« Les oppositions vont se reconstruire dès la formation d’une alliance PTr-MMM, c’est sûr »

Interview : Sydney Selvon, Journaliste

« Les oppositions vont se reconstruire dès la formation d’une alliance PTr-MMM, c’est sûr »

« La priorité de Ramgoolam, était la rupture du Remake. Fin stratège comme il l’est, il a brillamment réussi »

« Ce qui motive Bérenger, c’est d’assurer la pérennité de son parti et uniquement de son parti, pas le PTr, pas le MSM, pas le PMSD »

Une fois n’est pas coutume : l’actualité est dominée par les soubresauts politiques, provenant essentiellement de l’opposition et du remake. L’alliance politique pré-électorale est-elle solide et résistera-t-elle aux obstacles qui s’annoncent difficiles à dépasser ? De quelle nature sont ces obstacles ? Quels risques les partis politiques sont-ils prêts à prendre et pourquoi ? Notre invité, Sydney Selvon, journaliste et observateur politique, nous donne son opinion.

Mauritius Times : L’indignation de nombreux internautes sur les réseaux sociaux et de certains intervenants-intellectuels sur les ondes des radios privées par rapport à ce qui semble être un rapprochement pouvant éventuellement déboucher sur une alliance PTr-MMM a dû surprendre beaucoup d’observateurs politiques, mais on devrait aussi se rappeler que la base de ces deux partis a démontré qu’elle finit malgré tout par suivre leur leader respectif à chaque fois. Qu’en sera-t-il cette fois-ci : ça passera ou ça cassera ?

Sydney Selvon : C’est vrai que les bases ont tendance à suivre. Mais après 20 ans ou 40 ans, on peut arriver à ce qui s’est passé le 21 septembre 1970 à l’élection partielle de Triolet/Pamplemousses, soit durant l’année suivant la concrétisation de la coalition entre le PMSD, qui, comme le MMM – aujourd’hui – avait 44% de l’électorat, et un Parti travailliste qui avait triomphé aux élections générales trois ans plus tôt.

La défaite des deux avait été massive par rapport à un nouveau parti, le MMM. Le PMSD et Duval se sont écroulés pour ne jamais plus se relever. Les scènes d’un groupe de militants huant Paul Bérenger rappellent un peu cette révolte contre le leader jusqu’alors incontesté du PMSD, dont le parti avait également éclaté.

Il existe de ces temps forts dans l’Histoire qui surviennent sans vraiment s’annoncer… ou bien on n’y a pas pris garde. Je ne sais pas si ça passera ou si ça cassera cette fois-ci. Mais on sent un vent de révolte, un ras-le-bol qu’il avait été difficile d’imaginer il y a peu, surtout lorsqu’on voit une excellente vidéo qui fait fureur sur Youtube et parmi les Facebookers mauriciens sur les incidents de Rose Hill.

Ma réponse à votre question est basée sur ma référence fréquente à une réalité politique qui se répète à chaque élection ou presque. La moitié de l’électorat penche pour un gouvernement et l’autre moitié ou presque penche pour une opposition. Il s’agit pour toute opposition, laissée sur le carreau par l’Alliance PTr-MMM, de capter les 50% potentiellement opposés au pouvoir en place et de casser la dynamique des supposés grands partis.

En 1983 et 1987, une coalition de ‘petits partis’ dirigée par Sir Anerood Jugnauth avait mis en déroute le MMM, le plus grand parti du pays d’alors et les deux fois Paul Bérenger avait été battu dans sa circonscription de Belle Rose/Quatre Bornes. Je présume qu’il y aura suffisamment de dissidents rouges et mauves mécontents à attirer dans toute nouvelle alliance de l’opposition, pour les rajouter à cette nouvelle dynamique potentielle.

