“Je ne crois pas qu’une alliance Ramgoolam-Bérenger peut se faire…

Interview : Sonah Ruchpaul

… mais je suis contraint à ‘Cause causé qui bizin causer, pas cause causé qui pas bizin causer’ »

 “L’électorat, que vous dites pouvoiriste, est aussi corrompu que les politiciens et les institutions qu’ils manipulent. Mais c’est ce même électorat qui provoque un… printemps »

Tout  amendement  voté  au  Parlement  prend  du  temps et relève d’une volonté de changement pour le meilleur. Parfois les intérêts personnels rendent l’humain égoïste – qu’il œuvre dans le domaine politique, légal ou économique, et retardent la mise en place de tout projet de réforme. Que se passe-t-il à Maurice suite au vote du Constitution (Declaration of Community) (Temporary Provisions) Bill ? Sonah Ruchpaul, légiste, nous livre ses impressions sur la situation politique du moment.

Mauritius Times : Après que le Constitution (Declaration of Community) (Temporary Provisions) Bill ait été voté au Parlement vendredi dernier, les Mauriciens se livrent maintenant à toutes sortes de supputations quant à la dissolution du Parlement et la tenue des prochaines élections. Selon un quotidien, Paul Bérenger, lui, pense que Navin Ramgoolam n’agira pas en “égoiste” et qu’il donnera les élections au plus vite. ‘Wishful thinking’, diriez-vous?

Sonah Ruchpaul : Je ne sais ce qui pousse Bérenger à s’abaisser de cette manière. Souhaiter une absence d’égoïsme de la part de Ramgoolam, c’est ramener le débat à son plus bas niveau depuis les nominations de comités d’experts étrangers. Si je comprends bien, selon le Leader de l’Opposition, le frère naturel Ramgoolam serait tout simplement « égoïste », s’il ne dissout pas le Parlement dans l’immédiat.

Il serait, donc, un patriote s’il accède à la demande du leader mauve. Tout cela relève d’un infantilisme du moustachu, confirmé, on me dit, par ses zigzags verbaux à la télévision, où il passe d’une argumentation constitutionnelle ou politique à ses aventures dans les champs de cannes de son enfance.

* Mais même si c’est vrai que l’égoïsme existe effectivement dans tout système politique, on voit difficilement un Premier ministre renoncer à la prérogative que lui confère la Constitution par rapport à la dissolution du Parlement et la tenue des élections. Ce n’est pas évident que Navin Ramgoolam soit différent, non ?

Celui qui dispose de tant de pouvoir constitutionnel ne s’en sert pas, même lorsqu’il le fait outrageusement, par « égoïsme ». Contrairement à ce qu’un Prince affirmait dans ‘War and Peace’, à savoir que le pouvoir doit être utilisé « with the utmost economy », l’homme politique mauricien, ou autre, ne fait que protéger ses vested interests dans un système que tout le monde considère comme dépassé.

Dans le cas du politicien, c’est lui qui décide d’en haut que le système doit demeurer inchangé. Il n’y a pas que lui qui jouit de vested interests. Il y a des juges, des fonctionnaires, grands et petits, qui s’amusent de l’immobilisme de leur système à eux. Lorsqu’une loi est en vigueur depuis 1840 ou 1850, croyez-vous que c’est seulement le ministre de tutelle qui ne veut pas l’amender ou la moderniser ? C’est souvent l’employé, qui pense que tout changement lui coûterait quelque chose, en termes d’argent ou de pouvoir ou des deux.

Prenons le cas des Chef Juges de la période post-Indépendance. Oublions que depuis 1998, le rapport Mackay avait recommandé l’institution d’une Cour d’Appel séparée de la Cour suprême siégeant en première instance. En 1968, suite à notre Indépendance, un de mes professeurs de droit m’avait demandé de lui faire avoir une copie de notre Constitution. À cette époque, sans Internet et téléphone international facile, j’avais réussi, avec mes maigres moyens, à lui en procurer une copie. Un mois plus tard, il m’avait dit : « They’ve given you the same carbon copy they are distributing since 1960 ».

Plus tard, à d’autres rencontres, il était très critique du fait que le Colonial Office avait perpétué dans notre Constitution le système incestueux, où des juges de première instance siègent en appel contre des jugements de ses brother ou sister juges du même rang. « Your judges are always going to be at war with each other. Instead of changing the system, which seems to have been there in practice well before your Independence, they have just endorsed it ».

