu’en pensez-vous ?

D’aucuns pourraient appeler « de bonne guerre » ce que vous appelez « coups de Jarnac ». Il est tout à fait normal que le ML-MSM veuille multiplier les embûches sous les pieds de Navin Ramgoolam. L’opposition électorale, viscérale, Jugnauth versus Ramgoolam est, dans un sens, une bonne chose car elle pourrait atténuer l’épouvantable risque d’élections 60-0 ou même de majorité des trois quarts, la pire épée de Damoclès pouvant mettre en péril la démocratie à Maurice.

Depuis le 11 juin 1982, nous avons joué avec, sinon le feu, du moins avec le risque qu’un chef de parti ou d’alliance fasse n’importe quoi sinon le pire, car plébiscité par un électorat aveugle ou stupide, lui donnant une confortable majorité des trois quarts, en pas moins que quatre fois (1991, 1995, 2000, 2014). Ceux, qui ont rédigé notre Constitution et notre système électoral, n’ont pas pensé, entre autres bêtises, à pareil risque.

Nous oublions qu’en Algérie, il y a déjà eu un raz-de-marée électoral en faveur de candidats voulant remplacer la…démocratie par une…théocratie. Soyez assuré à l’heure où je réponds à vos questions que, dans des capitales étrangères, des deus ex machina sont en train d’examiner les risques pour eux (mais un énorme bienfait pour nous et le pays des enfants de nos enfants) d’un résultat, aux prochaines législatives, aussi serré que ceux du 21 décembre 1976. Si le risque est trop grand, pour ceux, se considérant at home chez nous, ils sauront faire le nécessaire pour que leurs œufs soient mieux protégés.

Pendant le lustre écoulé, trop de nos dirigeants politiques, religieux, culturels, n’ont été que des marionnettes s’aplatissant devant des représentants de puissances étrangères. Pourquoi voulez-vous – qu’en un moment aussi décisif que des élections générales où se décide le sort de notre pays pour le lustre à venir – qu’ils retrouvent soudainement les qualités morales leur permettant d’agir comme des hommes libres, capables de dire « non » si l’intérêt supérieur du pays l’exige ?

Pourquoi voulez-vous que ces tenants d’un néo-colonialisme, n’osant décliner leur nom, cessent à un moment aussi propice de nous considérer comme menu fretin à leur entière disposition ?

* En 2014, l’électorat travailliste avait sanctionné le deal conclu entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger portant sur la Deuxième République. Qu’est-ce qui pourrait bien motiver le choix de l’électorat lors des prochaines élections ?

Dans une démocratie républicaine, on passe, théoriquement, et chiffres à l’appui, d’une république à une autre, lors d’évènements exceptionnels. Bizlall avait formulé, en 2013-2014, le vœu d’une nouvelle République, arguant sans doute sur les lacunes des constitutions et du système électoral existants sans nous donner entière satisfaction.

Là-dessus, Navin Ramgoolam et Bérenger avaient échafaudé une élucubration sur le besoin d’une deuxième République (seconde, en fait) pour se retrouver l’un au Réduit et l’autre au Bureau du Premier ministre. L’électorat ne les avait pas suivis et on le comprend sans peine, d’autant plus que prévoyant l’éventuel échec patent, ils avaient commencé à s’échanger des gentillesses, ayant un lointain rapport avec les propos échangés par-dessus la haie de bambous à River-Walk, à la mi-1993.

A ce stade, ces deux partis (PTr et MMM) proclament timidement leur farouche détermination à se présenter seul aux prochaines législatives. Ils attendent l’événement-déclic (peut-être même un message codé venant d’une puissance étrangère, faisant peser la balance d’un côté ou de l’autre), pour décider de la suite, selon que ce message leur sera ou non favorable. Ils décideront alors soit de s’allier et même de se salir, pour profiter de l’aubaine ou contrer ce mauvais sort. S’ils inventeront le besoin d’une troisième République, je pense que cela ne rendra personne perplexe.

A ce petit jeu, on peut s’attendre à ce que certaines puissances étrangères s’offusquent de l’avènement d’une sixième République, pouvant ternir une glorieuse Cinquième car gaullienne de conception.

* Faut-il donc s’attendre à un ‘walk-over’ ou à une lutte serrée que vont se livrer le PTr et le MSM ?

Dans le doute prévalant aujourd’hui, qu’entretient, sinon amplifie, l’incertitude concernant la date des prochaines législatives, il faudrait s’attendre à un vote panaché encore peut-être moins marqué qu’en 1976 car il serait peut-être présomptueux d’attribuer, en 2019-20, au MMM l’audience qui était la sienne alors, reliquat de sa victoire là-haut, 70% lors de la Partielle de septembre 1970, à Triolet, le fief alors de Ramgoolam.

Des turfistes excellent dans l’art de miser sur plusieurs canassons quand un favori n’émerge pas du lot, ou en cas de course arrangée-secret de Polichinelle (à ne pas confondre avec Pinocchio, fervent adepte du secret d’Etat). Vous n’êtes pas sans savoir que notre électorat est suffisamment naïf pour se croire obligé de voter comme ces zougadères pariant aux courses, c’est-à-dire sur le cheval donné gagnant (ou plus exactement le canasson préféré de la puissance étrangère la plus décisive).

Lutte serrée ou ‘walk-over’ ? Trop tôt, pour répondre. Nous devons attendre la décantation. En attendant les jours se suivent, le calendrier s’amenuise, le compte à rebours devient tonitruant.