SAJ a bénéficié d’un ‘momentum’ avec le Remake et, fort des victoires électorales de cette alliance aux dernières municipales et villageoises, et du fait qu’il avait un hard core de supporters qui représentait presque 20% de l’électorat lorsqu’il avait perdu 60-0 en 1995, il pourrait surprendre avec une nouvelle alliance des forces de l’opposition. Les dés ne sont pas pipés d’avance si le ras-le-bol s’aggrave et s’étend.

* Faut quand même pas se leurrer. Ce sont souvent des considérations égoïstes — ‘What’s in for me?’ Pour mon fils ? Pour ma femme ? Pour mes protégés ?’ – ou d’autres considérations non-avouées qui n’ont rien à faire avec une quelconque conviction idéologique et/ou politique, qui prennent le dessus et expliquent certaines prises de position des individus ou des associations qui peuvent paraître neutres, somme toute objectifs, n’est-ce pas ?

En dehors de l’entourage politique, il y a, gravitant autour des dirigeants des partis, un cercle intime de personnes, de détenteurs de grosses fortunes qui exercent une influence sur eux pour diverses raisons. Il y a eu un débat en France sur la multitude de familles qui se perpétuent, de génération en génération, dans l’arène politique et il y a des études qui ont tenté d’expliquer ce phénomène très répandu aux USA.

Cela a mené Philippe Gélie, correspondant du Figaro à Washington, à conclure que « les dynasties politiques, sont une constante de la démocratie américaine ». C’est la même chose en Inde à tous les niveaux du système politique national et régional. Les causes en sont nombreuses, selon les chercheurs, surtout lorsqu’un élu fait plusieurs mandats, presque toute une vie parfois, dans des situations de pouvoir dans les mairies jusqu’au niveau national dans les parlements: irrémédiablement, les dynasties naissent là, de cette très longue durée qui génère une famille de politiciens sur plusieurs générations.

En dehors de l’aspect sociologique, il peut y avoir des connections en affaires, des liens de parenté, des camaraderies qui font émerger des cliques, des liaisons spéciales, des comportements sexuels particuliers, des financiers occultes qui cherchent des contreparties en termes de contrats et opportunités d’affaires, ce qu’on appelle des lobbies occultes, la franc-maçonnerie, et j’en passe. Nous avons un système politico-électoral à Maurice qui, comme aux Etats Unis, permet de caser une multitude de protégés qui, souvent, n’ont rien à faire avec l’idéologie d’un vainqueur aux élections mais plutôt avec la nature des liens précités.

Ainsi, quand un nouveau président est élu aux USA, il part pour Washington avec au moins 3,000 ‘protégés’ qui seront des nominés politiques. Seulement, le système semble, à première vue, présenter, tout au moins en partie, plus de transparence qu’à Maurice, du fait que les nominations importantes sont soumises à une approbation publique où les nominés proposés sont mis sur le gril par les parlementaires qui questionnent leur intégrité et leurs qualifications. Si on faisait la même chose, si on contrôle ces nominations par un comité parlementaire, on pourrait à Maurice avoir de meilleurs nominés politiques en termes de compétences et de qualifications et d’expérience.

Maurice, étant un petit pays, les liens de nature occulte et qui mènent au favoritisme, au népotisme et à la corruption, sinon à une perception forte de ces fléaux, sont plus vite relevés au sein de l’establishment politique et alimentent les nombreuses allégations de pratiques douteuses, cela gouvernement après gouvernement. On n’est pas sorti de l’auberge.

* Au-delà de la question de « early trial » par rapport à l’affaire de Pravind Jugnauth devant la Cour intermédiaire, qu’est-ce qui, selon vous, aurait motivé la démarche de Paul Bérenger de vouloir de toute évidence se débarrasser du MSM – même si le Remake est, valeur du jour, et selon Bérenger lui-même, toujours « on » ?