Je vais vous citer un autre exemple. Alors que Emmanuel Leung Shing était Attorney General, il avait répertorié 92 cas, où des officiels du Parquet, sections criminelle et civile confondues, qui étaient en situation de conflit d’intérêts. Tandis qu’ils étaient appelés à conseiller le gouvernement central à tout bout de champ, ils recevaient en même temps des fees des corps ou compagnies paraétatiques, dont les intérêts pouvaient être conflictuels à ceux du gouvernement. Croyez-vous que cette situation a été changée par la suite ? C’est clairement le pouvoirisme ou le gain matériel qui entrave toute réforme, et non l’égoïsme, entre frères.

* En attendant, et pour revenir au Leader de l’Opposition, il dit voir un 60-0 en gestation. Même si, selon lui, il n’a jamais été question d’alliance, il y a eu un rapprochement entre le PTr et le MMM, a-t-il dit, en raison de leurs “combats similaires”. Ses propos laissent croire que le “deal” n’aurait toujours pas été conclu avec Navin Ramgoolam, ou qu’ils se livrent à un subtil “management of public opinion” en faveur d’une alliance PTr-MMM?

Malin celui qui peut prédire un 60-0 à ce stade du Cause-Causé, où l’on ne connaît même pas le nombre de députés éligibles de la prochaine Assemblée nationale. Dans la fièvre d’avant l’élection 2000, un jongleur de chiffres très en vogue en ce moment et appartenant alors au MSM, s’était mis en quête de renseignements pour savoir si l’alliance PTr-MMM, était « dans l’air » à l’époque comme la quasi-certitude actuelle. Il avait téléphoné à un de ses semblables appartenant au MMM, qui, à son insu, était en visite chez moi. Des bribes de la conversation que j’avais pu saisir, j’avais compris qu’il voulait « sauter » du bon côté, le moment venu.

Le membre du MMM avait été plutôt lapidaire dans ses réponses – peut-être c’était dû à ma présence dérangeante – donc, je ne peux dire ce qui s’était passé par la suite. Toujours est-il que le jongleur, devenu trapéziste entre-temps, avait fait le saut quelques jours plus tard – un saut un peu à la manière d’un certain Jagjivan Ram en Inde en 1967, qui avait bien pronostiqué la défaite de Mme Gandhi – mais son saut avait été on the wrong side, au grand dam de Pravind Jugnauth et de son père. Il avait rejoint le PTr de Navin Ramgoolam, tandis que l’alliance MedPoint eut lieu quelques jours après. Comme quoi, même un décompte exact de chiffres peut laisser son homme sur le carreau quelques fois. Donc, si Bérenger dit voir un 60-0 en gestation, qu’il prenne conseil du jongleur.

Quant aux « combats similaires », je n’y ai jamais cru, même lorsqu’ils se disaient carrément des « frères naturels ». Les quelques semaines que j’ai connu Bérenger à Londres en septembre-octobre 73, je n’ai pas décelé chez lui quelque attirance pour les Travaillistes. Le plus gauchiste de ces derniers était un certain Sir Satcam Boolell, qu’il rencontrait assidûment à Londres derrière mon dos et il en parlait élogieusement.

En septembre 83, j’avais été délégué par SSR pour le représenter à la conférence annuelle du Parti Socialiste (PS) à Bourg-en-Bresse, France. Le vieil homme, en attente d’être nommé Gouverneur général, faute de présidence, suite au refus de Bérenger de se joindre aux rouges pour la majorité requise, m’avait chargé de remettre une note à Lionel Jospin, alors Secrétaire Général (SG) du PS, ce que j’avais fait lors d’une rencontre de quelques minutes avec ce colosse de la gauche française.

Je me souviens d’une remarque du SG, à l’effet qu’il s’attendait à une alliance PTr-MMM plutôt qu’à l’alliance bleu-blanc-rouge qui venait de remporter les élections. J’avais voulu lui expliquer certaines choses mais il n’aurait pas eu le temps de tout entendre.

Deal ou no deal, je crois que vous vous trompez en supputant que nos deux compères se livrent à un management of public opinion. Trois semaines avant les élections de 1982, j’avais dit à Sir Satcam Boolell que je craignais un 60-0, alors qu’il me reprochait d’avoir baissé les bras dans la campagne. Cette crainte avait agacé mon chef de file.

Là, mes chiffres à moi ne marchent plus. Je suis dans la même situation de la sorcière, à qui les astres n’envoient plus de message. Je ne crois pas qu’une alliance Ramgoolam-Bérenger peut se faire, mais je suis contraint à « Cause causé qui bizin causer, pas cause causé qui pas bizin causer ».

