KRJ YASH

Ce qui compte vraiment…

Quand l’autruche relève la tête…

La légende veut (ou bien la réalité, je n’ai jamais vérifié !) que cet oiseau géant s’enfouisse la tête dans le sable pour se protéger d’un danger. Mesure aussi inutile qu’inefficace, mais qui au moins, a l’avantage de permettre à l’animal de retrouver sa sérénité. Je me demande parfois si nous n’en faisons pas autant, notamment au sujet de la pauvreté dans notre beau pays ensoleillé et paradisiaque.

Lorsque je regarde autour de moi, j’identifie deux sortes de pauvreté : la pauvreté que je qualifierai d’acceptable et la pauvreté extrême. La pauvreté acceptable ne nous met pas en danger, car une lueur d’espoir existe. Ce sont, par exemple, ces personnes qui habitent dans des cases en tôle, certes, mais le terrain sur lequel ils les ont construites leur appartient ; ils n’ont pas d’emploi fixe, c’est vrai, mais ils font de petits boulots, et gagnent suffisamment d’argent pour se vêtir et se nourrir.

Mais qu’en est-il de la pauvreté extrême ? Celle qui, parce qu’elle ne nous permet plus d’espoir, nous met tellement mal à l’aise que nous détournons le regard ; à l’image de l’autruche nous enfouissons notre tête dans le sable. Ces personnes contraintes de vivre dans la promiscuité, sans intimité, où l’inceste n’en est plus un, il est devenu normalité. Côtoyer sa grand-mère de 45 ans, tout en pouponnant, soi-même, est une banalité, et pouvoir avaler un vrai repas par jour, une bénédiction. Sans aborder le sujet de la drogue. Ces squatters sans toit, ni loi, sans emploi, nous font peur, et nous aggravons leur situation de jour en jour. Qui, parmi nous, honnêtes citoyens, consentira à les employer ?

Mais qui suis-je, pour oser vous déranger un vendredi matin ensoleillé, et vous obliger à sortir de votre bulle protectrice ? Et, puis, c’est si facile de critiquer…

Vous avez raison, j’en conviens, Mea Culpa. Notre bulle protectrice est tellement agréable. Mais, peu à peu, j’ai espoir, relever la tête une fois, la replonger très vite pour oublier ce qu’on a vu… Puis la relever à nouveau, prendre le temps d’analyser, prendre peur et replonger. Puis, la relever une troisième fois. Peu à peu, j’ai espoir, l’autruche apprendra à comprendre et peut-être à agir pour qu’elle n’ait plus à enfouir la tête dans un trou de honte.  

Le CSR, Corporate Social Responsabiliy, une idée brillante, généreuse…


… et qui devrait permettre d’associer nos grandes entreprises à un rôle social déterminant.

Le gouvernement a eu confiance et leur a confié cette tâche en leur laissant le choix de reverser 2% de leur profit ou bien de prendre elles-mêmes en charge la mise en place de ce projet social.

Le gouvernement aurait-il fait preuve d’un peu trop d’optimisme en croyant que nos chères entreprises puissent faire preuve d’intégrité et de don d’elles-mêmes sans essayer d’en tirer un certain parti ?

Permettez-moi d’émettre quelques doutes, je ne remets nullement en cause la bonne volonté des personnes en charge du CSR au sein de ces sociétés. Elles ont individuellement toutes de bonnes idées, mais n’ont-elles pas de consignes sur le type de projets à mener ? Ce qui, du coup, réduit leur champ d’action ?

Soyons réalistes, quelles sont les entreprises qui ont réellement le courage d’associer leur image à la pauvreté la plus extrême du pays ?

Les dirigeants de ces entreprises bienfaitrices ne font-ils pas de subtils choix pour, à la fois, avoir une couverture médiatique qui sera leur retour sur investissement, tout en faisant très attention à ne pas compromettre leur image en l’associant aux plus démunis ?

Il me vient à l’esprit cet exemple : telle ou telle entreprise va financer les fournitures scolaires d’une classe entière. Bonne initiative, c’est bien, c’est très bien, nos bambins vont pouvoir étudier. Ils font partie de cette catégorie de pauvreté acceptable, avec laquelle il est politiquement correct de s’associer. Mais qu’en est-il de ceux qui ne sont même pas scolarisés et qui trouvent plus urgent de mendier, voir chaparder pour pouvoir manger un repas par jour ? Sommes-nous surpris d’apprendre qu’ils préfèrent avoir le ventre plein avant d’envisager de se concentrer sur le cours dispensé par le professeur ?

Malheureusement, une entreprise digne de ce nom ne s’engagera pas sur un terrain aussi glissant, s’associer à cette misère-là serait mauvais pour son image.

C’est le côté pervers du CSR, s’engager socialement oui, mais seulement là où l’espoir est permis, pour les autres, les oubliés, les inexistants, ceux dont on n’entend parler que lorsqu’ils font incursion dans nos vies par des délits, vols, agressions, drogues… Pour ceux là, rien, cela demande un travail trop en profondeur et sur la durée que nos entreprises, malgré toute leur bonne volonté, ne pourront pas assumer.

Comment éviter ce gaspillage, sur des projets très médiatisés, sur des groupes de personnes déjà aidées, et se tourner vraiment vers ceux qui souffrent en silence, dont on ne parle jamais, ceux qui sont transparents, dont on évite de croiser les regards, et encore uniquement lorsqu’on s’aperçoit de leur existence…

Cela amène à se poser la question de savoir si finalement laisser le choix aux entreprises (verser cette somme ou l’utiliser elles-mêmes) est une bonne idée. Remettre cette même somme à un organisme qui n’aurait pas de contrainte d’image et de « retour sur investissement », ne serait-il pas plus sain et efficace pour venir en aide à ceux qui en ont le plus besoin ?

Est-il efficient de laisser les entreprises privées remplir un rôle social aussi déterminant ? L’Etat ne devrait-il pas guider, superviser, voir imposer certains projets ? Cela permettrait d’éviter tout gaspillage en assurant une cohérence de tous les projets, mais aussi de ne pas oublier les plus démunis en supprimant toute contrainte d’image.

J’ai espoir que le CSR traduise en action ma volonté pour une île Maurice un peu moins égoïste…

Merci de relever la tête mes Chers Ministres. Celui responsable des Finances, et l’autre de l’Intégration sociale et de l’Economic empowerment en particulier. 

KRJ YASH

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