Je ne peux pas comprendre pourquoi le ‘early trial’ exigé par le MMM, et qui a été d’ailleurs bel et bien réclamé par l’avocat Roshi Badhain, qui défend Pravind Jugnauth, a été mélangé à la ligne de défense d’un accusé qui risque quand même 10 ans de prison et dont les droits constitutionnels, surtout dans une affaire criminelle, doivent être scrupuleusement observés sous la Constitution.

Je vous rappelle que notre Constitution est très pointilleuse à ce sujet si on prend la peine de lire les sections concernées sur ‘un fair trial’ (voyez l’affaire Dhooharika qui a gagné contre le DPP et la Cour Suprême devant le Privy Council).

Je ne comprends pas comment le MMM ou n’importe quel parti politique ou toute autre personne, peux s’arroger le droit de demander à un accusé de ne pas user de ses droits constitutionnels de défense. Je ne saisis pas ce qu’on peut aussi demander à un accusé menacé de 10 ans de prison et qui peut fort bien être innocent et peut-être injustement poursuivi par une ICAC maintes fois dénoncé par le MMM, de dicter à la Cour, à Pravind Jugnauth et à ses avocats, qu’il faut accepter un acte d’accusation possiblement mal rédigé alors que le benchmark dans une affaire criminelle est le ‘beyond reasonable doubt’.

Ces exigences frisent, à mon avis, le « contempt of Court ». Elles relèvent d’un manquement appelé ‘inconstitutionnalité’ par rapport aux droits d’un accusé. Elles sont ‘tainted’ par un désir du leader du MMM d’aller aux élections sans le Remake dès que le MSM aura voté en faveur de la réforme électorale.

Je m’explique: cette réforme m’a tout l’air d’être favorable au MMM, qui a eu le soutien de près de 50% de l’électorat national en 2010 et qui raflerait, seul, la moitié ou presque des sièges proportionnels, surtout s’il y en a 20, puis gagnerait encore des sièges au « First Past The Post » dans les villes et les campagnes où le PTr et le MSM se partagent le même vote bank. Et leurs votes seront suffisamment partagés pour permettre aux candidats MMM de passer.

Ce qui motive Bérenger, c’est d’assurer la pérennité de son parti et uniquement de son parti, pas le PTr, pas le MSM, pas le PMSD. Dans un deuxième temps, il pense pouvoir s’attribuer la position de maître du jeu sur l’échiquier politique.

La vérité, c’est qu’il alterne les situations ‘on’ et ‘off’ du Remake délibérément en croyant, comme il le pensait, à tort en 1982-83, que SAJ serait incapable de rassembler à nouveau, victorieusement, cette moitié ou presque du pays qui vote contre le PTr. Il mise sur une faiblesse perçue par lui de SAJ. Evidemment, il s’agit de savoir si cet électorat vote plus pour le MMM que contre le PTr.

Dans les circonstances présentes, l’on n’est plus sûr de la réponse. Tout peut arriver, à mon avis. Surtout que comme en 1982-83, puis en 1992 et en 1996, il s’est mis à réclamer la tête des uns et des autres. Je crois qu’il veut la tête du leader du MSM tout comme il a toujours voulu celles de certains ministres comme conditions d’alliance avec SAJ ou Navin Ramgoolam. Avant c’était Boodhoo, puis Nababsing puis Bheenick, et aujourd’hui, certains ministres proches de Ramgoolam lui-même.

La réforme électorale va plus loin que l’abolition des références sectaires dans l’Annexe 1 de la Constitution où se trouve le « Best Loser System ». Paul Bérenger veut amener et SAJ et Navin Ramgoolam à l’abreuvoir de la réforme. Il joue l’un contre l’autre avec ce qu’il croit être la carotte: une alliance salvatrice avec le MMM, pour lui, toujours le plus grand parti du pays.

* La démarche de Paul Bérenger s’explique aussi, probablement, de sa crainte que le Remake 2000 n’allait pas au final remporter les prochaines élections générales. Qu’en pensez-vous ?