* L’accord de Navin Ramgoolam en faveur de la constitution d’une ‘Serious Fraud Agency’ (SFA) telle que souhaitée par le leader du MMM (pour ‘nettoyer’ le pays de la fraude et de la corruption) et qui chapeauterait l’ICAC, serait-ce une concession faite par le Premier ministre face aux exigences de Paul Bérenger ?

Lorsque vous dites «accord de Navin Ramgoolam », vous impliquez que le PM répond à une insistance de Bérenger que cette SFA débarrasse le pays de la fraude et la corruption, ce qui sous-entend que ces fléaux n’ont existé que sous les rouges. En tant qu’aveu de Ramgoolam, c’est grave, parce que ces torpeurs ont bel et bien existé pendant les règnes oranges avec ou sans combinaison mauve.

Dans ce pays où les « historiens », souvent transformés en politologues, ne font que résumer les récits des journaux après des tris sélectifs de titres et de numéros, les gens ne se rendent pas compte que la fraude et la corruption sont des héritages de la colonisation, celle plutôt rare de l’île Maurice et de ses dépendances, où l’administration interne avait été abandonnée par les Anglais, administrateurs de jure, aux colons locaux d’origine française, administrateurs de facto, qui, du vol des terrains des Créoles étaient passés à la défalcation des accidentés de la chasse.

Bien sûr, pendant les dix dernières années, Ramgoolam a tout amplifié à une vitesse exponentielle, mais il ne faut pas – quand même – qu’il blanchisse Bérenger par ses aveux, car ce monsieur, soudain en mode OFF, peut aller tout raconter aux Jugnauth.

Quant au show ON/OFF interminable des deux comédiens de l’océan Indien, il devient de plus en plus compliqué et promet de battre tous les records connus en termes de longévité, au même titre que Coronation Street et Eastenders, et votre agence de Serious Fraud risque de sombrer en play within a play mineur dans la saga.

Ni Ramgoolam ni Bérenger ne savent ce qu’est le Serious Fraud Office (SFO) britannique. Ils ont d’abord parlé de SFO. On pourrait envisager que, suite à cette « concession » du PM, il aurait résolu de se débarrasser de Mme Indira Manrakhan, qui, en tant que directrice de fait de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), n’aurait pas fait valoir ses droits à la retraite. En à peine un mois, SFO est devenu SFA, et l’ICAC en deviendrait une division, avec Mme Manrakhan toujours ‘in’. Vous conviendrez que là, ce n’est pas Ramgoolam qui concède et c’est bien le Leader de l’Opposition, on leave with pay sans date prévue de retour effectif au , qui bat en clever retreat, comme le remarquait Churchill sur Dunkirk.

Revenons-en aux choses plus sérieuses que les serious frauds elles-mêmes. La loi-mère de l’ICAC est la Prevention of Corruption Act (PoCA), qui fut adoptée en 48 heures par l’Assemblée nationale en 2001, suite au dépôt du rapport du Select Committee Collendavelloo, alors que les députés et ministres ne l’avaient même pas lu.

On connaît le résultat : Bérenger lui-même n’a jamais fait confiance à l’ICAC. Pendant les trois ans du gouvernement MSM-MMM de 2000, il était à couteaux tirés avec son PM pour le contrôle de cet organisme. Les amendements du gouvernement élu de 2005 n’ont rien changé. L’ICAC a été et demeure une catastrophe nationale.

La raison principale, à mon avis, est que la PoCA n’avait rien changé fondamentalement dans l’exécution de nos lois au criminel, car (i) le PM demeure l’ultime décideur quant à une poursuite ; (ii) le Director of Public Prosecutions (DPP), avant et après la PoCA amendé, demeure l’ultime officier qui décide d’une poursuite sous cette loi.

Le SFO anglais était et reste différent de l’ICAC. Il a pris naissance suite au rapport Roskill, déposé en 1987, qui a recommandé la création d’un Bureau, séparé du Crown Prosecution Service (CPS), qui enquêterait sur les « serious fraud cases ».

La fraude est différente du délit. Elle implique l’astuce et la ruse, combinées dans un système difficile à détecter, par exemple, une fuite de capitaux volatilisés à travers le monde par SWIFT ou AMADEUS, ou le vol d’une roupie qui devrait revenir au fisc sur chaque mètre de toile tissé par des machines contrôlées par un ordinateur. La police régulière ne disposait pas de moyens pour enquêter efficacement sur ce genre de fraude.

