Jean-Baptiste Placca

Chronique de Jean-Baptiste Placca

Pays riches, populations pauvres

 

Au Nigeria, les citoyens sont en colère et le font voir et savoir. Le gouvernement a cessé de subventionner les produits pétroliers. Et, du jour au lendemain, les prix à la pompe ont doublé. Les Nigérians sont d’autant plus révoltés que leur pays se prévaut d’être le premier producteur d’or noir en Afrique.

 

 

 

 

De manifestations violentes en grève générale, le Nigeria se fragilise à vue d’œil et de jour en jour. Dieu veuille que ceux-là n’en tirent pas alibi, qui ont toujours soutenu, depuis la guerre du Biafra, que le Nigeria ne peut jamais être dirigé que par un militaire. Ou un ancien militaire. Il se trouve que le manque de raffineries résulte de l’incurie passée de ces dirigeants militaires.

Le pays doit, aujourd’hui, importer une bonne partie de sa consommation en produits pétroliers. Et les Nigérians sont d’autant plus furieux qu’ils ne voient, de la richesse pétrolière, que l’insolent train de vie de ces dirigeants, de leurs proches ou de leurs prête-noms.

 

La solution dans l’intégration sous-régionale

 

Evidemment, lorsque l’on vous dit que l’Etat fédéral consacre, chaque année, quelque 8 milliards de dollars à subventionner les produits pétroliers achetés par les Nigérians, l’on peut s’interroger. Mais combien de milliards s’évaporent, par ailleurs, dans les circuits tortueux de la corruption, au seul profit de quelques-uns, et toujours les mêmes ? L’idée que la subvention de la consommation des produits pétroliers enrichirait d’abord les classes favorisées est une analyse un peu indigente, et l’on sait d’où elle vient.

Que ce soit par le biais des transports collectifs ou dans des véhicules individuels, les deux-tiers au moins des quelque 160 millions de Nigérians ont besoin de moyens de locomotion pour atteindre écoles, collèges, universités, et autres lieux de travail. Directement ou indirectement, chaque Nigérian est donc consommateur de produits pétroliers.

L’argument ultime que l’on assène aux Nigérians est que les raffineries ne sont pas très rentables. Si l’immense marché national ne suffit pas à rentabiliser les raffineries, pourquoi donc ne pas y inclure les marchés béninois, nigérien, tchadien, togolais et même une partie du marché camerounais ? La solution à certains problèmes nationaux ne peut se trouver que dans l’intégration sous-régionale.

Encore faut-il penser, de manière pertinente, la complémentarité des politiques industrielles entre Etats voisins. Ce que l’on fait, intelligemment, à dix ou quinze, est forcément plus viable et plus rentable que toutes ces expériences solitaires qui ont lamentablement échoué.

 

Jean-Baptiste Placca

MFI

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