Je crois que oui. C’est un doute qui le tourmente à chaque fois, surtout qu’il semble souffrir d’un complexe, que je pense exagéré, que telle communauté ne veut pas de lui comme Premier ministre. Il l’a été quand même. Il a intériorisé ce complexe et, pis, l’a laissé apparaître par son obsession concernant l’ethnic politics, la grande invention du gouverneur Bede Clifford, en y entrant de plain-pied et maladroitement. Et il a développé, par la suite, un autre complexe consistant à avoir une vision réduite du rôle d’opposant.

Les Bissoondoyal, Curé, et d’autres grands dirigeants politiques n’ont pas eu besoin d’être à la tête du pays pour dominer le panthéon de l’histoire politique nationale. En 1982-83, ses actions n’ont pas été productives pour ses ambitions de diriger le pays. Je me souviens, à l’époque, bien avant la cassure, Sir Anerood Jugauth me disant qu’il serait inéluctablement suivi au pouvoir par Paul Bérenger en qui il voyait le futur Premier ministre. Mais on sait ce qui s’est passé par la suite. Je ne reviendrais pas là-dessus, sauf pour le constat qu’après sa défaite en 1983, il a été toujours hanté par la réaction qu’ a provoquée la crise qui l’a opposé au tandem Boodhoo/Jugnauth.

* Si les événements de cette semaine-ci peuvent donner l’impression qu’une alliance PTr-MMM est déjà chose faite, rien – en vérité – n’a été finalisé jusqu’à présent. Paul Bérenger soutient que ce n’est pas d’actualité, valeur du jour, et qu’il souhaiterait que la réforme électorale soit réalisée au plus vite avant que toute discussion par rapport à la question de la Deuxième République ne soit abordée avec Navin Ramgoolam. Qu’en pensez-vous ?

Paul Bérenger dit tout cela et semble faire son contraire. Il fait approuver le Remake, puis il annule la décision, pour l’approuver encore… Et le jeu continue comme une horloge perpétuelle. Il fait preuve, ainsi, d’une incroyable incohérence dans son raisonnement, ses propos et ses actes. Il est aussi très pressé alors que Ramgoolam et les Jugnauth démontrent plus de logique avec eux-mêmes, plus de pondération.

Ramgoolam a souligné, en présentant le White Paper, qu’une deuxième République était pour plus tard et la réforme pressée pour des raisons claires et évidentes. Les deux leaders du PTr et du MSM et, aussi SAJ, se conforment à plus de rigueur et de logique dans leurs prises de position.

Qui d’autre que celui du MMM qui fait des confidences à la presse sur sa possible installation par Ramgoolam (la soi-disant 2ème République) dans le fauteuil de Premier ministre? Qui envoie Ramgoolam au Réduit déjà avant même la réforme déjà contenue dans le White Paper du Premier ministre? Je ne crois pas que ce soient ses lieutenants. Ganoo et Bhagwan sont, au moins, discrets et cohérents. Nous lisons dans la presse des propositions déjà discutées durant les koz kozé et qui n’avaient pas abouti, mais d’où viennent les confidences ? Ramgoolam, SAJ et Pravind Jugnauth ne se confient pas tous les jours aux médias et restent discrets la plupart du temps.

Le leader du MMM dit tout et son contraire dans les coulisses. Il n’y a personne d’autre qu’un des deux participants au koz kozé qui soit en train de déballer tout ça, et ces aperçus d’une deuxième République. Et ce n’est pas Ramgoolam, à coup sûr, car il a quand même un sens de l’Etat. Ce n’est pas SAJ, pour la même raison. Je crois que le leader du MMM est en train de vendre la peau de l’ours, puis il s’est empêtré dans une incohérence qui a semé la confusion parmi ses partisans, ses électeurs et dans l’électorat ‘at large’.

