« Se réformer ou disparaître » 

Chronique de Jean-Baptiste Placca

A Addis-Abeba, où elle était l’invitée, cette semaine, de l’Union africaine, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a prédit aux Etats subsahariens la même vague de démocratie que celle qui balaie le monde arabe. « Les vieilles habitudes de gouvernement ne sont plus acceptables », a-t-elle ajouté, avant d’annoncer aux régimes qui préfèrent le statu quo, qu’ils sont, désormais, en danger.

Dans les faits, les pays africains qui pourraient être concernés par ces mises en garde représentent à peine le tiers des 54 Etats de l’UA. Est-ce seulement possible que ces régimes aient attendu la sonnette d’alarme américaine pour prendre conscience du danger qui les guette ?

La vérité est que nombre de gouvernements, dont la pratique n’a rien de très démocratique, croient fermement être à l’abri des mauvais présages suggérés par Hillary Clinton. Soit parce qu’ils misent sur la ruse et la répression pour survivre à tout mouvement de revendications, soit parce qu’ils sont tout simplement convaincus que leur pays est en démocratie.

Car les pires autocrates, aujourd’hui, admettent que l’état de droit et la démocratie sont une nécessité, irrémissible pour tout pays moderne. Sauf qu’un Robert Mugabe vous dira, avec aplomb, que son régime est parfaitement démocratique. Même en ayant toutes les caractéristiques d’une dictature, tous se prétendent en démocratie.

Des dignitaires vautrés dans l’autisme

Mieux, il se trouvera un ministre zélé pour vous démontrer avec une argumentation bien rôdée la vitalité de leur semblant de démocratie. En voulez-vous davantage ? Un habile théoricien vous expliquera que la limitation des mandats – comme aux Etats-Unis – est antidémocratique, parce qu’elle contrarie la liberté du peuple à se choisir, comme président, pour cinq années supplémentaires, un homme qu’il subit depuis déjà 29 ans.
Vautrés dans un tel autisme, les dignitaires de ces régimes en arrivent même à nier les réalités les plus palpables. Une grève paralyse-t-elle les hôpitaux, les transports ? Ils vous la décrivent comme un petit mouvement marginal. La répression d’une manifestation se solde-t-elle par des morts ? Cela est vite rangé au rayon des incidents sans conséquence.
Lorsque l’ivresse du pouvoir conduit à de telles arrogances, les conseils d’une Hillary Clinton ne peuvent plus être d’aucune utilité. Dans les mois qui viennent, nous avons, hélas, moins de chances de voir de grandes réformes démocratiques que des régimes coulant à pic, exactement comme ceux de Ben Ali et de Moubarak.

 


* Published in print edition on 24 June 2011

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