Ce n’est pas tous les jours facile d’être Premier ministre d’un pays comme Maurice, quoi qu’en dise le pape François. A croire qu’il nous prend tous pour des enfants de chœur. A la State House surtout.

* Une lutte serrée devrait ouvrir la voie à des arrangements post-électoraux. Le MMM serait, selon les indications relevées par la presse, plus favorable à un tel arrangement avec les Travaillistes. Cela vous surprend-il après l’épisode de décembre 2014 ?

N’allons pas trop vite. Nous sommes encore au stade préélectoral. Les Israéliens viennent de voter apparemment pour rien. L’imbroglio postélectoral y serait pire que l’imbroglio préélectoral. Qui sommes-nous pour prédire ce qui se passera dans quelques mois au Parlement, après les prochaines législatives, si elles ont lieu ?

Ne croyons surtout pas que les étrangers qui nous observent tendrement et attentivement, baisseront les bras, en cas de résultats trop serrés. Malheur à la marionnette refusant d’obéir servilement à son marionnettiste. Que deviendrons-nous si ce dernier décide brutalement de couper les ficelles nous attachant si bien à toutes ses bontés.

* On apprend toutefois qu’au regard du cas constitutionnel logé par Resistans ek Alternativ contestant l’obligation qui est faite à un candidat de déclarer son appartenance ethnique, le MSM pourrait revoir sa position sur son projet de réforme électorale, ce qui faciliterait de nouvelles négociations avec le MMM en vue d’un accord électoral pour les prochaines élections. Cela pourrait changer la donne politique, n’est-ce pas ?

Votre question confirme ce que nous disions précédemment sur le providentiel déclic pouvant décanter une situation paraissant sans issue. Tout vient à point à qui sait attendre jusqu’après la dernière seconde. Voilà poindre à l’horizon – une forme de politique-prostitution – le déclic ouvrant la voie, peut-être pas sans issue, à un koze-kozé MMM-MSM après éjection des ML, MP, et autres fronts ex-MMM. Merci Résistans ek Alternativ. Ou même nous Bon-Dié Sovère.

J’entends déjà les grandes déclarations mélodramatiques, la main sur le cœur, les larmes aux yeux, la moustache frémissante, les mots bien pesés… L’intérêt supérieur de la nation… Le grand sacrifice sous prétexte que le pays passe avant le parti… J’entrevois les élèves-journalistes s’appliquant lors de cette classe de dictée, pour ne rien perdre des suaves paroles alors prononcées. Du grand cinéma en perspective.

* Mais si le MMM se positionne plutôt pour l’après-2019, cela dans le cadre d’un arrangement post-électoral, c’est que l’option ‘seul contre tous’ n’a aucune chance de réussite, et le parti en est conscient. Quelle analyse faites-vous de l’affaiblissement du MMM depuis les élections de décembre 2014 ?

Notre système électoral est programmé pour donner logiquement des résultats 40-20, comme en 1967, 1983, 1987, 2005, 2010 ; ou serrés 30-30 comme l’unique fois de 1976, et illogiquement des 60-0 ou apparentés en tout cas avec majorité des trois quarts, comme en 1982, 1991, 1995, 2000, 2014.

Dans toute lutte électorale à trois, le MMM doit viser au-moins une bonne quinzaine de sièges urbains, en sachant que les Nos 15, 16, 18 et 20 possèdent autant de caractéristiques rurales qu’urbaines. Les 12-0 du MMM, au Port-Louis, se sont depuis volatilisés, on ne sait pas trop comment, ni pourquoi.

En 1993, après la Partielle pour remplacer au Parlement le président républicain Cassam Uteem, on disait que le MMM s’essoufflait au Port-Louis. Cela ne s’est pas arrangé depuis. Il suffisait de mettre les déroutes sur le compte des mésalliances électorales et le Politburo n’y aurait vu que du feu.

Je suis de la vieille école. Je crois toujours qu’un parti doit d’abord exister par sa base, par ses racines d’où mes convictions en faveur de la démocratie au ras des pâquerettes, démocratie de grande proximité, visible par la masse, capable alors de juger, en connaissance de cause, le parti qui pourrait lui être le plus utile pour améliorer la qualité de sa vie. Cette stratégie de proximité peut être encore renforcée par un militantisme d’ailes féminines et jeunes.

Mais ne nous faisons aucune illusion ! Pour que cette démocratie au ras des pâquerettes puisse exister et se développer, il faut lui donner de la consistance, autrement dit des responsabilités, des droits, des devoirs, des pouvoirs, des budgets, des activités et des résultats à produire. Seuls les meilleurs à ce niveau ont le droit de s’élever dans la hiérarchie du parti, même si le leader conserve son droit de s’entourer de conseillers intellectuels, même petits-bourgeois, pour l’aider à analyser les problèmes rencontrés.

Cela ayant été copieusement anéanti, pourquoi voulez-vous que je m’intéresse aux soubresauts de privilégiés de la nomenklatura ne représentant qu’eux-mêmes et incapables d’avoir plus de mille voix, hors parti. Mais que puis-je si même cette masse n’est pas intéressée par cette démocratie au ras des pâquerettes…

* L’action politique du MMM se résume à des conférences de presse hebdomadaires ; le dynamisme d’antan n’y est plus. Il y a urgence de renouvellement parait-il, non ? Et, sans passer par la famille ?

Quoi faire d’autre quand il ne reste plus que la classe de dictée de fin de semaine ?


* Published in print edition on 20 September 2019

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