Mais il se peut que je me trompe au sujet de Bérenger. Et qu’il soit en train de calculer à froid pour télécommander et Ramgoolam et SAJ, pour ne pas utiliser le terme ‘manipuler’. Il aime commander (comme à son Politburo) en disant: «Faites ceci, faites cela, mon Politburo a décidé que Jeetah doit démissionner, qu’il faut éliminer Pravind Jugnauth pour s’être défendu de la manière dont il s’est défendu devant la Cour.»

Ce qui explique qu’il dise parfois en l’espace de quelques jours qu’il faut que le Remake soit ‘on’ et, d’autres fois, ‘off’ pour redevenir de nouveau avec le ‘on’ le surlendemain… Il commande au PTr et au MSM comme il commande à son Politburo qui le suit dans la dédale de ses étranges incohérences. J’ai connu un Paul Bérenger bien plus redoutable, logique et intellectuellement cohérent jusqu’à une certaine époque.

* La stratégie de Ramgoolam, par contre, semble être claire : il ne veut ou ne peut pas dissocier réforme électorale de la question de Deuxième République – ce qui est à l’opposé de celle de Bérenger qui souhaite aborder une chose à la fois. Ramgoolam parviendra-t-il, selon vous, à avoir sa Deuxième République ?

Le White Paper ne propose pas une deuxième République et il n’y a que le White Paper qui est soumis par Ramgoolam à un débat national. Comme je l’ai dit, ce ne peut être lui qui fait des confidences sur une deuxième République et qu’on a pu lire dans la presse. Il est très cohérent dans ses propos et sait ce qu’il veut.

Bien sûr, Bérenger et lui ont sans doute abordé la question de partage du pouvoir entre les deux partis – c’est-à-dire ce qui se passera suivant la réforme. La priorité de Ramgoolam, dans ces discussions, était la rupture du Remake. Fin stratège comme il l’est, il a brillamment réussi, ou presque, avec un Bérenger pressé de s’installer au pouvoir.

S’étant débarrassé du Remake et ayant réussi à provoquer au sein du MSM un fort courant contre ce ‘Remake On-Off’, le temps joue maintenant en sa faveur. Il n’y a plus de Remake 2000 sur son chemin. On sait au moins que Bérenger et lui ont décidé simultanément, durant leurs récents échanges, hors de la vue du public, de ne pas tenir de meeting le 1er mai. Il a stoppé net l’élan du Remake.

* « ‘Nettoyer’ le pays (‘vraiment nettoyer’, s’est-il appesanti) ; démocratiser davantage et relancer l’économie ». Voilà le programme politique de Paul Bérenger, et c’est à ces conditions qu’il affirme être disposé à engager son parti dans une alliance avec le PTr – même si « ce n’est pas d’actualité, valeur du jour ». Vaste chantier qui, sans doute, nécessitera un gouvernement fort et qui regarde dans la même direction. Est-ce réalisable ?

Vous confirmez ce que j’ai dit. En fait, c’est à y perdre son latin. Bérenger affirme que réforme électorale et Remake sont deux choses séparées et que le Remake tient toujours. Et, il laisse entendre la possibilité d’une alliance avec les Travaillistes. Il demande à Jeetah de démissionner et je crois que sa liste est plus longue, et, en même temps, dans les coulisses, il demande à entrer au gouvernement.

Comment réagiront les ministres concernés et autres exclus? Si la réforme n’est pas votée et la peau de l’ours déjà vendue par le leader du MMM avant la conclusion de ses discussions avec Ramgoolam sur cette alliance tant souhaitée, quel sera le partage de tickets et quels seront les exclus de la liste de candidats et du Cabinet ministériel (qui ont déjà été décidés au sein du Politburo du MMM, sans que l’on connaisse la position de Ramgoolam) ? Quel sera le sort du PMSD qui n’est pas d’accord avec l’abolition du «BLS»?