Cette lacune a été comblée par la législature britannique en accordant à ce Bureau des pouvoirs sans précédents par la Criminal Justice Act (CJA) de 1987. À cette loi s’ajoute le Bribery Act de 2010, qui ne change rien sur les principes des opérations du SFO. Sous la CJA, le SFO disposait de son département légal séparé, qui décidait de toute poursuite après enquête, et c’est la même procédure qui prévaut aujourd’hui. La Bribery Act, qui a aboli le délit de bribery at common law, n’a fait que redéfinir le Bribery. Celui qui décide de la poursuite peut être le directeur du SFO ou le DPP. L’un ou l’autre doit consentir à toute poursuite. Mais la ligne de démarcation par rapport à celui qui détient cette responsabilité est claire. Cela dépend du « seriousness » de l’offense.

La dichotomie s’opère avec aisance chez les Anglais. Il se peut qu’un whistleblower ait rapporté un cas discrètement au SFO. On lance l’enquête, mais il s’avère plus tard que le vol est plutôt simple. Le dossier est refilé à la police régionale concernée. C’est la même procédure qui a lieu, si une enquête jugée simple au départ est initiée par la police, mais s’avère finalement relever du SFO.

Maintenant, il s’agit d’une SFA. Hormis l’ICAC, quelles seront les autres divisions de la nouvelle « agence » ? Quel sera le rôle de notre omniprésent DPP dans l’ICAC au sein de l’agence et dans les autres divisions de l’agence ?

À mon avis, tout ce remue-ménage, à la vitesse de Navin et son State Law Office, ses nombreux comités et sous-comités, prendra plusieurs dizaines de Makes et de Remakes.

* Estimez-vous que le projet CT Power puisse également être sacrifié sur l’autel du « rapprochement » PTr-MMM ? Vous savez que Paul Bérenger, se basant sur les lacunes qu’aurait relevées un rapport de la Banque africaine de développement, est contre la réalisation de ce projet…

Franchement, je n’ai pas étudié ce dossier dans toute sa technicité, car je ne possède pas la compétence requise. Mais j’ai suivi le dossier d’une manière générale et votre question me permet d’offrir à mon pays quelques commentaires sur des faits qui me touchent, souvent personnellement.

Le Professeur Joël de Rosnay, qui conseille le PM sur le projet Maurice Ile Durable (MID), est le pedigree qu’il nous faut dans ce domaine d’intérêt mondial. Mais, me semble-t-il, il a été enlisé, probablement malgré lui, au fond de divers gouffres politiques, qui renferment des ramifications de nature communale et qui comportent même une toile de fond constitutionnelle, avec des acteurs au-delà de l’océan Indien.

Le bon Professeur a dû se sentir profondément troublé. CT Power est un projet en provenance d’investisseurs tamouls de la Malaisie. Toute application réglementaire de nos lois, par ailleurs lacunaires dans plusieurs sens, risque d’exclure ce projet porteur de votes aux élections mauriciennes.

Personnellement, je ne comprends pas pourquoi, aux grands centres de vente des produits de consommation (exemples Jumbo et Trianon), il n’existe toujours pas de places réservées au dépôt de bouteilles en plastique, de papier journal et de certains instruments électriques déjà utilisés. Il y a deux ans, j’ai soulevé la question avec un manager d’un de ces lieux. C’était comme si je lui proposais de financer un projet sur la Montagne des Signaux.

Il y a quelque temps, j’ai entendu un bon samaritain du privé qui expliquait aux auditeurs d’une radio comment faire son propre compost à partir de certains déchets ménagers. En Angleterre, des projets similaires auprès des occupants des maisons ont échoué pour des raisons diverses.

Des escarbilles en provenance des champs de cannes des propriétés sucrières et des gros et petits planteurs agacent toute la population mauricienne pendant toutes les coupes. Pas plus tard que la semaine écoulée, des flammes et fumées de ces champs en feu ont presque brûlé un bus rempli de passagers au beau milieu d’une rue à Médine. Il y a une quarantaine d’années à Houghton Street, carrefour de la recherche économique, on me parlait d’un principe fondamental du capitalisme, qui faisait que the polluter pays.

Nos terres les plus fertiles sont de plus en plus recouvertes de béton. Personne n’en a fait grand cas. Sita est née de la Terre. Lindsey Collen de Lalit, auteure de ‘The Rape of Sita’, en fait état à chaque fois qu’elle participe à des émissions radio.

Je n’ai pas entendu le MID sur ces questions qui touchent tout le monde. Je pense que le Professeur de Rosnay s’ennuie trop de la question de CT Power, projet initié par des politiciens. Peut-être que ce sont eux qui … l’incinéreront !!

