Jean-Baptiste Placca

Média / Etats-Unis

Le manifestant, «personnalité de l’année» 2011 selon le Time  

De Benghazi à Athènes, en passant par Wall Street et Moscou, le magazine Time honore les acteurs des révoltes de l’année 2011. La rédaction de l’hebdomadaire américain a attribué cette récompense collective aux acteurs des révoltes qui ont chamboulé les équilibres géopolitiques. Voire même donné un nouveau souffle à la démocratie dans le monde. Sur fond rougeâtre, le manifestant s’affiche en couverture du magazine du 14 décembre dernier. Il fut de tous les combats. Mettant sa vie professionnelle et familiale entre parenthèses. Bien souvent même en danger. Il fut de ceux qui renversèrent Ben Ali en Tunisie, conspuèrent Moubarak sur la place Tahrir en Egypte, ou prirent les armes pour la première fois à Benghazi, dans l’est de la Libye. Il occupa Wall Street pour y dénoncer les abus du secteur financier, tempêta contre le gouvernement grec qui lui imposait l’austérité ou brandissait les bulletins falsifiés dans un bureau de vote moscovite à la face des caméras occidentales, il y a encore quelques jours. 

Depuis 74 ans, le Time se plie à ce rituel 

Parce que ce Monsieur Tout-le-Monde n’a pas souvent la faveur des médias, qui n’ont d’yeux que pour quelques hérauts, le magazine Time a décidé de le mettre à l’honneur. Tous ces manifestants « ont déjà changé l’Histoire », explique le directeur de la rédaction, Rick Stengel. De son côté, sur la chaîne américaine MSNBC, le patron du magazine a justifié le choix de ses troupes : 

« Partout, les gens ont dit qu’ils en avaient assez, ils ont contesté, ils ont exigé. Ils n’ont pas désespéré, même quand les réponses sont arrivées sous formes de gaz lacrymogènes ou de balles ».  

Depuis 74 ans, le Time se plie à ce rituel qui consiste à distinguer la personnalité qui a marqué l’année écoulée. En 2011, les prétendants n’avaient que peu de ressemblance les uns avec les autres : la future princesse de Galles, Kate Middleton, mariée en grande pompe un 29 février, l’amiral William McRaven, coordinateur de l’assassinat de ben Laden une nuit de mai, l’artiste chinois Ai Weiwei, dissident politique maintes fois arrêté par le régime de Pékin ou encore Paul Ryan, le président de la commission sur le budget au Congrès américain.

 

Cette fois, la rédaction du magazine a donc penché pour une récompense « globale », comme vient de le faire le jury du Prix Sakharov avec le « printemps arabe » (à travers cinq militants), ou celui du prix Nobel de la paix avait envisagé de le faire, avec ce même mouvement, en octobre dernier.  

Du reste, le Time ne chamboule pas ses habitudes avec cette désignation collective : « GI joe » (1950), « l’ordinateur » (1969) ou encore « Vous » (2006) avaient remporté auparavant l’adhésion de ses journalistes. Et à ceux, technophiles, qui avaient espéré un hommage posthume au feu patron d’Apple, Steve Jobs, Rick Stengel a précisé qu’il ne s’agissait pas d’un titre « récompensant le travail de toute une vie ». 

L’hebdomadaire qui consacre son édition de fin d’année à tous ces mouvements populaires qui ont renversé – sinon fait vaciller – l’ordre établi, publie aussi une série de clichés du photographe Peter Hapak, ainsi qu’une galerie de portraits de quelques figures méconnues de ces révolutions. 

Marc Etcheverry  

 

* * *

Chronique de Jean-Baptiste Placca

Elections bâclées et confiscation du pouvoir  

Etait-il donc nécessaire de nous proposer, au menu de ces derniers jours de la tumultueuse année 2011, encore de la violence politique, des morts, et du gaz lacrymogène à volonté ? Le Sénégal et la RD-Congo, à la une de cette actualité déprimante, éclipsent quelque peu les événements qui ont ravivé la foi que l’on nourrit encore en l’avenir de l’Afrique. 

Un premier mort, au Sénégal, en rapport direct avec la présidentielle de février prochain ! Des hommes de main, qui opèrent comme une milice privée, sont entrés en action, et cela n’augure rien de réjouissant. Et c’est en marge de cette violence que le président Wade vient de se faire investir par son parti, pour briguer un troisième mandat. Mais la détermination ne faiblit pas chez ceux qui veulent l’empêcher de se présenter. Pour éviter une déflagration, nombre de Sénégalais tentent de se persuader que les juges du Conseil constitutionnel, dans un sursaut de courage, peuvent encore invalider la candidature du chef de l’Etat sortant. 

Derrière des grilles bien gardées, à l’abri du peuple 

Lorsque l’on tue avant les élections, il y a des risques que l’on tue pendant et après le scrutin. La RDC en est la triste illustration. Ceux qui, en dépit de toutes les alertes, ont organisé les élections bâclées du 28 novembre dernier, peuvent se vanter d’avoir précipité le Congo dans l’inconnue. A quoi sert-il donc de voter, si c’est pour se retrouver avec deux chefs d’Etat ? Comme si le drame de la Côte d’Ivoire n’avait servi à rien : deux gouvernements, deux armées et, finalement, plus de 3 000 morts.

Joseph Kabila a prêté serment, lors d’une cérémonie qui aurait pu, dans un autre contexte, être considérée comme un beau succès. Mais la fête se situait dans un microclimat sécurisé, derrière des grilles bien gardées, à l’abri du peuple. Et que dire de la défection des chefs d’Etats africains annoncés ? Pour espérer une grande affluence, il va falloir apprendre à organiser des élections sans tâche. Quant à la présence incongrue du seul Robert Mugabe, l’on se demande encore s’il faut le rajouter au prestige ou au discrédit de l’événement.

Du Sénégal à la RDC, en passant par la Côte d’Ivoire, nous tenons, à présent, la preuve définitive que l’instabilité et les conflits, en Afrique, naissent principalement des élections approximatives et de la tentation de confisquer durablement le pouvoir.

Méfiez-vous donc des élections dont les résultats se proclament sous la protection des blindés, au cœur de la nuit profonde, avec un quadrillage de la capitale par la police, ou même par l’armée, dont les dirigeants croient devoir se servir pour se protéger contre leur propre peuple. 

Jean-Baptiste Placca 
MFI

Add a Comment

Your email address will not be published.