Il paraît, dans tout ce délire, qu’il y aurait déjà les contours du prochain Front Bench PTr-MMM dessinés quelque part, peut-être au Politburo mauve, pas nécessairement dans celui du PTr et ni même peut-être dans la tête de Ramgoolam car ce dernier nie tout. Dans l’imaginaire de quelqu’un, quelque part, il y aurait dans ce Front Bench trois MMM : Bérenger Premier ministre, un vice-Premier ministre Travailliste, puis Reza Uteem et Allan Ganoo fermant le cortège. Ramgoolam, qui a le mérite de la cohérence, ne va pas si vite en besogne. Qui raconte toutes ces histoires à la presse? Qui est plus pressé que l’autre de se confier à la presse avant de discuter avec son interlocuteur sur l’opportunité de ‘leak’ de telles informations? Je crois que vous connaissez, comme tout le monde, la réponse à la question.

J’ai entendu, dans certains milieux proches du MMM, qu’il y aurait déjà un accord sur la répartition des tickets avec 32 au MMM et 28 au PTr pour donner à Bérenger la majorité, logique, dont doit disposer n’importe quel Premier ministre, au Parlement et au Cabinet. La dernière c’est que Ramgoolam ne présiderait pas le Conseil des ministres mais aurait ‘des pouvoirs accrus’. On comprend que la presse fasse ses choux gras de ce genre de ‘révélations’, mais elles viennent toujours de quelque source ‘très proche de la direction des mauves’ selon une formule consacrée, voire galvaudée, utilisée pour désigner le leadership du MMM.

Je ne serais pas surpris que ce soit SAJ qui annonce éventuellement la cassure du Remake 2000.

* On dit que la nature n’aime pas le vide. Qu’est-ce qui pourrait remplir ce vide si Ramgoolam et Bérenger parviennent à concrétiser une alliance pour les prochaines législatives ?

Il n’y aura pas de vide éventuellement. Je maintiens que le balancier revient toujours vers le 50/50, avec une moitié de l’électorat tendant dans un sens et l’autre moitié tendant vers l’autre.1+1 ne fait pas toujours 2 en politique. Tous les opposants à l’alliance PTr-MMM auront le loisir de rechercher une alternative. Il n’y a jamais de vide, même quand il y a eu 60-0. Le PTr avait, avec ses alliés de l’époque, des petits partis, recueilli un tiers des votes, et il était revenu au pouvoir neuf mois plus tard. Le MSM, au plus bas de sa carrière, en 1995, également battu 60-0, avait recueilli les votes d’un électeur sur cinq et cinq ans plus tard, il revenait au pouvoir.

Les oppositions vont se reconstruire dès la formation d’une alliance MMM-PTr, c’est sûr. Leur problématique sera de trouver le moyen de récupérer les 50% que représente le potentiel qui fut vite récupéré après l’alliance PTr-PMSD en 1969 et menant le MMM à sortir en tête aux élections générales de 1976. Nous avons, comme à l’époque, de nombreux problèmes et fléaux sociaux, une pauvreté grandissante, la drogue, la maltraitance des femmes, le chômage, de nombreuses allégations de maldonne, et j’en passe.

L’alliance PTr-MMM, si elle se concrétise, devrait, pour employer une célèbre formule, commencer à changer la vie des Mauriciens dès les premiers 100 jours de pouvoir, bien sûr, au cas où elle remporte ces élections et où Bérenger – et probablement SAJ – seront présentés comme prétendants opposés au titre de Premier ministre.

J’ai appris qu’il y aurait certains surprises de l’autre côté de la barrière. Une joute intéressante à suivre. Il ne faut sous-estimer aucun des deux, à mon avis, et personne ne devrait vendre la peau de l’ours à l’avance.

Laissons les choses se préciser d’abord dans les jours à venir et que la bataille électorale soit saine et se déroule dans l’ordre et la paix, et aussi le respect de la partie adverse.


* Published in print edition on 18 April 2014

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