Aucun Président français ne peut, ne serait-ce que songer à l’abandon du nucléaire français. La France n’a qu’à rattraper son retard sur les autres sources d’énergie. Les Allemands, qui rejettent toujours le nucléaire, ne veulent-ils pas induire les Français en erreur ?

* Pour revenir à l’amendement constitutionnel, passons de « l’égoïsme » pour aborder « l’hypocrisie » — c’est ce qualificatif qu’a utilisé l’ex-ministre des Finances Xavier Duval pour critiquer la démarche conjointe du gouvernement et de l’Opposition MMM. « Une grande séance d’hypocrisie (au Parlement) qui apportera par le biais de l’amendement « une distorsion dans le système ». Pour reprendre une belle formule couramment utilisée ces derniers temps : ‘he is placing himself on the wrong side of history… » Le pensez-vous ?

Si nous comparons les actes et omissions de tous les épisodes ON /OFF courants, ils les feraient tous pâlir, tous les hypocrites, même Tibérius Caesar, leur Prince, mais je ferais place, dans la bande, à Xavier Duval, dont les talents portent de plus en plus sur ceux de son père Gaëtan, qui jadis disait ne pouvoir même estimer le nombre de mensonges qu’il aurait débités pendant sa carrière d’avocat et de politicien.

Quant au bon côté de l’Histoire où on présume que se trouve Bérenger, ce côté ne change-t-il pas, dépendant du bouton sur lequel il appuie (ON/OFF) ?

* Et que faites-vous du parcours jusqu’ici du Muvman Liberater de Ivan Collendavelloo, du passage éclair de Sheila Bunwaree au sein de ce ‘Muvman’ et de sa nouvelle formation – le Parti Justice Sociale… ? Un « nuvo souffle » en gestation?

Ce mouvement doit avoir déjà fait son entrée dans le Guinness Book of Records pour la vitesse d’éclatement d’un parti après sa fondation. C’est Mme Bunwaree, sociologue avertie, qui peut mieux plaider pour ce record auprès des autorités de Guinness. Car elle prétend que, logiquement, il ne peut y avoir une seule seconde entre la formation du parti et son éclatement. Comment a-t-elle pu démissionner ou être expulsée d’un parti qui n’a jamais existé ?

* « Il n’y a pas de carrière politique en dehors du tripartisme actuel – la troisième force est pour l’instant une illusion… » C’est ce que nous disait Sydney Selvon la semaine dernière. En tout cas pas avant les prochaines élections générales qui sont dernière la porte. L’électorat pouvoiriste n’est pas encore prêt à abandonner le pouvoir, n’est-ce pas ?

Sydney Selvon ne peut qu’avoir raison, car il se dédouane dans la citation en disant « pour l’instant », comme quoi c’est dangereux de nos jours de pronostiquer trop dans la certitude, car on risque d’être démenti dans la seconde qui suit par un événement ou par un silence coupable.

L’électorat, que vous dites pouvoiriste, est aussi corrompu que les politiciens et les institutions qu’ils manipulent. Mais c’est ce même électorat qui provoque un… printemps. Pour le moment, il fait partie du système et ignore qu’il est victime de ce que Lénine appelait « économisme ».

* Alors que les politiques étaient occupés à discuter des modalités d’alliance ou du Best Loser System, il y a des choses qui se passent dans le pays et qui devraient probablement interpeller le gouvernement : les allégations lancées contre le Turf Club et celles par rapport aux ‘Sales by Levy’ etc. Quelle lecture faites-vous de ces allégations ?

Au Mauritius Turf Club aussi, l’ensemble des parieurs s’est depuis longtemps intégré au système mauricien des courses. Presque personne ne joue sur la capacité du jockey et/ou du cheval. Ceux qui n’ont pas des « tuyaux » sûrs, eux, misent sur les arrangements qu’ils estiment conclus par une écurie quelconque, quelques jockeys des bookmakers ou un parieur colosse, ou une combinaison de ces groupes.

À l’époque de Jean Halbwachs, personne n’accusait le Club en tant que tel, mais ce n’est plus le cas. Là-bas, on n’attendra pas un printemps traditionnel. Une colère peut tout embraser.

Quant au Français qui s’empare de tout au Sale by Levy, comme allégué par Sunday Times, c’est qu’il est là, avec ses ‘gros bras’, allègue-t-on, sans qu’aucun officiel ne s’en mêle. Il est temps que Harish Boodhoo reprenne son bâton de pèlerin.

 


* Published in print edition on 18 July 2014

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